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Full text of "Mémorial de Sainte-Hélène, ou, Journal où se trouve consigné, jour par jour, ce qu'a dit et fait ..."

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v-, ■ • - • 



MÉMORIAL 



DE 



SAINTE-HÉLÈNE. 



I 



A PARIS y DE L'IMPRIMERIE DE LEBÉGUE. 



MEMORIAL 

DE 

SAINTE-HÉLÈNE, 

OU 

JOURNAL OU SE TROUVE CONSIGNÉ , JOUR PAR 
JOUR, CB qu'a DIT Kl ffclT NAPOLÉON 
DURANT DIX-HUIT MOIS; 

Par le comte de LAS CASES. 
TOME SEPTIÈME. 









PARIS. 

L'AUTEUR, rue dv Bac, »• 53 j 

Tous jlbs Libraires de France et de l'Etranger» 

l'823. 



V..: / -s w 



,' .'A 



•••• 

* • • • 



TABLE 

DES SOMMAIRES DU SEPTDÏME VOLUME. 



Sages. 
Sur la guerre de Russie ; vues et intentions de Napoléon. 

— Instructions officielles'. 9 
Fluxion violente. — Anecdotes intérieures et domestiques. 36 
Les souffrances continuent. — Immoralité , vice le plus 

funeste dans le Souverain. 00 

L'Empereur, toujours souffrant, manque de médicamens. 

— Guerres d'Italie par Servan. — Madame de Montesson. 33 
L'Empereur continue d'être très souffrant. — Circonstances 

caractéristiques, 37 

Cinquième jour de réclusion. — Anecdote pour mémoire 

non payé. — Sur l'impopularité. . 4° 

L'Empereur viole, dit- il, les règles de la médecine. — II 

a commandé toute sa vie. — C'est lui qui, le premier, 

nous appelle la grande nation. *,,.„.. . . , . $? 

Affaissement de l'Empereur. — S£ ' i§#té\ç^inoy £e \* •; 

>".»•• ». ^ . ••*••*, 
s'altérer sensiblement. — Inquiétudes du m^ecip. — 

Nos prisonniers en Angleterre; les poriftrjs^fctfc.; t\ # 4 5 

Anvers. -—Grandes intentions de Napoléon.» •*-• «Est une . , 

des causes de sa chute.— Ses généreuft # sîeâj paénsTeo f*} V 

refusant au traité de Châtillon. — Travaux maritimes ; 

Cherbourg, etc. — Rapport officiel sur l'Empire, en 181 3. 

— Total des dépenses en travaux , sous Napoléon. 6a 
L'Empereur très-souffrant ; mélancolie. — Anecdotes de 

galté. — * Deux aides-de-camp. — Echanffourée du général 
Mallet. . ■ • 89 

Continuation de souffrances et de réclusion. — Eût dû mourir 
à Moscou ou à Waterloo. — Eloge de sa famille. 96 



6 TABLE. 

Pages. 

La géographie, passion dn moment. —Mon Atlas. — LU 
de parade arrivé de Londres; irai piège à rats*— Anec- 
dotes apprises des Anglais ; le lires de Sainte-Hélène , etc . 101 

Situation physique de la Russie; sa puissance politique , 
paroles remarquables. — Notice sur l'Inde anglaise. — 
Pitt et Fc*. -~ Idées 3e l'économie politique > compa- 
gnies ou commerce libre. — Les crçnanx contre les mé- 
tier* p etc. -r- M. de Suffire». ~ Sentiment de l'Empe- 
reur pour la marine. *"> 

Organisation impériale; préfets, auditeurs au Conseil d'État ; 
motifs des gros appointemens ; intentions futures , etc. i3i 

La Vendée; Çbarette, — Lamarqoe.— Tragédies d'Eschyle 
et de Sophocle, etc. — Véritables tragédies chez les 
Romains. — La Médée de Sénèque; singularité. %4° 

L'Empereur beaucoup mieux. — Lui sauter ! — Madame 

. R. ...... de St.-J-.-d'A — Les deux Impératrices. — 

Dépenses de Joséphine; méconteutemens dePEmpereur ; 
anecdotes caractéristique» de l'Empereur. ffà 

guerres sur les grandes routes. — Dnmouriez plus auda- 

W •'. •«fêéx'^ie 3fapo1éoA<^ Détails snr la princesse Charlotte 

•* • • : dê*i?alUs/ie*prrû%*Uopold de Saxe-Cobeurg , etc. i54 
• c • • •••• • ••• 

DrVer^ob|eûbletCrmjporUns.— -Négociations d'Amiens; début 

&} rrtttffr 'û^qsjil en diplomatie. — De l'agglomération 

V^ÎPIW^Î^e^^P** — De la conquête de FEspa- 

*gne! — tJaogêr ée k Russie. -*• Bernadotte. 160 

L'Empereur a peu de confiance dans l'issue de i$i5. — 

Thémistoole. — A un moment la pensée, dans la crise 

de i8i4> de rétablir luir-même les Bourbons. — Ouvrage 

du baron Fain, sur la crise de 1&4* — Abdication de 

Fontainebleau; particularités. — Traité de Fontainebleau, 

ele* , etc. 179* 

Cépée du Grand-Frédéric — On espère qne le Lion t'en- 



TABLE. 7 

Page*. 

dorait*. — ■ Itaffttlk» itafcaeeeriea du Gouverneur; il 
m'enlève mon dottestnp* , «te — Notre son «nvkble 
dan» Uw tofeéfea.-- Bontefcr ik l'âvtfr approché. *t6 
Nouvelles occupations de l'Empereur» — ■ «Su* le» grands 
capitaines ^ la guerre , etc. — Ses idées sur diverses insti- 
tutions pour le bien-être de la société. — Avocats. 

Curés. — Autres objets. a 55 

L'Empereur change de manière à nous affecter* — Le 
Gouverneur nous environne de fortifications. — Terreurs 
de sir Hudson Lowe. -r Général Lamarque. — Madame 
Récamier et un prince de Prusse. 25/ 

Les ministres anglais actuels; portraits. —Tous les minis- 
tères, autant de léproseries ; honorables exceptions. — 
Sentimens de Napoléon pour ceux qui l'ont servi. 260 

Retour sur les généraux de l'armée d'Italie. — Le .père d'un 
de ses aides- de- camp. — Ordures de Paris. — Roman 
abominable. — Sur les joueurs. — Famille La Rochelou- 
cault,etc. a8o 

Poniatowski, le vrai Roi de Pologne. — Traits caractéris- 
tiques sur Napoléon. — Dires épars;^c&oà 'perdues. \ ? -^a^- 
Sur les difficultés de l'histoire. — Georges'/ 0ichegruV° : 

Moreau, le duc 4'Enghien. \': J , 1*^: . ^ 10 

Visite clandestine dii domestique qui m'avait él£ealév&£es^ 
offres. —Seconde Visite. — Troisième; jelàL^WtoysV* 
térieusement ma lettre au prince Luéféh', câtfsé de ina 
déportation. 5 3 9 

Mon enlèvement de Longwood. 3/5 

Visite officielle de mes papiers, etc. 35 

Ma translation à Balcombe's cottage. 35g 

Je prends un parti ; mes lettres à sir Hudson Lowe, etc. 36o 

Mes griefs personnels contre sir Hudson Lowe. — Traits 
caractéristiques. , 3_ 



TABLE. 



Page*. 



La fameuse pièce clandestine. — Mon interrogatoire par sir • 

Hadson Lowe. — - Ma lettre au prince Lucien. 38i 

Mes vives anxiétés. — Lettre de l'Empereur , vrai bonheur. 4*7 
Table raisonné* tfu volume. : 4 3 7 



VIV DE LA. TABLE Dtt SEPTIEME VOLUME. 



„ ## • • • • • ••*•• 

»•*««■ • •• • •• • •• « 



••• • •. •* 



•«" • ••• »•• 






MÉMORIAL 

DE S^-HÉLÈNE 

Vendredi a5 Octobre 1816. 

Sur la guerre de Russie ; voes et intentions de Napoléon. 
— las tractions officielles. 

J'ai été trouver l'Empereur à sa toilette. Le 
temps était supportable} il est sorti. Nous avons 
gagné le bois. Il se trouvait faible; il y avait 
dix jours qu'il n'avait mis les pieds dehors; les 
genoux lui manquaient, disait-il, et bientôt il 
serait obligé de s'appuyer sur moi. 

* Alors la calèche nous a atteints ; elle était 
conduite à grands-guides par ArchamBaud; il 
n'en pouvait être autrement depuis le départ de 
son frère. D'abord l'Empereur n'a pas voulu 
monter; il ne le croyait pas prudent au milieu 
de tous les tronçons d'arbre : il citait sa fameuse 
chute de Saint-Cloud; il voulait qu'un des 
valets anglais montât en postillon 3 mais Ar- 

* Nons avons cru deToîr répéter ici , à leur véritable 
place , les trois paragraphes placés mal à propos à la fin 
du jour précédent Voyez l'errata du VI e vol., pag. 455. 

7. 1 



10 MÉMORIAL (Oci.1816) 

chambaud protestait qu'il serait moins sûr 
qu'en menant seul : depuis le départ de son 
frère il n'avait cessé, disait -il, de s'exercer au 
milieu de ces arbres, pour s'assurer qu'il pou- 
vait rçppndre de lui.- Alors l'Empereur est 
monte', et nous avons fait deux tours. En reve- 
nant il a été visiter la demeure du Grand-Ma- 
re'chal, qu'il ne connaissait pas encore. 

La soirée s'est terminée par la lecture de 
quelques passages de la Médée de Longepierre, 
que l'Empereur a interrompue pour la compa- 
rer à celle d'Euripide, qu'il s'est fait apporter. 
Il a dit , à ce sujet , qu'il avait commandé jadis 
qu'on lui donnât, sur le théâtre de la Cour, une 
de ces pièces grecques dans son intégrité, en 
choisissant la meilleure traduction, efe se rap- 
prochant du reste le plus possible de l'original 
dans les manières, le costume, les formes, la 
décoration. Il ne se rappelait pas quelle circons- 
tance, quel obstacle en avait arrêté l'exécution. 

Rentré dans sa chambre , et ne se trouvant pas 
disposé à dormir, il s'est jeté, après quelques 
tours , sur $on canapé ; il a ouvert un recueil 
ou espèce d'almanach politique qui se trouvait 
sous sa main; il est tombé sur la liste de nos 



<<M,iW) DE SAINTE-MËLÈNE. if 

maréchaux <pa*il a passés en fefiaé, les actfein* 
pagnaat Al citatidns et d'atiècckrtfcs èttiritté^ oft 
déjà dites. Arrivé au maréchal Joùrdari, il s'y 
est arrête assez long- temps < il a terminé disait î 
« En TOilà un que j'ai fort maltraité âtttiréiâent. 
« Rien de plus naturel, sa!** doute, tfué di 
« penser qu'il eût dû m'en vouloir beaucoup. 

* Eh bien! j'ai appris, avec* fcn Vràl plaisir, 
« qu'après ma chute il est demeure constata'- 
« ment tris-bien. 11 a montré là cette élévâtioll 
« d'âme qui honore et classe les gêna. Dû resté, 
m c'est un vrai patriote : d'est une réponse à 
a bien des choses* » 

De U payant à beauemp d'antre* objets * il 
s'est arrêté sur la guerre de Ri*$ié, * 

* Au itàrplus r *-t*ïl dit, àh suite de beau* 
« conp d'aatéoédew r cette gfem eût dft être 
« la pins populaire de» temps* moderités : cV- 
«r tait celle au ban sens et des Vrais intérêts % 
« celle du teptàJ et de la sécurité de totts : elle 

* était purement pacifique et conservatrice } 
« tout-à-fait européenne et continentale. Sort 

* succès allait consacrer une balance f des corn- 
« binaisôns nouvelles quï eussent hit dispa- 
m raître 1er périls du temps, pour les remplace* 



12 MÉMORIAL (Oct. 181*) 

« par un avenir tranquille ; et l'ambition n'entrait 
ce pour rien dans mes vues. En relevant la Po- 
« logne , cette véritable clé de toute la voûte , 

* j'accordais que ce fût un Roi de Prusse , un 
« Archiduc d'Autriche , ou tout autre qui en 
« occupât le trône; je ne prétendais rienacqué- 
« rir; je ne me réservais que la gloire du bien, 
« les bénédictions de l'avenir. Croirait-on que 
« ce dût être là où j'échouerais, et trouverais 
« ma perte? Jamais je n'avais mieux fait, jamais 
« je ne méritais davantage; mais comme si l'o-, 
« pinion avait aussi sçs épidémies , voilà qu'en 
« un instant il n'y eut plus qu'un cri > qu'un' 

* sentiment contre moi : on me proclama le... 
« tyran des Rois , moi qui avais retrempé leur ». 
« existence; et je ne fus plus que le destructeur " 
« des droits des peuples, mpi qui avais tant fait > 

« et qui allais font entreprendre pour eux. Et 
« les peuples et les Rois, ces. ennemis irrécon- 
« ciliables,se sont alliés, ont conspiré de con- 
te cert contre moi ! On n'a plus tenu aucun 
« compte de tous les actes de ma vie ! Je me 
ce disais bien que l'esprit des peuples me serait 
« revenu avec la victoire; mais je la manquai., 
ce et je me suis trouvé accablé. Voilà pourtant 



(bct. 1816V DE SAINTE-HELENE. *3 

* les hommes et mon histoire ! Mais les peuples 
« et les Rois, et peut-être tous les deux ; me 
« regretteront! et ma mémoire sera suffisam- 
« ment vengée de l'injustice faite à ma pér- 
it sonne , cela est indubitable. » 

N. S. Si certains passages de la conversa- 
tion de l'Empereur avaient besoin de dévelop- 
pèmens ou de preuves , on va les trouver dans 
la.lettre suivante; elle est précieuse par sa daté 
et son contenu; ce sont les motifs et les vues d^ 
l'expédition de Russie, exposés, par Napoléort 
au moment même de l'entreprendre. Le vul- 
gaire était assurément loin de les comprendre, 
you.de leur rendre justice; je dis le vulgaire, 
J car il est bon de remarquer qu'aux yeux des 
hommes d'Etat, de ceux à vues larges et pré- 
voyantes, cette guerre fut très-populaire : ils 
étaient fâchés du moment; mais ils en avaient 
saisi très -bien toutes les grandes intentions. 

Instructions données à M***...»., pour lui servir de 

direction dans la mission qu'il aura à remplir en 

Pologne. (18 avril 1812. ) 

« Monsieur , l'Empereur compte assez sur 

« votre dévouement et sur votre habileté, pouf 

« vous avancer dans sa confiance jusqu'à vous 



n MÉMORIAL (Q«..M) 

« «berger d'yawt mission <h* plu$ grand intérêt 
« politique. Cet$e mission demande activité, 
% pmdçnce et discrétion, 

« Vous vqus yendre* à Preçde; l'objet appa- ; ! 
« rant de votre voyage aew 4e frce'senter à 
« S, ^ le Roi de Saxe iine lettre que MEmpe- 
« jrçwr Tou«i içmeHya demain, aprèa aon levw r 
9 S, Mrln*péri?de et Royale wua a déjà fai^ 
« çQnpa^e $q$. ipie&ttpro ; elle voua dotaera 
^verbalement çeg dernière» instructions sur Us 
% PtyXërtgreg qj*& voire $wm i feire au Roi de 

♦ ^int^^iwi «te ^Empereur est q&« Foi* 
« 3g*sœ>t eqv^s, c# ç^uveram ,. avec les égards** 
^ çue ^ i^eri te l'estime tPUte particulière qaie f \ 
« Su, 1&. professe pour s<* personne. Voua voua 

* expliquerez,, $pît a$ec Je Roi % soit, avec let 

* ^iuUtres* avec; uto franchisé sans réserve. 
« Vous ajoujtere* foi aux notions que voua- 

« donnera M. le comte de Set-Pilsaç. \ 

« Çç Ja part dç fe foxe, i\\vij. aw?& p»nt 

« <fe sacrifice sans cqnifi&z&téwrtL, ) . « 

« Li Sa^e tient peu, à la souveraineté du 

* 4ucha die: Yarsovie ^ tei qu'il existe aitjour* 
a d'hai : c'qst w*q p0§sws igft pi*&a*i* et *»é* 



(Oct. 1816) DE SÀINTE^HÉLÈNE. 18 

« reuse. La possession de ce fragtriënt de la 
« Pologne la place dans une faille position à 
« Tëgard de k Prusse , de l'Autriche et de la 
« Russie. Vous développerez ces idées , et vous 
« traiterez cette question dans le sens de la 
« discussion qui a eu lieu , le 1 7, dans le cabinet 
<r de S. M., en votre présence. Vous trouvère» 
« le cabinet de Dresde peu disposé à vous com- 
« battre : sa diplomatie nous a présenté à pîu- 
« sieurs reprises les mêmes observation^ Ce 
à n'est donc point d'un démembrement des 

* états du Roi de Saxe dont il s'agit. 

« Après un court séjour à Dresde , vous annOrt* 
« cerez votre départ pour Varsovie, où yoïis 
« devrez attendre^ de nouveaux ordres de 
•c I Empereur. 

« S. M. Impériale prie le Roi de Saxe de vous 
« accréditer auprès de ses ministres polonais. 

te Vous concerterez à Varsovie vos démarches 
« avec le prince ***, chambellan: de FEmpt> 
« reur, avec le général ***. Ces deux person- 
« nages descendent des plus illustres famille» de 

* la Pologne 9 ils ont promis de faire servir Fin* 
« fluence dont ils jouissent f>ârmi leurs conci- 
« toyens., pour les porter à travailler au bon- 



16 MEMORIAL (Oct. ,8v6) 

« heur et à l'indépendance de leur patrie. Vous 
« devez donner au gouvernement du grand du- 
* ché une impulsion propre à préparer les grands 
« changemens que l'Empereur se propose d'o- 
« pérer en faveur de la nation polonaise. 

« Il faut que les Polonais secondent les des- 
« seins de l'Empereur, et qu'ils coopèrent eux- 
« mêmes à leur régénération. Ils ne doivent 
« considérer les Français que comme depuis* 
« sans auxiliaires. 

« L'Empereur ne se dissimule point les dif- 
« Acuités qu'il aura à éprouver au rétablisse- 
€< ment de la Pologne. Ce grand œuvre de poli- 
« tique doit contrarier les intérêts apparens et 
« actuels de ses alliés. . 

« Le rétablissement de la Pologne , par les 
« armes de l'Empire français, est une entre- 
ce prise hasardeuse , périlleuse même , où la 
« France devra lutter également contre ses 
« amis et contre ses ennemis. Entrons dans 
« quelques détails. . 

«.L'objet que se propose l'Empereur est For- 
ce ganisation de la Pologne , avec tout ou por- 
<c tîon de son ancien-territoire , en évitant la 
« guerre, si cela. est possible. Pour y parve- 



( Oct. i&tt ) DE SAINTE-HELENE. 17 

« nir, Sa Majesté a donné des pouvoirs très- 
ce étendus à son ambassadeur à Péter shourg; elle 
* a envoyé à Vienne un négociateur qui est au- 
« torisé à traiter avec les principales puis- 
« sances , à offrir de grands sacrifices en ter- 
ce ritoire , de la part de l'empire français , 
« comme indemnité des cessions à faire pour 
« le rétablissement du royaume, de Pologne. 

« L'Europe se partage en trois grandes divi- 
« sions: l'Empire français à l'Ouest, les étata 
« de l'Allemagne au centre , l'Empire russe, à 
« l'Est; l'Angleterre ne peut avoir sur le conti-. 
« nent que l'influence que les puissances vou- 
ée dront bien lui conserver. 

a II faut empêcher , par une forte organisation 
« du centre, que la Russie ou la France puisse un - 
« jour, en voulant s'étendre davantage, envahir 
« la suzeraineté de l'Europe. L'Empire français 
« jouit actuellement de toute l'énergie de son, 
« existence : s'il ne termine en cet instant la 
« constitution politique de l'Europe , demain 
« il peut perdre les avantages de sa position, et 
« succomber dans ses entreprises. 

« L'établissement d'un %'tat militaire, en 
a Prusse, le règne et les conquêtes du grand 



18 % MÉMORIAL (fet.1816) 

« Frédéric , les idées du siècle et celles de la 
«révolution française, mises en circulation, 
« ont anéanti l'ancienne confédération germa- 
it nique* La confédération du Rhin ne tient 
« qu'à un système provisoire. Les princes qui 
« ont acquis voudraient peut-être la consolida-' 
« tion de ce système j mais les p? inces qui Ont 
« perdu,les peuples qui ont souffert des malheurs 
<t de la guerre , les Etats qui redoutent la trop 
« grande puissance de la France , s'oppôsèr oht 
« au inaintien de la confédération du Rhin, 
« chaque fois que l'occasion s'en présentera. Les 
« princes même agrandis par le nouveau sys- 
« tème, tendront à s'en éloigner à mesure que 
« le temps les consolidera dans les possessions 
« qu'ils ont obtenues. La France finirait par 
« voir arracher de ses mains un protectorat que 
« sûrement elle aurait acheté par trop de sacri- 
«r fices. 

« L'Empereur pense , qu'à une époque finale , 
«r qui ne peut tarder et se produire, il conviendra 
« de rendre la confédération des puissances dé 
« l'Europe à toute leur indépendance. 

« La maison <f Autriche, qui possède trois 
«vastes royaumes, doit être Famé de cette in- 



((kt 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 19 

c dépendance, à cause de la situation topogra-* 
« phique de ses États; mais elle n'en doit pas 
« être la dominatrice; en cas de rupture entre 
« les deux Empires de iFrance et de Russie, 
« si la confédération des puissances intermé- 
«r diaires était mue par une même impulsion 9 
« elle entraînerait nécessairement la ruipe de. 
«r l'une des parties contendantes. L'empire fran* 
« çais serait plus expose que l'empire russe. 

« Le centre de l^Enrope doit, se composer 
9 d'états inégaux eu puissance, qui auront cha- 
ir cun une politique qui leur sera propre; qui, 
f par leur situation et lçuàrs rapports politi- 
« ques, chercheront un appui dans le protecto^ 
« rat des puissances prépondérantes. Ces Etats 
« sont intéressés au maintien de la paix, parca 
« qu'ils seront toujours les victimes de la guerre* 
« Dans ces vues, après avoir élevé de nouveaux» 
« Etats, après, en avoir agrandi d'anciens, afia 
« de. fortifier pour l^àveuir nôtre système d*al** 
<* liane*, il est un intérêt majeur pour l'Empe- 
« rew et en même temps pour l'Europe, c'est 
« d'établir la Pologne : sans la réédification de ce 

* rojaume r l'Europe reste sans frontières de ce 

• cèté ' r l'Autriche et l'Allemagne se trouvent 



20 MEMORIAL (Ocr. i8iG) 

<t face à face avec le plus puissant Empire de 
« l'univers. 

« L'Empereur prévoit que la Pologne comme 
« la Prusse, sera, par la suite, l'alliée delà Rus- 
cc sie; mais si la Pologne lui doit sa restaura- 
« tion, l'époque de l'union de ces Etats sera 
« assez éloignée pour laisser l'ordre établi se 
et consolider. L'Europe étant ainsi organisée , il 
« n'y a plus de raison pour que la France et la 
« Russie soient en rivalité ; ces deux Empires 
« auront les mêmes intérêts commerciaux, ils 
« agiront d'après les mêmes principes. 

« Avant le refroidissement avec la x Prusse J 
« une première pensée de l'Empereur avait été 
« de faire une alliance solide avec le Roi de 
if Prusse , et de poser sur sa tête la couronne 
« de Pologne. Il y avait moins d'obstacles à 
« Vaincre, puisque déjà la Prusse possédait le 
« tiers de ce royaume. On aurait laissé -à la- 
« Russie ce qu'elle aurait voulu absolument 
« garder; on aurait donné des indemnités à 
ce l'Autriche. La marche des événemens a fait 
« changer les projets de l'Empereur. 

« Lojs des négociations de Tilsitt, il a fallu: 
« créer des Etats précisément dans les contrées 



4 

(Oct. 1816) DE SAINTE-HELENE. 21 

ce qui redoutaient le plus la puissance de la 
« France. Le moment e'tait propice au rela- 
te blissement de la Pologne i quoiqu'il eût été 
« Fouvrage de la violence et de la force. Il au- 
« rait fallu prolonger la guerre; l'armée fran- 
« çaise souffrait du froid et de la disette; la 
« Russie avait des armées sur pied. L'Empe- 
« reur a été touché des sentimens généreux 
« que lui témoignait l'Empereur Alexandre. Il 
« éprouvait des obstacles de la part de l'Autri- 
« che. Il a laissé dominer sa politique par un 
« égal désir de signer une paix qu'il espérait 
« rendre durable, si, par l'influence de laRus- 
« sie et de l'Autriche , l'Angleterre avait voulu 

i « consentir à une pacification générale. 

« Après ses revers , la Prusse avait trop de 
« haine contre nous pour ne pas chercher à mo- 
« dérer sa puissance; c'est dans cette vue qu'a 

I « été organisé le grand duché de Varsovie. On 

« lui a donné pour souverain le Roi de Saxe , 
« prince dont la vie entière a été employée à 
« faire le bonheur de ses sujets. On a cherche 

1 « à satisfaire les Polonais par des institutions 
« qui leur plaisaient et qui convenaient à leurs 



2* MÉMORIAL (O*. 1816) 

« mère patrie , il faut renoncer à les y con- 
cc traindre. La Pologne doit tirer sa force de son 
« esprit public , de son patriotisme, autant que 
« des institutions qui constitueront le nouvel 
« état social. 

« L'objet de votre mission est donc d'éclairer, 
« d'encourager , de diriger dans leurs opéra- 
ce tions les patriotes polonais. Vous rendrez 
« compte de vos négociations au ministre des 
« relations extérieures ; il instruira l'Empereur 
« de vos succès. Vous m'enverrez des extraits 
« de vos rapports. 

« Les malheurs et la faiblesse dp la républiqu e 
« de Pologne ont été causés par une aristocratie 
4e qui n'avait ni règle, ni mesure. A cette époque, 
ce comme aujourd'hui, la noblesse était puis- 
ct santé, la bourgeoisie soumise, et le peuple 
« n'éjait rien. Mais au milieu de ces désordres, 
« il y avait dans cette nation un amour pour la 
« liberté et pour l'indépendance, qui soutint 
«.long-temps sa débile existence. Ces sentimens 
« doivent avoir crû par le temps et par l'op- 
, ce pression. Le patriotisme est un sentiment 
« naturel aux Polonais; même aux individus 
«*des grandes maisons. L'Empereur tiendra sans 



(0*t.tfi6) DE SAINTE-HÉLÈNE: *5 

* restrictions la promesse qu'il a faite, par l'ar- 
« ticle 25 du traite du 9 juillet 1807, de faire 
« régir le grand-duché par des constitutions qui 

* assurent sa liberté et les privilèges des peti- 

* pics, se conciliant avec la tranquillité des 
« états voisins. Il y. aura, pour la Pologne, indé- 
« pendance et liberté. Quant au choix du sou- 
te verain, il résultera du traité que Sar Majesté 

* signera avec le* puissances. Sa Majesté ne 
« prétend au trône de la Pologne ni pour elle , 
« ni pour sa famille. Dans le grand centré de 
tr la restauration de la Pologne, elle n'a en vue 
« que lie bonheur des Polonais et la tranquillité 
m de l'Europe. Sa Majesté vous autorise à faire 

* Cette déclamation f à la faire formellement 
« lorsque vous le jugerez utile aux intérêts de k 
« France et de la Pologne. 

« Sa Majesté m'a ordonné de Vous trans- 

* mettre cette' note et ces instructions, dont elle 
« a pris connaissance 9 afin que vous puissiez en 
« faire la matière de vos entretiens avec les 
«ministres étrangers qui seront à Varsovie ou 
« à Dresde.. 

« L'Empereur fait adresser des notes au mi- 
« nistre de la guerre et à celui des affaires 
7. , 2 



,,* . ; MÉMORIAL <o<*.ui«) 

« étrangères du grand-duché. S'il était besoin 

• « de ressources pécuniaires , Sa Majesté vien- 

. « drait au secours du trésor de la Pologne, par 

. « des assignations sur les domaines de l'extraor- 

« dinaire qu'elle possède encore en Pologne et 

« en Hanovre. » 

Samedi 26. 

.Fluxion violent^.— Anecdotes intérieure! et domes- 
tiques. 

On disait l'Empereur fort souffrant. Il m'a 
fait demander dans sa chambre. Je l'ai trouve, 
la tête empaquetée d'un mouchoir, dans son 
' fauteuil, fort près d'un grand feu qu'il s'était fait 
allumer. « Quel est le mal le plus vif, la dou- 
ce leur la plus aiguë, demandait-il? * Je lui 
répondais que c'était toujours celle du moment. 
« Eh bien ! c'est donc le mal de dents, m'a-t-il 
« dit. » En effet, il avait une violente fluxion ; 
sa joue droite était enflée et fort rouge. J'étais 
seul, en ce moment, auprès de lui; je me suis 
mis à lui chauffer , alternativement, une flanelle 
et une serviette qu'il appliquait tout à tour sur 
la partie souffrante, et il disait en ressentir 
beaucoup de bien. À cela se joignait encore 



« 



(0«. ,8.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 27 

une forte toux nerveuse, de& bâillexnens et un 
frisson , présage de la fièvre. 

* Ce que c'est que l'homme, pourtant, disait*- 
«11, la moindre fibre attaquée suffît pour le 
« déranger .entièrement! D'un autre coté , eh 
« dépit de tous les maux , il faut parfois l'as?- 
« sommer si Ton veut qu'il finisse» Quelle singu- 
« Hère machine ! Et j'ai peut-être* 30 ans encore 
« à être eàferme dans cette triste enveloppe ! » 

Il attribuait sa fluxion à sa dernière sortie, 
au grand air qui l'affectait singulièrement. «c.La 
« nature est toujours le meilleur conseiller , 
« disait-il : je suis sorti maigre' moi , en dépit 
* de mon instinct, et seulement pour obéir à la 
«raison, » ' • 

Le docteur est arrive, et lui a trouve utt çènir 
mencement de fièvre. L'Empereur a passé de la 
sorte .tout le yestp du jour; souffrant par mor 
ment des douleurs très-aiguës; t allaut alors et 
revefcaitf;, alternativement , .de' son fauteuil à 
son canapé , : $t f remplissant les intervalles dé 
souffrance à cause* <V°kj«ts divers. , . J ,, : y- -.- 

Uji moment il s^est arrêté sur des v*ilçRi«9 
commises autour de lui lor/^dc, $a puissant: 
Un ménagç des Tuileries , que danâ le temps il 



¥& MEMORIAL (**.**) 

avait combW, disait-il, et qui, pa* parenthèse, 
lors de la catastrophe , s'était montre fort mau- 
vais , avait été pris* en faute, nu jour, ^par» lui 
en personne; Il se contenta de leur reprocher 
leurs torts an lieu de les en punir. Qu'ëtait-fl 
^attiré , ajoutait-il , c'est qu'il naVait fait que 
kg irriter srins donner ipn exemple de justice. 

* Et voilà ce que c'est, remarquait-il, que de 
<* faire les choses à demi , on y perd toujours. 
<t II ne faut pas voir; ou si l'on a voulu voir, il 
«faut savoir prononcer, etc., etc. » 

Citant ensuite une femme fort avantageuse*» 
ment placée , ainsi que son mari , et qui lui par- 
kit sans éésse de son dénuement. « Elle m'é- 
« crivait souvent, disait-il, pour me demander 
*dë l'argent, comme si elle eût eu des droits 
« sur' moi ; comme aurait pu faire M** Bertrand 
-« yfev^qne de Sainte-Hélène, ou Yun de vous- 

* autres > etc. , etc* » 

Mentionnant encore quelqu'un qui avait été 
"dtes plus coupables envers lui , en 181 tt, il di- 
sait : « Et vous croyez peut-être qu'il aura fui à 

* mon, retour? Non , f en ai e'té obsède'. H eon- 
M venait sans embarras d'uil engouement passa- 
it gçr pour les Bourbons, dont on avait été bîet» 



(O*, *«*)} DE SAINTE-HÉLÈNE. %9 

« punifc m'assurai**!, £ ç« qui n'avait fait q** 
* retremper , du reste, l'affection naturelle qu* 
r chatuu me portait à tant et de si ji*fct<e$ ti- 
« très I ! ! Je le repoussai. Et il est à croire qu'en 
« cet instant il est à leurs pieds* et leur dit ^ 
« comme de raison , des horreurs de tnoL,**.*.^ 
« Pauvre humanité ! Toujours et partout la 
« même !.•• * * ■ " 

Enfin il citait) et toujctt*§ 4ë la p&?t é« fcetï i 
qu'il avait comblés, une intrigue fort vilain* 
auprès de l'impératrice Joséphine, qu'on vou- 
lait porter, pour fc'eri iaire un mérite ailleurs 
sans douté , et sous prétexte de lui assurer < 
disait-on, son séjour et boa rèpoâ en France, 
à signer une lettre qui ne pouvait que l'avilir. 
On lui faisait écrire au Roi Quelle ne savait 
ce qu'elle était , ce qu'elle avait été; qu'elle le 
priait de fixer son existence, etc. » etc. L'Impé- 
ratrice pleura beaucoup , résista, demanda du 
temps > et consulta l'Empereur Alexandre* qui; 
lui dit qu'une pareille lettre serait son oppro*, 
bre, qu'elle envoyât promener les intrigans et 
les entremetteurs; qu'il était sûr qu'on ne lui 
demandait rien de pareil; que personne ne 
songeait à la faire sortir de France m A troubler 



SO MËMÔRIÀL (Ott.iM) 

son repos, et qu'an besoin iïse porterait pour 
sow répondait, etc. , etc.- 

Sut le soir la douleur s*est apposée , fct TËm-» 
pereur a pu s f endormir ; il avait dû beaucoup 
souffrir j toute sa physionomie montrait une 
extrême altération. •;!•'»•■' ' 

Dimanche 27. 

$4* sonifraoçep pènttpqqftf/— Immoralité, vice 1© plus 
;,••. . fpaj^te 4&n? te Souverain* 

- L'Etnpereyy a' passe tout le jour, sut sot* 
canapé ou soit fauteuil, près du feu. Il aurait? peu 
dormi, souffrait contins hier, et n'avait pas 
mange. Ses douleurs de tête et de dents étaient 
extrêmement vives^j la fluxion n'avait- nulle- 
ment diminue. Il a repris l'usage de la flanelle 
et des serviettes chaudes de la veillé, qu'il m'a 
dit r en me voyant, lui avoir fait hier tant de 
bien. Je me suis mis à les chauffer et à les lui 
appliquer de nouveau ; il n'en montrait touché , 
laissait parfois son bras sur mon épaule, me 
répétant Souvent : « Mon cher , tous me faites 
«du bien S » La douleur s'étant calmée , il a 
sommeillé quelques <instans ; puis rouvrant les 
yeux : « Ai-je dormi long-temps^ m'a-4-il dit , 



(Oeu i8i<5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 31 

«* vous êtes- vous bien ennuyé? » Et il jn'appe- • 
lait alors son frère hospitalier , le chevalier 
de Malte de Sainte^Hélène. La douleur ayant 
repris plus vivement que jamais, il a fait venir . 
le docteur, qui lui a trouvé de la fièvre; le froid 
de la veille lui était revenu ; il s'est vu forcé 
de se rapprocher du feu. 

Toute la soirée a été de même. Sur les sept heu- 
res il a parlé de se coucher; et ne voulant pas 
manger, il s'est fait lui-même de l'eau panée, 
dans laquelle il mettait du sucre, de la fleur 
d'orange et du pain que lui faisait griller son 
valet de chambre. 

A travers bien des sujets perdus, voici quel- 
ques mots recueillis sur l'immoralité. « L'im- 
« moralité, disait l'Empereur, est, sans con- 
te tredit , la disposition la plus funeste qui 
«puisse se trouver dans le souverain, en ce 
ce qu'il la met aussitôt à la mode, qu'on s'en 
« fait honneur pour lui plaire , qu'elle fortifie 
«tous les vices, entame toutes les vertus, in- 
« fecte toute la société comme une véritable* 
ce peste ; c'est le fléau d'une nation. La morale ' 
« publique , au contraire , ajoutait-il , est le 
*. complément naturel de toutes les lois; elle 



2* MEMORIAL <©*.••*) 

« estfi elle seule tout un code.» Et ii prononçait 
que la révolution, en dépit de toutes ses hor- 
reurs, n'en avait pas moins été la vraie cause 
de la régénération de nos moeurs. « Gomme les 
« plus sales fumiers provoquent la plus noble 
« végétation. » Et il n'hésitait pas à dire que 
son administration serait une ère mémorable du 
retour à la morale. « Nous y courions , disait-il , 
« les voiles pleines, et nul doute que les catas- 
trophes qui ont suivi feront tout rebrousser; 
« car au milieu de tant de vicissitudes et de 
« desordres , le moyen qu'on résiste aux tenta* 
« tions de tout genre, aux appâts de l'intrigue , 
« à la cupidité, aux suggestions de la vénalité, 
« Toutefois Am pourra bien arrêter, comprimer 

* le mouvement ascendant d'amélioration ; 
« iqais non le détruire; car la moralité publia 
« que est du domaine spécial de la raison et dés 
« lumières : elle est leur résultat naturel, et 
ce l'on ne saurait plus faire rétrograder celles-* 

* ci. Pour reproduire les scandales et les tiu> 
« pitudes des temps passés, la consécration des 
s doubles adultères, le libertinage de la régence, 

* les débauches du règne qui a suivi, il fan* 

* dr»i( reproduire aussi toutes les circonstance* 



<a* **) DE SAINTK-lll!l4ÈNE. 9ft 

« daims , ce qui est impossible j g &ud*aU 
«ramener l'oisiveté absolue de la première 
« classe, qui ne pouvait avoir d'autre occupa-* 
v lion que les rapports licencieux des sexe*} 
« il faudrait détruire , dans la classe moyenne * 
« ce ferment industriel qui agite aujourd'hui 
« toutes les imaginations, agrandit toutes les 
* idées, élève toutes les âmes; il faudrait enfin» 
« replonger les dernières classes dans cet avi~ 
« lissement et cette dégradation qui les rédni* 
« fiaient à n'être que de véritables bêtes de 
« somme; or, tant cela est désormais impos* 
« sible. Les mœurs publiques sont doue en 
« hausse, et Ton peut prédire qu'elles s'amé* 
« lioreront graduellement partout le globe, etc. 
Sur les neuf heures, et déjà au lit, l'Em- 
pereur a demandé qu'on fit entrer tout le monde 
dans sa chambre. Le Grand -Maréchal et sa 
femme étaient du nombre* Il nous a gardés une 
demi-heure, causant ses rideaux fermés. 

Lundi *8. 

L'Empereur, toujours souffrant, manque de médi- 
camens.-*- Guerres d'Italie par Serran. — Madame 
de Mentamu* 

Je souffrais beaucoup à mon réveil ; j'ai 



3* MEMORIAL (0*. >8i6) 

voulu mettre les pieds dans l'eau; impossible 
de m'en procurer. Je ne cite ceci que pour que 
Ton comprenne, si Ton peut, notre véritable 
situation à Longwood. L'eau en général y est 
assez rare; mais depuis quelque temps cette 
rareté a singulièrement augmenté, et c'est une 
grande affaire aujourd'hui que de pouvoir /pro- 
curer un bain à l'Empereur. Nous ne sommes 
pas mieux sous tous les autres rapports de se* 
cours médical : hier le docteur parlait devant 
l'Empereur de drogues, d'instrumens, de re- 
mèdes nécessaires; mais à chacun d'eux il, ajou- 
tait : « Malheureusement il n'y en a point dans 
* l'île. — Mais, lui a dit l'Empereur, en nous 
« envoyant ici on a donc pris l'engagement que 
« nous nous porterions bien, et toujours? » En ef- 
fet les plus petites choses et les plus nécessaires 
manquent. L'Empereur , pour faire bassiner son 
lit) n'a trouvé d'autre moyen .que de faire 
percer une de ces grandes boules d'argent dont 
on se sert pour tenir les plats dhauds à table, et 
d'ry faire iutroduire. des charbons., Depuis deux 
nuit§ U senj inutilement le, tçsoin d'esprit de 
vin, qui pût lui tenir chaude quelque «boisson 
nécessaire, etc. , etc. 



(Oct.t8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 35 

L'Empereur a continue de souffrir tout le 
jour; sa jotie* demeurait Içès-enflée; mais la 
douleur était moins vive, je l'ai trouve' près du 
feu lisant les guerres des Gaulois en Italie , par 
Servan. Elles lui donnaient Tidée de quelques 
additions à nos chapitres d'Italie, si prëciôux 
pour le métier. Il â fait venir la carte de ce pays* 
Comme je m'étonnais que Fauteur, descendant 
jusqu'à nos jours, et donnant les campagnes de 
l'Empereur même , il décrivît si peu , et semblât 
même ne pas connaître beaucoup le terrain. 
« C'est qu'il l'aura parcouru , disait L'Empereur, 
« sans le connaître , et n'aura peut-être pas su le 
* deviner, même en le voyant j .tandis que. le 
« génie des grandes entreprises, et les grands 
« résultats consistent surtout dans l'art de le 
« deviner, même sans l'avoir vu, etc. , etc. » 
- L'Empereur s'est vu forcé , comme hier, de 
se mettre ato lit de bonne heure. Il devait avoir 
de là fièvre, car il souffrait du froid. Il n'avait 
mangé qu'unie soupe depuis hier, et se sentait 
des dispositions à des étourdissemens. Il trou- 
vait son lit mal fait r les couvertures mal arran- 
gées; rien n'allait, disait-il; et il à essayé de 
faire raccommoder le tout tant bien que mal, 



36 MEMORIAL (Oo. 18*) 

remarquant a ce sujet que tout ce qui l'entou- 
rait n'était calculé que sur sa bonne santé* et que 
chacun se trouverait eau* expérience et sans 
doute bien gauche s'il tenait jamais à être sé- 
rieusement malade, etc., etc. 

Il s'est fait faire du thé de feuilles d'oranger, 
qu'il a dû attendre long-temps, ce qu'il a fait 
avec une patience dont je n'eusse certainement 
pas été capable. 

Il a causé, étant au lit , de ses premières an-» 
nées de Brienne, du duc d'Orléans, de M™* de 
Montesson r qu'il se rappelait y avoir yus j de la 
famille de Nogent, de celle de Brienne, liées aux 
détails de ses premières années, etc. , etc. 

m Une fois à la tête du gouvernement, disait 
a Napoléon , M" 9 de Montesson m'avait fait de-* 
« mander à pouvoir prendre le titre de du- 
a chesse d'Orléans , ce qui m'avait paru extrê~ 
« mement ridicule, » L'Empereur ne la croyait 
que maltresse du prince.. Je l'assurai qu'elle 
avait été bien mariée avec le consentement 
de Louis XV, et que je croyais être certain que 
depuis la mort de son époux, elle prenait, dans 
tous les actes, le titre de douairière d'Orléans, 
L'Empereur disait avoir ignoré cette circons- 



(G*. ,«r6> DE SAINTE-HELENE; W 

tance, ce Mais encore, dans ce cas, observait-il, 
* qu'avait à dire- et à faire le Premier Cottsul? 
« Aussi était-ce toujours là ma réponse ai** in*' 
« téressés, qui en étaient peu satisfaits. Mais 
« devais-je prendre tout aussitôt les irrégula- 
« rites et les ridicules de la vieille école? etc. » 

Mardi 29. 

I/Emp&ew continue d'être très-iouflraak — • Circons- 
tances caractéristiques. 

Mou fils était malade, mot-même je n'étais 
pas bien; mes insomnies duraient toujours- La 
docteur est venu nous voir. Il m'a appris que 
l'Empereur était mieux y mais qu'il s'obstinait 
à tovt à ne vouloir faire aucun usage de la me* 
decine, 

Je n'ai été appelé qu'à cinq heures che« 
l'Empereur. Je l'ai trouvé les pieds dans l'eau , 
souffrant encore violemment de la tète. Cepen- 
dant, ce demi * bain lui a. fait du bien. Il 
s* est remis sur son canapé, et a pris les Me» 
moires de Noailles j il en a lu tout haut quelques 
morceaux sur le duc de Vendôme , au siège du 
Lille, quelques autres sur le duc de Berwick , 
<p! il accompagnait de remarque» à sa manière, 



38 MÉMORIAL .. (Ocna.6) 

toujours neuves , originales , piquantes. Je re- 
grette fort de ne pouvoir les. tracer ici ; mais 
cette dernière partie de mes cahiers n'ayant point 
encore été mise au net lorsqu'ils m'ont été arra- 
chés , je n'y retrouve aujourd'hui que des indices 
devenus par le temps tout-à-fait étrangers à 
ma mémoire. 

L'Empereur , apercevant sur sa commode 
quelques pâtisseries ou espèce de sucreries qui 
semblaient y avoir été oubliées, m'a dit de lui 
en apporter; et, comme il voyait mon embarras 
et mon hésitation, cherchant vainement le 
moyen de pouvoir les lui présenter avec conve- 
nance. « Bah î mon cher , avec là main, m'a-t-il 
« dit, tout bonnement avec la main; plus .de 
« cérémonies, plus de façons entre nous; nous 
« devons désormais demeurer à la gamelle l'un 
« pour l'autre. » Voilà une fort petite circons- 
tance sans doute, mais qui pourtant rendra bien 
mieux, aux yeux de plusieurs, la tournure 
d'esprit, le caractère, les dispositions de Famé, 
la véritable pensée, que ne sauraient le faire 
une foule de paroles ;. car il est des esprits, judi- 
cieux et observateurs qui savent apercevoir et 
déduire, lorsque beaucoup d'autres n'ont pas 



(0«t..8ts) DE SAINTE-HÉLÈNE. k 39 
même soupçonné; aussi c'est' ce qui Va me faire 
replacer ici ce que j'avais repoussé ailleurs, 
dans la crainte que cène fût jugé insignifiant, 
ou du moins inutile. 

Je dois avoir dit que, dans la familiarité de 
son petit intérieur, l'Empereur passait volon- 
tiers en revue, vis-à-vis de moi, tous les titres. 
Ah! bonjour Monseigneur. Comment se porte 
Votre Excellence? Que dit aujourd'hui Votre 
Seigneurie? etc. , etc> Or , un soir, me rendant 
au salon dont l'huissier allait m'ouvrir la porte, 
celle de l'Empereur, qui en est voisine, s'ouvrit; 
il s'y rendait précisément aussi. M'étant rangé 
pour son passage, Lui, en distraction san^ doute, 
s'arrêta, pour me prendre l'oreille, ajoutant 
gracieusement : « Que faisait là Votre Majes- 
té té. » Mais ce mot ne fut pas plutôt lâché 
que mon oreille le fut aussi. Sa figure devint 
tout autre, et il se crut obligé de me parler 
gravement d'autre chose. Ce n'est pas que je 
n'eusse appris près de lui à'ne pas avoir entendu 
au besoin ; mais n'importe , il s'en voulait évi- 
demment d'avoir laissé échapper cette* qualifi- 
cation : toutes les autres pouvaient lui paraître 
des plaisanteries; mais il ne semblait pas en 



UÙ MÉMORIAL lte«i) 

être de fbèmti dé celle-ci ; soif par to mMtté 
spéciale, soiï ptf no* eîrcoWtaûee& présente* 
ou autrement, <Jue sâi*-je? Du* reste, chacun 
conjecturera ce qui lui plaira j seulement je 
Raconté le fait. 

Sur le soir, l'Empereur nous a reçUç tous âprèi 
tfûtre dîner. Il était dans son lit, et est revenu 
à sou incrédulité eu utàkâhlé, qu'il appuyait 
de si bonnes raisons , disait-il , que Corvisard et 
lea autres célèbres ne le combattaient que farn 
Metnei&t, etseulement pour l'honneur du corps. 

Mercredi 3o. 

Cinquième jonr de réclusion* -* Anecdote potir mé- 
moire non payé. — Sftr rimpopuiartté^ 

L'Empereur aujourd'hui n'a pas été' mieux. Il 
a eu, à l'heure accoutumée, son léger accès de 
fièvre. Sur le soir le docteur est arrivé; il por- 
tait plusieurs gargarismes innocens, disait - il ; 
mais il n'en a pas moins eu de peine à en trouver 
Temploi. L'Empereur avait beaucoup de bou- 
tons sur les lèvres, dans la bouche et jusque 
dans le gosier; il avait beaucoup de peine à 
avaler, même à parler, disait- il. On n'a pu 



(Cet. is;0) DE SAIPTrE-HÊLÊNE. JM 

prouver , pour son usage , de l'huile supportable : 
elle est horrible, et il est fort délicat» 

I/Empereu^, dans la conversation du, jour, 
parlant des dépenses, du gaspillage et des dettes 
permanentes de Joséphine, en est arrivé à ra- 
conter <ju'il s'était vu lui-même, lui, l'homme 
le plus régulier qui existât t l'objet d'une es- 
clandre fort désagréable à Saint-Cloud. « Etant 
« dans ma calèche , disait-il , l'Impératrice à 
« mes côtés, et au pailieu d'un concours im- 

* jnense de peuple, je m'étais vu interpellé) 
« tout- à-coup à la façon de l'Orient, comme 

* eut pu l'être le Sultan se rendant à la mos- 
u quée, par un homme qui avait travaillé pour 
« ma personne , et réclamait une somme consi- 
« dérable dont on lui refusait le payement 
« depuis lpng-temps. Et il se trouva que c'était 
a juste , remarquait Napoléon; mais j'étais en 
« règle aussi; j'avais payé depuis long- temps : 
ik l'intermédiaire seul était coupable, etc., etc. 

Dans un autre moment, à la suite de l'im- 
popularité dont, disait-il, il avait fini par être 
l'objet, comme je revenais à I|xi témoignée moii 
(étonnèrent de ce qu'il n'avait pas cherché 
quelque moyen de faire contreminer les libelles, 
7. * r- f 



hï MEMORIAL (Oct. 1816) 

et de râteler Y opinion qu'on lui enlevait, il 
a répondu avec une sorte d'inspiration : « J'a- 
ie vils, ma foi, des vues autrement larges que 
e d'aller m'ofccùper de flagorner ou de 
« ménager, une petite multitude, quelques co- 
« teries ou variations de sectes. Non, il fallait 
« me laisser ïeveriir victorieux de Moscou , et 
? l'on eût vu bientôt , non-seulement tous ces 
« gens-là , non-seulement toute la France, mais 
« encore le monde entier me revenir • m'admi- 
« rer et rpe bénir. Il ne m'eût plus fallu que 
« disparaître par hasard au sein du mystère, 
« et le vulgaire eût renouvelé pour moi la fable 
« de Romulus; il eût dit que je m'étais enlève 
« au Ciel pour aller prendre ma place parmi 
« les Dieux!... » 

Sur les sept heures l'Empereui* s'est mis au 
lit , se trouvant le corps et la tête faibles. Àpfcès ^ 
notre dîner il nous a reçus tous ensemble comme 
hier; ses rideaux étaient fermes. Après une 
conversation perdue de quelques instans, il lui 
a prû? fantaisie de se faire lire Robinson; chgr 
cun faisant ia lecture à son tour* excepté moi, 
à cause de l'état de mes yeux. Au bout d'une 
heure on deux, il nous a congédiés en retenant 



4 



1 k. ** **L 



(toct.tè*é) DE SÀlNTE-feLELENE. X3 

seulement lô p lus jétliié, îé général t^ùrgàùà, 
potif lui eôhtiiiiicr eflcbrè là lecture et causer. 

jeudi 3i. 

raâpéHÀ» tttflé , dit-il , les ¥ègléé cl» fe Atâfe&fe. — ' 
il a coniiiaiMléluttte* ttei -M&ntlKÇai* tt feW-' 
mier*a<»ae-a^péUt'1aigraÉile««liaBk ' . . * 

Le tèttpfc s^tàrt nSis àtl bètin$ h teinpe'raVtfré' 
aujourd'hui #ait tféKcieuse. il J «tyit sïx 
jourt <jue l^ÇfetJUgWAdit fecllathbtë; fefi-' 
gué de la moncrtdmfe de soh ttiàl, il à résolu 4e' 
violer, aisàit-il, là loi dti ètttfteiir. ïl est sbrfi; 
Dàais ilsefcèntaftsi ïaible, ^u"il pouvait à peine 
marcher* H « feit deftàniiter la^aiefcheV Utilifotf 
avons fâitiitî Voùt-. Il élàlt triste et silencieux, tl 
souffrait beaucoup , Surtout âëts teutons etfxî 
couvrkWW: 'sëiîèvïfes. 

Peu à{frès Son rttôii'r, il Wtt ïartêëWiaHaii'' 
dans feu cnaiflHrte. La Çrottehadé l'avait èttcbre* 
abattu. Il se sentait tfrfes-fikSMe «t tort disposa 
l ? àssôupissèinenfc. -Je l'tti dtfteritirnié & inanger 
un^eu; il^firti'jyarun vémaeTrhtteB^èury 
et il est tioriTeùù ifàfQ en «Ôrtî«vèiB4'v ; éBé' 
trouvait beaucoup ihteux; H'iftstiàxfc â causer ;' 

« En mettant !è $fc& «n f iaKë, «HsaMl, j'ai' 



M. MÉMORIAL ( ct. im> 

« changé les mœurs , les senti mens , le langage de 
« notre révolution. Je n'ai point fusillé les émi* 
« grés, j'ai secouru les prêtres, j*Ui abrogé les ins- 
« titutions, les fêtes qui nous déshonoraient, 
ec II est vrai que je n'étais point guidé par mou 
«.caprice, mais bien par la raison et l'équité, 
« ces deux 'bases premières de la haute polit i- 
« que. Par exemple , a-t-il dit à quelqu'un, 
« si la fête de la mort du Roi se fût toujours 
« continuée, tous n'auriez pas eu l'occasion de 
« pouvoir vous rallier jamais , etc., etc. n 

L'Empereur disait alors avoir été «elui qui 
le premier avait salué la France du nom de 
la grande naf ion. « Et certes, remarquait-il, 
« je l'ai montrée telle au monde abattu devant 
« elle, » Et après un léger intervalle, il a, 
repris : « Et elle le sera encore et le demeurera 
« toujours , si son caractère national redevient 
« en harmonie avec tous ses avantages physiques 
« et ses moyens moraux , etc. , etc. » 

Dans un autre moment, parlant de quelqu'un 
qu'il aimait beaucoup , il disait : « C'est le 
<r caractère de la vache : doux et tranquille 
ce pour toutes choses, excepté sur l'article de 
« ses enlans; dès qu'on touche à ceux-ci, aus- 



t»Q*. 1816) DE SAINTE-HELENE: - Ù 
« sitôt les cornes en avant; ompourrait le rendre 
« furieux > etc. , etc. » 

Parlant d'un autre qui avait passé trente 
ans, et qu'il accusait d'être trop jeune, il di- 
sait : « À cet âge, pourtant, f avais fait toutes 

* mes conquêtes, je gouvernais le monde; j'a- 
tc vais appaisé la tempête , fondu les partis 9 
« rallie' une nation, cre'é un gouvernement, uh 
« empire; il ne me manquait que le titre d'Em- 

* pefeur. » Et continuant sur ce sujet , il di- 
sait : « J'ai été gâté , il faut en convenir; j'ai 

* toujours commandé; dès mon entrée dans la 
« vie, je me suis trouvé nanti de la puissance, 
u et les circonstances et ma force ont été telles , 
« que dès que j'ai eu le commandement, je n'ai 
k plus reconnu ni maîtres ni lois. » 

Vendredi i w Novembre* 

Affaissement de l'Empereur. — Sa santé continue de 
s'altérer sensiblement. — Inquiétudes du médecin. 
■— Nos prisonniers ea Angleterre ; les pontons, etc. 

Aujourd'hui 4 er le temps était très -beau. 
L'Empereur a voulu en profiter. Il a essayé dé 
sortir sur les deux heures. Après quelques pas 
dans le jardin il a eu l'idée d'aller se reposer 



çfce* W Pejrttfwtf * U y est fawnN plm «J'v^e 

heure dans un fauteuil ^ ne parlant pQ\n$, $Quf- 
|Ë9Hfc e| abattu j a.u bquj 4e, ce temps, i \ a regagné 
.fcn|uiss£mme.n,t sa. çfcani^re, q£ il s>st jeté sur 
son, canapé, S9jBme,iUa.n^ comme la veillç. Cet 
affaissement m'affectait douloureusement. Il 
égayait de temps 4 autre de qpmbattrç çet^e 

4>DpçitiQn j mm U w> îrouyait rie» 4 dire, et , 

. s.'ij ypujaif se mettre 4 Ure ? Ja lecture Je dégpû- 
j^it toitf ftçs§ijQt. Je. l'aj <ruitté pqur Je. fisses 
rçpqser, 

y oç frégate anglaise e§J arrjyée du. Çap ? çjans 
sa jputç pour l'Europei c'était une occasion 
pour »Q»S d'e'çrirç 4 pps amjsj mais je me suis 
interdit, désormais la. douceur d/en profiter? les 
plaintes réitérées du Gttuyerneur m'en fpnf; une 
loi, par la nature des conséquences dont il me 
menace) peut-être tiendra-* -il un moment 

mm» fiWeJ» j'àtlendwÀ I?*. f 

Le docteur 0' I)feWa est venu voir mon fils , 
4&at l'état ne laissait pas «pie d'être iuejuiétant ; 
payait é\é gaigne' hjer .de nqçyeauj \\ avait 
bu 4^ éva^uissgmenp IÇrpis Wquafre fois dans 
Ja journée. 

Le doçtepr a profité de çeff e occasion pour 



(«or. >8* ) DE SÀINTE-flJ^ÈNE. jp 

me tp^x spéfflalerçeut d? Ja j$nt«j d^ !'£»£€- 
reur me confiant qu'il n'était pas sans inquie- 

de prêcher, d^it-jl, pp^r p|p§ d'ftffFF)^? ef 

ipeijPF à $p?t# ^ay^f age> IJ fçp s$f , ppîf v^ni^ns- 
nous, qu'il changeait de majifèfç à efff^ypr^çt 
ljû (le jiopfeur), n'hâtait pas ft prononcer 
qix'up si ^Pp»pl?f r«P°s> fprès upp çjl gr?nde 
agit?tiqn, pouyatf 4?T e ftfF de* P^ $ fupestçsj 
que Jtoijtp rôtoiie ^«Wfc SR 1 ^ P<tyyyi£ OTÇfMF 
$i fapileropitf Ja qualfjp' dif climat, ft$ fpjjt autre 
accident 4e 1? patyire, lui deyiepdraft ipfeill^le- 
ment mortelle. JLe$ paroles du doctepr, sqii 
aniiété nf'ppt viypmept tyçpbé. $è$ çç jteipps 
j'aurais dû 4eyinç? en lui pet ffitéf £t réel qji'il 
a sf bien prouyé depuis. 

Sur les six lfpufles TEfliflfirepr m'a ^if ap- 
peler; il était dan? §on J>aîp , sprçffrant peut-$tre 
eijcpre pty? qrçe de ppiftypip; c'était epcOT C , 
pençaif-il, \e résultat (Je sa sqjrfye d'hier ; le bpn 
hù a réussi; il se tp>llY?it up p,ep rçûeu*. Il s'est 
pais à lire }'ajpbas*ade die lord ^lac^rteney en 
Chine i ce qu'il a pjroloqgp assez long-temps, 



fcÔ MÈMORlAt itef. »**) 

dissertant chêmin-faisant Sur bien des objets 
qu'il y rencontrait. 

Puis, laissant son livre, et se mettant à cause*, 
là situation de ilos prisonniers en Angleterre 
s'est trouvée un des sujets accidentellement 
amené par le courant de la conversation. 

H vais réunir ici de qu'il a dit aujourd'hui et 
en d'autres moînëits. 

La rupture subite du ttaité d'ÀmiétiS, SOUS 
de si mauvais pïétextes, et avec autant de mau- 
vaise foi, de là part du ministère anglais , avait 
causé itnë vive irritation chez le Premier Consul, 
qui se Sëiitait joué. Là Saisie dé plusieurs bâti-» 
mens de iiotré commerce, avant même de noua 
déclarer là guerre, vint y metire le comble. 
« Sur mes vives réclamations , disait l'EmpO 3 
* reur, ils se contentèrent de répondre froide* 
« ment que c'était leur usage, qu'ils l'avaient 
«toujours fait, et ils disaient vrai; mais les 
9 temps n'étaient plus pour la France de sup-* 
« porter pàtiemiftent une telle injustice ni une 
k telle humiliation. J'étais devenu Fhôrilnie de 
« ses droits et de Sa gloire, et j'étais tout dis- 
« posé à montrer à nos ennemis avec qui désor-*» 
% mais ils avaient affaire. Malheureusement ici) 



(NÔT.,8,é) DÉ SAIîrrË^ItÉLÈNE: *Ô 

V par notre position réciproque, je ne pouvaifc 
« venger une violence que par une viblèncfe 
« plus forte encore. C'est une triste res&ourcfe 
« que les représailles sur des innocens au fond ) 

* mais je n'avais pas de choix. 

« A la lecture de l^ironiqUe et insolente r^- 
w ponse faite à mes plaintes, j'expédiai , au mi*- 
« lieu de la nuit même, l'ordre d'arrêter, par 

* toute la France , et sur tous lçs territoires 
« occupés par nos armes, tous les Anglais cpiel- 
fc conques, et de leis retenir prisonniers en re- 

* présaille dte nos vaisseaux si injustement 
fa saisis. Là plupart de Ces Anglais étaient des 
« hommes considérables, riches et titrés, venus 
« pour leurs plaisirs. Plus l'acte était nouveau, 
« plus l'injustice était flagrante, plus la chose 
ta me Convenait. La clameur Ait universelle ; 
« tous ces Anglais s'adressèrent à moi; je les 
ta renvoyai à leur gouvernement : leur sort 
« dépendait de lui seul, répondais- je. Plu- 
fr sieurs, pour obtenir de s'en aller, furent 

* jusqu'à proposer dé se cotiser pour acquit 1 - 
m ter eux-mêmes le montant des vaisseaux arrê* 

* tés. Ce n'était pas de l'argent que je cher* 
« chais, leur faisais- je dire f mais Inobservation 



£0 ME^lORIfL (^ >8^) 

* de, |a sjmple morale, le ressèment d'un 
« Jorf pd|pu>j e^ le crpirH-Sn^'^mW^H- 

* ti(W WgMff > 3W 5 ?* a^çjeufse,, SW ttW¥ 
« daps ses, (Jrqift marjfimçs , que la. çquj de 
« Rome dans ses prétpjiqns reljgieuses f a 
s mieux ajpip lais,se,r injustement djx aqs 4ans 

* les fer$ une masse, ^rès - d^inguce de, ses 

* compafrjpfjes, qçie de renpnper, authentiquç- 
? ment pour l'avenir £ un misérable usage de 

* rj H?èRPS Sl tf l e P JPJ?F S - 

« Déjàj eu arrivant à la tfjfe <^.u gouyerne- 

ff ffiPBÎ ÇftP s, JÏ ai f?i j'i»m s e » » n 8 PR?eayçc le 

* pabjnej anglais tquçhgnt Jes prisopnjers. , e* 
« cefte fpj» je l'ayais emporté. J^e Djrepfpire 
« avait eu la çflttjse 4e se P r 4j#* 4 un arrange- 

* me^ quj nous e|ait extrêmement pjeju- 
« djcjabje, e|t tqut-àrfait à l'avantage des 
« 4«»glajs.. 

m en France e| nous ayigns, la charge dp nourrir 
« leg nôfres en ^nglefprre,. Qr, nousayipns 
« asse* peu d'^ngjajs çaeg nqus, ef ils ^paient 
« beaucoup; de Français ph,eç eujj les vivres 
«étaient presque pour rjen en France, ils 
;« étaient d'un prix exorbitanj; en ^ngJjeterre. 



(ifty.jM) DE SAINTE-HÉLÈNE: hi 

« Lps Anglais oyaient donc fort peu de chose à 
« paye??, tWfUs (F*? de notre côté nojis devions 
je gnyojtej dp§ spipujes énormes en pays ennpipi, 
s et H9flf étions fort pauvres. Ajoutez qj;e tous 
f eps 4efail$ exigeaient $e$ agens croisés $uç 
a les IJpux fpspepjifs, et mppsieur le pojnmis- 
g pairç apgUi§ n'hait autre c^pse qjje Te^pioç 
p 4# P os affaires, l'entremetteur, le machina- 
it |pur 4e3, complets de l'intérieur, oprc}i$ avec 
y lp$ émigrés du jde|ipr$. A pejne eju? - je pri^ 

* ponnfiissance /d'ilR tpj, état dp c^ps^es , que 
je l^btts fuf rayé d'up ty^iç de pjiuuxe. Jl fu$ 
5 sigpjfié au gçiperperaent anglais, qi^£ 

* cqjnpfpr 4u nçipp&ept-, chaque nation nourri- 

* rajj; fjésonjiais }e$ prisonniers qu'elle aurais 
? ftit§ ? si n^eu* cm g^iroig les échanger, Qa 
f jefa Jes ^auts pris, on menaça dp M 8 laisser 
p.fnp^rjf 4$ faim. Je soupçonnais fcie*i jrç^ep de 
y dgfçfé çtd'égaïsiçe aux m^instrçs anglais pour 
5 fft ftypif Vf? 1 *?** 5 * J**** 8 j'fit^is sûr qrçe l'huma- 
f ijitc de la Ration g'ej* serait révoltée. Qrç plia ; 
le jjoç i$|lhueuf/eu x Fraijs?Û£ fl'ep forent $i ipieu* 

* W Bhtf W*f4i BVHS JW gâgoiapes de grands 

* ^y&ÇfcHSes? ?f ^phappâipes à urç arrangement 

* qrçi étgit upe espèce 4e joug et de tribut. 



bè MEMORIAL <*ot.i*i6) 

« Durant toute la guerre je n'ai cessé d'of* 
u frir l'échange des prisonniers ; mais le gou* 
vc versement anglais, jugeant qu'il m'eût été 
te avantageux, s'y est constamment refuse' sous 

* un prétexte ou un autre. Je n'ai rien à dire à 
fc cela; la politique à la guerre marche avant le 
te gentiment; mais pourquoi se montrer barbare 
« sans nécessité? et c'est ce qu'ils ont fait, quand 
te ils ont vu grossir le nombre de leurs prison- 

* nieîs. Alors a commencé pour nos malheu* 

* reux compatriotes cet affreux supplice des 
v pontons, dont les anciens eussent enrichi leur 
te enfer , si leur imagination eût pu les conce- 
te voir. Ge n'est pas que je ne croye qu'il y avait 
« exagération de la part de ceux qui accusaient; 
te- mais aussi il n'y a pas eu de vérité dans ceux 
te qui se défendaient. Nous savons ce que c'est 
te qu'un rapport au parlement; ici nous" en 
<R sommes sûrs quand nous lisons les calomnies 
te et les mensonges que débitent en plein par- 
lement, avec une si froide intrépidité, ces 
« médians, qui n'ont pas rougi de se faire nos 
te bourreaux. Les pontons portent avec eux leur 

* vérité, il suffit du simple fait; y avoir jeté 
te de pauvres soldats qui n'étaient pas accou- 



(Hoy. »8i6) DE SAINTE- HÉLÈNE. $3 

« tumés à la mer, les avoir entassés les uns sur 

* les autres dans des lieux infects, trop étroits 
« pour les contenir; leur avoir fait respirer deux 
« fois par vingt-quatre heures, à la marée basse, 
« les exhalaisons pestilentielles de la vase , avoir 
« prolongé dix ou douze ans ce supplice de 
«i chaque jour, n'est-ce ]tas assez pour que le 
« sang bouillonne au hideux tableau d'une 
v telle barbarie? Et sur ce point je me reproche 
v fort de n'avoir pas usé de représaill^, de 
ce n'avoir pas jeté dans des pontons pareils, non 
« les pauvres matelots et soldats , dont la voix 
« ne compte pas, mais tous les piilords et la 
<t masse de la classe distinguée. Je leur eusse 
« laissé libre correspondance avec leur pays, 

* leurs familles, et leurs cris eussent, assourdi 
« les ministres et les eussent fait reculer. Il est 

* vrai que les salons de Paris, toujours les meil- 
« leurs alliés des ennemis, n'eussent pas man-r 
fc que de me dire un tigre , un cannibale ; n'iul^ 
« porte, je le devais aux Français qui m'avaient 

* chargé de les protéger et de les défendre. J'ai 
« manqué de caractère : c'était mon devoir, n 
Et il m'a demandé si les pontons existaient de 
mon temps. Je ne pouvais le lui dire; cepen-r 



5 J* MÉMORIAL ( Nov. \m) 

dant jfc pensais que non, parce èjue fétài&sûr 
qu'il existait dés prisons pàfrqùées eh plfeihè 
campagne) que beaucoup d'Anglais lies Visi- 
taient en faisant du bien aux prisonniers , et ache- 
taient leurs petits travaux. Toutefois ils devaieht 
être bien mal et souffrir de la faim; car on 
racontait qu'uh agent du jgoùverheihent y tëtaht 
entré à cheval, et en étant descendu Un instâht, 
il n'avait pas eu le dds tourné que lé pauvre 
animal , eh Un clin-d'oeil; avait été enlevé', dépefcè 
et dévoté. Je ne garantissais pas le fait ) mais iï 
nous avait été raconté pàt des Anglais ïhêines, 
et des fanatiques d'îentre eux, qui à la vérité hè 
le citaient pas cothme preuve des besoins âe& 
prisonniers français , mais bien pour faire res- 
sortir toute leur férocité et voracité. I/Ëmpe- 
reur ten riait cortime d'un conte bléti, disâht qtié 
là nature aurait à êii frémir, fei là chose était 
réelle ; car il est bien évideht à qui que ce soit , 
têmàrqùait-il, qu'il n'y a que là faim poussée 
jusqu'à la rage qui puisse porter à dévorer du 
cheval. Je lui donhais tme autre ïaisou, pour 
croifre que de mon temps il h*y avait point 
encore de pontons j c'est qu'il avait été grande- 
ment 'question de consacrer aux prisonniers 



(N*.i8i6) DE SAEVTE-HÉLéNE. 55 

quelques petites ils dekertes, situ&es entre l*Àn£ 
gleterre et l'triàttifô : dà leà y eût déposés; 
toute emKarcâUoti (fiiyicohqxife feût ëtë sbtis- 
tràité; on lesfeût tout à fait abandonnés à ëdx- 
memes dâité Uii complet ïàdtemeiit, et ilnTèût 
plus été besoin que de ^iielquës bâtiîàeng 
légers, en constante fcroisïère, pour les garder. 
Seulement ôii objectait qu'eu cas dé descente 
de la part de l'ennemi , son gràtid tet îaciie bfijel 
serait d'aborder tels îles, et qtt'èh y distribuant 
dès armes, il y recruterait Une aiinée toute 
faite j et jtèût-étrfe, dlSais-je, est-ce cette première 
idée qui aura conduit à celle des pontons; car 
le nombre des prisonniers fcrôisèant toujours, 
l'autorité s^èffrayâit de les aVoit & terre iaù 
milieu de soi, par la disposition d'une partie de 
la population, qu'il Soupçonnait d'être fort por- 
tée à fraterniser avec les Français. « Eh bietiî 
fr disait Nâpôlébil, je conçois ces îles, car là 
« sûreté et $a proprte conservation avant tout. 
« Mais lé supplice* des j^cfttbùs est tine tache i 
a l'humanité anglaise , un aiguillon dé fureur 
« qui ne peut Sortir du vœùk dès prisonniers 
« français. 

« L'article dés prisonnier* a été un dés points 



$6 MEMORIAL (*<*■ i|tf l 

* sur lesquels s'est exercée 1& mauvaise foi 
tt habituelle des ministres anglais, avec ce ma-? 

* chiavélisme ordinaire qui caractérise si bien 
e r école actuelle. Absolument résolus à re- 

* pousser tout échange, et ne voulant pas être 
« accusés de s'y refuser, ils multipliaient et 
« dénaturaient les prétextes. C'était d'abord 
« mon atroce violation des droits civilisés én- 
« vers les détenus , que je prétendais considérer 
n comme des prisonniers, principe qu'il ne leur 
« était pas permis de reconnaître, disaient-ils, 
« par quelque considération que ce fût. Ensuite 

* vinrent les évasions réciproques. Quelques? 
« uns. des détenus, qui demeuraient libres sur 
% parole, s'étant évadés, ils furent accueillis 

* avec acclamation. Des Français en firent. 
« autant; et je blâmai leur retour; je fus jus-: 

* T 1 * proposer qu'on se renvoyât réciproque- 

* ment ceux qui avaient violé leurs engagerions j 
« mais il me fut répondu que des détenus n'é- 
« taieut pas des prisonniers, qu'ils n'avaient 
« fait qu'nser d'un droit légitime, qu'ils avaient 
<* échappé à l'oppression , qu'ils avaient bien 
« fait; et on les employa. Dès ce moment j'en** 
? gageai les mien* à s'éyadeç, e( je les em-* 



<»ar. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 57 

« ployai , et les ministres remplirent leurs jour- 
«c naux des plus effrontées diatribes, me signa- 
it lèrent à l'Europe comme un homme sans mo- 
« raie, sans foi ni loi, etc. 

« Quand enfin , pair un motif quelconque , il 
« leur convint de traiter de l'échange , ou peut- 
« être aussi quand il leur vint une idée qu'ils 
« crurent propre à me jouer sur ce point, ils 
« envoyèrent un commissaire 5 les grandes diffi- 
« cultes disparurent, et les bases se posèrent 
« pour l'amour de l'humanité, et autres grands 
« mots. Ils consentirent à compter les détenus 
« au nombre des prisonniers., et à y admettre 
« l'armée hanovrienne , que j'avais faite prison- 
« nière et licenciée sur parole : ce point avait 
« été long-temps un obstacle; car les Hano- 
« vriens n'étaient pas Anglais, insinuait-on. Tout 
ce allait bien jusque-là, et semblait marcher à 
« une conclusion facile; mais je connaissais 
« mes adversaires, et je lisais leurs véritables 
« intentions : ils avaient infiniment plus ' de 
« Français que je n'avais d'Anglais; une fois 
« qu'ils eussent tenu les leurs , ils n'eussent pas 
« manqué' d'incideiis pour en demeurer là; et 
« le restant de mes pauvres Français fût de- 
7. * * 



38 MÉMORIAL (ito.ittt) 

« meure daas les pontons à éternité. Je déclarai 
« donc que je lie voulais pas d'un échange par-* 
« ttel, mais bieà d'un échange totale et voici, 
« disais-je, pe qui allait le faciliter : Je coure* 

* nais avoir beaucoup moins d'Anglais qu'ils 
« n'avaient de Français; mais j'avais aussi 
m des Espagnols* des Portugais et autres aL- 

* liés des Anglais* pris sous leurs bannières , 
« dans la même cause; et > par cette nouvelle 

* combinaison» je présentais à mon tour une 
« masse de prisonniers bien {dus considérable 
«que 1» leur \ eh bieul j'offrais de tendre le 
« tout pour le. tout* Cette proposition décon- 
m ceîta d , àbor4; elle fut discutée et repoussée. 
«Toutefois y quand on crut avoir découvert 
« l'artifice propre à se procurer le même résultat, 

- * on accéda k ma proposition. Mais j'avais l'oeil 
à à tout i il m'était évident que si on commençait 
.« d'abord pa* échanger tout simplement Fran- 
« çais contre Anglais ,. une fois qu'ils se senti* 
«raient nantis v ils ne manqueraient pas de 
«"prétexte pour en demeurer là, et que nous 
« rentrerions duns leur hypothèse première : 
« les prisonniers anglaia n'étaient guère que 
« le tiers des nôtres en Angleterre. J'offris 



(*<*. t8i6) DE SAINTE-HELENE. 99 

* alors, font éditer ioat m&i entendu r&ijlro- 
« que, d 9 dchângef par transports tle 3 mille se**» 
« lementi là fois; on me rendrait 3 mille Frati* 
« çais contre lesquels je donnerais imil* Anglais 

* et 2 mille Hanovriens, Espagnols, jPnrttigab 
«et autres; 4e k sorte, s'il survenait qttefapîb 

* querelle, disais -je, et qu'an s arrêtât 4 nous 

* demeurions toujours dans les mêmes ptopar* 
« tion* qu'atipar&tatft et «ans nous être trompe» 
« les uns les àfttïcté* Qtfesiie tout, au coèit raine* 
« tfUait sttfts tbàteacentre jusqu'à là fin ; je prt>* 

* mettais de rendre le reste |>ar~del*its lènAr* 
t ehe. J'avais si feieti devint qtfe t*t détails,, si 
« raisonnables au fond, puisque le principe en 
« avait e'te' adopté, fire&t jotiar iefc liants cria ; on 
« rompit tout et on se fiepata. Néanmoins, sdit 
« que lé* mintetréS anglais tlnwèsft réellement 
« à ravoir leurs compatriotes; soit qu'ils fiafc- 
« setit ?f app& de mon obstination à ne pas Aie 

* laisser duper, H partrlt qu'ils allaient enten^ 

* dre enfin» à utie conclusion finale qi*e fa fâi- 

* sais propose* dé nouveau ptkt um wi* ié? 
« tourne'ef quand nos désastre de Rusii* vin-* 
«rent letrr rendre toutes îètirS eftpfraiieefr ft 
« détruire toutes me* prétentions. » 



60 MÉMORIAL " (Nev.iSiG) 

L'Empereur s'est étendu ensuite sur le bon 
traitement dont nous avions usé nous-mêmes 
Yis-à-vis de nos prisonniers. U était aussi géné- 
reux, disait-il, aussi libéral. que possible; il n'i- 
maginait pas qu'aucune nation eût eu la pensée 
d'en élever aucun reproche. « Nous aurions eu, 
« disait-il, en notre faveur le témoignage et les 
« sentimens des prisonniers mêmes-} car, à l'ex- 
«ception de ceux qui. tenaient ardemment à 
fr leurs lois locales , ou, en d'autres mots, au sen- 
« tknent de la liberté, ce qui se réduisait aux 
« Anglais et aux Espagnols, tout le reste, les 
« Autrichiens, les Prussiens, les Russes, nous 
« demeuraient volontiers ; ils nous quittaient 
« avec peine et .nous revenaient avec plaisir. 
« Cette disposition a influé plus d'une fois sur 
« l'opiniâtreté de leurs efforts ou de leur resis- 
« tance, etc. , etc. » 

; L'Empereur disait encore : « J'ai eu le projet 
« d'amener en Europe un changement dans le 
* droit et la coutume publique à l'égard des 
« prisonniers. J'aurais voulu les enrégimenter 
« et les faire travailler militairement # des mo- 
« numens ou à de grandes entreprises ; ils eussent 
« reçu leur solde qu'ils eussent gagnée; on eût 



(Noy.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 6i 

« sauvé la fainéantise et tous les désordres qu'a- 
« mène d'ordinaire parmi eux leur complète 
« oisivetéj ils eussent été bien nourris, bien 
« vêtus, et n'eussent manqué dé rien , sans coûter 
« néanmoins à l'Etat, 'qui' eût reçu leurjtavaîl 
« en équivalent ; tout le monde y eût gagné. 
« Mais mon idée ne prospéra point au Conseil 
« d'Etat 3 on m'y laissa apercevoir cette fausse 
« philantropie qui égare tant de monde. On eut 
« l'air de regarder comme dur et barbare de 
« vouloir les contraindre au travail. On laissa 
« voir qu'on craignait les représailles. Un pri- 
« sonnier est déjà assez malheureux d'avoir 
« perdu sa liberté* disait-on; on ne croyait pas 
« qu'on pût avoir des droits sur l'emploi de son 
« temps ni sur une partie de ses actions.-— Mais 
« c'est là l'abus dont je me plains, disais-je , et 
« que je voudrais corriger. Un prisonnier peut 
« et doit s'attendre à des gênes légitimes y et 
« celles que je lui inflige sont pour son bien au- 
tc tant que pour celui d' autrui. Je n'exige pas 
« de lui plus de peine, plus de fatigue j niais 
« moins de danger que dans son état habituel 
« et journalier. Vous craignez les représailles, 
« que l'ennemi ne traite de la sorte nos Fran* 



pi MEMORIAL (Not. ,$16) 

« ÇW? M4» pU\t W Ciel. Ce serait ce que j'esti- 

* nierais de plu* hçureux au monde ! Je verrais 
f mes matelots # mes soldais occupe? aux champs 

* OU fur les placç* publique*, au lieu de les sa- 
is ^oi^nsevel^ vififuns au fonds d,e leurs affreux 
« poutoq$. On me le$ renyerrait çains, laborieux , 

* eudurpis au travail, et chacun, dau$ chaque 

* pays % laisserait eu arrière des travaux qui dé- 
«r dwnmageraieut pu quelque chose des funestes 
« r^YflgW de> la guerre » çtç. , etc« Par açcommq- 
« defiuent qu a^êta l'orgamsatiQ 1 * de quelques 
f çorpf <Je]prisouuiçr$ # comme travailleurs vo- 
« lQptaiç^, çu> fl^Ç^e Chose <* e 1* SQï;te * I ^ ais 
; « m u'çtyit unUerueint là topte mou idée , etc. » 

Samedi 2. 

Anvers.— Grandes iqtentioms de Napoléon— Est nue 
des oansesdQ fa ct«utft» *-i- Ses généreux seatimens en 
qç içftflftaJC a u traité 4e Châtillpn, — Travaux mari- 
time» ) Cherbourg , etc. — » Rapport officiel sur l'Em- 
pire, et i8j3. — Total des dépenses en travaux 9 
sons Napoléon. 

VEmpereur n'est pas sorti de sa chambre. 
QiMtud je me cuis repdu auprès de lui, je l'ai 
trouvé trè^puffraut , c'était d'une espèce de 



(Ko*, a*) DE SAINTE-H?UilîE : « 

courbature ou de transpiration arrêta} dqpli^s, 
il avait une fluxion décidée. Il «Ta rétenp la 
plus grande partie du jouir , cherchant parfois 
à causer /parfois encore cherchant à fomo^illerv 
U changeait à chaque instant de place et 4p 
situation, essayait de marcher, et revenait sou- 
vent prè§ du feu : il avait évidemment de U 
fièvre. 

Dans un de s^s nombreux sujets de conversa? 
tions rompues, il s'est arrête avec suite sur 
Anvers, son arsenal , ses fortifications , soç 
importance , les grandes vues politiques et mili- 
taires qu'il avait eues sur ce point si henreu&e- 
meut situe, etc. , eto, , etc. 

Il .a dit qu'il avait beaucoup fait pour An- 
vers , mais que c'était encore peu auprès de ce 
qu'il comptait faire. Par mer» il voulait en faire 
un point d'attaque mortel à l'ennemi; par terre, 
il voulait le rendre une ressource certaine eu 
cas de grands désastres, un vrai point de salut 
national ; il voulait le rendre capable de re- 
cueillir une armée entière dans sa défaite , et 
de résister à une année de tranchée ouverte, 
pendant laquelle une nation avait le temps , 
disait-il, de venir en niasse U délivrer et r*~ 



6k MEMORIAL (No*. 1816) 

prendre l'offensive. Cinq à six plyes de là 
sorte, ajoutait-il , étaient d'ailleurs le système 
de défense nouveau qu'il avait le projet d*in-* 
troduire à l'avenir. On admirait déjà beaucoup 
les travaux exécutes en si peu de temps à An- 
vers, ses nombreux chantiers, -ses magasins, 
ses grands bassins; mais tout cela n'était encore 
rien, disait l'Empereur , ce n'était encore là 
que la ville commerçante; la ville militaire 
devait être sur la rive opposée; on avait déjà 
acheté le terrain ; on l'avait payé à vil prix , et 
par une spéculation adroite, on en eût revendu 
à un très-haut bénéfice, à mesure que la ville 
se serait élevée, ce qui eut contribué à dimi- 
nuer d'autant la dépense totale. Les vaisseaux 
à trois ponts fussent en^es tout armés dans les 
bassins d'hiver. On eût construit des formes 
couvertes pour retirer à sec les vaisseaux pen- 
dant la paix, etc. , etc. 

L'Empereur disait qu'il avait arrêté que le 
tout fût gigantesque et colossal. Anvers eût été 
à lui seul tout une province. Et revenant à ce 
superbe établissement , il remarquait que cette 
place était une des grandes causes qu'il était 
ici à Sainte-Hélène; cjue la cession d*Anveç« % 



(NiY.i*i6) DE SÀINTE-HEIJÈNE. 65 

était un des motifs qui l'avaient détermine à ne 
pas signer la paix de Châtiïlon. Si on eût voulu 
le lui laisser, peut-être eût-il conclu; et il se 
demandait s'il n'avait pas eu tort de se refuser 
à signer l'ultimatum. « Il y avait encore alors, 
u disait-il , bien des ressources et bien y des 
« chances, sans doute; mais aussi que de choses 
« à dire contre. » Et il concluait : « J'ai dû m'y 
« refuser, et je l'ai fait en toute connaissance 
« de cause ; aussi même sur mon roc , ici en 
« cet instant, au sein de toutes mes misères, 
« je ne m'en repens pas. Peu me comprendront, 
« je le sais; mais pour le vulgaire même , et 
« malgré la tournure fatale des événemens, ne 
« doit-il pas aujourd'hui demeurer visible que 
« le devoir et l'honneur ne me laissaient pas 
« d'autre parti. Les alliés , une fois qu'ils m'eus- 
« sent entamé, en seraient-ils demeurés là? Leur 
« paix eût-elle été de bonne foi, leur réconei- 
« liation sincèïe? C'eût été bien peu les con- 
« naître f c'eût été vraie folie que de le croire 
« et de s'y abandonner. N'euss<£rt-ils pas pro- 
« fité de l'avantage immense que le traite leur 
<< erçt consacré, pour achever, par l'intrigue, ce 
« qu'il? avaient commencé par les armes ? Et 



66 MEMORIAL . ( Mot. îftti ) 

« que devenaient la sûreté , l'indépendance , 
« l'avenir de la France ? Que devenaient mes 
ce obligations , mes sermens , mon honneur? Les 
<* alliés ne m'eupsent-ils pas perdu an moral 
« dans les esprits, comme ils venaient de le fairç 
« sur le champ dejbataille? Ils n'eussent trouvé 
« l'opinion que trop bien préparée! Que de 
a reproches la France ne m'eût-elle pas faits 
« d'avoir laissé morceler le territoire confié à 
« mçL garde ! Que de fautes l'injustice et le mal- 
« heur n'eussent pas accumulées sur ma tète! 
« Avec quelle impatience les Français > pleins 
« du souvenir de leur puissance et de leur 
« gloire, eussent supporté , dans ces jours de 
« deuil , les charges inévitables dont il eût 
« fallu les accabler! Et de là des commotions 
« nouvelles , l'anarchie, la dissolution, la mort, 
ce Je préférai de courir, jusqu'à extinction, les 
« chances des combats , et d'abdiquer au be- 
« soin, etc., etc. * » 

* Voici qui consacrait en Europe , lès paroles de 
Napoléon, dites* Sainte- Hélène. 

Lettre de M. de CauUncourt au Rédacteur du Cons- 
titutionnel ( numéro dn ai janvier 1820 )• 

« Monsieur, dans nn ouvrage de M. Kocb, intitulé: 
Campagne de 18x4) se trouvent rapportés plusiçur* 



(Wor. tf»«) DE SAINTE-HÉLÈNE. 6T 

Je convenais que l'Empereur avait toute rai- 
son. Il avait perdu le trône , il est vrai; mais 

fragmens de lettres écrites par moi à l'Empereur et à 
M. le prince de Neufcbâtel , pendant la durée du con- 
grès à Cbàtillon, 

« Je crois devoir déclarer que je suis absolument 
étranger à la communication de mes correspondances , 
et à leur publication. Les hautes sources auxquelles 
l'auteur annonce avoir puisé , donnent à son ouvrage 
une importance historique qui ne permet point , en ce 
qui me concerne, de consacrer par mon silence les 
erreurs qu'il renferme. La plupart des détails relatifs 
aux éyénemens et aux négociations qui ont eu lieu de- 
puis le 3i mars jusqu'au iz avril , sont inexacts. 

« Quant au congrès de Chàtillon , si les événemens 
ont justifié le désir que j'avais de voir la paix rendue à 
ma patrie , il serait injuste de laisser ignorer à la 
Fpançç, à l'histoire s les motifs d'intérêt national et 
d'honneur qui empêchèrent l'Empereur de souscrire 
aux conditions que les étrangers voulaient nous im- 
poser* 

« Je remplis dope le premier des devoirs, celai d'être 
équitable e,t vrai, en faisant connaître ces motif par l'ex- 
trait suivant des ordres de l'Empereur* » 

a Paris, i g janvier i8i4* 

m ,„ ,, La, chose, sur laquelle l'Empereur insiste le 
« plus, c'est la nécessité que la France conserve~~ses li- 
ft mitçs naturelles ; c'est là ma condition , sine qua non. 
«Toutçs, les puissances, l'Angleterre même, ont re- 
% connji ce* limiter & Francfort. La France, réduite a ses 
« limites anciennes, n'aurait pa.s aujourd'hui les deux 
« tiers de la puissance relative qu'elle avait il y a vingt 



68 MEMORIAL (Nov. 1816) 

volontairement , et çn lui pre'fe'rant notre salut 
et son honneur. L'histoire apprécierait digne- 

« ans. Ce qu'elle a acquis dn côté du Rhin ne compense 
« point ce que la Russie, l'Autriche et la Frusse ont 
« acquis par le démembrement de la Pologne* Tous ces 
« Etats ce sont agrandis : vouloir ramener la France à 
« son état arJken, ce serait la faire décheoir et l'avilir» 
« La France, sans les départemens du Rhin, sans la Bel- 

* gique, sans Ostende, sans Anvers, ne serait rien* Le 
« système de ramener la France à ses anciennes fron- 

* tières est inséparable du rétablissement des Bour- 
« bons, parce qu'eux seuls pourraient offrir une garan- 
te tie du maintien de ce système» L'Angleterre le sent 
« bien; avec tout autre système, la paix, sur une telle 

* base , serait impossible , et ne pourrait durer. Ni l'Em- 
«t pereur , ni la république , si des bouleversemens la 
« faisaient renaître, ne souscriraient jamais à une telle 
« condition* Pour ce qui est de Sa Majesté, sa re'solu- 
« tion est bien prise, elle est immuable ; elle ne laissera 
« pas la France moins grande qu'elle ne l'a reçue. Si 
te donc les alliés voulaieut changer les bases proposées et 
« acceptées , les limites naturelles , l'Empereur ne voie 
« que trois partis : ou combattre et vaincre, ou combattre 
« et mourir glorieusement; ou enfin, si la nation ne 
« le soutenait pas , d'abdiquer. Il ne tient pas auxgran- 
« deurs, il n'en achètera jamais la conservation par 
a l'avilissement. » 

« J'attends, Monsieur, de votre impartialité, que 
vous voudrez bien donner place à cette lettre dans votre 
journal, et je saisis cette occasion pour vous offrir l'as- 
surance de ma considération distinguée. ' 

« Signé : Cauliwcourt , duc deTiceuce. « 



(No* 18,6) DE SAINTE-HELENE. 69 

ment ce sublime sacrifice. La puissance et la 
vie sont passagères; la gloire seule demeure, 
elle est immortelle. 

Mais, demandait alors l'Empereur, l'histoire 
, serait-eUe bien juste, pourrait-elle l'être? On 
était inondé, disait-il, de tant de pamphlets et 
de mensonges , ses actions étaient tellement 
défigurées, son caractère si obscurci, si mé- 
connu! etc., etc. On répondait que le temps 
de sa vie serait précisément le plus incertain; 
que ses contemporains seuls pourraient tout au 
plus être injustes ; que les nuages disparaî- 
traient, ainsi qu'il l'avait déjà dit lui-même, ' 
à mesure qu'il s'avancerait dans la postérité; 
qu'il gagnait déjà chaque jour; que l'homme 
de génie s'en saisirait comme du plus beau 
sujet de l'histoire} que la première catastrophe 
seule eût été peut-être fatale à sa mémoire , 
beaucoup de voix* étant alors contre lui ; mais 
que les prodiges de son retour , les actes de sa 
courte administration , son exil à Ste-Hélène , * 
le laissaient aujourd'hui rayonnant de gloire 
aux yeux des peuples et au pinceau de l'avenir. 
« Il est vrai, a-t-il repris avec une espèce de 
« satisfaction, que ma destinée se montre au 



70 MÉMORIAL ( Hw. 1816 ) 

« rebours dès autres, la chute les abaisse d'or* 
« dinaire, la mienne me relève infiniment» Cha- 
« que jour me dépouille de ma peau de tyran, 
« de meurtrier , de féroce^.. » 

Et après quelques secondes de silence > il est 
revenu sur Anvers et l'expédition anglaise. 
« Le gouvernement anglais et son général ont 
« lutté d'impéritie, a-t-il dit. Si lord Chatam, 
« que no« soldats n'appelèrent que tnxlard 
« j attends, se fiât' précipité vigoureusement, 

* sans doute il pouvait peut-être détraire notre 
% bel et précieux établissement, par un coup de 
« main ; mais le premier moment perdu , et 
« notre flotte rentrée, la place se trouvait à 
« l'abri. On a fait beaucoup trop d'étalage 

* des efforts et des mesures prises pour sou 
« salut. On n'avait excité le zèle des citoyens 
•ç que dans de* intentions mystérieuses et cou- 

* pâbles. * Et comme je lui fournissais quel- 
ques détails dont j'avais, été le témoin , et qu'il 
m'est arrivé de dire que d'ordinaire les maré- 
chaux passent les arinées en revue; mais qu'ici, 
c'était l'armée qui semblait passer les maré- 
chaux eh revbè, en ayant eu trois successive- 
ment en très-peu de teirfps. « C'est que les 



(No*. .8,6) DE SAINTE-HELENE: 71 

« circonstances politiques le commandaient 
« ainsi , a dit Napoléon. J'y envoyai Bessières, 
« parce que la crise demandait un homme de 
* confiance et tout-à-fait sûrj dès qu'elle fut 
« passée , je ne tardai pas à le remplacer, pour 
« le ravoir auprès de moi. » 

Les travaux maritimes d'Anvers, quelqu'un* 
menses qu'ils aient ete\ ne sont qu'une petite 
portion de ceux que Ton doit à Napoléon. At- 
tache , comme membre du Conseil d'Etat , à la 
section de la marine , je possède €X officia la 
notice de ceà travaux ; on me saura gré , sans 
doute, d'en consigner ici la nomenclature, que 
j'établis dans son ordre géographique, en allant 
<kr Midi an Nord. 

1° Le'fort Boyard, construit pour, agrandir 
et défendre le mouillage de l'île d' Aix , duquel 
mouillage, à force de persévérance et d'audace, 
on était venu à bout de découvrir, pour les 
vaisseaux de ligne même, un passage hors de la 
vue de l'ennemi , entre Oléron et la terre, pour 
atteindre les mouillages de la Gironde et ses 
débouqaeraens. 

2° Les grands et beaux travaux de Cherbourg. 
~-L? digue, commencée sous Louis XVI, 



72 MÉMORIAL (Woy* 1816) 

ayant éprouve beaucoup d'altération sous l'épo- 
que révolutionnaire; elle a été réparée, et on a 
élevé la partie centrale de 9 pieds au-dessus du 
niveau des plus hautes mers , sur cent toises 
d'étendue , pour y établir une batterie de 
20 pièces du plus, gros calibre ; ce qui a été 
exécuté en moins de deux ans , de 1 802 à \ 80*, 
et avec un tel succès que, bien que dépourvu 
d'entretien depuis 1 8 1 3 , cet ouvrage s'est main- 
tenu , sans nulle dégradation , dans la plus par* 
faite solidité. . 

On a élevé une grosse tour ou pâté elliptique 
en pierre de taille de granit, au centre et au-* 
dedans de la digue , qu'elle soutient-, et dont 
à son tour elle est recouverte. La masse volu- 
mineuse des fondations de ce pâté, do rit la cons- 
truction, en pleine mer, offrait de si grandes 
difficultés, a été terminée à la fin de 18 \ 2, et 
élevée' it la hauteur.de 6 pieds au-dessus du 
niveau des plus hautes marées. La stabilité 
qu'elle a conservée depuis cette époque , bien 
qu'abandonnée , sans nul entretien, à la plus vio- 
lente action des flots, est un garant incontes- 
table de la solidité de la défense projetée, sur 
ce rocher artificiel, lorsque le moment sera venu 



(iîoy.,8*) DE SAINTE-HÉLÈNE. T? 

, de terminer F ensemble du projet, qui; consistait 
à élever au premier étage une caserne propre $ 
la garnison, le tnagasin à poudre, citerne, etc. ; 
Je tout surmonte d'unç plate-forme voûtée à 
l'abri de la bombç , de manière à recevoir une 
^atterie içasematée de 1 9 pièces de 36 , e\ par^ 
dessus celle-ci encore une seconde plateforme 
propre à recevoir au besoin une batterie sur 
affût de côte, Je tout servant de couronnement 
à la batterie pénale déjà existante su^ la digue 
même. Ce qui dey^it présenter à J'eimep^ quatrç 
rangs de batterie? les upes au-dessus des autres. 
On a creusé, dans le roc vjf> <etj en moips dç 
huit ans, gn pOft jnilitaire propre à confqnji; 
4£ vgisâeau* de guerre, le pombre proportionné 
de frégates j trois former de çpnsjtiç uçtion ,. etc. 
Cet asile si nécessaire aux vaisseaux de ligp£ > 
par l'état naturel delà radç de Cherbourg, trop 
ouverte à lît violence des flots, a,é{é creuse de 
3,0 pieds au-dessous 4es plus basses livrées, a£rç 
de procurer au;* yaisseauj 4e premier rang une 
Station toujours sûre et exemptç de tQut danger; 
Quand il fut pivert, en 4843, ses môles et ses 
digues étaient portés, au dernier terme d'achè- 
vement sur toufe spn étendue. A cette époque 
7. 5 



7À MEMORIAL (*o*.i8i6) 

il présenta à l'Impératrice Marie-Louise et à 
toute sa Cour le spectacle magnifique et sublime 
de l'irruption soudaine de l'Océan, qui en prit 
possession par la simple rupture spontanée de 
l'immense batardeau qui en avait jusque là con- 
tenu les efforts. Les vaisseaux du plus haut rang 
furent immédiatement admis dans son enceinte; 
et ils y ont toujours depuis constamment joui 
tfuue station commode, ainsi que de tous les 
moyens dé radoub, de construction ou d'arme- 
ment* en un mot, de toutes les facilités que 
pouvait prétendre une aussi importante créa*- 
tion que l'art et là marine doivent à Napoléon ; 
(et qui est considérée à juste titre comme l'un 
des grands monuméns de sou règne. Get ou- 
vrage, dans l'idée de l'Empereur, n'était encore 
qu ? un avant ou premier port ; il avait fait met 
hagèr latéralement à celui -ci uu espace propre 
à composer un second ou arrière port qui devait 
être travaillé immédiatement et sans embarras* 
par les précautions prises d'avancé; il devait 
être propre à recevoir 25 autres vaisseaux de 
ligne; et en arrière encore de ces deux ports, 
sur leur longueur réunie > et dans une forme' 
semi «* circulaire, l'Empereur avait arrêté eir 



(Mtoutt,) DE SAINTE-HELENE. T6 

outre la construction de 80 formée recouvertes^ 
calculées" pour admettra autant de Vaisseaux 
He ligné, constamment en état de .prends &. 
iner; Telle est F immensité des travaux exécutéfc 
eu projetés ^rir le seul point de Cherbourg! : l 

3« Lés ; nombreux travaux nécessités par là 
flotille. destinée à Tinvasïôn de FAngfetérréi 
—-Il fallait lui préparer des mouillages, cortibv* 
lier ses appâreïllageis et lui liiénagér toutek les 
opérations offensives 1 et .défensives, ce ffuï'tté- 
céssita sur plusieurs points des éonstiliètïoni 
de forts en maçonnerie t?t en bois*' dés (piâis; 
des creusemens, des jetées, ides barrages > dés 
écluses, etc., etc. * '' 

Boulogne Ait choisi polir le cérittè dû rassem- 
blement; Vinfereux , Ànibleteûse et Éïapîest; 
pour' ses ailes où succursales. Boulogne fut mîà 
a même de recueillir à lui seul pftts de* 2 trttilé 
b&timens de diverses espèces. Outre sbn port 
naturel , oify obtiiit un basslnr artificiel a l'aide 
d*ùn barrage fermé an milieu par une écluse de 
2ft pieds dé largeur. Ce bassin'réçùt S où 900 b£* 
timens toujours à Ilots et en constant état dPappa- 
reillage; et l'écluse, par là tetëniie cftirla pré- 
cède, eut l'avantagé de *Yroctireï : 'etidoïe "dérf 



76 MÉMORIAL (n*t..-mu« 

chasses, qui entretenaient le yrai port à une 
bonne profondeur, et débarrassaient son entrée 
çjes bancs de sajble trop sujets à l'obstruer. Vir 
jnereux, E tapies, Àmbleteuse, 4e leur côté, 
furent mis à mêjne simultanément de recevoir 
jun nombre analogue de bâtimens: environ mille 
à eux trois, et le tout s'exécuta dans l'espace de 
deux ans. 

. U° Des réparations et améliorations locales 
importantes à tous les ports de la pote. — - Le Hâr 
yre, qu'on a rendu accessible aux frégates, e 9 
détruisant, à l'aide d'une forte écluse dç chasse, 
le banc de galets qui en obstruait l'entrée,; St.- 
Valeiy , Dieppe, Calais, Gra vélines, Dunker-r 
que , don,t oji a désencombré le port et fait dispa- 
raître le marais qui couvrait la ville; Ostende, 
qu'on avait destiné à recevoir une seconde flo- 
tille , et dont on assuré la libre entrée par le 
dévasement de son cljen^l , etc. , etc. 
. 5° Les travaux de Flessiugue. — - Cette ville 
étant tombée momentanément au pouvoir des 
Anglais qui, en l'évacuant, détruisirent tQUS 
Jes éjtaj?lissemens militaires, l'Empereur profita 
4e cet accident pour .ordonner la reconstruction 
4e tous les travaux , sur un pied beaucoup plus 



th*..*rf| bE SAINtTË-HÈLÊNE. tî 

large. Appréciait toute l'importance de sa jxw 
sition géographique , il voulut qu'on -rfecréUsâtJ 
et agrandît le bassin ainsi que son entrée; quW 
approfondît 1b cheiiàl, de manière à ce que ce 
bàsfcih pût admettre , à l'avenir, même les vais* 
seaux de 80, et y laisser hiverner une escadre? 
de 2t) vaisseaux toujours prête à mettre à la 
voile en une ou deux marées ; te qu'on devait 
obtenir à l'aidé d'une idée fort ingénieuse 
fournie par le Commandant maritime de là place ? 
la simple retenue des eattx de la marée haute 
dan* les fossés de la ville. L'acquisition de «ce 
bassin devenait des plus précieuses, en ce qu'en' 
appareillant eu dehors de tous les embarras de 
l'Escaut , xfn & trouvait immédiatement *endu> 
sur les cètes de l'Angleterre* ce tjui devait y 
de nécessité, tenir les Anglais constamment; 
en alarmes et toujours en croisière; tandis que' 
jusque-là, dès qu'ils savaient nos vaisseaux» 
désarmés dans Flessingue, du remontés à An**' 
vei$, $ter rapproche dé l'hiver, ils rentraient 
tranquillement ichdz eux, n'ayant plus rien fy 
surveiller jusqu'au retour de k belle saison. 
Mais les fortifications de ïlessingue devaient- 
répondre à un dépôt aussi précieux que toute 



<ft éfoMipseiïMîiJBi il, fui p^s^jrit 4e l<# voûter à» 
l^bri delà feonafcey ^t d'.anfcflr tevrt sfltoeait& de; 
ha?J»r^$.. EJssçingçie tfa rftd Jrfftffltf de, cafMH*** 

l«HctorfBpacid^n^,4ç }$j;çwt.4(rt t^e- 
m^MimpOr^^te jjçftfr l^s.fflaïuîWLytes.d^nt^ 
rt de sqrtifc dfipotjw flfttte, e^te* inçpavdïûens 
4* rWY*r # .qi*i!, 4i^«e, waéei t pJ)Uge ! aie^t de[ 
fol f*ir^ x^S^W jus^B^ >*#**** **eaidn$ de. 
ttlljp. diffîçuUe^>^t^ rft^j^ei^ar a,v^it décidé 
hà o^mbtid^ |o»4w un arsenal plus important 
wtoH* que Ete$fctogfM , à r§mJ)Quc^uçQ , «lêwel 
du fktovtr L^ ,ppiat de Terpett^ey w*r lairiw. 
gMK&ed* ^i^cftWf, .& Jtro*s ii^^side scj^ : ^bout, 

(xmmsitcés. Toutefois, ils fui-jent jfistféînU en-i 
sifcije, eJi'eiWfiiye ajourné à cause dq la loû^ 
gueûTidu |ertJ)^u , ilâ;e^ssent e^ige,:au^i &eï* 
<0itt |f»r i;^cy : »i^ : de teuxs dffpej*$e$y 
.. 7°.l^es grands e^m^ns^ te^auiiid'Aïiyw^ 
-*r.Gmà>v&\eA.ftèt favifi&lkntt4eihi mer* 
dort ell* *st tie'ptwe pa* «uftôfrotote sinueuse et 



itto.Aà} DE SAINTE-HÉLÈNE, %9 

très-difficile , semblait se refuser aux av^ntag^ 
désirables dfcns un arsenal maritime,; il nç>sy 
trouvait que de faibles établissement de com- 
inerce. Une flotte qui y serait construite aurait 
beaucoup de peine à descendre j elle aurait peu 
d'abris contre les coups de ; vent et les entreprise^ 
de l'ennemi; elle serait inutile pendant près 
d'un tiers de l'année, l'appfoehe de l'hiver ef 
des glaees la forçant de remonter et de chercher 
ensuite un abri hors du courant et des glaces 
4a fleuve, «#r iin'y existait pas de bassins flot- 
tables. Mais toutes ces difficultés ne furent 
rien aux yeux de Napoléon. Dans son irppa^ 
tience de faire sentir aux Anglais le danger de 
f Escaut , qu'ils avaient si souvent eux-ijiêmes 
désigne comme devant leur êtnfe si redoutable* 
il ordonna, il voulut} e|* en moins de Juiit 
années , Anvers se montra utt arsenal mari- 
lime de première importance * et l'Escaut por- 
tait déjà une flotte considérable; Tout y fut 
.pris à la fondation et fait à neuf. Les magasins 
de toute - espèce , les quais, les chaptiers., etc. 
•Un asile provisoire fijt trouve pour les vaisseau*, 
contre le$ glaces du fleuve, aji Rupel, tandis 
qu'on achevait ^e tareiteej: dans la ville toèotf 



80 MEMORIAL (Ka**8*> 

deux grands bassins à -flot, convenables pou* 
les Vaisseaux de tous rangs , complètement ar- 
mes; 20 cales de construction ; sur uii même 
alignement, furent élevées cohime par enctiaii* 
fcement, et 20 bâtimeris, poses à la fois sur ceâ 
Uiatitiers, offraient au voyageur, qui arrivait 
J>ar laiTête-de-TlàAdresi le spectacle imposamt 
fefc singulier de 20 Vaisseaux de ligtïe, Sfe présen- 
tant riri'géfe éftfttfiïië dVsckdrôn. La plupart db 
tant dé choses nëtaieht pourtant encore dans la 
jierisée de Napoléon qû'tiri provisoire moment^ 
Wmefat emprunté au ctfminerce. Il avait Finten 1 
tion d'tftàblir un arsenal complet tet bien plus 
grand en fâCe'd'ÂjivferS , sUï la rive opposée à là 
Tête-de-Flândtes. Il avait d*àbord étale projet 
Hardi de jeté* ùH pottt au travers de ce fleuve 
difficile; tiiaiS il finit par se décider pour des 
^onts volàhstrès-irigénieux'. L/Etapelreiir ; ainsi 
"que je l'ai déjà mentionné plus haut, avait sur 
Anvers lesidëêfcles plus gigantesques j il en eût 
^prolongé l'ensemble , les détails et les' tnoyens 
•jusque la mer. Aussi âvait-il dit qu'il voulait 
^u'Aftvers à lui seul finît par 'devenir toutte 
tine province, UYipfetit royaume.; 11 s'y étaiik 
attaché cofrmfte à une de ses plte importantes 



iXownmSy DE SÀltfTE-HËtENE. 8l : 

creatibhi.il y fit plusieurs voyages, inspectant 
et disbutant liii-même les plus petits détails. 

: C'est une def Iceâ occasions qui le mit un jour 
alix prises sut le fhe'tier avec«tin capitaine oii 
lieutenant-colonel du génie, qui, modestement 
et obscuremelit^ concourait aux fortifications 
de la place. À quelque tefrips de là, cet officier 
reçut inopinément une lettre d'avancement : sa 
nomination <i'àide-de-camp <îë l'Empereur, et 
l'ordre de se rendre 4 eh sérvïèe J âtax Tuileries; 
Le pauvre ôftcier crut rêver ; ou ne douta pas 
Ijh'on nu fce îttt tknfopë:. «es mïêbffc étaient si 
innocentes, et ses connaissances si restreintes, 
que se rappelant de m' avoir tu jadiè Une fois à 
Anvers , il me prit pour une de ses ressourcés ,' 
et, eh arrivait a Paris \ vînt me confier toute 
èon ignorance Je l'a" tour et son extrême em- 
barras d^ paraître; Maik iï 'était facile à ia's- 
sat&) il y èritrait par la Bélïe porte, et s'y pré- 1 
sentait avec un bon forids. Cet officier est le ge- 
lierai Berhàfâ, dont cette circonstance mit les 
talens au grand jour, et qui, lifts de nos catas- 
trophes, a été' rèéueilîi parles États-Uriis, qui 
*Tdnt placé à la tête \de leurs travaux militaires. 

/ ffapoiéon accoutumait dtt teste à dé pareille 



8^ MÉMORIAL (Ho% ito) 

surprises- Partout où il devinait le talent, il 
s'en saisissait et le mettait à sa place, san&qi; au*, 
cunes considérations secondaires l'arrêtassent. 
C'était là une xUwses grandes npanoes caracté- 
ristiques, 

8^ Les travaux en Hollande.,— • À peine la 
Hollande fut-relle sous la main 4e Napoléon » 
que 3on ardeur, créatrice se .porta sur toutes 
Ips branches de son économie politique* Il ré- 
para et accrut aussitôt les arsenaux de la 
Meuge.r JlQtfàrdar^ et Hdvaïtâluy3. Lss vais* 
seaù$ deguçrre n'atteignaient Amsterdam et 
n'eu portaient qu'àforce d'argent, de temps et 
df efforts ; t il fallait les traîner vides et désar-, 
mes sur des chameaux , à l'Quverture ; du Zuir 
derzée. C'étaient des opérations, qui ne conve- 
naient plus à la célérité et aux grands moyens 
du temps. L'Empereur résolut de transporter 
l'arsenal du Nord, en dçhqrs .de tqu§, ce* grands 
embarras, et ordonna la création ou 1; amé- 
lioration du Nieyendijp., où, en peu ,df <tep*ps., 
25 vaisseaux pouvaient déjà hiverner en su-, 
reté, et s'arçajrïer à des .qi&ais magnifique». Ce 
point préciçux.fut plaqé squç ,lp .défense, du 
système militaire du-Heldçr, clef de la Hol- 



(Wot. |»>«) DE SAINÎ^HE^ÈNE- £3 

l^nde, dont retendue av^it été cadeul<(e ? , claps 
la pensée de l'^mperçur^de manière à faire 
dû Nievendip l'Anvers du -Zoiiderzée, 

9° Travaux du Veser* de l'Eips., de l'Elbe, 
— Dès que Napoléon sut réuni Jl es pays de 
Brème, Hambourg et Lubeck à l'En^pire, ses - 
travaux et ses créations s y répondirent avec sa 
domination. Il ordonna des travaufpour ren- 
dre l'Elbe accessible ; à des vaisseaux de. ligne t 
et projeta de cojystruirp un arsenal maritime 4 
Delfzyl,& T embouchure de i'Eç^s; ma^is ce qui 
l'occupa surtout, ce fut un système de canali-? 
sation à Faide de l!Çms , du Veser et de l'Elbe , 
qui pût joindre la Hollande à la Baltique j cq 
qui nous eût perjpis désormais de communiquer 
en .toute sûreté et par une simple navigation in? 
térieure,4e Bordeaux et -de la Me'diteis*nçe>aveç 
les puissances du Nord. Nous en eussioi^ reçu k 
notre aise toutes les- productions uavale s pour 
chacun de nos ports, et eussions pu faire dq- 
bouqUer contre, elles, au besQJn* uqs fiçtilles de 
la Manche et de la MJollande, etc.^ etc. t . 

r JÇaqt et de si .grands travaux furenf. conçus, 
et la pl^p^rt çxécçUe* ei* unqlin-d'ceil. La vo 7 
Ion te créatrice de Kapotéonjes prdpnna; le mi- 



S» MEMORIAL (ta».,éi&) 

ftistre Decrès lëb poursuivit avec obstinations 
Les Prosnjr, les Sganzin, fcs Cachih et autres 
en fournirent les plans et les exécutèrent. Héb- 
reux lies homs qui se rattachent â de tels mo- 
numetife^ ils ne périssent jamais ! 

Si, à ce que nous ferons d'énumérer, on 
joint d'autres prodiges simultanés dans toutes 
Tés autres branches et feàr toutes les autres par* 
ties du territoire, et éi l'oft Èonsidèrë qu'ils 
s'exécutaient au milieu d'une guerre perpé- 
tuelle, et stans plus, peut - être même avec 
moins de charges qu'il n'en pèse aujourd'hui, 
après une longue pàîx, £ùr chacun des pays 
qui Composaient ce vàstè Enlpife* on âutfa lé 
droit sàtis doute de s'extasier de surprise et 
d'admiration , tant est grande pourtant Tin- 
ftuence d'ùnè Voioàté ferme, des lumières ar- 
mées du pou Voit*, èï des finances sagement et 
rigoureusement conduite* ! Certes, si à te que 
nous Venons dé mentionner , on veut unit , par 
la jtetfcée, la masse des fortifications, la multi- 
tude des rotateS, la foule des ponts, celle dès 
canaux, la gràhdè quantité d'édifiées, ofc n'hé- 
sitera pas à prononcer que jamais homme sut 
la terre né fit autant dé choses en aussi peu dé 



(For.!»,*) DE SAINTE-HELENE. 85 

temps et en surchargeant moins les peuples* 
, L'Italie, dont il éfcajt }e Roi, eut aussi sa part 
de ses magnifiques créations. Il brisa les Alpes 
PU plusieurs points, sillonna les Apennins des 
plus belles routes, construisit un arsenal mari- 
time à Gênes; fortifia Corfou de manière à en 
f^ire la clef de la Grèce; répara et agrandit le 
port de Venise, dont il voulait faire creuser les 
passes, et qu'en attendant on rendit propres à 
nos gros vaisseaux français, à l'aide du sys- 
tème des chameaux de la Hollaqde; et, cçflirae 
dès en sortant ils couraient risque d'être atta- 
qués dans cette attitude dangereuse sur leurs 
chameaux, il fut ordonné de voir si ceux-ci ue 
pouvaient pas être arpiqs eux-m£mps de leurs 
propres batteries ,pe qui, jp crois, a été exé- 
. cufé. ou. allait Têtyp. Napoléon, eu outre, mé- 
ditait encore un arsenaj jn^ritime à Raguse, 
un autre à Pola en Istrie; un autre q. Anpone; 
il arrêtait l'heureuse et hardie césure 4uuir Jp 
Çplfe de Venise à celui de Gênes, à l'aide çlu 
J?ô et d'un canal qui , partant; d'Alexaudrip,, 
eût gagné Savonne au travers de l'Apçnuiuj ré- 
sultat immense, qui, independamment.de tous 
JLe? grancfc profits fi* commerce, eût eu, spuç Jç 



&8 . MÉMORIAL £■*.-***> 

« Les bestiaux se multiplient, les r^ces s'amé- 

: « liorent; de simples laboureurs ont acquis les 

* moyens de se procurer, à de hauts prix , les bé- 
« liers de race espagnole, les étalons de #os 
« meilleures espèces de chevaux j éclairés sur 
« leurs vrais intérêts, ils; n'hésitent pas à faire 

. « ces utiles aohats. Ainsi les besoins de nos 
« manufactures , de notre agriculture et dé nos 
:« armées sont chaque .jour mieux assurés. 

« Ce degré' de prospérité est dû aux lois liba- 
: «i raies qui régissent ce grand empire , à la sup- 
« pression de la féodalité, des dîmes, des maip- 
« mortes , des ordres monastique? ; suppression 
« qui a constitué qu affranchi ce gràqdpombre de 
« propriétés particulières, aujourd'hui le patri- 
« rpoine libre d'une multitude de familles jadis 
<c prolétaires ; il est dû à F égalité des partages, 
« à la clarté et à la simplification des lois sur la 
« propriété et sijr les hypothèques y à la promp- 
« t i tude avec laquelle sont jugés les procès dont le 
i< nombre décroît chaque jour. C'est à ces marnes 
« causes, et à: l'influence de la vaccine , que l'on 
« doit attribuer Faccroissemen t de la population . 
« Et pourquoi ne dirions-nous pas que la cousr 

* crjption elle-mêmq, qui, chaque année fait 



(».*. «8,«) DE SÀINTÊ-HÉLENE. 19* 

* passer sous ntos drapeaux l'élite de notre Jeu- 
<* nesse , a contribué à cet accroissement en mul- 
« tipliant le nombre des mariages , en les fevo-* 
«* risânt, parce qu'ils fixent pour toujours le sort 
« du. jeune Français, qui, pour une première 
« fois , a obéi à la loi. » ■ 

Détails officiels des dépenses en trayaux publics , depuis 
- l'avènement de Napoléon au trône-impérial» présenté 

an Corps Législatif, par M. le Ministre de l'intérieur) 

avec les pièces ài'appui. » 

Palais impériaux et bàtimens de la couronne* ♦ , .7 . 62^000,000 

Fortifications ........»........>..............* 144,000,000 

Ports maritimes. ........*...'......•.*.* 1171000,000 

Grandes routes , chaussées , eic . * . 377,000,000 

Ponts à Paris et départemens ........... 3i ,000,000 

Canaux , navigation et dessèchement ••«,»..... r: i *3*qoOjOOO 

Travaux de Paris. . .".'. ioa,ooo,ooo 

Édifices publics des département» et grandes tilles 1^9,000^0^ 

Tolal..».. i,oo5,ooo, : ooo 

, ... " Dimanche! 3. ,,.. 

L'Empereur très-sodiffeiit; mélancolie* — Anecdotes 

• de gaîté» — Deax aides-de-camp. — Eçhàuffijurée du 
. général Mallet* . . 

L'Empereur a continué de se renfermer her- 
métiquement. Sur là fin dû jour il m'a fait 
-appeler : il souffrait moins, me disait^il , de sa 
fluxion; maU il ne se trouvait guère mieux do 

7. ' 6 



ta MÉMORIAL \ (N**. M) 

fcmf 1* rote; en sôtmue il éprouvait beaucoup 
d'affaiblissement, et se sentait, me disait-il, de 
la trista&s* et de la mélaftcolife; aussi avait -il 
ton la, ajoutait-il» passer tout le jour eu idées 
noires. Il était dans sou bain; après quelque» 
momens de silence, comme eu se réveillant, et 
avec uu effort pou? *e distraire : « Allons, ma 

# $mur Dinarzàdé} a-t»iidit , ti vous ne dormez 
«pas; racoiitez-tnoi une de -ces histoires qtLe 
« vous savez si bien. Il y a long-temps, mon 
« cher, que'Vblis tie in avez parlé de vos amis 

• du fewboivrgSaiût-Germain^ allons. — Mais, 
^,$ire* il y a longtemps que je raconte, et je 
fc'ttoifc être au bout: J'ai épuise' toutes les jolies 
m histoires vraies ou fausses qui s'y débitent; il 
« ne resterait pifts que le scandale, et Votre 
« Majesté sait ou doit savoir qu'il ne s'y eu 
« passe jamais j'tott'ééîbîSYoïci encore quelque 
*>choaeqtti me .revient en eët instant: c Un jttuf 

* M. de Ti.*...-;; partent fiojftr^én ministère, 

« dit à M m# de T , qu'il M ramènerait à 

-a xfiner M. Detum* et qu'elle voulût biensfef- 
m forcer fte èuv être agréàbbe; qufe le meilleur 
« moyfe» d y >r«BfSStr devait de parcourir -son 
;* owreagft» «tdt lui f eu parler* qu'elle 1« trou- 



) . 



(««r- ■!■•* DE SAINTE-HÉLÈNE. $J 

«•yerait dans sa bihliothè(jue , à tel endroit, tel 
« ra^pn. ^ m# de T... rv . T .. va prendre l'ouvrage 
« qiii £|it ses délices, e.t se faijt urne joie d'en 
« entretenir bientôt lç héros. Aussi > à peine â 
«r iai>le,,elle dit à M. r Denpn, cru 'elle avait soi- 
% gA^içefnentplaçç à côte' d'elle, qu'elle venait 

* 4& lti% *Pfl Uvre, q^ii gavait rendue tout-à-fait 
« heureuçe^ et JML JDenpn de incliner; qu'il 
« ^vaij parcpiiru de jbi^n. mauvais pays ? et avait 
ec,4û ty e 9 S^ffï? T > c.ft* M* Renpij de s'incliner 
t enqorçj q^Lellg avait J>jen sincèretaent par- 
F*ta.gç se$ peipejj. Jusqu^l^ tout allait à mer- 
jr,vçille; i^afc mprç ajavjssemept, s'écria-rt-ejle % 
f-pétièjffl. wvtfùp* <{Wn&f 4.aR$ yotre splitii^e, 

* j'ai vu <tp»s priver J^fidèk JT^redii Y^e^ 
« vous.Jto^ôur^? À cçs mp^ 1VI, Penpn efjfore^ 
r $e .penchant. ?w çpp.ypisij^ ^ ÇpJt-ce qu'elle 
$ me prendrait pour RQ^nspç?, Jfa ep, &ffet 

« l'innocence de M*** 4 e TrS'rirv'f** ^;ffl*^FS 

* de la ^pcieté de Barip, yçmJflit .çp'aji Uçu du 
? Ypy**$e 4^gypte,4ie. < fut.p^l^ Ayeçtv^es 
jt <fc Rphin^^^^P^per^^'eR^i^ à^f#xsr ? 
at: V* mcpntpiejiftis^i-îftêwe.^ ^qatp^plu* 
d'toïtfïfpip; \ / -^ ; v -.■•;. - ..r , .: 



M MÉMORIAL («<*. iei$) 

inventive des sociétés de Paris, qui avaient 
brode' v par exemple, le plus joli conte sur la 

gaucherie de cet ébéniste, découvrant à B , 

sans le vouloir, le secret d'un bureau renfer- 
mant aussi ceux de son ménage; la violente 

colère de B contre V [entre- de- Biche \ son 

apitoiement auprès deM** V ; la singulière 

consolation qu'il en recevait, etc. , etc. L'Em- 
pereur, qui s'en amusait beaucoup, ignorait, 1 
disait -il, la plus grande partie le ces détails, 
qu'il trouvait des plus plaisans ; ajoutant 
néanmoins qu'il était porté à Croire que le 
tout n'était pas inventé. Toutefois il renouve- 
lait sa sortie contre nos salons, qu'il qualifiait 
de véritablement infernaux : disant qu'ils étaient 
en médisance et en calomnie permanentes, et 
qu'ils eussent mérité, à ce titre, d'occuper, en 
permanence aussi , tous les tribunaux de police 
correctionnelle de la capitale, etc., etc. 

De-là l'Empereur, s'étant ranimé, s'est mis à 
causer à son tour, beaucoup et long-temps» 
Mentionnant un officier qu'il ne traitait rien 
moins que bien ; et m'étant permis de dire que 
fa vais cru, pourtant, qu'il avait été Faide-de- 
camp d'un général distingué. « Qu'importe, 



(if*. ife6) DE SAINTE-HÉLÉWE. g$ 

« a-t-il repris? Et puis il a ajouté , en souriant 
« je vois bien, mon cher, que vous ne savez pas 

* qu'on a.parfois deux aides-de-camp : celui du 
« feu et celui de la cuisine. ou de la chc^mbre i 
« Coucher, etc., etc. 

Plus tard il s'étendait sur notre peu d'apti- 
tude nationale à clore une révolution, à s'i- 
donner i la fixité, et il a fini par citer en preuve 
la célèbre affaire Mallet, qu'il disait plaisam- 
ment être, en petit, son retour de 111e d'Elbe , 
sa caricature. « Cette extravagance, ajoutait-il, 
« ne fut au fond qu'une véritable mystification : 
«c'est un prisonnier d'état^ homme obscur* 
« qui s'échappe pour emprisonner, à son tour r 
« le préfet , le ministre même de la police, ce* 
« gardiens de cachots,, ces flaireurs de conspi- 
« rations , lesquels se laissent moutonnement 
« garrotter» C'est un préfet de Paris, le répon- 
te dant-né de son département, très - dévoue 
« d'ailleurs j mais qui se prête, sans la moindre 
« opposition ., aux arrangemens de réunion d'un 
« nouveau gouvernement qui n'existe pas. Ce 
« sotft des ministres , nommés par tes conspira - 
« teurs , occupés de bonne foi à ordonner. leur 

* costume et faisant leur tournée de vmtse* 



« quand ceux q&i les avaient nomfoés étaient 
« de'jà rentres dans les cachots. Cest enfin toVite 
« une capitale apprenant au réveil 1 esjtece 

• de débauche poétique de la nuit, sans en 
« avoir éprouve' le moindre inconvénient., Une 
« telle extravagance, répétait l'Empereur, ne 
« pouvait avoir absolument aucun résultat. La 
« cho l se eutrelle en tout réussi, elle serait tom- 
« bée a elle-même quelques heures après; et lés 
« conspirateurs victorieux u eussent eu d'au- 
« très embarras que de trouver à se cacher au 
,« sein du succès. Aussi je me sentis Bien moins 
« choque' de l'entreprise du coupable, que de 
« la facilite avec laquelle ceux toêmé qui ife'é- 

* taient le pius attachés, se seraient rendus ses 
« complices. A mon arrivée, chacun mé ra- 
ie contait, avec tant de bonne foi , tous les dé- 
« tàils qui les concernaient et qui les accusaient 

f . « tous! Ils avouaient naïvement qu'ils y avaient 
« e'te' attrapés; qu'ilV avaitent cru un moment 
« m'avoir perdu. Ils ne dissimulaient pa.;; dans 
« la stupeur qui les avait frappas, avoir agi 
« dans le sens des conspirateurs, et se réjoùis- 
« saient avec moi du bonheur avec lequel iïs 
« y avaient échappé, ras un seul n'avait à men- 



1 

trt 



P*t.iM» DE SAESTE-HEtÈNE. 
« tionoer la moindre résistance , le plus p#ti 
i effort pour défendre et perpétuer la fchibsft 
ff établie. On ne semblait pas y avoir sangé», 
« laut or dtait habitue aux chaqgèmens , «u* 
« révolutions * c'est^dire que chacun? ft'étaît 
« montre prêt et résigne à en voir- surgir *n* 
,* nouvelle. Aussi tous les visages changèrent, 
« et l'embarras de plusieurs devint extrême 
« quand, d'un acceiit sévère, je leur dis : Eh 
« bien ! Messieurs, vous prétende* et v<*us dates 
« avoir fini votre révolution ! Vous ipe eroyio& . 
« mort , dites- vous , je n ai rien à dire à cela... 
* Mais le roi de Home ! vos sermçns ,. vos pria- 
it cipes* vos doctrines!,,. Vous »e faites f réunir 
« pour l'avenir... Et alors je voulus wrtôgmple 
« pour éclairer du moins et tenir çn g$rdç les 
«esprits. Il tomba sur le pauvre^ Frochot* Je 
« préfet de Paris , qtji assurément m'était fort 
« attaché» Mais à la simple requête de l'un de 
« ces saltimbanques, au lieu d'efforts qui étaient 
« l'obligation de sa place , d'une résistance d#- 
. « sespérée qui eût du le faire mourir à son 
« poste p il convenait avoir ordonné tout bonne- 
« ment de préparer le lieu des séances du noju- 
« veaij gouvernement !•....■ C'est , remarquait 



tù MEMORIAL (Hoc.i8«*) 

v r l'Empereur, que nous sommes le peuple de 

* i'Euibps le plus pïopre à prolonger nos mir- 

* tations : un tel état ne pourrait même être 
« supporte que par nous seuls. Aussi voyez 
« comme chacun, de quelque parti qu'il soit, 
« Semble intimement convaincu que rien n'est 

* encore fini; et l'Europe partage cette opinion, 
« parce qu'elle la fonde au moins autant sur notre 
ce inconstance , notre mobilité naturelles , que 
> sur la masse des événemens arrivés depuis 
« 30 ans , etc. , etc. * . 

Lundi 4. 

Continuation de souffrances et de [réclusion. — Eut 
du mourir à Moscow ou à Waterloo*—- Eloge de Ka 
famille. 

Aujourd'hui l'Empereur n'a encore voulu 
recevoir personne de tout le matin; il m'a fait 
appeler à l'heure de son bain, durant lequel et 
après encore nous avons causé fort long-temps 
sur la chaîne de nos connaissances anciennes, 
les historiens qui nous les ont transmises, les 
fils qu'ils avaient attachés , etc. La conclusion 
forcée revenait toujours à l'extrême jeunesse de 
notre univers, ou bien plus sûrement encore à 
celle de la race humaine. De-là nous sommes 



( Not. .8.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. S7| 

passes à la charpente du globe, aux irrégularités' 
de sa surface , à l'inégalité <lu partage des ter* 
res et des mers , au total de sa population , à l'é- 
chelle suivant laquelle elle est répandue , aux di- 
verses associations politiques qu'elle forme, etc. 
Je trouvais à l'Europe 1 70 millions d'habitans : 
il remarquait qu'il en avait gouverné 80 mille; 
j'ajoutais qu'après l'alliance de la Prusse et de 
l'Autriche, il marchait; à la tête de plus de 400. 
H a changé assez brusquement de conversation. 
Mon Atlas a été demandé; il s'est mis à parcou- 
rir l'Asie, faisant concorder les marges et le 
tableau, et il s'interrompait parfois pour dire que, 
c'était vraiment un ouvrage sans prix pour la 
jeunesse et les salons. 

Plus tard l'Empereur, parlant des merveilles 
de sa vie et des vicissitudes de sa fortune , disait 
qu'il eût dû mourir à Moscowj que sa gloire 
militaire eût été sans revers, et si* carrière poli- 
tique sans exemple dans l'histoire du monde ; et 
il fit alors un de ces tableaux rapides et animés 
qui lui sont si familiers, et qu'il porte la plupart 
du temps au sublime. Et comme il n'apercevait 
pas une figure précisément approbative; « Ce 
« n'est pas votre opinion, a-t-ildit, vous ne pensez 



98 MEMORIAL («*.»*«) 

« pas que j'aurais dû finir à Moscdur? — No%, 
« Sire, lui a-t-iiëtrf répondu; et £>our Cette même 
« histoire felle serait privée du retour de Vi\p 
m d'Elbe, de l'acte le plus généreux, le plus 
« héroïque qu'aucun homme ait jamais accom- 
« pli ; du motivçment le plus grand , le pl*s 
« inagnifique, le plus sublime qu'on ait pu çotf- 

* templer» — Eh bien ! je Conçois, dit l'Empe- 
«* reur, il y & là quelque chose; mais disons 
« Waterloo, c'est; là que j'aurais dû mourir? — 
« Sire* a reparti Tin ter locuteur, si j'ai obterçu 

* grâce pour Mo^cow > je ne vois pas pourquçi 
« je lie la demanderais pas pour Waterloo. L'a- 
ie Tenir est hors de la volonté, du pouvoir dçs 
« hommes, il est dans le sein de Dieu seul.... » 

Dans un atatre moment l'Empereur est revenu 
encore sur tbus les siens; le peu de secours 
qu'il en avait reçus, les embarras, le mal 
qu'ils lui avaient causés. Il s'arrêtait surtout 
sur cette fausse idée de leur part, qu'une fqis 
à la tête d'un peuple, ils avaient dû s'identtfiçr 
avec lui de manière à préférer ses intérêts, à 
celui de la patrie commune, sentiment dont la 
source pouvait avoir quelque chose d'honorable , 
convenait-il , mais dontils avaient fait une appli- 



f itot: ïfeè) DE SÂINfÈ-HELÈNE. » 

ésrtitifa fatissfe, nuisible , en ce que) dâtts letfr tfcr<- 
•teH â indépendance absolue , ik se coûskdéhlim 
léàlétitèïiî, Méconnaissant qu'ils lie fai&mirt 
partie <Jùé d'un tout au ihouveinefrt duqttelih 
tféVàiëiit aide*, au lieu d^ le tofctratier. Mais 
après tdttt, cdfaclûait-il, lis étaient bien JWeUft , 
bien jètiùés, fcfttourés de pièges et de flatteiirt, 
(Fintrigans de toute espèce , dé Vues tottètës 
et tfiaî intéhtioimées. Et passant àubiteraétit des 
iàm atifc qualités, il â ajouté. « Du rfeste, îffadt 

* tdu jotifrs jUgefr en dernier ressort par les àtoâ- 

* ldgties : quelle famille, dans lefc mêmes éi#- 

* kicmstaticefc, dit ttiteti* fait? ïl tt'est pas dahrié 

* â fcliactth d'être homme d'état : fcette charge 
« tecjtliëf t iinë côntexture toute païthyltèré , 

* et hé le rëhcôhtre pas à profusion. Tods 

* tefes frètes se sont trouvés, à cet égard, daiis 
fr une situation singulière; il leur est*arfitfé 
« â tous d'avoir trop ou trop peu : ils se sont 
« trouvés trop forts pour s*abandônner aveugie- 
« tnent à tin conseiller moteur, et pas assez pour 
« pouvoir s'en passer tout à fait. Après tout, une 
« famille si nombreuse présente uh ensemble 
« aont je peux assurément m'ho'nore'r. 

« Joseph par tout pays serait l'ornement de 



400 MEMORIAL |fli»*t8i<> 

« la société; Lucien celui de toute assemblée 
« politique. Jérôme, en mûrissant , eût étépro- 
« pre à gouverner j je découvrais en lui de véri- 

* tables espérances. Louis eût plu et se fût fait 
« remarquer partout. Ma sœur Elisa était une 
« tête mâle, une ame forte : elle aura montré 
« beaucoup de philosopkie dans l'adversité. 
« Caroline est fort habile et très-capable. Pau- 
« liriCy la plus belle femme de son temps peut- 
« être, a été et demeurera jusqu'à la fin la meil- 
« leure créature vivante. Quant à ma mère, elle 
« est digne de tous les genres de vénérations. 
« Quelle famille aussi nombreuse pourrait pré* 
« senter un plus bel ensemble! Ajoutez qu'en 
« dehors de la tourmente politique , nous nous 
« aimions. Pour moi je n'ai jamais cessé un ins- 
« tant de me sentir le cœur d'un frère. Je les ai 
« tous aimés, et je crois bien qu'au fond ils me 

* l'ont tous rendu , et qu'au besoin ils m'en don- 
fc neraient tous des preuves, etc., etc. » 

Après dîner il nous a reçus tous près d'une 
demi-heure. Il était dans son lit} mais parlait 
beaucoup plus facilement, et se trouvait évidem- 
ment mieux. Nous l'avons quitté avec l'espoir 
de le revoir bientôt rétabli. Nous lui avons fait 



<Hôt..8i«) DE SÀINTE-HËLÈNEi : iOi 
observer qu'il y avait douze jours qu'il n'avait 
pas dîné avec nous , que , sans lui , nos journées , 
notre vie, nos momens se trouvaient tout deso- 
rientés et sans couleur. 

Mardi 5, 

La géographie, passion du moment. — Mon Atlas. •— 
Lit de parade arrivé de Londres; vrai piège à rats. 
— Anecdotes apprises des Anglais ; lettres de Sainte- 
Hélène > etc. 

L'Empereur continuait de demeurer enfermé 
chez lui. A l'heure de son bain il m'a fait appe- 
ler comme les jours précédons. La guérîson de sa 
bouche avançait; mais ses dents demeuraient 
encore fort sensibles. Il a repris la conversation 
de là veille sur la contes ture des parties du 
globe; c'était en ce moment, de la part de l'Em- 
pereur , une véritable veine de passion géogra- 
phique. Il a pris ma Mappemonde et parcou- 
rait la distribution irrrégulière des terres et .des 
mers; il s'arrêtait sur le grand plateau de l'A- 
sie, passait à l'étendue de la mer Pacifique, au 
resserrement dé l'Atlantique; il se posait des 
questions, sur les vents variables et les vents 
alises, les moussons de l'Inde, le calme de la 



103 MÉMORIAL (H«i.iW> 

wer Pacifique, Les ouragan» des ^jtilles , çtc... , 
fit trouvait sur la carte aux lieux raeçies, 1»$ so- 
lutions physiques et spéculatives qu« la science 
donne en ce moment sur ces objets. Cet à ppa* 
pos le ravissait j il comparait, me'ditait, objec- 
tait, prononçait et disait : « Ce n'est vraiment 

* qu'avec des tableaux que. l'ou p.euit faire dpj 

* rapproehemens î ils éveillent les' idées et les 
« provoquent. Que vous avez bien fait de met- 
« tre en tableaux l'histoire , la ge'ographiè , 

* leurs circonstances remarquable, leurs diffi- 
» cultes, leurs phénomènes, «te;,; etc.:. Viojjre 
*t livre rn attache chaque jour davantage *. » • 
- L'Empereur a termine par faire demander 
les plus anciens voyageu'rs, Ofl lfli a appqrte \ç 

. * En effet, jen'en.av.ais qu'on e^emftleire à Sainte- 
Hélène , et il était constamment dans sa chambre ; s'il 
ni'arrivait dé l'emporter pour m'en servir ou\y intro- 
duire quelques corrections, il jétaitpr^scpie.'iu^^èt re- 
depiapdç. ^u moment de mon ^ar^rle^omte Çer- 
tranfi ro'ayant prié fie le lai laisser pour l'instruction de 
ses enfans , il m'a dit depuis n'avoir pu en faire âoenn 
usage. J/Emperenir sien «tait tout £ fftit /emparé $ j& 
loJ^qn'M a d&igpé., daus ces derniers momens ,~ pour 
son fils, un choix 4es livres de sa lubliothèque particu- 
lière,' TÀtîas s'y est trouvé compris; ! Qu'on tn% pardonne 
de ne pouvoir résister à mentionner W*Ç* qnjgragfe» 



(Nat.«8t«r DE SAINTE-HÉLÈNE. 108 

moine Rqbruquis, l'Italien Marco-Polo : il les 
a parcourus , se plaignant qu'on y trouvât à 
peine quelque chose. : ils Savaient plus d'autre 
prix , disait-il , que leur vieillesse. 

Au sortir du bain il est venu dans sa chambre 
à coucher , voir le grand lit envoyé' de Londres 
pour lui, et qu'on venait d'y dresser. C'était 
une espèce dé baldaquin supporte' par quatre , 
grosses- colonnes > si hautes qu'il avait fallu 
rogner les pieds du lit , pour qu'il trouvât sa 
hauteur dans la petite chambre à coucher de 
l'Empereur, qui en e'tait remplie presque tout 
à fait : de plus il sentait ibrt mauvais. Le tout, 
était si «massif et pourtant si peu solide, qu'il 
donnait l'idée d'un château branlant. L'Empe- 
reur l'a appelé un «véritable piège à rats, assu- 
rant qu ? ii ne s'exposerait- pas. â s'y faire pren- 
dre ; aussi a-t-il ordonné qu'on le débarassât de 
suite de pareille ordure. On l'a -donc démonté 
pour replacer le lit de eampagne accoutumé. Ce 
dérangement et ces inconvéniens l'ont fort 
contrarié. 

Dans le jour j'ai eu î'occasion de causer long- 
temps avec ï\n marin- anglais fort enthousiaste 
de rEmperetrr,-qui ma. repayé de tout le bien 



i<M MÉMORIAL (*<>*. iM) 

que je lui en disais, par des traits qui m'ont, 
d'autant plus surpris qu'ils m'étaient tout-à-fait 
inconnus; ils n'en étaient pas moins vrais :1e 
narrateur en tenait quelques-uns de sources 
incontestables, et avait été lui-même témoin ou 
acteur de quelques autres. Plus tard, ayant été 
mentionnés devant l'Empereur, il les a reconnus 
et avoués. Toutefois, mon marin convenait qu'à 
son grand étonnement, ces anecdotes avaient 
peu circulé en Angleterre, et que, de même 
que chez nous, ce qui eût pu honorer davantage 
Napoléon, et peindre le mieux son caractère, 
y demeurait perdu par cette fatalité que j'ai sou- 
vent mentionnée; de même, chez eux , la ca- 
lomnie et le mensonge y avaiçnt constamment 
étouffé tout espèce de bien, sous la masse du 
mal qu'ils forgeaient. Voici quelques-unes de 
ces anecdotes. 

« On nous traitait parfaitement à Verdun, 
« dépôt des prisonniers de guerre de notre na- 
w tion, me disait mon narrateur; nous y jouis- 
« sions des mêmes avantages que les hahitans. 
* C'est une ville très-agréable; les provisions et 
« le vin y sont à bas prix. Il nous était permis 
« de nous promener à quelques milles hors de 



f ffem. iM) DE S^pfTE-HÉLÈNE. 19& 

» la v^m san&âÇre /astreints à Je demander j np^s 
.« pouvions, uaê^ obtenir de.'Vrçs ^fl»*^ p?HF 

« .{îl^siçurç, joi^fç ; nousj .y. étjpns, si. protégés 
« contre toutes yç^^jobs, que le généra] , .SQU£ 
?;}'wt?rit4 du q u «l Wi vivions ^ay^t 4? s f e " 
î PF?^ .-* • W ftlire à flfitrf égard, fyj njand^' | 
« Par js par V<ardi;e spe'ciaj 4 e Pfapole'flp, et,dans 
f h <ÎF%Wfe d# estiment, \\ se. qotàd*, Qr, $ 
« arriva o^une, fais on upue cpnpigna. dans,jçjoj 
« ^pgenieps, ce qui devait durer, djsait- p», 
» deu* fl«\ trp^s jours : c'est que. l'Enjper.eur. 
s deyaitj passer, e$ que l'on n'avait pas en» q^'ij 
* fut bien de Je laisser entpurç. d'un si j^rajid, 
«.npnïV^de juisQnnMîrs, ejweinjs. Ou.tye . «pie 
f no»s >yipns grande çrçrjpsjte' de, le, Y.oiy,,.ce| 
e_.pr.drf5 »QUS b}es?£ e^trêwe^en^^j^ge^rait- 
« ( pn, disiQns-n.^Sj, de. b.ra^es.e^ lovau* P$ftÇ* h 
i ^ur^t-qn V pensée, de les" çpnfpn^ye a^eg 
? des assa^ifs2 Wous en étions, lf, -quand, 

- & : : • W T f?^B: e : 4 e , l'&rflLY^ 4 e - ^ppl.épn , 
« «n .yjjpt nQrçs .a^npucer v à nptr e grand^ §nr- 

« ayait fç«t d&9pp/»;«*yé Uh ïB*?W?JP-F^r« £ np - r ? 

<î éçafdj I^aus nous, p*écjj>it|tinj3S (dpnç, s.nr$pn. 
«.pai^sagPj.et, jlnou^ 'rayera sans.escnjte.dans, 

" 7. : "7 



; 



106 MÉMORIAL (Hoy. u.g) 

«une sédtirité parfaite, et même avec une sorte 
« de bienveillance marquée, ce qui nous gagna 
et tous, et nos acclamations furent aussi sincères 
« que celles des Français eux-mêmes. 

« Napoléon et Marie - Louise revenant de 
« leur voyage de Hollande , arrivèrent à Cïivet 
« sur la Meuse, où se trouvaient plusieurs fcen-- 
« taines de prisonniers anglais. Le temps devint 
« subitement horrible; il plut en abondance, la 
« rivière déborda* le pont 'de bateaux se rompit, 
« et le passage devint impraticable. Cependant 
* l'Empereur, très-impatient de continuer sa 
'« route, et qui avait pris l'habitude de ne 
«trouver rien d'impossible, résolut de tra- 
ie verser la rivière à tout prix. On rassembla à 
« cet effet les mariniers des environs; mais tous 
« prononcèrent qu'ils n'oseraient jamais le ten- 
« ter. Pourtant, répliqua Napoléon, je veux 
« être de l'autre côté avant le milieu du jour j 
•c et se rendant lui-même sur les lieux, il com- 
te manda qu'on lui amenât quelqufes-àiis des 
« principaux prisonniers anglais. Y a-t-il rjeau* 
« coup dé j marins parmi vous? leur dit-il; êtes- 
« voué nombreux? — Nous soiriïnes 500, et 
« tous marins. -~ Eh bien ! faites-tir* en venir un 



(Nor.18,*) DE SÀINTEtHEEÈNE. 1ÔT 

« certain nombre, je veux savoir s'ils crofent 
« lé passage de la rivière possible, et s'ils veulent 
«se charger de me transporter à l'autre "rive. 
«La chose était vraiment dangereuse , pourtant 
« quelques-uns de nos vieux marins s'engagèrent 
« à' en venir à bout* Napoléon se livra à nous 
« avec "une confiance qui nous émerveilla tous , 
« et, rendu" de l'autre côtéj il nous remercia, 
« donna Tordre de faire habiller à neuf tous 
«ceux qui lui avaient rendu ce service V y 
« ajouta un présent pécuniaire , et les rendit à 
«< la liberté. • > 

*' Un jeune matelot anglais, travaillé; dé là 
« maladie> dû $»ys, s échappa d'un dépôt; : et 
« parviht à gagner les bords delà ttjer, daité'ies 
« environs dé Boulogne, ôùilviv^tdatfhédjans 
ce les bois; Dans 6a passion de révoir, son tpay's à 
« tout prixVïl' essaya dé constitiîre ii*M ftëtit 
« canot qui |)ût lui servir à gagner les cM&senfS 
« anglais, qu'il était occupé une grande partie 
« du jour à guetter de la cime de- qUèkj&éS 
« arbres. H fut saisi au moment où", chargé lie 
« sôii ë^if, 'tt'âlKif le jfetër à Yêml'ét Vy 
« ayenture^f, Qn rspiprisç^na, comjpe pspiQj* v 
# ouveleur* >hà.' chose* ©tant parvenue jusque 



f 0* MÉMORIAL (N«*. **) 

« Napolékm qui* se trouvait à Boulogne * il eut la 
« curiosité de voir cette embarcation» dont ob 

* parlait beaucoup;, il ne put croire,. à sa rue, 

* qu'il fût ua être asses insensé pour avoir osé 
fc en /faire usage; et il ae fît amener le matelot, 
« qui lui confirma que telle avait été sa résolu- 
« tion,, lui demandant pour toute faveur la 
« grâce de lui permettre de l'exécuter. -*~ Mais 

* tu a* doue une bien grande envie de revoir 

* ton pays» lui dit l'Empereur, y attribut* laissé 

* qt^ek|ue9iaitreae^?~Nou % irépondit le matelot, 
« ce n'est que ma mère qui est vieille: et informe 

* et.qfte je voudrais revoir* — * EU bien !. tn la 
« rey4pras, s'qcrja Napoléon; et il commanda 
,* jawMtoVqu'en prit soin de ce jeûna homme, 

* qu*o* 1 -babillai; et qu'on le transportât à 
& bord du preww croiseur de sa nation; voulant 
«c en m4me tempe qu'tin lui donnât une petite 
;*$Oi&m$ pour sa mère, faisant la remarque 

* qu'elle devait êtm une hornic ^çpe , puis- 
,* «qjtfftlW anait ¥&,si boa fils *. * • ,, . * • ; . • 

i * * ■ i » ' ' ■ ■ > >* » m^ p y ! i "i >m iî ■■ i» ; ,,,. m - 

* Pepuis qpioa retour en Emwpe, il a. été publié des 
lettres de Ste .-Hélène , dans lesquelles j'ai retrouvé ces 
anecdotes presque mot à mot. Cette circonstance et 
#j*tram'*ntfetfc prendre des renseigâeraens sur cette 



(»*> «a*) DE SAJNTE-HÉLÈNE. tttà 

En fait de bienveillance , de la part de f Ëm* 
petour, exerdeV^nver* des Anglais détenus en 
France, j'ai connu poux mon compte celle don! 
fut l'objet un M. Manning , fort; de tHa «connais- 
sance à Paris, leqUel* *etatit consacré aux 
voyages dans l'intérêt de la science, n'imagûo% 
d'autre moyen, pour recouvrer >salii>er te, tpie 
de s'adresser directement à Napèîeon par la 
voiedimo simple pétition , ltti demandant qna^il 
hii permît tPaller fisirer le plateau téritral de 
l'Asie. Nous lui rîmes au nez, dans nos salons , 
fcur sa simplicité; mais il nous le rendit & son 
loto quand , au tout de quelques semaines , ii 
vitrt triomphant nous apprendre son succès et 
sa liberté. Je lis dans T ouvrage du docteur O' 
Méara, et ce n'est pas une des moindres singu- 
larités dubasard, que Ce même M. Manning ? 
après plusieurs années de longues pérégrina- 
tions, se trouvant, dans son retour en Europe, 
passer à Sainte-Hélène, y sollicité de tous sés ; 
moyens la faveur d'aborder Napoléon pour lui 

exprimer sa reconnaissance , déposer quelques 

1 1 1 1 r ■ ■• — "•- — -"--' ---- r — i 

publication* et ils m'ont mit à même de pouvoir affir- 
mer que, bien qu'elle soit anonyme, elle est de lapins 
grande authenticité, et mérite toute confiance. 



110. MEMORIAL <*<>*.. aie) 

présens à, ses pieds,. et répondre aul questions 
de l'Empereur sur l'existence et les particula- 
rités du grand Lama , qu'il avait été visiter par 
sa faveur particulière. 

Mercredi 6. 

Situation physique de la Russie; sa puissance politl* 
que ; paroles remarquable!* — Notice sur l'Inde an- 
glaise. — Pitt et Fox. — Idées de l'économie politi* 
que; compagnies on cpmmerce libre* — - Les crénaux 
contre les métiers, etc. — • M. de Suflren. — Senti- 1 * 
mens de l'Empereur pour la marine. 

L'EmpereUr a été de mieux en mieux. IJ a 
reçu quelques personnes vers midi, je m'y suis 
trouvé avec M mtt de Montholon. L'Empereur 
est deveïlu très-causant sur les sociétés de Paris* 
et diverses anecdotes des Tuileries. 

Le soir, même amour encore de géographie* 
L'Empereur s'est arrêté spécialement sur l'Asie y 
la situation politique de la Russie, la facilité 
avec laquelle elle pourrait faire une entreprise 
sur Tinde et même sur la Chine; les inquié- 
tudes qu'en devraient concevoir les Anglais; le 
nombre de troupes que la Russie devrait em- 
ployer, leur point de départ, la route qu'elles 
auraient à* suivre , les richesses métalliques 



{««MM) DE SAINTE-HELENE. lil 

qu'elles en rapporteraient, etc., etcj et il a 
donné, sur la plupart de ces points des -détails 
bien précieux • J'ai le regret de n'eu trouver 
ici que l'indication., et je n'oserais me lier aines 
souvenirs pour les reproduire. , 

L'Einpereur a passé de-là à ce qu'il appelait 
la situation admirable de la Russie contye le 
reste de l'Europe , à l'immensité de sa ma«sg 
d'invasion» Il peignait cette puissance assise 
sous le pôle, adossée à des glaces éternelles 
qui au besoin la rendaient inabordable; elle 
n'était attaquable» disait-il, que trois ou quatre 
mois ou uu quart de l'année, tandis qu'elle 
avait toute l'année entière, ou les douze mois 
contre nous 5 elle n'offrait aux assaillans que les 
rigueurs, les souffrances, les privations d'un 
sol désert, d'une nature morte ou engourdie, 
tandis que ses peuples ne se lançaient qu'avec 
attrait vers les ^délices de notre midi. , t -, 

À ces circonstances physiques, ajoutait l'Em- 
pereur , se joignaient une immense population, 
brave, endurcie, dévouée , passive, et d'immen- 
ses peuplades, dont le dénuement et le vaga- 
bondage sont l'état naturel. « On ne peut 
« s'empêcher de frémir, disait-il , à l'idée d'im/s 






Ut r MÉMORIAL <«**.»*} 

* telle > malie* tfioû né Saurai* fett&qftÇt-, ni 

* piar Ie8 cèfcfe> tti sitt tel* dëfrièrqs $ cftti deboîtte 
« iffipfch&ftébt bu* tort-, inofoàant tdttt 6i «lié 

* ttt<*ftpÏL<*y m se retirant *a mlliea «fefc glacées 
« au sein de la dégolàtûm* cfo là ttiott, deve* 
i toï(a.$ek*&e**es* si elle efct défaite; le tout 
k aVète là facilite' de rfeparaîWé ftutëitét*, *i ik 
» è&S te rcîÇuiert. N^st-àe £às là la tëte de 

a l'hydre , TÂtftéé dé la feble , dont cm tae sàtt^ . 

* tait Venir & bofcit , ^uW le saisissant au cttrpft 

* et f&taïEltô daAfc fres bras; mais où trou?** 
« llf èrbftfë? 11 n'tfpppàrténaîi qu^ bons d'oseir 
ii y Jtfe'tendrè, et nous levons tetate' gàiichê* 

* %Hènt-, il ïaût éù'ccfoveniï. *> 

' ♦L'fîùipérèfcr disait que dans la taouVellè corn*- 
biùàison politique de l'Europe , le Sort de cette 
partie dû taofadene tenait plus qu'à la capacité, 
ttk&" difcpiositions d'un seul homme. * Qu'il sfe 
«trouve, disfcit-il : , un Empereur iâé Russie, 

* Vaillahfc, impétueux, capable, en "ta mot un 
«Tkâr qtil ait de la bâtbe au menton (ce qu'il 
% exprimait, du frestfe, beaucoup £lus entergi- 
-* qfcfeâféiàf },<et l'Europe est a lui. H peut com- 
« ïffenftér fces ôpeVfctioàâ èur le Sfcl allemand 
W inèttré, à 10Ô li&tfs des dettx capitales, Betf- 



(W<*i*it) DE SÀ^fE-fitELÈNE. 118 

« lia et Vienne* dont les souverains «ont les 
« seuls ubstfcclest ïl enlève l'alliance de l'tA 
« {mr la force * et avet ton concours-, abat 1W- 
« tré «d'un revers, et dès cet instant il est a* 
« cœur de l'Allemagne, au milieu de* prince* 

* 4n seband brdrë, dont k plupart sont «es 
« pàreus du attendent tout de lui. Ati besoin * 
« si leràs le requiert, il jette en passant , «par- 
ie desskis les Alpes, quelques tisons enflammés 
« sur le sol italien, tout prêt pour l'explosion^ 
« *t marche triomphant Vers là France > dont il 

* se proclame de nouvea* le libérateur. Âs&u» 
« rémfentjitioi) dans wne telle situation, j'arri"* 
« yerais à Calais à temps fixe et par journées 
« ^d'étape , et ^e tti*y trouverais le taaître et Far- 
« iûtre de l'Europe...* * Et après Quelques ins- 
tansde eiienoé, il a ajouté : * Peut-être , mon 
«c cher, êtes-vous tenté de me dire, comme le 
% ministre de Pirrbtfs à son maître : Et après 

* 4oUt,à fUoibùn? Je réponds : À fonder une 
««oùvêile société, 'et i sauver de grands mal-» 
t'hetàrt* L'Europe attend, sollicite ce bienfait ; 
«4è vteax fcystème est à bout, et le nouveau 
*nVest point assis et ne le sera pas, sans de 
« longues et faneuses 'convulsions' encore. *> 



Uk MÉMORIAL (NoV..ft,6) 

L'Empereur a gardé de nouveau le silence; 
mesurant avec un compas des distances sur la 
carte , et disait Constantinople placée pour étire 
le centre et le siège de la domination univer- 
selle, etc., etc. 

Il est revenu ensuite sur l'Inde anglaise, et 
m'a demandé si j'étais bien au fait de son his- 
toire. Je lui ai dit le peu que j'en savais. 

Elisabeth créa une compagnie des Indes , en 
vertu de sa prérogative royale. 

Cent ans plus tard, le parlement en créa une 
autre. Bientôt après, ces deux compagnies, qui 
se nuisaient par leur concurrence, furent réu- 
nies dans une même charte nationale. 

En 4746, la compagnie obtint, des souve- 
rains de l'Inde, le fameux firman ou charte in- 
dienne, pour exporter et importer sans payer 
aucun droit, 

En A1M , la compagnie, pour la première 
fois, interféra militairement dans la politique 
de l'Inde, en opposition à là compagnie fran- 
çaise, qui prit le parti adverse. Depuis ce temps 
les deux nations se battirent sur ce terrain éloi- 
gné, toutes les fois qu'elles eurent la guerre en 
Europe. La France eut un moment très-bril* 



( Not. 181$ y DE SAINTE-HÉLÈNE; 1 \ 6 

lant dans la guerre de 47«Q; elle fut écrasée 
dans celle de 4755, soutint l'égalité dans celle 
de \ 779 , et disparut tout à fait dans celle de la 
dévolution. 

Aujourd'hui la compagnie des Indes anglaises 
domine toute la péninsule, qui compte une po* 
pulation de plus de 60 millions dont 20 sont ses 
sujets, 20 autres ses tributaires ou ses alliés $ 
le reste se trouve enchaîné dans son système, et 
forcé de marcher avec elle *. 

Telle est cette fameuse compagnie des Indes 
qui se trouve tout à la fois marchande et sou- 
veraine, dont les richesses se composent des 
profits de son commerce et des revenus de son 
territoire j d'où il résulte que le marchand est 
souvent poussé : par l'ambition du souverain , et 
que le souverain combine, ordonne, exécute 
avec la cupidité du marchand ; c'est dans cette 
circonstance toute particulière, dans ce double 
caractère ainsi que dans la nature et le nombre 
des employés, la distance du théâtre sur lequel 
on opère, qu'il faut chercher la clef des pro- 

* Ceci a été écrit en 1816 , avant les derniers éve'ne- 
Jnens de l'Inde , qui semblent ayoir accompli la sujétion 
de tente la péninsule. 



446 WDÉMOKIÂL m*.**) 

grès, <3et mesures* des tîraill^fluenS > des cba- 
traductions > des dé&t&res etàe* clameurs quï 
èompois^lFMstêi^ Àe éfette célèbre êompagnie. 

La compagnie des Indes anglaises a *Jté long- 
temps tout à feit ïâaîtresse et indépendante ; 
ette était ^tcominaedJâtrereprésôrité^ par uwe 
cou* 4è directeurs choisis pat là tn&stfe ttefc jh*m 
priétaires} ces directeur délèguent et^irigeîrl 
dans t'fnde, par leurs dépèches, lifte régence on 
conseil composé d'ua gouverneur et de çuet* 
ijtie&JaàSèssëtiïS qui y représentent 'et y fctereent 
l'autorité souveraine. 

En 1767, pour la première ïbis, la couronne 
toit en avant des droits iiur sou territoire et s<a 
retetansj mais la Compagnie acheta le désiste- 
«tetft pour un subside de dix ou douze million! 

Vers 1773, la compagnie des Indes, "se trou- 
vant extrêmement 'dérangée dahs ses affaires, 
eut recours au ïhanrlemeut , qai profita 4e ses 
enterras pour consacrer sa dépendauce. fi 
traça des règlement apolitiques, judiciaire et 
financiers, auxquels il soumit toutes les pos- 
sessions de cette compagnie; mais ces premiers 
réglemens ne furent point hettreua : iis porté- 



(Not. ##) DE S^INTE-HEIJENE. 1 1 7 

^ent 1q désordre w çomMe daa* la jwfoinsul* 
{ta l'Inde» en y introduisant surtout u^e cou? 
suprême de iustiqe, qui se montra la rivale. 4» 
conseil souverain, et qui, chargée d'introd^irç 
les lois anglaises dan&lq pays, pqrta le bouler 
yef sèment çt l'effroi parmi les. naturels, L* 
fureur des partis , leur* dénonciations récipjfo T 
flues, leurs, plaintes j leurs déçtawatîous, non? 
put transmis des actes, odieux , uw **pa«âW 
fans, frein* une tyrajiule atroce. Çett<? ep9qu# 
est la plus orageuse et la mqinç konaiftble de 
TUisitoire de la compagne, 

En 1 783 , pour y porter un remède radical 9 
}|L Fox, alor& ipinistre, proposa son f&meu* 
bill dont le non-sucçè$Je fit sortir du ministère*. 
jjpnsxée suivante, T$, Pitt t q^i avait été sou 
antagoniste, en présenta un autre qui communs? 
$a grande réputation* et gouverne encore au-y 
jpurd'hui la .compagnie.. Le hiU de, Bff- J?« 
^^ »ne vérij&Mfc sais^ie judiciaire; il retirait 
4 la compagnie toute* sç$ propriétés ,> et te 
plaçait, en j régie ^re -le*.*pains duu owitf 
f^ r gT' f 4fi fi^er Oppur elle, 4e liquider ses 
dettes, et de 4i4pflM? de ty^Je* emplois,. Les 
^efnl>re3,du.ç9mité 9 nommés par le Roi ou le 



118 MÉMORIAL ( a ot. i*.*) 

parlement, devaient être inamovibles, et siéger 
jusqu'à ce qu'ils eussent mis les affairés sur un 
meilleur pied. On cria de toute part sur un 
ordre de chose qui, disait-on, allait mettre 
entre les mains de quelques-uns de si grands 
intérêts, un si grand patronage, une si énorme 
influence. C'était, disait-on, introduire un qua* 
trième pouvoir dans l'Etat, créer un rival à là 
couronne même. On fut jusqu'à accuser $!• Fox 
de vouloir se perpétuer dans le ministère, et 
se ménager une espèce de souveraineté occulte 
. supérieure à celle du Roi ; car comme il était 
ministre, et gouvernait en ce moment le par- 
lement , il eût nommé et gouverné ce comité; À 
l'aide de l'influence de ce comité, il eût com- 
posé et gouverné le parlement', et à Ta ici e du 
parlement, il eût consacré et perpétué le cb-^ 
mité : il n'y avait plus de fin. La clairieur fut 
extrême, et le Roi en fit' une affaire pérson* 
nelle. 'Il en appela à ses propres atnis, à ceux 
qui, dans la chambre des pairs , : lui -étaient at- 
tachés de cœur, comme d'un iolijét r attà(juani 
son existence même. M. Fbx 'échoua', et ftù 



r u . .„,.*: r 



I ) 



contraint de quitter le riïinistère 

M. Pitt montra plus de môdérâticIn/eVi appa- 



( ïIot, i8it ) DE SAINTE-HELENE. A 1 9 

rence, et fut plus adroit : il se contenta, par 
son bill, de mettre la compagnie en tutelle: 
il soumit toutes ses opérations à un comité 
chargé de les reviser et de les contre-signer : 
il laissa à la compagnie la nomination de tous 
les employés; mais réserva à la couronne la 
nomination du gouverneur-général et le veto 
sur toutes les autres nominatifs. Ce comité , 
nommé par le Roi , formait une branche nou- 
velle dans le ministère. On se récria vivemçnt 
encore sur l'immense influence que cette mesure 
allait ajouter à l'autorité royale, et qui de- 
vait infailliblement briser, disait -on 9 l'équi- 
libre constitutionnel. On avsût reproché à mon- 
sieur Fox d'avoir voulu tenir cette influence 
tout-à-fait étrangère au Roij on accusa M. Pitt 
de l'avoir mise toute entre ses mains. Tout ce 
que l'un avait voulu faire pour le peuple, disait* 
on, l'autre le faisait pour le monarque. Et en 
effet; ces deux caractères distincts, ces deux 
inconvéniens opposés, étaient toute la diffé- 
rence des deux billsj c'était, au vrai, une ba- 
taille décisive entre les Torys et les Vights, 
M. Pitt l'emporta, et les Torys triomphèrent. 
JL.es vices du bill de M. Fox sont demeurés 



hypothétique* puisqu'il* Voirt pw été Wfc« 
essai j mai* les iuconvéniens prévus de ealuid* 
M, Pitt 96 so»t formellement accomplis : Véquir 
libre des pouvoirs a été rompu, la vraie gon*» 
titution d'Angleterre a eetfé d'existé*, Tauto« 
rite royale, journellement acerue, a tout e*vahi, 
et marche aujourd'hui sans obstacle dans la 
grande route dp l'arbitraire et de l'absolu. 

Les ministres disposent du parlement par 
une majorité* qu'ils ont créée , laquelle perpétue 
leurs pouvoirs et légalise leurs violences. Ainsi 
la liberté' anglaise est enchaînée chaque jour 
davantage au nom et pay les formes mêmes qui 
devraient la défendre; et l'avenir paraît sans 
remède, ou menace des plus grands malheurs ! 
Quelç plus fiiqestes résultats eût dcmc pu prq-r 
duire le plan de 3VÇ, Fq* ? Car les grandç?. alté- 
rations de la constitution anglaise spnt en fffet 
venues de l'Inde, Le poids que M, Fox ypw- 
lait mettre du coté populaire, eûtril do^ç pi* 
être aussi désastreux pour la. U^çrté qup cçlui 
dçnt M, Pitt a surchargé la, prérogative *9yale? 
Awasi, bieu dés gens prpnonçjçjii; h^imei^ 
aujourd'hui que M. Fox ay^t w\zon, qu'il 



<»ot.*Si6) DE SAINTE-HELÊNË. '121 

était bien plus sage, et ne pouvait être aussi 
nuisible que son rival. 
, Aux noms de Pitt et de Fox, l'Empereur s'est 
arrêté long-temps sur leur caractère, leur sys- 
tème et leurs actes; et il a terminé en répétant 
ce qu'il a déjà dit plus d'une fois : « M. Pitt a été 
« le maître de toute la politique européenne; 
« il a tenu dans ses mains le sort moral des peu- 
« pies; il en a mal usé; il a incendié l'univers 
« et s'inscrira dans l'histoire à la manière d'É- 
« rostrate, parmi des flammes, des regrets et des 
« larmes !.... D'abord, les premières étincelles 
.ce de notre révolution, puis toutes le$ résistan- 
te ces au vœu national; enfin, tous les crimes 
ce horribles qui en furent la conséquence, sont 
«son ouvrage. Cette conflagration » universelle 
« de 25 ans; ces nombreuses coalitions qui l'ont 
« entretenue; le boule versement , la dévastation 
« de l'Europe; les flots de sang des peuples qui 
« en ont été la suite; la dette effroyable de 
« l'Angleterre, qui a payé toutes ces choses j le 
a système pestilentiel des emprunte sous, lequel 
« les peuples demeurent courbés ; le malaise 
« universel d'aujourd'hui, tout cela est de sa 
« façon. La postérité le reconnaîtra ; elle le 
7. ' 8 m 



1388 * MEMORIAL (Hè*. iti#) 

« signaler* cornue un vrai fléau : cet homme, 
« tant vanté de son temps, ne sera plus un 

* jour que le génie du mal ; non que je le tienne 

* pou^ atroce, ni même que je doute qu'il ne fut 
. «convaincu qu'il faisait le bien : la Saint-Bar- 

« tbelemy a bien eu ses persuades; le pape et 
m les cardinaux, en ont chanté un Te Dcum f et 
« parmi toutes ces bonnes gens il s'en trouvait 
«bien, sans doute, quelques-uns de bonne foi. 

* Voilà les hommes , leur raison, leurs ju- 

* gemens ! Mais ce que la postérité reprochera 
. « surtout à M. Pitt', ce sera la hideuse école 

« qu'il a laissée après lui; le machiavélisme in- 
» soient de celle-ci, son immoralité profonde, 
. * son froid égoïsme , son mépris pour le sort des 
«hommes ou la justice des : choses. 

m Quoiqu>il en soit> par admiration réelle oU 
«^^ure reconnaissance , ou même encore simple 
^instinct et seule sympathie, M. Pitt a été 
*>eS> deniôure l'homme: de l'aristocratie euro- 
.» péenne; c'est qu'en çffit il y a eu en lui du 
w Sfyliar* C'est isttmi système qui a ménagé Passer- 
•* vissement de le* cause- populaire et le triom- 
> phe des p at^ieiens.vQuantà M; Fox , ce n*est 

* I*» cheto lw Àfiréiteite cju'il faut lui chercher 



(**♦.-**) DE SAflVTE-HÉLENË. §13 

« un niodèle , c'est à foi d'en servir , et ftm école 

* tôt ori tard doit régir te mowdé. » : 
L'Empereur s'est fort étendu aî ; ôr£ sut M: #bx; 

il répétait Favoir fort goûté, beaucoup âïflié*. 
îl avait placé son buste à la fàairtiàteon aVant 
de le connaître persomiéltemônti. H a: conclu 
en disant ce qu'il à déjà étpthùé Souvent et 
sous bien des forinés : « Â&sïîtétûéht f histaût dé 
« la inort'cfe M. Fôx est ' ùtie des* fatalités de 

* ttid carrière", 1 a-t-il*dftj ; S J ÏÎ ëàt Côntiîmé de 

* vivre', leg affaires eUî&ènïf pris iliiér tout' âti- 
k tré tournure, la Causé deS peuples l'eût eAi- 

* porté , et nous eussions fixé un nouvel oirdrë 
« de clioseé en Europe. : k '" ; : l *"• ' 

L'Empereur, revenant ensuite à lac Corbpa- 
gnie des Indes» â dit que c'était une 'grande 
question que ïë monopole d'une compagnie, ôtf 
ht liberté du Commerce pour tous. « tJne coW- 
cr pagnie, observait-il, plaçait de trës-grattdrf 

* avantages entre les mains de quelques -TÎtAtf 1 
« qui peuvent faire très-bien lente âfïàït èfc; 1 
« tout èn J tiégligeaîdt celles dér la masse; auèsi 
« toute compagnie dégénéraït-ettc Bièiitôt éif 

* oligarchie , toujours âftnë- ê& tniuvtii^,' fet? 

* prête à lui donner secours; ëf, sous ci 1 te^pbft* 



m MÉMORIAL (»or.iM> 

« les compagnies tenaient tout-à-fait dm vieu* 
« temps et des anciens systèmes. Le commerce 
« libre , au contraire, tenait à toutes les classes, 
« agitait toutes les imaginations , remuait tout 
« un peuple ; il était tout-à-fait identique avec 
« l'égalité, et portait naturellement, à l'indé-, 
« pendancej et, sous ce rapport, tenait beau- 
ce coup plus à notre système moderne. 

« Après le traité d'Amiens, qui rendait à la 
« France ses possessions. dans l'Inde, j'ai fait 
« discuter devant moi, long-temps et à fond, 
« cette grande question} j'ai écouté des hommes 
ce du commerce, entendu des hommes d'Etat, 
ce et j'ai prononcé po^ir le commerce libre, et 
«rejeté les compagnies. * 

De là l'Empereur est passé à plusieurs points 
d'économie politique, consacrés par Smith dans 
sa Richesse des Natipng. Il les avouait vrais en 
principe; mais les démontrait faux dans leur 
application. Malheureusement ici encore je ne 
retrouve que de stériles indications. 

Il a terminé eu disant :. « Jadis on. ne con- 
naissait qu'une espèce de propriété, celle du 
ce. terrain j il en est survenu une nouvelle, cell^ 
« de l'industrie > aux prises en ce moment avea 



(S**. iè.*> DE SAINTE-HÉLÈNE. ifcfc 

« la première ; puis lihe troisième , celle déri- 
« yant des énormes charges perçues sur les 
« administres, et qui , distribuées par les mains 
« neutres et impartiales du gouvernement , 
« peuvent garantir du monopole des deux au- 
« très , leur servir d'intermédiaire ,. et les ém- 
it pêcher d'en venir aux mains. » Il appelait 
cette grande lutte de nos jours , la guerre des 
champs contre les comptoirs, celle des créhaux 
contre les métiers. 

« C'est pourtant, disait- il , pour n'avoir pas 
«voulu reconnaître cette grande révolution 
« dans la propriété, pour s'obstiner à fermer 
« les yeux sur de telles vérités , xju'on fait tant 
« de sottises aujourd'hui , et que Ton s'expose 
« à tant de bouleversemens. Le monde a éprouvé 
« un grand déplacement, et il cherche à se ras- 
« seoir; voilà eir deux mots, tenùinait-it, jtoute 
« la clé de l'agitation universelle qui nous 
« tourmente. On a défearrimé le vaisseau, trans- 
« porté du lest de l'avant à l'arrière , et de là 
« ces furieuses oscillations qui peuvent ame- 
« ner le naufrage à la première tempête, si 
* Fou s'obstine à vouloir le manoeuvrer comme 



126 MÉMORIAL (Sot. tW) 

« de coutume y sans avoir obtenu \xn équUiJbre 
« nouveau. » 

Ce jour a été riche pour moji jourpal. Outre 
les sujets déjà traités, il a été question die plu- 
sieurs autres encore. En parlant des Indes et de 
la compagnie anglaise , le nom de M. de Suffren 
a été mentionné. 

L'Empereur n'en avait pas une exacte con- 
naissance: il savait confusément que cet officier 
avait rendu de grands services, et lui, Napoléon, 
avait , par ce seul sentiment-, disait-il , a&ràrdé 



beaucoup à sa famille. Il m'a questionné à son 
pujçt. Je ne l'avais pas connu, je ne pouvais 
que lui rendre les traditions du corps. Or , il 
était admis , lui disais-je , parmi- nous dans 
la marine, que M. de Suffren. était, depuis 
Louis XIV , le seul qui rappelât Je& grands 
marins de notré belle époque navale. 
. IVL de Suffren avait du génie, de la création, x 
beaucoup d'ardeur, une forte ambition,, un 
caractère de fer; c'était un de ces hommes que 
la nature a rendus propres à tout. J'ai entendu 
des gens très-sensés et très-forts dire que sa 
mort, en 8 9., pouvait avoir été une calamité 
nationale; qu'admis au conseil du Roi , dans la 



{Vm, *,*) DE SAINTE-HÉLÈNE. ttf 

crise du moment, il eut été de taille à donner 
«ne autre issue aux affaires. M. dfe Suff^eb , 
très-dur , très-bizarre » extrêmement égoïste , 
mauvais coucheur , mauvais camarade., n'était 
aimé' de personne, mais était apprécié ,.adift«ré 
4e tous. 

C'était un homme avec qui l'on ne pouvait 
pas vivre, et il était surtout fort difficile à com- 
mander, obéissait peu , critiquait tout, décla- 
mant sans cesse sur l'inutilité de la tactique % 
par exemple, et se montrant au besoin le meil- 
leur tacticien. Il en était de même de tout lé 
reste, c'était l'inquiétude et la mauvaise tumeur 
du génie et de l'ambition qui n'a pas ses coudées 
franches. 

Parvenu au commandement dé Fçscadrè de 
l'Inde * et conduit au Roi pour prendre congé* 
un huissier faisait avec peine ouvrir la fouie f 
pour qu'il pût parvenir. « Je Vous remercie 
« aujourd'hui , disait-il à l'huissier en grognant 
« et nasillant d'après sa nature} mais au tetbnr, 
m Monsieur » vous verrez que je saurai bien me 
«faire faire place moi -même. » Et il tint 
parole. 

Àmvé dans l'Inde, il ouvrit feue scèns *oit<- 



tl« MÉMORIAL (Sor. 1816) 

Telle à nos armes, il y fit des prodiges qu'on 
n'a peut-être pas assez apprécies en Europe; ce 
furent immédiatement des actes et des mœurs 
de commandement inconnus jusque-là; prenant 
tout sur lui, osant tout, imaginant tout, pré- 
voyant à tout , démontant ses capitaines au 
besoin y nommant ses officiers, équipant et fai- 
sant combattre des vaisseaux condamnés depuis 
long- temps; trouvant un hivernage sur les lieux 
mêmes, dans l'Inde, quand la routine voulait 
qu'on fût les chercher à \ 2 ou 4 5 cents lieues de 
là, à l'île de France; enfin on le vit, devançant 
la manière de nos jours, s'approcher delà côte, 
embarquer dep soldats qui avaient combattu la 
Teille l'ennemi , aller battre avec eux l'escadre 
anglaise, et les reporter le lendemain à leur 
pamp pour qu'ils puissent combattre de nou- 
veau. Aussi notre pavillon prit-il tout à coup 
une supériorité qui dérouta l'ennemi. <c Oh ! 
4* pourquoi cet homme, s'est écrié l'Empereur, 
« n'a-t-il pa$ vécu jusqu'à moi , ou pourquoi 
it n'en ai-je pas trouvé un de sa trempe, j'en 
* eusse fait notre Nelson , et les affaires eussent 
« pris une autre tournure! Mais j'ai passé tout 
% mou temps à chercher l'homme de la marine % 



e*ar. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. »29 

« sans avoir jamais rien pu rencontrer. Il y a 
« dans ce métier une spécialité, une technicité 
« qui arrêtaient toutes mes conceptions. Pro- 
« posais- je une idée nouvelle, aussitôt j'avais 
« Ganthaume sur les épaules et la section de 
« marine. — Sire , cela ne se peut pas. •— Et 
« pourquoi? — Sire, les vents ne le permettent 
ce pas, et puis les calmes, les courans; et j'étais 
ce arrêté tout court. Gomment continuer la dis- 
« cussion avec ceux dont on ne parle pas lé lan- 
ce gage. Combien de fois , au Conseil d'Etat , leur 
cr ai-je reproché d'abuser de cette circonstance, 
ce A les entendre, il eût fallu naître dans la 
ce marine pour y connaître quelque chose. Et je 
« leur ai dit souvent qu'ils abusaient encore ; 
« que je n'eusse demandé que de faire la traver- 
se sée de l'Inde avec eux, et qu'au retour je me 
ce serais fait fort d'être aussi familier avec leur 
« métier qu'avec mes champs de bataille. Ils 
« n'en croyaient rien, et revenaient toujours à ce 
« qu'on ne pouvait être bon marin si on ne s'y 
« prenait dès le berceau; et ils me firent faire 
« quelque chose à cet égdrd qui m'a long-temps 
* pesé, ce fut l'enrôlement de plusieurs milliers 
ce d'enfans de six à huit ans. 



t30 MÉMORIAL <*aT.«ni4f 

m J'eus beau me débattre > il me fallut céder 
« à leur unanimité, eu les prévenant toutefois 
« que j'en chargeais leur conscience. Qu'eu 
« résulta-t-il? que le public murmura , déclama 

* beaucoup et nous couvrit de ridicule; qua* 
« lifignt l'opération de massacre des innocens* 
« Voilà que, plus tard, de Winter, Verhuel, tous 
« les marins du Nord et d'autres encore sont 
« venus me dire et ont soutenu que 48,20 ans, 
« l'Age de la conscription, n'était pas trop tard 
« pour commencer à être matelot; les Danois, 
« les Suédois y emploient leurs soldats; chez les 
« Russes, la flotte n'est qu'une portion M l'*r* 
« mëe principale, ce qui donne l'avantage inap- 
« préciable de l'avoir en permanence « $t àdeti* 

* fins. 

« J'avais imaginé moi-même, a-t-4 ajoute» 
« quelque chose de la sorte en créant nie? éqni» 

* pages de haut-bord; mais que d'obstacle» ne 
« rencontrai- je pas , que de préjugés j'eus À 
« vaincre , quelle force de volonté je dus cm* 
« ployer pour parvenir à donner un uniforme 
« à ces pauvres matelots, à les enrégimenter, à 
« leur faire faire l'exercice; je gâtais tout, di~ 
« sait-on, et pourtant de quelle utilité u'<mt* 



tn». ta*} DE SAINTE-HÉLÈNE. f Si 

« ils pas été ! Quelle plus heureuse idée que 
« d'avoir deux services pour une seule paye. Us 
« n'ont pas été moins bons matelots, et se sont 
« montrés les meilleurs des soldats. On les' a 
« trouvés , au besoin, matelots , soldats , artil~ 
«leurs, pontonniers, tout. Si, dans la marine, 
«au heu d'avoir des .obstacles à combattre, 
« j'avais rencontré quelqu'un qui eût abondé 
* dans mon sens et devancé mes idées, quel 
« résultat n'eussions -nous pas obtenu; mais, 
« sous mon règue, il n'a jamais pu s'élever dans 
« la marine quelqu'un qui s'écartât de la rou- 
« tine , et sût créer. J'aimais particulièrement 
« les marins , j'estimais leur courage , j'estimais 
« leur patriotisme ; mais je n'ai jamais pu trou- 
m ver entre eux et moi d'intermédiaire qui sût 
« les faire agir et les faire mériter, etc. , etc. » 

Jeudi 7. 

Organisation impériale ; préfets , auditeurs au Conseil 
d'Etat $ motifs des gros appoiotemens ; intentions 
futures 9 etc., etc. 

Napoléon , parlant de son organisation impé- 
riale, disait qu'il en avait fait le gouvernement 
le plus compact , de la circulation la plus ra- 



432 MEMORIAL (Hor.iStO- 

pide, et des efforts les plus nerveux: qui eût 
jamais existes ; « Et il ne fallait rien moins que 
« tout cela, remarquait-il , pour pouvoir triom- 
« pher des immenses difficultés dont nous étiops 
« entoures, et produire toutes les merveilles que 
« nous avons accomplies ; l'organisation des pré* 
«fectures, leur action, les résultats étaient 
cç admirables et prodigieux. La même impulsion 
ce se trouvait donnée au même instant à plus de 
« JiO millions d'hommes; et, à l'aide de ces 
« centres d'activité locale , le mouvement était 
« aussi rapide à toutes les extrémités qu'au cœui 1 
« même. 

« Les étrangers qui nous visitaient , et qui 
« savaient voir et juger , en étaient émerveillés. 
t< Et c'est à cette uniformité d'action, sur un 
« aussi grand terrain , qu'ils attribuaient sur- 
it tout ces prodigieux^ef forts , ces immenses 
« résultats, qu'ils avouaient n'avoir pas pu 
s comprendre jusque - là. 

« Les préfets, avec toute l'autorité et les. 
« ressources locales dont ils se trouvaient in- 
« yestis, ajoutait l'Empereur, étaient eux-mêmes 
« des Empereurs au petit pied; et comme ils 
« n'avaiçnt de force que par l'impulsion pre- 



Ofor. »&*) DE SAINTE-H&LÉNE. 4â3 

* miêre, dont ils n'étaient que les organes , que 
« toute leur influence ne dérivait que de leur 
« emploi du moment , qu'ils n'en avaient point 
a de personnelle, qu'ils ne tenaient nullement 

* au sol qu'ils régissaient, ils avaient tous les 
•ce avantages des anciens grands agens absolus, 
te sans aucun de leurs inconvéniens. Il avait 
« bien fallu leur créer toute cette puissance, 
«disait l'Empereur, je me trouvais dictateur, 
« la force des circonstances le voulait ainsi, il 
« fallait donc que tous les filamens, issus de 
« moi , se trouvassent en harmonie avec la cause 

* première , sous peine de manquer le résultat; 
« Le réseau gouvernant dont je couvris le. sol 
« requérait une furieuse tension, une prodi- 
« gieuse force d'élasticité , si Ton voulait pou- 
ce voir faire rebondir au loin les terribles coups 
« dont on nous ajustait sans cesse. Aussi la phi- 
ce part de ces ressorts n'étaient-ils , dans ma pen- 
te sée , que des institutions de. dictature , des 
« armes de guerre* Quand le temps fut venu 
« pour moi de relâcher les rênes , tous mes 
« filamens aussi se seraient sympatiquement dé- 
ce tendus , et nous aurions alors procédé à no^re 
« établissement de paix, à nos institutions lo* 



436 MEMORIAL (W5t.iBi6) 

temps un des ministres (Decrès) me racontait 
avoir eu avec l'Empereur précisément une prise 
à ce sujet. U le grondait de sa nomination. 
« Mais, Sire, lui rëpondit-il plaisamment, vo- 
ce tre influence est plus forte que, votre volonté' , 
ce j'ai beau dire que je n'en veux pas, que cela 
ce vous déplaît, que vous voulez qu'ils se re- 
«-servent ces nominations entre eux, ils ne 
« connaissent que votre choix, et je serai re- 
« nommé tant que vous m'y enverrez. » 

ce J'avais, disait encore l'Empereur, donné 
«des traitemens énormes auxpréfets et autres; 
<c mais en fait de prodigalités de ma part , fau- 
te- drait-il encore savoir distinguer ce qui est de 
«- système ou de circonstance. Gelles-ci me for- 
ic calent à donner de gros appointemens, l'autre 
a m'eût conduit à obtenir gratuitement. A l'o* 
« r^gine, lorsqu'il s'agissait d'attacher des indi- 
ce yidus , de recomposer une société et des 
« mœurs à l'avenant, de gros traitemens, une 
« véritable, fortuite étaient indispensables ; mais 
« le résultat. obtenu, et avec le temps rentré 
« dans l'ordre naturel, mon intention, au con- 
« traire , eût été de rendre la plupart des hautes 
<<; fonctions à peu près gratuites. J'eusse élagué 



(àb*. lits) DE SAINTE^HÉLÈNE. 437 

« lçs nécessiteux qui jamais ne s'appartiennent 

• à eux-mêmes, dont les besoins pressans 

*; créent l'immoralité politique; j'eusse amené 

« l'opinion à solliciter ces emplois pour la pure 

p considération*; ils fussent devenus d'bonôra- 

? blés magistratures , d'immenses justices :âe 

«paix remplies par les plus grandes fortunes , 

« chez qui la vocation, la philantropie , une 

« bonne te. atnbîtiôn eussent été' les premiers 

« guides, et le gage assuré d'une noble indé- 

f pendance. Et c'est là r ce qui compose vrai- 

« ment la dignité,, la majesté d'une cation, ce 

« qui en élève Ja, renommée et ramçne la morale 

« publique. Or, notre pb^ngement de mœurs, 

«à cet-égafd, était devenu indispensable, et 

« c'est le, dégoût des places qui eut signalé 

« notre véritable: Retour à la haute moralç. On 

« p}'a* dit ici «Jue cette avidité de places a passé 

« la mer pour aller infecter nos voisins, ,Autre-v 

« fois le$ vieux Allais les dédaignaient,. Voyez 

« si aux Etats-Unis on en est avide. .Get amour 

«,,$U*$ W peuple est le plus grsmd échec qui 

« puisse renverser sa moralité- Quand* on vent 

« absolument, des places, on, se trouve déjà 

« vendu d'avance. Aujourd'hui les plus grands 

7. ' ' ' ' '9 ' 



*3S MEMORIAL (Ha*. i«<6> 

4 personnage* en Angleterre courent après, les 

* grandes familles* toute la pairie, les rocher» 
« chent. Ils se rejettent sur ce que l'enormité. 

* <te$ taxes ne leur permet plus de vivre sans 
«salaires, pitoyable excuse! C'est que leurs 

* mœurs publiques sont encore plus altérées 
« que leutfs fortunes. Quand on en est arrivé, 

* dans une certaine classe , à solliciter las em- 
é plois pour de l'argent , il n'est plus, pour une 
<r nation , de véritable indépendance , de no- 

* blesse, de dignité dans le caractère; Notre 

* excuse à tious pouvait être dans les boule- 
« versemens et les commotions de notre revo- 
te lùtion; chacun avait été déplacé v èhacuxtsé 
« sentait dans la nécessité de se rasseoie; et 
« c'est pour aider à cette nécessité générale , et 
« pour que les seûtimerisrlélicats se détruisissent 
W le moins possible, que j'ai cru devoir doter 
«toutes les places de tant d'argent, de lustre 
«et de considération; mais avec le temps 
« j'eusse changé tout cela par la seule force de 
« l'opinion. Et qu'on ne teroye pas la 'diose 
« inipossible. Tout devient facile à l'influence 
« du pouvoir, quaAd il veut diriger dans le 
« juste , l'honnête 'et le beau, etc. y etc. ' 



(Wo*.***8) DE 5ÀINTE-HELÈNE. 188 

m' Je ménageais à môri, fils une situation de* 

* plus hçureùses. J' élevais précisément pour lui 

* à l'école nouvelle la nombreuse classe des au- 
fc^Htegre au Conseil d'Etat. Leur éducation 
« finie et leur âge venu, ils eussent, un beau 
« jour, relevé toi# \qs postes de l'empire j forts 

* de nos principes et des exemples de leurs 

et devanciers , ik se fnssenttrtftwés tous douée à 

« quinze ans de plus* que mon fils, «îequi l'eût 

« placé précisément entre deux générations et 

« tous leurs avantages : la maturité > ï*ëxpé- 

<* riencé et la sagesse, au-dessus; la jeunesse, 

« la célérité, la prestesse, au-dessous, t> F$ 

comme je m'étonnais qu'il n'eût rien laissé pet* 

cer de tontes fces grandes et 'belles institutions : 

te A quoi bon bavarder là-dessus, me <îit-iU oi 

« m'eût pris pbur uâ charlatan , oto mé&t s««-> 

« pecté a insinuation, de souplesse; i'dnse fût 

« familiarisé à me combattre ,< et je serais tombé 

« dans le discrédit. Situé ainsi que )k l'étais * saqs 

« l'autorité héréditaire de l'antique* traÂitibn , 

« privé du prestige de ce qu'ils appellent ia lé- 

« gitïmlté,' je ne devais pas permettre Vdeéasifett 

« d'entrer en lke Vis-à-Vis de moi, 5 je' devais 

« être tranchant , impérieux' , décisif. Votis iat 



1 M) MEMORIAL ( *<*. *m ) 

« dites qu'on a dit de moi , dans votre fau- 
« bourg : Que n'était -il légitime l Si je l'eusse 
« été, je n'aurais pas fait davantage, sans doute; 
m mais il m'eût été permis alors d'avoir pins de 
« bonhomie , etc. , etc. » 

Vendredi 8. 

La Vendée $ Charetle. — Lamarque. — Tragédies d'Es- 
chyle et de Sophocle» etc. —Véritables tragédies 
chez les Romains.— La Médée de Sénèque; singu- 
larité. 

. L'Empereur a travaillé avec l'un de nous , ce 
qui nous a fort réjouis, en nous prouvant qu'il 
se trouvait beaucoup mieux. 

L'Empereur m'a fait demander avant dîner; 
Le travail semblait l'avoir ranimé, il était fort 
causant et nous marchions dans son apparte- 
ment. L* Vendée , ses troubles , les chefs 
qu'elle à montrés , ont été un des sujets remar- 
* quablés de la conversation, 

- Charetle était le seul dont il fît un cas tout 
particulier. « J'ai lu une histoire de la Vendée : 
« si les détails , les portraits sont exacts, di- 
« sait-il, Charette est le seul grand caractère, 
m le véritable héros de cet épisode marquant de 



(KoT-ierf) DE SAINTE-HÉLÈNE. Wi 

« notre révolution; lequel, s'il présente de grands- 

* malheurs, n'immole pas du moins notre gloire. 
.« On. s'y égorge; mais on ne s'y dégrade point :* 
« on y reçoit des secours de l'éttanger; mais r 
« on n'a pas la honte d'êtra sous sa bannière , 
m et d'en recevoir un salaire journalier pour* 
« n'être que l'exécuteur de ses volontés. Oui:,: 
« a-t-il continué, Charette m£ laisse l'imprèsr 

* sion d'un grand caractère, je lui vois faire. 
« dés choses d'une énergie , d'une audace peu* 
«communes; il laisse percer du génie. » Je 
lui disais alors avoir beaucoup connu Cha^ 
rette dans mon enfance , ; nous avions.' été' 
gardes de la marine ensemble à Brest , nous y 
avions partagé' long-temps la même* chambre f 
mangé à la même table , et il avait fort surpris , 
par ses exploits* et sa brillante carrière, tous 
ceux de nous qui avions été liés avec lui. Nous 
avions jugé Charette assez commun, de peu 
d'instruction , volontiers atrabilaire et surtout 
extrêmement indolent. Pas un de nous» qui ne 
l'eût 'condamné à demeurer dans la foule des 
insignifians. II. est bien vrai qu'à mesure qu'il 
prenait de IVfcldt nous nous rappeliioàs, et nous 
aimions à faire ressortir, qu'à une de ses pre- 



WSt MEMORIAL in**. i&i«) 

raières campagnes dans la guerre d'Àikérique * 
et devant n'être encore qu'un enfant* sortant 
dé Brest, durfcnt l'hiver, sur un cutter, son* 
Intiment perdit son mât , ce qui , pour ce genr* 
d'embarcation , équivaut à une perte presque 
certaine; le temps était si épouvantable et la» 
mort si * infaillible 9 qtae, les matelote à 9 genoux 
et l'esprit perdu > se refusèrent à tout travail 
qui eût pu les sauver. Le garde de là mariné 
Gharette *, maigre son extrême jeunesse-, en tua 
un pour contraindre les autres à travailler; il 
parvint, en effet, par ce terrible exemple, à 
décider tout le reste, et Ton sauva le bâtiments 
ft'Et bien! voyiez* disait l'Empereur', le vrafc 
« caractère perce toujours dans tes grandes cir* 
« constances : voila , en-effet, rétinfcelle qui 

* signala le héros de là Vendée. ïl ne faut pas 
«toujours s'y méprendre, il. est des dortneurs: 
«c dont le réveil est terrible. Kléber aussi était 

* d'habitude un endormi; mais dans l'occasion y 

* et toujours au besoin, il avait le réveil du. 
« lion. » J'ajoutais avoir maintefois entendu 
raconter à Charette, que dans un certain mo- 
ment et d'un élan spontané , les matelots du 
cutter s'étaient écriés > d'une voix commune* 



Ofaniwft) DE SAINTE-HELENE. i*J 

qu'ils faisaient vœu d'aller* en chemise et pieds 
nus, porter un cierge à Notre~Dame-de-Recou*> 
vjrance (portion de Brest), si elle obtenait leur 
saint: « Et tous en croirez ce que vous voudrez» 
« mous ajoutait naïvement Çharette; mais il est 
« de fait qu'A peine il^urent fini de prononcer 
« leur prière* que le vent tomba subitement, et 
* que dès cet instant commencèrent nos Jespé» 
« rennes de salut. » Et les matelots au retour, leurs 
officiers en tête , accomplirent deyôt^ment leur 
Vœu. 04i reste , disais- je, ce ne fut pas la seule 
circonstance miraculeuse du petit cutter. On 
était au mois de décembre , la nuit fort longue et 
des plus obscures; on^se savait au milieu des ré- 
cifs ; mais , privé du mât et de tout secours nau- 
tique, un flottait à l'aventure, n'attendant de 
salût que du Ciel, quand on entendit le son 
d'une cloche. On sonda , et trouvant très-peu 
de fonds , ©m jeta V ancre* Qu'elle ne fut pas, au 
point du jour, la surprise et la joie de se voir à 
l'entrée de la rivière de Landernau ! La cloche 
qu'on avait entendue était celle de la paroisse 
voisine. Or le bâtiment avait merveilleusement 
traversé les innombrables écueils dont est semée 
l'entrée de Brtst; il avait enfilé le-goulet, passé 



m ." MEMORIAL («*,i»i«> 

à travers de trois ou quatre cents voiles qui cou>- 
vtaient la rade, et était venu trouver un abri 
précisément à \ l'entrée d'une rivière, sur un 
point calme et tout-àr-fait à l'écart. « Verrez, 
« disait l'Empereur, toute la différence du ta- 
« tonnement des liommfcL à la marche assurée , 
« franche de la natuïe ; ce qui vous étonne si 
« fprt i devait arriver. Très- probablement 
«qu'avec: toutes nos connaissances humaines -, 
« le trouble; les erreurs de nos sens, eussent amené 
«'le naufrage du bâtiment. Au travers de tant 
«de chances Malheureuses , la nature l'a sauvé 
« sans hésitation , la marée s'en est saisie , et la 
« force du courant l l a conduit, sans péril, précis 
ce sèment au milieu de chaque chenal; de la sorte 
« il ne devait , il ne pouvait pas périr , etc. * 

Et retenant sur la guerre dé 1? Vendée ,' il a 
rappelé qu'il avait été tiré de l'arméades, Alpes, 
pour passer à celle de la Vendée, et qui! avait 
préféré donner sa démission, à' poursuivra un 
service dans; lequel , d'après les impulsions du 
temps, il n'eût pin concourir qu -à du: mal /sans 
pouvoir : personnellement prétendre à aucun 
bien. Il a dit' qu'un des premiers sortisse son/ 
consulat avait été de pacifier tout4-&iÇrc;^ 



<N*r. i8i«) DE SAINTE-HÉLÈNE. U$ 

malheureux pays , et de lui faire oublier ses 
désastres. Il avait r beaucoup fait pour lui; la ' 
population en avait été reconnaissante , et quand 
il l'avait traversé, les prêtres. mêmes avaient 
semble lui être sincèrement des plus favora- 
bles. « Aussi , ajoutait-il, les dernières insur- 
« rections n'avaient-elles plus le. même carao 
« tère que lia première : ce n'était plus du £ur 
<c fanatisme ; mais seulement de l'obéissance pas- 
« sive à une aristocratie dominatrice. Quoiqu'il 
« en soit, Lamarque, que j'y avais envoyé' au 
* fort 'de la crise,* y ât deà merveilles et sur- 
it' passâmes espérances, » Et de quel poids n'eus- 
sent pas pu devenir ses actes dans la grande» 
lutte; car les chefs vendéens les plus distingues >• 
ceux sans doute qui recueillent, en; ce montent, 
les bienfaits (le la Coiir, ont reconnu, entre ses 
mains. Napoléon potfr Empereur , même après 
Waterloo, mênie âpres son abdication. Fut-ce 
de la part de Lamarque ignorance du véritable 
état defcdbosés , ou seulement pure fantaisie de 
vainqueur? Toutefois le voilà dans l'exil: il est 
dû nombre dds S8, <* C'est qu'il est plûj;faqile 
n de proschre que dé; vaincre , etc . , etc * » : 
Ha pmfariUim (à l'Empereur de venir dîtiec 



f»6 MÉMORIAL (»**- rttf) 

avec nous. C'était la première fois depuis son 
incommodité , c est-à-dire depuis seize jours. 
Cela nous semblait une petite fête ; toutefois 
nous ne pouvions nous empêcher de remarquer 
avec- douleur une grande altération dans tous 
ses traits et des traces visibles d'une aussi Ion* 
gue réclusion • 

Après dîner, on a repris les lectures depuis 
si long-temps interrompues. L'Empereur nous a 
lu l'Agamemnoh d'Eschyle, dont il a fort admiré 
l'extrême force ^ jointe à la grande simplicité. 
Nous étions frappés surtout de la graduation 
de terreur qui caractérise les productions de 
ce père de la tragédie. Et c'est pourtant là,, fai- 
sait <- on observer, l'étincelle première à la- 
quelle se rattache nôtre belle lumière moderne. 

Après l'Agamemtom d'Eschyle, l'Empereur 
a fait venir l'OEdipe de Sophocle, qui nous a 
également fait le plus grand plaisir, et l'Em- 
pereur a répété qu'il regrettait fort de ne l'aVoir 
point fait jouer de la sorte à Saint- Clottd. 

Talma avait toujours combattu cette idée ; 
mais l'Empereur disait être fâché de n'avoir 
point insisté, « Non que j'eutse voulu esspyér , 
« ajoutait-il, d'en ramener la mqde ou de cor- 



(!**.«•*> DE SÀWTE-HËLENE. m 

« rige* notre théâtre, Dieu m ? en garde; mais 

* seulement parce que j'eusse aimé à Juger des 
fc impressions de là facture antique sur nos 

* dispositions modernes. » Il était persuadé 
qu'un tel spectacle eût fait grand plaisir, et ri 
se demandait quel effet eussent pu produire , 
aveé notre goàt moderne , le coryphée et le$ 
choeurs grecs, etc., etc. » ;: * j 

Il est passé 3e -là à l'Œdipe de Voltaire i 
qri*il la beaucoup tante. Cette pièce lui présen- 
tait f disait-il, la- plus belle scène de^ notre 
théâtre. Qdant à ses vices, les aifcoiirs si irîdi- 
ttilëi de ^Philôctèf e par exemple , il ne fallait 
point en aécùser le po€te , mais bien les moeurs 
du temps .et les grandes aclrioesdu jour, qtii 
imposaient la loi. Cet^loge de Voltaire nous à 
Frappé : il «tait nouveau pour nous, taht il 'était 
rare dans la bouche de l'Empereur. • J 7 * 

À onze heures , et <léjâ couché, l'Empereur 
*na fait appeler et a. continué à causer -sur 
notre théâtre et sur celui des Grecs et des 
Romains, au sujet desquels il a dit beaucoup 
de choses fort curieuses* 

D'abord il s'étonnait que les Romains n'eus* 
se*t point de tragédies; puis il convenait 



\ 



U8 MÉMORIAL (n*. iSi6) 

qu'elles eussent été peu propres à les émouvoir 
sur le théâtre ; qu'elles se donnaient en réalité 
dans leurs cirques. « Les combats des gladia- 
« teurs, disait-il ,r celui des hommes livrés aux 
« liâtes féroces, étaient bipn autrement terribles 
« qqe toutes nos scènes dramatiques ensemble; 
« et c'étaient là , du reste, les seules. tragédies, 
« remarquait-il, propre? à la trempe robuste, 
« aux nerfs d'acier dtàs Romains. » 
.. Toutefois, les Romains pnt çu , , disions-nous , 
quelques essais de tragédie, produits par Sé- 
nèq^e ; et sa Médée, par parenthèse, préfgnte 
une' circonstance bien, bizarre : c'est que' le 
choeur y prédit distinctement la, découverte 
de l'Amérique, opérée 4X00 ans plus tard. 
* Un nouveau Typhon , y est-il dit , enfant de 
« la terre, ira, dans les siècles à venir, découvrir 
« vers l'Occident des régions éloignées y et 
m Thule fce sera plus l'extrémité de l'univers *. 



*, ..t...*..... ...«..». renient annis 

Saecula séries qpibas oceanus 

Vincuta rerum laxet , et ingens 

Pateat tellus , Typhoque nôvos ' 
• ; Dete{$t orbes , necsit terris ultima Thole,' / 

} Fin dit choeur <fc & àcU d^la JUédéc dé Se nique* 



(Not.i6i6) t>E SAINT&HÉLÈNE. 1*9 

Samedi 9. 

I/Empereur beaucoup mieux. — - Lui sauter ! — Madame 

R....... de St-J... d'A ,<—. Lçs deux Impératrices» 

— Dépenses de Joséphine $ mécontentemens de l'Em- 
pereur; anecdotes caractéristiques de l'Empereur. - 

L'Empereur était infiniment mieux j'entoure 
de nous, il parlait des. prodiges du début de sa 
carrière, et disait qu'ils avaient dû créer une 
gran<b impression dans le monde. Une telle 
impression, a repris quelqu'un , qu'on avait été 
tenté d'y apercevoir du surnaturel j et, à ce 
sujet , il a cité une anecdote qui , dans le temps, 
avait couru les salons de Paris. Dans un quar- 
tier de la capitale, un nouvelliste entre , tout 
effaré, dans un cercle, annonçant que Bona- 
parte vient de périr à l'instant : il raconte l'ex- 
plosion de la machine infernale, et termine en 
disant : « Le voilà sauté en l'air. — Lui sauter/ 
s'écria un vieil Autrichien, qui avait écouté de 
toutes ses oreilles, et qui avait encore présentes 
toutes les crises désespérées dont il avait vu 
sortir miraculeusement le jeune général de l'ar- 
mée d'Italie; lui sauter ! Ah! vous connaissez 
bien votre homme; et moi je vous gage qu'à 



1B0 MÉMORIAL <*<*.rtU6} 

l'heure qu'il est il se porte mieux que nous 
tous. Je le connais de longue main avec toutes 
ses drôleries ! » 

Dans un autre moment, M mé ;R.'..'...i de Si- 

J... d'A ayant été mentionnée et quelqu'un 

ayant dit à l'Empereur combien elle avait mon* 
tré d'attachement pour lui durant son séjour 
à Tile d'Elbe. « Qui, elle, s'est écrié TEmpe- 
« reur avec surprise et satisfaction? — Oui, 
« Sire. — Ah ! pauvre femme , a-t-il *oute 
« avec le geste et l'accent du regret, et moi 
m qui l'avais pourtant si maltraitée! Eh bien F 
« voilà qui paye du moins pour les renégats 
« que j'avais tant comblés....!» Et, après quel- 
ques secondes de silence, il a dit significati- 
vement : « Il est bien sûr qu'ici bas on ne 
« connaît véritablement les âmes et les senti- 
« mens qu'après de grandes épreuves ! » 

L/Empereur, à dîner, était fort bien, très-con- 
tent et même gai; il se félicitait d'avoir passé 
sa deniièfe crise sans s'être soumis à la méde- 
cine, sans avoir payé tribut au docteur j et c'est 
ce qui fâchait celui-ci , disions-nous j il se se- 
rait contenté de si peu, le plus léger acte eût 
suftï! Il* n'eût demandé que le billet de confes- 



(H«r, i6i«) DE SAINTE-HELENE. 151 

sion du clergé, disait l'Empereur, tout en riant 
beaucoup de la chose , et ajoutant qufe, par pure 
complaisance 9 il avait été jusqu'à essayer un 
gargarisme, qu'il avait trouvé d'une acidité 
violente qui lui avait fait mal; faisant observer 
en cela qu'il ne lui fallait que des remèdes 
extrêmement doux; tQus les autres, le crispant 
infailliblement. « Au physique comme au moral* 
« disait-il , il faut me prendre par la douceur, 
« autrement je me cabre. » 

Le cours de la conversation a conduit L'Em* 
pereur encore une fois sur le compte des Impé- 
ratrices Joséphine et Marie-Louise. Il a mul- 
tiplié sur elles les détails les plus aimables et 
les plus circonstanciés, et a terminé pat son 
a4age ordinaire , que Tune était les grâces, et 
tous leurs charmes; l'autre, l'innocence et tous 
ses attraits. 

L'Empereur détaillait ce qu'avait coûté la Mat 
maison : environ 3 ou k cent mille franoç ; -c'est* 
à-dire tout ce qu'il possédait alors, disait-il, et 
il énumérait ensuite tout ce que pouvait avoir 
reçu de lui l'Impératrice Joséphine; concluant 
qu'avec un peu d'ordre et de régularité seule- 
ment y elle eût bien dû hissfcr , peut-être, 6® 



1 



152 MEMORIAL (Not,i8i6) 

ou 60 millions. « Son gaspillage,. disait l'Em- 
« pereur , faisait mon supplice. Calculateur 
« comme je le suis , il devait être dans ma na- 
« tûre d'aimer mieux donner un million que 
« de voir gaspiller 400 mille francs. » Il nous 
racontait comment étant tombe un jour sans 
être attendu dans le petit cercle du matin, de 
Joséphine, il avait trouvé uûe dame professant 
à la lettre modes et chiffons. « Mou .apparition 

* subite causa , disait-il ,• un grand désordre 
« dqms la séance académique. C'était une célèbre 
« marchande de modes, une de ces fameuses du 
^ jour, à laquelle f avais fiait défendre positi- 
«veraent d'approcher de l'Impératrice, qu'elle 

* ruinait» Je donnai quelques ordres inaper- 
tçus, et à sa sortie ou s'en empara;. elle fjit 
« conduite à Bicêtre, Ce fut un grand bruit 
« dans tout Paris, le plus grand des scandales, 
« disait-on. Le bon ton fut de lui rendre visite, 
« et il y eut à sa porte une file de voitures. 

* La police vint m'en faire part. Tant mieux, 
« dis- je, vous ne lui avez point fait de mal, 
«elle n'est point au cachot?.— Non, Sire, elle 
« a plusieurs pièces ; elle tient salon. — Eh 
f bien! laiftex crier} tant mieux si l'on prend 



(Nat.fStf) DE SAIKT&HÉLËNE. «58 

* ceci pour un acte de tyrannie, ce^çra unooup 
te de diapason pour «tri grand hontbreîitrè^ 
« peu leur montrera quf je pourrais faâr* fyeam- 
« coup, etc., etc. »IÏ n<kf&aoité>attsBi uhaptefe 
célèbre modiste, qu'il disait être lé plus laso*- 
lent personnage qu'il eût jamais rencontré détifc 
toute sa carrière- * tti ayant adressé la parais, 
« dirait Napoléon , thi jour que f examinais uft 
« trousseau de fàmifte fourbi 'f a» lui 1 , il ; a*ait 
« osé m'entrepcendWy «loi^A^ui certes on ne 

^mmé^^^^^hm^m il fitree^ue pe» r 

« swine^u France, H^eût *teé tenter » il se mit 

* à mé démontrer >fo(rt ^b«mdata«Ueat ..tpé » je 
« ne donnais pas assez à llmpértitrice jfcfcé- 

* phine , . qu'il devenait imposf ibl^ de l'habil- 
cr le* à ce piTS. Je l'arrêtai , qtt milieu de sot 

* imp<s*tine*te éloquence, d^uôteeul regard : il 

* en demedracmpmeiem&sé. * ' '>vm- ; 

, Après dîner y FEip^ereur ettûtà peine rentre 
-dans sa.dhfyttbre qu'il m'a feifcdetoander , bien 
qu'il fut déjà dans sanlitjet il mîair^tetiufort 
tard, continua t^-guiûienfi 1^ conversation 
du dinev Y et passant >dé là à' beaucoup d'antras 
objets. Il se trouvait iftfiqimeîit mieux, pt a^ait 
babillé, disait-il, a?«rç pfcwir^'ïWr »no«s j il 
7. 10 



151 .MÉMOKIAL (KôY.terëj 

<si6u avait v au lait y donne une soirée charmante. 
Néanmoins il toussait beaucoup > citait même 
•ce! qui avait interrompu notre veillée, en le 
forçant de se lever de table. « J'aurai pris trop 
m de tabac sans y songer, m'a-t-il dit : je Suis 
.«.une bète d'habitude, la conversation m'aura 
« distrait; vous -devriez, mon cher, dans pareil 
m Cjas, m'ôter ma tabatière : c'est ainsi qu'on 
« sçrt ceux qu'on aime, etc., etc. • 

< Dimanche 10. 

Guerre sur les grandes routes. — Dumouriez pltfs 
- audacieux que Napoléon. *■*• Détails sur la princesse 
. ; Charlotte de Galles? le -prince Léopold de. Sax*- 
Cofcourft, etc. 

: Depuis quelques jours * l'Empèteur, dans ses 
lectures, s'occupe de guerre , de fortifications, 
d'artillerie > etc. Il a parcouru Yauban j le Dic- 
tionnaire de Gassendi , quelques campagnes de 
la révolution, et la Tactique de Guibért, qui 
lattache fort. Et revenait, à ce sujet, sur de* 
généraux déjà cites plusieurs fois ailleurs : « Ils 
« ne savaient/ disait-il, faire la guerre que sur 
«les grandes routes et à la. portée du canon, 
* lorsque leur champ de bataille; eut dû env- 
#c brasser U totalité, du pays. » 



(H*.*** DE SAINTE-HÉLÈNE. 15$ 

A dîner il a parle de la caûipagne de Dumou- 
riee en Champagne, qu'il venait de lire. Il faisait 
peu de cas du duc de Brunswick , qui , avec, un ' 
projet offensif^ n'avait fait , disait-il , que dix- 
huit lieues en quarante jours. Mais d'un autre 
côté) il blâmait fort Dumouriefe , dont il avait 
trouvé la position trop audacieuse, fc Et de ma 
« part on doit prendre cela pour beaucoup 4 
« a- t-il ajouté, car je me regarde comme l'homme 
« le plus audacieux, en guerre, qui, petit être/ 
«ait jamais existé; et, bien certainement, je 
r ne serais pas resté dans la position de Dumou- 
« ries , tant elle m'eût présenté de dangers. Je 
« n'explique sa manœuvre qu'en me disant qu'il 
« n'aura pas os£ se retirer. Il aura jugé encore 
« plus 4e périls dans la retraite qu'à demeurer.* 
« Wellington s'était mis dan» ce cas avec moi 
« k jour de Waterloo. 

« Les Français sont les phisliràves qu'on con* ■ 
« naisse; dans quelque position qu'on les essaye 
« ils se battront ; mais ils ne savent pas se reti- ' 
« rer devant un ennemi victorieux. S'ils ont le 
« moindre échec , ils n'ont plus ni tenue ni dis- ' 
« cîpline; ils vous glissent dans la main. Voilà,; 
* je suppose, quel aura été le calcul de Du- 



156 MEMORIAL. (n<*.i*«) 

ce mouriea , etc. , etc. ; ou bien encore , pent- 
<r être \ quelque négociation Secrète que nous 
« ignoransi. •» 

Dansle jpur , de» papiers publics, qu'on nous 
a- procurés, parlaient du; mariage du prince Léo- 
ppld de Saxe Gobourg avec la princesse Char- 
lotte de Galles. 

f L'Empereur a dit : « Ce- printoe Léopôld a 
«pu être mon aide-de-camp: il Fa sollicité de 
«moi, ot }t ne saJ9 ce qui aura arrête sa noml- 
« nation* H est fort heuretix pour lui de n'avoir 
* pas réussi : ee titre lui aurait coûte sans doute 
«Iç mariage qu'il fait en cet instant; et puis, 
« observait l'Empereur , qu'on vienne nops dire 
<f ce qui est heur ota malheur ipi bas dans la 
«yie d*ra hommes!,.. * 

: La conversation s*est engagée alors sur la 
princesse Charlotte d'Angleterre. Quelqu'un 
dirait qu'elle était extrêmement populaire à 
Londres, et donnait' des signés non équivoque» 
de beaucoup de caractère. C'était Un adage, 
parmi beaucoup d'Anglais, qu'elle recommen- 
cerait Elisabeth.- Elle-même, prétendait- oit , 
n^fsMf pas sans, quelques pensées à 'cet égard. 
Le rçaitateiu* disait s'être trbuyé & Londres», 



( Boy. fttri ) DE SAINTE-HELENE. 1 57 

en A 81 h , préciséfaifcnt quand cette jeune priiï- 
« cesse , à la suite defc outrages faits à sa foère, en 
présence des sonterains alliés^, «'était évadée de 
chez le pripce ragent, son pètè, arait fcauté dans 
le premier fiacre offert à sa vufe, et >olé à la 
demeure dé sa mère, qu'elle adorait. La gravite 
anglaise se montra indulgehte. eu dette occasion; 
on se plut généralement à trouver l'excuse d'une 
inconséquence aussi grave danslamoraUtémpne 
du sentiment qui l'avait causée. La ^ne £riu* 
cesse lie voulait plus sortir de cheR sa 'mare.; 
il fallut que le duc d' Yorck , ou un autre de «es 
oncles^ et peut-être encore le grand-chanceUgr 
d'Angleterre, vinssent la décider à «tounter 
auprès dd ion père, lui démontrant que stbiobs»- 
,-tînation psuràit exposer Sf, mare au jpoyij de 
inettte sa vid en poiil r , .' 

La prisuie&sè Charlotte avait déjà' fait prejroe 
jd'un cak-açtère très-déiidé, en refusant d'épou- 
ser le prise© d'Orange ? quelle repoussait sui- 
4out parce qu'elle se serait trouvée dans l'obli- 
gation, disaû>elle 9 de vivre parfois hors d'An- 
gleterre : sentinàent national qui h. rendit en- 
coted'autauf ïrtu*ôhèraaux Anglais; , > 

Elle ne s'est fixée sur le princb Le'epold de 



1 58 MEMORIAL ( Not, i m) 

Saxe Cobourg, nous disent les Anglais qui se 
trouvent ici, que par le seul effet de son propre* 
choix; et elle a annonce hautement, ajoutent- 
ils , qu'elle comptait sur d'heureux jours /parce 
qu'elle n'avait eu d'autre guide que le sentiment. 
Ce prince lui a beaucoup plu* « Je le crois sans 
,«r peine, a observe l'Empereur; si je m'en sou- 
;« viens bien, c'est le plus beau jeune homme 
* que j'aye vu aux Tuileries. » On a raconté 
que les Anglais d'ici avaient donné, il y avait 
peu de jours , ce qu'ils appelaient une preuve 
du caractère et de la dignité de leur jeune. fu- 
ture souveraine. Un des ministres s 'étant rendu 
chez elle, lors des arrangemens du mariage, pour 
des détails domestiques à régler, lui fit entendre 
des ■ propositions qu'elle regarda comme peu 
faites pour elle. « Milord , lui dit-elle avec fierté, 
« je suis l'héritière de la Grande-Bretagne , je 
« dois un jour en porter la couronne, je le sais, et 
« mon ame s'est mise en rapport avec cette haute 
« destinée; ainsi ne croyez pas ponyoir me trai- 
es ter autrement. Caliez pas penser que, pour 
« épouser le prince Léopold , je puisse , je 
« veuille jamais être ndstnss Cobourg : ôte»- 
è vous cela de la tête 7 etc. » 



<hqy.,i*i6) de sainte-hélène, ts» 

Cette jeune princefcse est l'idole de* Anglais y 
qui se complaisent à voir en elle l'espoir d'il* 

meilleur avenir. « 

• lit.;»:- 

L'Empereur, revenant sur le prince Léopold , 
qtfi avait 1 ctû être sph ïïÙ&M^riàp;, l a <ïtf l( ? 
« Une foule d autres, princes allemands bn- 

* gpaiept la inêm£ lavfiUf.. .W^^ri'Wl ^'^ 
« la confédération, du Rhin., les souverain* qui 
« en faisaient partie ne doutèrent pas que je n* 
« fusse prêt a. renouveler,, dans ma personne» 
« rétiquetU et les fornjp^ du saint empire to- 
«.m^ia.; et tous parmi eux» jusqu'aux Rois 
«c mêmes, se montraient) empressés de formw 
«r ipon cortège y efc de devenir, loinmoïbgçand^ 
« échanson , l>'autre mon grand-^paûneticr, «te* 
« Vers £e temps r les princes aMenhands avaient^ 
« k la lettre f envahi les Tuileries; ils èri mil* 
« plissaient les salons., modestement confondu** 
m perdus au milieu de vans autres. H est vrai 
« qi&l en jetait de même <fes Italiens > des,Espa-i. 
« gnols s des Portugais, et que la plus grfcpd* 

* partie de l'Europe se trou vaifc rassemblée au* 
« Tuileries L.» Le fait est > a conclu l'Empereur* 
w (pie > sOu? mon règne', Caris & été 'la isemrd*» 



ISO ■ MÉMORIAL T (**.**) 

* makiaik i «t lés (PràÉçais le pre^rpeapietie 

fïfoûivepl ,!.;*»[ ; .-, • , j ; . '• \ <•.->•<. - 

Lundi if. 

Diijqrf objets biçn im^ortans. — Négociation d'Amiens; 
débutdu Premier Consul en diplomatie., —JDe l'ag- 
glomération des pennies de l'Europe.— ï)e la conquête 
' ëbi* l'Espagne. i— Danger ié la ftnssiei — Bernadotte. 

L'Empereur n'est pas èorti de sa chambre. 
J*Aï fasse presque tfoiité ïaî journée avec lui, je 
AeTai quitté que pour aller dîner. ' ; i 
~ { Lés con^ersàtîoh» dit jbûr ont été langues, 
jHfefies , et dès plus inteïéssâïftes ? rE*tfpê*é&r l se 
ftroutait fort- causait ,> et ses paroles étaient ?i* 
ebes T rapide*. Il ^.poreohru un ç ^oudtf d'objets 
sofcvçHti fort ejtrknge^Sf bien . qu'ils tse ibisènt 
^iiraiessiaturellettieatles uns|)ar les autres lk 
ëtincetaiente d'ideek et de! faits noiireauk: jxwiï 
mcd f ; mklhetf reuseinen t ilepat nombre et lemr 5rçn> 
pwtahoe tfiême ta ? en ont fâdfcpdrdre -ue jpartie* 
et je voudrais pouvoir affîrmei} cjue je suis ;^it* 
f&f&i daos <£ qui reste; marina gtande occupa* 
tioft à Retenir de qui tétait pas6e% in'a sauvant 
rendu distrait pour ce qui arrivai*. : i 

' > -Parlai* t< dès elémens de fosœtéteV il disait : 



(ftaujai*) DE SÀINTEhHEEENE. S6I 

« l*% 4/mocràtte peut être famute; mais elle 
« a des entrailles, on l'émeut pottr Hmisâo* 
% cratie % elle demeure toujours froide , elle ne 
« pardonne jamais-, etc > , etc. * 
i T Djuk Un aUfcre todment* et â. k suite (Tante* 
Cédons, il a dit : « Toutes les institutions ici 
« lias ont deux faces : celle de leur* avantages et 
% Celle de leurs inconvénient; on péuit donc , par 
« exemple, soutenir et combattre la république 
« of la monarchie. Nul doute qu'on ne prouve 
« fecUeckent, en (théorie, que toutes deux éga- 
* lenènt sont bonnes et fort bonnes) mais, eu 
«application, ce n'est plus aussi aifié. » T5t il 
arrivait à dire que l'extrême frontière du gdu~ 
vernekmeiit de plusieurs était l'anarchie; Y ex*- 
trèwJafrofitfère du gouvernement d'un sfeul , le 
despàtisïne; que le mieux serait mdu^itaUe^- 
pwnt nos juste milieu , s'il était donne à la sa- 
ge*e/hmmdiiie de : savoir sty tenir. Et il remar- 
quait quêtes viriles étaient devenues banales, 
sa&SiamdnèJr *uc!àn bénéfice ;qn'bn!avait écrit, à 
àep égaod j des voldmeé jusque à satiété , et qu'on 
en ëcriraàt grand nombre encore r * sans s'en trou- 
veb beaucoup ijikax, etc., etc. 
PJus «ard, iilui ^st artm de dire encore x » Il 



162 MÉMORIAL (Nor.i**> 

« n'y a point de despotisme absoluy il n^n est 
« que de relatif; un homme ne saurait impurte- 
« ment en absorber un autre. Si un Suhanfait 
<i couper des têtes à son caprice , il perd facile-* 
« ment aussi là sienne, et de la même façon. Il 
« faut que l'excès se déverse .toujours de côté 
« ou d'autre j ce que l'Océan envahit dans une 
« partie, jl le perd ailleurs; et puis il est des 
«mœurs, certains usages contre lesquels vien- 
«. nent se briser toute puissance. Moi v en Egypte, 
« conquérant, dominateur /maître absolu, exer- 
« çant les lois sur la population par de simples 
« ordres. du jour, je n'aurais pas osé faire fç^il- 
« 1er les 4 maisons, et il e&t été hçrs de mon pou- 
« voir d'empêcher les habitans de parler libre- 
« ment dans les cafés. Ils y étaient plus libres, 
« plus parleurs, plus indépendans qu'à Pa^is * 
« s'ils se soumettaient à être esclave^ ailleurs^ 
« ils prétend aient et voulaient être libres là. Les 
« cafés étaient la citadelle de leura franchises^ 
* Le bazardde leurs opinions. Ils y déclamaient 
« et jugeaient en toute hardiesse : on, xtefù pà 
r venir à bout de leur, fermer la Couche. S'il 
« m'est arrivé d'y entrer, on s'y inclinait: de- 
.* vant moi, il est vrai> mais c'était affaira d*ts~ 



(Not.i8i6) DE SAINTE-HELENE. 163 

« tjme personnelle; j'étais le seul, on nte l'eût 
« pas fait pour mes lieutenans , cte. , etc. 

« Quoiqu'il en soit, disait-il, à la suite d'au- 
-« très objets , voici le pouvoir de l'unité et de 
« la concentration, ce sont des faits propres à 
« frapper même le dernier vulgaire. La France, 
« livrée aux tiraillemens de plusieurs, allait pé- 
« rir sous les coups de TEtirope reunie; elle met 
« le gouvernail aux mains d'un seul, et aussitôt; 
« moi, Premier Consul, je donne la loi à toute 
« cette même Europe. t : - • ■ 

« Ce fut un singulier spectacle que de voir 
« les tieux cabinets de l'Europe ne pas juger 
« l'importance d'un tel changement v et conti- 
« nuer i se conduire avec l'unité et la concen» 
« tration r comme ils l'avaient fait avec lamul- 
« titude et Téparpillage. Ce qui t'est pas moins 
« remarquable, c'est que Paul , qui a passe pour 
« un fou, ( fut le premier qui, du fond de sa 
« Rusaie, apprécia cette diffétence; tandis q,u« 
« le ministère : anglais* jréputé si habile, et jde 
« . tant d'expérience , fut le dernier, ti « JfeJm$se 
« de côté les abstractions de votre rdvplution, 
«m'écrivait ¥bxi\ y je me tiens à Un fait, U 
+ w* miffîtjà w4s %<&$ vous étc$ u» gQ&. 



1G» ' MEMORIAL (KcviW) 

« vernement , et je vous parle % parce que 
« nous pouvons nous entendre > et que je puis 
« traiter. ». 
ce Quant au ministère anglais , il fae fallut 

* vaincre et forcer partout à la paix, l'isoler 
« absolument du teste de l'Europe pour par* 
« venir à m'en faite e'bouter ; et encore n'entra* 
« t-il en pôurjwrler avei moi qu'en fce tramant 
« dan» Les ornières de la vieille routine. Il es* 

* sejrtaii de. in amuser par des longueurs, des 
« protocoles , des formes , . des étiquette^ i des 
« antecédens ,' des incidens, que sais- je? Je» ne 

* fî$ qu'en rire, je me sentais si puissant ; ï !1 * 

* Un terrain tout nouveau demandait des 
« procèdes tout nouveaux; mais les- négocia- 

* teurd anglais né semblaient se douter ni du 
«..temps , ni des choses , ni des hommes*: Ma 
€ manière les déconcerta toût-à-fôit. Je débutai 
«avec eux en diplomatie çomnle j'avais fait 
« ailleurs dans les arme*. Voici mes proposa 
» tions , leur dis -je tout d'abord; nous sommes 
« maîtres 'de la Hollande, de la Suisse, je les 
« abandonne contre les restitutions que vous 
« aiîre&à fàiie à nous ou à nos allies; nous soin- 
«mes maîtres aussi de l'Italie , j'en abdbdcMae 



çnct. ,1*6) DE SAINTE-HÉLÈNE. $65 

« une partie, et conserve l'autre, afin de pouvoi* 
« diriger et garantir l'existence et la durée du 

* tout : voilà mes bases; à présent édifies au- 
« tour ce qu'il vous plaira , peu m'importe; 
te mais le but et le résultat doivent demeurer tels ; 

* je n'y changerai rien. Je né prétends point. 
« acheter de vous des concessions ; mais faire 
«des arrangemens raisonnables, honorables et, 
« durables*; voilà mon cercle. Vous ne vous 
#i doutez pas, à ce que je vois , ni de nos si tua- 
« tions ni de nos moyens respectifs^ je ne crains 
« ni vos refus, ni vos efforts, ni tons les ém- 
it barras que vous pourriez me créer; j'ai les 
« bras forts, je lie démande qu'à porter. * 

«i Ce langage inusité , continuait l'Empereur, 
« eut son effet; on n'avait prétendu que nous 
« amuser à Amiens, et l'ony traita sérieusement. 
« Ne sachant par où me toucher, ils m'offrirent 
« de me faire roi de France. J'en levai les épau* 
« les de pitié. Ils s'adressaient fyien, . . . Roi par 
* la grâce de l'étranger L.. Moi qui me trouvais 
« déjà souverain par la volontq du peuple !... » 

« L'ascendant que je m'étais donné était tel, 
« que durant les négociations même, je me fis 
« adjuger parles Italiens la présidence de leur 



1C6 MEMORIAL (iSo^.sifl) 

«" république , et que cet acte , qui * dans la di- 
« plomatie ordinaire de PEurope, eût enfanté 
« tant d'incidens, n'interrompit, n'arrêta-rien : 
« on n'en conclut pas moins , tant ma brusque 
« franchise m'avait plus servi que n'eussent pu 
« faire toutes les finasseries d'usage. Bien des 
« pamphlets et bien des manifestes qui ne va- 
« lent guère mieux , m'ont accusé de perfidie , 
« de manquer de foi et de parole dans mes né- 
« gociations : je ne le méritai jamais; les antre9 
« cabinets, toujours. 

« A Amiens, du reste, a t-il dit> je croyais 
«de très -bonne foi ', le sort de la France j 
« celui .de l'Europe, le mien, fixés; la guerre 
« finie. C'est le cabinet anglais qui a tout rai* 

* lurac , c'«st à lui seul que l'Europe doit tous 
« les fléaux qui ont suivi ', lui seul en est res- 
« ponsable; pour moi j'allais mç donner uni- 
« quement à l'administration de la France, et 

* je crois que j'eusse enfanté des prodiges. Je 
«. n'eusse rien perdu du c#té de la gloire, mais 
« beaucoup gagné du côté des jouissances ; 
<* jeusse fait la conquête morale de l'Europe , 
« comme ; j'ai été sur le point de l'accomplir 
« par les armes. De quel lustre on m'a privé l 



(No. 1816) DE SÀINTE-HELÈNE. 167 

« On ne cesse de parler de mon amour poui* 

* la guerre ; taais n'ai-je pas été constamment 
k occupe à me défendre? Ai -je remporte' unef 

* seule grande victoire, que je n'aie immédia- 
te tement propose la paix ? 

: « Le vrai est que je n'sîi jamais été maître 
ic de mes mouvemens ; je n'ai jamais été réelle- 

* ment tout-à^fait moi. 

« Je puis avoir eu bien dtes plans; mais je ne 
«c fus jamais en liberté' 'd'en exécuter aucun; 
«-J'avais beau tenir le gouvernail , quelque forte 
« que fût là main, les lames subites et nom- 
\ breuses Tétaient bien plus encore, et j'avais la 

* sagesse d'y céder, plutôt que de sombrer en 
« voulant y résister obstinément. Je n'ai donc 
« jamais été véritablement mon maître ; mais 
« j'ai toujours été gouverné par les circons- 
« tances : si bien qu'au commencement de mon 
te élévation, sous le consulat, de vrais amis, 
« mes chauds partisans, me demandaient par- 
ie fois, dans les meilleures intentions et pour 
« leur gouverne, aô je prétendais atrwer; et je 
« répondais toujours que je n'en savais rien. Ils 
ren demeuraient frappés, peut-être mécontens, 
« et pourtant je leur disais vrai. Plus tard , sous 



168 MEMORIAL (Ko*. 1816) 

rc l'empire , où il y avait moins de familiarité, 
« bien des figures semblaient me faire encore la 
« même demande , et; j'eusse pa leur faire la 
« même réponse. C'est que je n'étais point le 
ce maître de mes actes, parce que je n'avais pas 

* la folie de vouloir tordre les événement à 
« mon système f mais au contraire je pliais 
« mon système sur la contexture imprévu? 
« des événemens* et c'est, ce qui mVdopné 
« souvent les apparences de mobilité, d'inconr 
« séquence, et m'en a fait accuser parfois; mais 
« était-ce juste? * Et après avoir traité beau- 
coup d'autres sujets encore, l'Empereur, plu$ 
loin* disait: * Une de mes plus grandes peu T 
«1 séfes av$tit été V agglomération , . la concentra^ 
% XiQik de^ mqrue&peuple^ géographiques, qu'ont 
<c dissous, modelés les révolution* et la poii- 
« tique. Ainsi Ton compte en Europe, bien 
«qu'ép^rs, plus de tr^te miUions. de Fran- 
« çais , quinze nûUions d'Espagnols , quinze 
« millions d'Italiens , trente millions <F Aller 
« mandç,: j'çiwe 1 voulu %ire de ebacun» de ce* 
« peuples un swl et même corps de nation* 
« C'est avec w tel cortège qu'il eût été îrçau 

* de s V&aqçr: dws la, postante efc I9. bépédicr 



(Boy. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 169 

« tion des siècles. Je me sentais digne de cette 
te gloire ! 

« Après cette simplification sommaire , il eût 
ce ëtë plus possible de se livrer à la chimère du 
« beau idéal de la civilisation : c'est dans cet 
« état de choses qu'on eût trouve plus de chan- 
ce ces d'amener partout l'unité des codes > celle 
« des principes, des opinions, des sentimens, 
« des vues et des intérêts. Alors peut*etre, à la 
ce faveur des lumières universellement répan- 
« dues , devenait-il permis de rêver, pour la 
ce grande famille européenne, l'application du 
« congrès américain , ou celle des Amphictions 
«de la Grèce; et quelle perspective alors de 
cr force y de grandeur, de jouissances , de pros- 
« périté ! Quel grand et magnifique specta- 

« cle ! 

« L'agglomération des trente ou quarante 
ce millions de Français était faite et parfaite; 
« celle des quinze millions d'Espagnols l'était 
« à-peu-près aussi ; car rien n'est plus cojpmun 
« que de convertir l'accident en principe : 
« comme je n'ai point soumis les Espagnols, on 
« raisonnera désormais comme s'ils eussent été 
« insoumettables. Mais le fait est qu'ils ont été 
7. H 



470 MEMORIAL (N*r. i8iô) 

« soumis ; et qu'au moment même où ils m'ont 
« échappé, les cortès de Cadix traitaient secrè- 
« tement avec nous. Aussi, ce n'est pas leur 
« résistance, ni les efforts des Anglais qui les 
« ont délivrés; mais bien mes fautes et mes re- 
cc vers lointains : celle surtout de m'être trans- 
met porté , avec toutes mes forces , à mille lieues de 
« d'eux, et d'y avoir péri; autrement le goû- 
te vernement espagnol allait se consolider, les 
« esprits se fussent calmés, les divers partis se 
te seraient ralliés ; 3 ou U ans eussent présenté 
« chez eux une paix profonde , une prospérité 
* brillante, une nation compacte, et j'aurais 
« bien mérité d'eux j je leur eusse épargné l'af- 
tc freuse tyrannie qui les foule , les terribles 
« agitations qui les attendent. 

« Quant aux 15 millions d'Italiens, l'agglo- 
« mération était déjà fort avancée : il ne fallait 
« plus que vieillir , et chaque jour mûrissait 
« chez eux l'unité de principes et de législa- 
« tion, celle de penser et de sentir j ce ciment 
« assuré , infaillible, des agglomérations humai- 
ce nés. La réunion du Piémont à lji France , 
ce celle de Parme, de la Toscane, de Rome, 
« n'avaient été que temporaires dans ma pensée, 



CKoY.i8i6) DE SAINTE-HELENE. 174 

« et n'avaient d'autre but que de surveiller, ga- 
ie rantir et avancer l'éducation nationale des 
« Italiens *. Et voyez si je jugeais bien, et quel 

* Une aussi grande détermination que celle dé Fa- 
bandon futur de L'Italie, entendue pour la première fois, 
exprimée de la sorte en passant avec aussi peu d'im- 
portance, sans le développement d'aucun motif , l'appui 
d'aucune preuve » n'eût, je l'avoue, pas plus de poids à 
mes yeux qu'on n'en doit accorder à ces assertions ha- 
sardées qu'amène si souvent et qu'excuse la chaleur des 
simples conversations. Maisle temps et l'habitude m'ont 
appris que toutes celles de Napoléon, en pareil cas, 
emportaient avec elles leur sens plein , entier , littéral. 
Je les ai trouvées telles toutes les fois que j'ai ren- 
contré les moyens de la vérification; et je le fais 
observer afin que ceux qui seraient portés à re- 
pousser aussi, ne le fissent pas trop légèrement à leur 
tour , sans avoir employé , du moins , la recherche des 
preuves» . 

Je trouve , par exemple, aujourd'hui , dans une dictée 
de» Napoléon au général Montholôn, publiée dans les 
Mémoires pour servir à l'histoire de France , vol, i et , 
page 137,. un développement si complet, si satisfaisant 
de la simple phrase que j'avais recueillie de sa conver- 
sation, que je ne puis résister à le transcrire ici. 

« Napoléon , y est-il dit , voulait recréer la patrie ita- 
lienne, réunir les Vénitiens, les Milanais, les Piétnon- 
tais, les Génois, les Toscans > les Parmesans, les Mo- 
denais, les Romains > les Napolitains , les Siciliens, les 
Sardes dans une seule nation indépendante, bornée par 
les Alpes, les mers Adria tiques, d'Ionie et Méditerranée : 



172 MEMORIAL (Nov.«8rf) 

« est l'empire des lois communes ! Les parties 
« qui nous avaient été réunies, bien que cette 

c'était le trophée immortel qu'il élevait à sa gloire. Ce 
grand et paissant royaume aurait contenu la maison 
d'Autriche, sur terre; et sur mer, ses flottes» réunies a 
celles de Toulon , auraient dominé la Méditerranée et 
protégé l'ancienne route dufcommerce des Indes , par la 
mer Rouge et Suez. Rome, capitale de cet Etat, était 
la ville éternelle : couverte par les trois barrières des 
Alpes, du Pô, des Apennins, plus a portée que tout 
autre de trois grandes îles. Mais Napoléon avait bien 
des obstacles, à vaincre. Il avait dit à la consulte de 
Lyon : II me faut %o ans pour rétablir la nation ita- 
lienne* 

« Trois choses s'opposaient à ce grand dessein : 
i° les possessions qu'avaient les puissances étrangères ; 
*° l'esprit des localités; 3° le séjour des Papes à Rome» 
« Dix ans s'étaient à peine écoulés depuis la con- 
sulte de Lyon, que le premier obstacle était entière- 
ment levé : aucune puissance étrangère ne possédait 
plus rien en Italie : elle était tout entière sous l'in- 
fluence immédiate de l'Empereur. La destruction de la 
république de Venise , du roi de Sardaigne , du grand- 
duc de Toscane , la réunion a l'empire du patrimoine 
de Saint-Pierre , avaient fait disparaître le second obs- 
tacle. Comme ces fondeurs qui ayant à transformer plu- 
sieurs pièces de petit calibre en une seule de 48, les 
jettent d'abord dans le baut fourneau pour les décom- 
poser, les réduire en fusion; de même les petits Etats 
avaient été réunis à l'Autriche où h la France pour être 
réduits en élémens , perdre leurs souvenirs , leurs pré-» 



(Noy, 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 473 

« réunion pût paraître, de notre part, l'injure 
« de l'envahisse ment, et en dépit de tout leur 
« patriotisme italien , ces mêmes parties ont été 
« précisément celles qui , de beaucoup , nous 
« sont demeurées les plus attachées. Aujourd'hui 
* qu'elles sont rendues à elles-mêmes , elles se 
« croyent envahies , déshéritées , et elles le 
«sont!,..... 

« Tout le midi de l'Europe eût donc bientôt 
« été compact de localités, de vues , d'opinions, 



tentions , et se trouver préparés au moment de la fonte. 
Les Vénitiens, réunis pendant plusieurs années à la mo- 
narchie autrichienne, avaient senti toute l'amertume 
d'être soumis aux Allemands. Lorsque ces peuples ren- 
trèrent sous la domination italienne , ils ne s'inquiétè- 
rent pas si leur Tille serait la capitale , si leur gouver- 
nement serait plus ou moins aristocratique. La même 
révolution s'opéra en Piémont, à Gênes, à Rome, bri- 
sés par le grand mouvement de l'empire français. 

« Il n'y avait plus de Vénitiens, de Piémontais, de 
Toscans; tous les habitans de la péninsule n'étaient plus 
qu'Italiens : tout était prêt pour créer la grande patrie 
italienne. Le grand-duché de Berg était vacant pour la 
dynastie qui occupait momentanément le trône de Na- 
ples. L'Empereur attendait avec impatience la nais- 
sance de son second fils pour le mener a Rome, le cou- 
ronner roi d'Italie et proclamer l'indépendance de la 
belle péninsule sous la régence du priuce Eugène... » 



m MÉMORIAL (Nov. i8i6) 

« de sentimens et d'intérêts. Dans cet état de 
« choses , que nous eût fait le poids de toutes 
« les nations du Nord ? Quels efforts humains 
«ne fussent pas venus se briser contre une 
« telle barrière? 

« L'agglomération des Allemands demandait 
a plus de lenteur, aussi n'avais-jefait que simpli* 
a fier leur monstrueuse complication; non qu'ils 
u ne fussent préparés pour la concentralisation: 
« ils Tétaient trop au contraire, ils eussent pu 
et réagir aveuglément sur nous avant de nous 
«comprendre. Comment est-il arrivé qu'aucun 
« prince allemand n'ait jugé les dispositions 
« de sa nation , ou n'ait pas su en profiter ? As- 
« sûrement si le Ciel m'eût fait naître prince 
« allemand, au travers des nombreuses crises de 
« nos jours, j'eusse gouverné infailliblement les 
« 30 millions d'Allemands réunis; et, pour ce 
V que je crois connaître d'eux, je pense encore 
« que si une fois ils. m'eussent élu et proclamé, 
« ils ne m'auraient jamais abandonné, et je ne 
« serais pas ici... » Alors ont suivi des détails et 
des applications douloureuses. Puis il a repris : 
« Quoiqu'il en spit, cette agglomération arrivera 
<& tôt ou tard, par la force des choses, l'impulsion 



(Nor. 1816) DE SADVTE-HÉLENE. 175 

« est donnée, et je ne pense pas qu'après ma chute 
« et la disparition de mon système, il y ait en 
« Europe d'autre grand équilibre possible que 

* l'agglomération et la confédération des grands 
« peuples. Le premier souverain qui, au milieu 

* de la première grande mêlée , embrassera de 
« bonne foi la cause des peuples, se trouvera à 
« la tète de toute l'Europe , et pourra tester 
« tout ce qu'il voudra. 

« Que si on me demande à présent pourquoi 
« je ne laissais pas transpirer alors de pareilles 
« idées? pourquoi je ne les livrais pas à la dis- 
« cussion publique ? Elles eussent été ci popu- 
« laires, me dira-t-on, et l'opinion m'eût été 
« d'un renfort si immense! Je réponds que la 
« malveillance est toujours beaucoup plus active 
« que le bien, qu'il existe aujourd'hui tant 
« d'esprit parmi nous, qu'il domine aisément le 
« bon sens, et peut obscurcir à son gré les points 
« les plus lumineux ; que livrer de si hauts 
« objets à la discussion publique, c'était les 
« livrer à l'esprit de cotterie, aux passions, 3 
« l'intrigue, au commérage, et n'obtenir t pour 
« résultat infaillible, que discrédit et opposition. 
«c Je calculais donc trouver un bien plus grand 



478 MEMORIAL (Nov.iSi*) 

« secours dans le secret ; alors demeurait, 
« comme en auréole autour de moi ce vague 
« qui enchaîne la multitude et lui plaît 3 ce» 
« spéculations mystérieuses qui occupent, rem- 
« plissent tous les esprits} enfin» ces dénoue* 
« mens subits et brillans reçus avec tant d'api- 
* plaudissemens, et qui créent tant d'empire. 
« C'est ce même principe qui m'a fait courir 
ce malheureusement si vite a Moscou : avec plus 
« de lenteur j'eusse paré à tout, mais je m'étais 
« mis dans l'obligation de ne pas laisser le 
« temps de commenter. Avec ma carrière déjà 
« parcourue, avec mes idées pour l'avenir, il 
« fallait que ma marche et mes succès eussent 
tt quelque chose de surnaturel. » Et alors l'Em- 
pereur est passé à l'expédition de Russie, répé- 
tant une grande partie des choses que j'ai dites 
ailleurs. Je ne reproduis ici que ce qui m'a 
paru neuf. 

« Et voici encore, disait-il» une autre cir- 
« constance où on a pris l'accident pour le prin- 
« cipe. J'ai échoué contre les Russes; de -là 
« ils sont inattaquables chez eux, invincibles; 
« mais pourtant k quoi cela a-t-il tenu? Qu'on 
« le demande à leurs fortes tètes, à leurs hommes 



(Not.iM) DE SAINTE-HÉLÈNE. 177 

« sages et réfléchis? Qu'on consulte Alexandre 
« lui-même et ses sentimens d'alors? Sont-ce 
« les efforts des Russes qui m'ont anéanti? 
« Non, la chose n'est due qu'à de purs accidens, 
« qu'à de véritables fatalités : c'est une capitale 
« incendiée en dépit de ses bÉkitans, et par des 
« intrigues étrangères ; c'est un hiver, une con- 

* gRlation dont l'apparition subite et l'excès 
« furent une espèce de phénomène; ce sont de 
w faux rapports, de sottes intrigues , de la tra- 
« hison , de la bêtise , bien des choses enfin qu'on 
« saura peut-être un jour, et qui pourront atté- 
v nuer ou justifier les deux fautes grossières, en 
tt diplomatie et en guerre , que l'on a le droit 

* de m'adresser : celle dem'être livré aune telle 
« entreprise , en laissant sur mes ailes, devenues 
« bientôt mes derrières, deux cabinets dont je 
« n'étais pas le maître, et deux armées alliées 
« que le moindre échec devait rendre ennemies. 
« Mais pour tout conclure enfin sur ce point} 

* et même annuler tout ce qui précède d'un 
u seul mot, c'est que cette fameuse guerre, 
« cette audacieuse entreprise, je ne les avais 
« pas voulues; je n'avais pas eu l'envie de me 
« battre; Alexandre ne l'avait pas d'avantage , 



* 78 MEMORIAL ( Nov. 1816 > 
« mais une fois en présence, les circonstances 
« nous poussèrent l'un sur l'autre : la fatalité 
ce fit le reste. » 

Et, après quelques momens d'un silence pro- 
fond, et comme se réveillant, l'Empereur a 
repris : « Et un Wançais a eu en ses mains les 
« destinées du monde ! S'il avait eu le jugement 
« et l'ame à la hauteur de sa situation, s'il eût 
« été bon Suédois, ainsi qu'il l'a prétendu, il 
a pouvait rétablir le lustre et la puissance de 
<r sa nouvelle patrie, reprendre la Finlande, 
« être sur Pétersbourg avant que j'eusse atteint 
« Moscou. Mais il a cédé à des ressentimens 
« personnels, à une sotte vanité, à de toutes 
« petites passions. La tête lui a tourné, à lui, 
« ancien jacobin , de se voir recherché, encensé 
« par des légitimes ; de se trouver face à face , 
« en conférence de politique et d'amitié, avec un 

* Empereur de toutes les Russies, qui ne lui 
« épargnait aucunes cajoleries. On assure qu'il 
« lui fut même insinué alors qu'il pouvait pré- 
ce tendre à une de ses soeurs, en divorçant d'avec 
« sa femme, et, d'un autre côté, un prince fran- 
« çais lui écrivait qu'il se plaisait à remarquer 



(Not. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 479 

« que le Béarn e'tait le berceau de leurs deux 

« maisons! B ! Sa maison l 

« Dans son enivrement il sacrifia sa nouvelle 

• patrie et l'ancienne, sa propre gloire, sa vé- 
« ritable puissance, la cause des peuples, le 
« sort du monde! C'est une faute qu'il payera 

* chèrement ! À peine il avait réussi dans ce 
« qu'on attendait de lui, qu'il a pu commencer 
« à le sentir: il s'est même, dit-on, repenti; 
« mais il n'a pas encore expie'. Il est désormais 
« le seul parvenu occupant un trône j le scan- 
« dale ne doit pas demeurer impuni, il serait 
<* d'un trop dangereux exemple !,.... » 

Mardi ia. 

L'Empereur a peu de confiance dans l'issue de i8i5.— 
Thémistocle. — À un moment la pensée, dans la 
crise de 1814, de rétablir lai-même les Bourbons. 
— Ouvrage du baron Fain , sur la crise de 1814. — 
Abdication de Fontainebleau; particularités.— -Traité 
de Fontainebleau, etc., etc. 

L'Empereur revenant sur son apparition de 
l'île d'Elbe et sa seconde chute à Waterloo, y 
a mêle' quelques paroles remarquables. « Il est 
<« sûr, disait-il, que, dans ces circonstances, je 



480 MEMORIAL (Not.,8i6) 

« n'avais plus en moi le sentiment du succès 
( « définitif ; ce n'était plus ma confiance pre- 
* mière : soit que l'âge qui d'ordinaire favorise 
« la fortune commençât à m'échapper , soit 
« qu'à mes propres yeux, dans ma propre ima- 
« gination, le merveilleux de ma carrière se 
« trouvât entamé, toujours est-il certain que je 
« sentais en moi qu'il me manquait quelque 
« chose. Ce n'était plus cette fortune attachée à 
ce mes pas qui se plaisait à me combler, c'était 
« le destin sévère auquel j'arrachais encore, 
ce comme par force, quelques faveurs; mais 
ce dont il se vengeait tout aussitôt; car il est 
ce remarquable que je n'ai pas eu alors un avan- 
ce tage , qu'il n'ait été immédiatement suivi 
.« d'un revers. 

« J'ai traversé la France, été porté jusqu'à la 
ce capitale par l'élan des citoyens, et au milieu 
ce des acclamations universelles; mais à peine 
« étais- je dans Paris, que, comme par une 
. « espèce de magie, et sans aucun motif légi- 
« time, on a subitement reculé, on est devenu 
« froid autour de moi. 

ce J'étais venu à bout de me ménager des 
« raisons plausibles d'obtenir un rapprochement 



(No*i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 484 

ce sincère avec l'Autriche, je lui avais expédié 
« des agens plus ou moins avoues *. Mais 
« Murât se trouva là avec sa fatale levée dé 
« bouclier : on ne douta pas à Vienne que ce 
« ne fût par mes ordres ; et me-mesurant à leur 
« échelle , ils ne virent dans toute cette compli- 
« cation que finasserie de ma part , et ils ne s'oc~ 
* cupèrent plus dès-lors qu'à contre-intriguer 
« contre moi. 

« Mon entrée en campagne avait été des plus 
« habiles et des plus heureuses, je devais sur- 
it prendre. l'ennemi en détail; mais voilà qu'un 
« transfuge sort du rang de nos généraux pour 
« l'aller avertir à temps. 

* Entr'autres le baron de Stassard, dont le dévoue- 
ment connu lai mérita la confiance d'être chargé par 
Napoléon d'aller négocier, au congrès de Vienne» le 
maintien de la paix de Paris ; mais il ne pnt aller au- 
de-là de Lintz : les plus ardens et les pins acharnés, dans 
les cabinets alliés, ayant pris la précaution de faire con- 
sacrer en principe que toute communication serait ab- 
solument interdite avec Napoléon. Il fut pourtant com- 
muniqué indirectement à M. le baron de Stassard , que 
si Napoléon voulait abdiquer en faveur de son fils, avant 
toute hostilité , l'Autriche adopterait ce parti , pourvu 
toutefois encore que Napoléon se livrât à son beau- 
père 9 qui lui garantissait de nouveau la souveraineté 
de TUe d'Elbe , ou tout autre souveraineté analogue. 



482 MÉMORIAL (Not.i8,6) 

a Je gagne brillamment la bataille de Ligni, 
ce mais mon lieutenant me privé de ses fruits. 
« Enfin je triomphe à Waterloo mêtae, et tombe 
« au même instant dans l'abîme; et tous ces 
« coups, je dois le dire, me frappèrent beau- 
ce coup plus qu'ils ne me surprirent. J'avais en 
« moi l'instinct d'une issue malheureuse, non 
« que cela ait influé en rien sur mes détermina- 
a tions et mes mesures assurément} maistoute- 
« fois j'en portais le sentiment att-dedans de 
a moi. » 

Voici un trait qui confirme ces dispositions 
intérieures et secrètes de Napoléon : il est trop 
remarquable pour que je ne le consigne pas ici : 
L x Empereur suf les bords de "la Sambre, de 
grand matin et le temps .trèsrfraisi,. s'approcha 
du feu d'un bivouac, en compagnie de son seul 
aïde-de-camp de service (le général Ç!. v *...), 
une marmite bouillait; c'étaient des pommes de 
terre. Il s'en fit donner une et se mit à la man- 
ger inéditativement. En l'achevant il, pirononça, 
non sans ^ç^ue tristesse apparente, plusieurs 
mots entrecoupés. « Après tout , c'est bon , c'est 
« supportable..:... Avec cela oh pourrait vivre 
« en tous lieux et partout L'instant n'est 



(Noy.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 183 

« peut-être pas bien éloigne... Thémistocle!;„» 
et il se remit en route. Le général aide-de-camp, 
de la bouche même duquel je tiens cette cir- 
constance, depuis mon retour en Europe, m'a- 
joutait que, si l'Empereur eût réussi, ces paroles 
eussent traversé sa pensée sans y laisser aucune 
trace , comme tant d'autres î mais qu'après sa ca- 
tastrophe, et àla lecture surtout dtymot Thémis- 
tocle, dans la fameuse lettre a,u Prince Régent, 
il avait été frappé du souvenir du bivouac de 
la Sambre, et que l'expression, l'attitude, l'ac- 
cent de Napoléon , dans cette petite circons- 
tance, l'avaient plus cfue tourmenté pendant 
long-temps, et ne pouvaient lui sortir de l'es- 
prit. 

Au reste on se tromperait fort si l'on attri- 
buait , en toute occasion , à Napoléon autant de 
confiance intérieure qu'en annonçaient d'ordi- 
naire ses actes et ses décisions. En quittant le§ 
Tuileries, au mois, de janvier 18lft, pçuj: son 
immortelle et malheureuse campagne; des envi- 
rons de Paris /il partit l'ame contristée par les 
plus sinistres p ressent imens; ej^ ce, qui prouve 
toute sa sagacité; c'est que dès-lors il était per- 
suadé, ce que le gros du vulgaire, autour de lui, 



ASk MEMORIAL (Wov.1816) 

était bien loin de soupçonner, que, s'il périssait, 
ce serait par les Bourbons. C'est ce qu'il laissa 
pénétrer à quelques confidens qui cherchaient 
vainement à le rassurer ; lui représentant de 
bonne fois que tant de temps s'était écoulé qu'on 
ne s'en souvenait plus, qu'ils n'étaient pas con- 
nus de la génération présente. « Vous vous 
« trompez, leur disait-il toujours, c'est pour-» 
« tant là qu'est le vrai danger. » Aussi, im- 
médiatement après cette belle allocution aux 
officiers réunis de la garde nationale , qui laissa 
de si vives impressions à tous ceux qui en fu- 
rent les témoins, dans laquelle il leur dit, en- 
tr'autres choses * « Vous m'avez élu, je suis 
« votre ouvrage , c'est à vous à me défendre. » 
Et qu'il termina leur présentant l'Impératrice 
d'une main, et le Roi de Rome de l'autre, di- 
sant : « Je pars pour aller combattre nos en- 
« nemis; je laisse à vôtre garde ce que j'ai de 
« plus cher. » Au moment , dis-je , de quitter 
les Tuileries, pressentant déjà, dans cet instant 
décisif, des trahisons , des perfidies funestes , ii 
résolut de s'assurer de la personne de celui - là 
même qui s'est trouvé, en effet, l'ame du com- 
plot qui l'a renversé. Il n'en fut empêché que 



(ff<m*iU DE SAINTE-HELICE. 485 

par les représentations, et Ton pourrait mçme 
presque dire l'offre de garantie personnelle de 
quelques ministres, qui lui démontraient que 
le personnage suspecté était précisément Celui 
qui devait le plus redouter les Bourbons, L'Em- 
pereur leur céda; mais tout en exprimant for- 
tement qu'il était bien à craindre qu'eux et lui 
eussent à s'en repentir !!!.... 

Voici encore une autre circonstance, .peu 
connue je crois, mais bien précieuse, et certaine, 
qui prouve combien les Bourbons, dans le fort 
de la crise, occupaient les pensées de Napoléon; 
Après l'échec de Brienne, l'évacuation de 
Troies, la retraite forcée sur la Seine , et les 
lmmilianteâ conditions envoyées dé Châtilkm 4 
qu'il repoussa généreusement,. l'Empereur, en- 
fermé avec quelqu'un , et succombant à lai vue 
du déluge .de maux qui allait fondre sur la 
France, demeurait absorbé dans de tristes mé- 
ditations , quand tout-à-coup: il sf élance de son 
siège , s'écriant avec chaleur : «; Je possède peut- 
« être encore un moyen de sauver la France,... 
« Et si je rappelais moi-mpme lqs Bourbons ! Il 
« faudrait bien que les alliés s'arrêtassent de- 
«vant euxj sous, peine de honte et de duplicité 

7. n 



4M MÉMORIAL (%>*>*»*) 

« aïwée > mm* peine d-attMter qu'il* en venlent 
« eatPDe plus à notes territoire qu'à m» per- 
« sonne*. Je sacrifierais tout à la patrie; je de- 
«nYModraîa lé médiateur e*t*e le peuple fraa- 
h çais et eux ; je le» contraindrais d'accédé* aux 
« lois nakionaka; je leur ferai* juren le pacte 
ici existant î ma gloire et mon nowsesoTOramni de 
« garantie aux Français. Quant à moi >j j'ai asse* 

* -if gpé .-». ma csrrièse negonge de hauts faits et 
p>de lustre* efct*: dermes ne serait pas le moin* 
s d?e; «et serait tttàkeveii encore que de des- 

* cendre* de la sorte*.. *Bt après quelques mo- 
mens d'un silencç profond y il reprit doulou 
teiisen^ent't « Mai* une dynastie de'jà expulsée 
% pajKfaume'fcsUe jamais?.,, Au retour, peut-elle 
« riçn oublier 3 . : . &'«* fierait-on* à eux ? ... Et 
« Eqk aurait-il donc eu raison) dans sa fameuse 
fc maxime sur les restaurations?..,. » Et abîmé 
dans ses anxiétés: et sa donleun r ib fut se jeter 
su* un f lit oùr on< le réveiUa» pnériqeineKi pour 
lui, apprendre la marche de flâne de. JBïtycher p 
qu'il épiait en .secret depuis quoique temps. 
Il s'en releva pbuir pousser ee nouveau jet de 
ressources, d'énesgie. et die glpire, qu'ont con- 
sacré eu jamais les noms; de Champ- Àubert, 



(Ho. .«rtj DE SAHWË-ftÊLÈNE. *ÔÎ 

Montmiraif, Châtéau^TMeriT' , Vatix-CÎianrp , 
Nangis, Motitevëant, tlrétS»*, *éc, été., etc. 
Siiccèi merailfaft <|ul ctàftfért&rétft àfcsëi 
Alexandre et les Anglais , pour îétir tendre 
«k instant le défi» dé ftafter; et eefc sùcidès 
évasent pu!, m élfel, éfeatiger ètttfereniferié ïâ 
face dès affaires* si y pa* tifté ftrtilë'dë ftl&lîtèV, 
Napoléon n'eu* été tftwét- stf • par dés* Corîtrt- 
tomp* inbnis «ri dation* 4é toute'*' Isè^ tàitÙAi- 
mAsaaty teU q&d tes ■ ctânjtf ésstfritîefe ^ 
n^mèroai pas au Viefrjfeo^ la; déTë&Mtt'- de 
Mmat^k malfiesse, l'i««¥itf tie tièrtains cnéfsr, 
enfin jnsqtt'anfc s*e»eï «ftèriièst, qM , h s(fpâVatnif 
l'Ewptiku* d'iAkwiCfcè <• fbn* ' Bèati-pferé , <féâ 
autres souverains allies» ttëafikfoup^ plt/sV Hhriiii- 
▼eiilatas, UipsèrWrt «éiil^ctYoù^'a 1 ^^ libres 
d'amener senti raftéicafton tfe FôWiaitteBïeatï '* 
abdrca*ipH ^jaftlafe sî fàinëtfeë dàmî'nîs^bireid'é 
bob deatirifeâ étd« fldtréihbralitft « 

O V«js pWBSêUtfs' ffciloëojjfcftjiiësi, jjeiùîrës' dti 
doeu* kttnWWj'acfebtfPQ^à'Fôtrtài'ftèWeaa ? Vénerf 
assister à' là <£«*«• dw plu» gtiftiê des ntônar^ 
qaefc! V«ne% apprendre à! éàVitfAm l'es fconittes, 
à tous étonne* delear ifflptftfeu*, à rtnrgrr dé 
leur mobilité! Véne* Tbir le iMnï entourage? 



488 MÉMORIAL (R<m*.5) 

du héros malheureux; ceux qui demeuraient 
courbés sous la masse de ses bienfaits , sous le 
poids des honneurs et des richesses dont il les 
avait combles! Venez les voir, sitôt que la for* 
tune lui est contraire, l'abandonner, le trahir, 

essayer même de l'insulter peut -être ! Venez 

voir le premier d'entr'eux en rang, en faveur > 
en confiance, celui dont le grand prince avait 
vainement prétendu rehausser le moral et agran- 
dir, les sentimens, en Jta qualifiant, maintes fois 
de son compagnon et son ami , se placer sur la 
m£m« ligne que le Mameluck, qui plus excu- 
sable peut-être par les mœurs de son origine, 
trouvait tout simple que son maître étant tombe, 
il n eût plus à le servir* 

A Fontainebleau, la crise accomplie, et Na- 
poléon engagé dans une conversation profonde, 
se présente* à lui ee compagnon favori, pour de- 
mander la permission de se rendre à Paris, seu- 
lement quelques instans, afin d'y arranger, dit- 
il, à la hâte quelques affaires, et revenir aussitôt 
auprès de l'Empereur, pour ne le quitter jamais» 
Mais Napoléon savait lire dans les ?mes, et le 
partant n'était pas encore hors de la chambre , 
qu'interrompant br^qpemçnt.son suj4t, l'Em- 



Ctaitif); DE SAWIlÈ-HELÊNE- 489 

pereur dit à celui avec lequel il s'entretenait : 
« Vous voyez bien cet homme qui sort : eh bien! 
« il court se salir j et quoiqu'il nfait dit, il ne 
« reparaîtra pas ici, » En effet, le déserteur cou- 
rait aux rayons d'un soleil nouveau. A peine en 
eut-il ressenti la chaleur, qu'il renia son bien- 
faiteur, son ami, son maître !.... On l'a entendu, 
parlant de lui, l'appeler : cet homme Ul Et 
toutefois Napoléon s'accommodait tellement 
des faiblesses humaines, il était si fort au- 
dessus de tout ressentiment, et si j?eu rancu-. 
neux, qu'à son retour il témoigna du regret de 
ne pas le voir, ajoutant en riant : « Le vilain 
<* aura eu peur de moi j et il a eu tort : je ne lui 
« aurais infligé d'autre punition que de se mon- 
« trejp à moi sous ses nouveaux costumes : on 
« assure qu'il y est bien plus laid qu'à l'ordi- 
« naire. » 

Et qui n'aurait pas à dévoiler des turpitu- 
des particulières! Et moi aussi je pourrais ga- 
rantir cçlle d'un des personnages importans, 
qui, s'étant fait remarquer par sa brutalité en 
revenant de Fontainebleau, se montra des plus 
empressés aux Tkuleries lors du 20 mars. Il est 
vrai qu'il y parut fort décontenancé, setroû- 



490 MEMORIAL (a**.**) 

yapj; tm\ * foi* 4 Va»r* pur l'uokiaeiit aeci- 
dçpfcji wwùwifi dm lequel le l»ttt»ift ta dis- 
twtp cfe toitf tes ftuUre». Un témoin de m der- 
niw$ tW**> te wymt daaa I» jôte commune, 
OPUHU 4 lnijWttr k tirer d ? embarra$> et cette 
gmàtovtà \m flofcta peu. m cet instant. 

, &t& ttettts heareu» l«s vwt»» Mit Amki. 

Mais s'est dans les- Manuscrits de 1 SI À qu'il 
faut lire et pressentir de si tristes et doulou- 
reux détaik*. On y apprendra Maïs plutôt 

m 11 '• 

* M. \ê\aitouFàifi t premier secrétaire du cabinet, vient 
de publier un, volume. £ ?arif» fllw* Bq***jige frères ) , 
sous le titre de Manuscrit de 1814, sur les. grandes cir- 
constances de cette époque. 

IL serait dtfBcife de reprtt^ufre plue d'intérêt et de vie 
que n'en présente ^tte pe*ajtn?e 4'évfoentGva ajissj im- 
portant et néanmoins au$si peu connus, surtout l'iraraor- 
telle et courte campagne de 18 14. C'est un épisode de 
véritables merveilles: Napoléon s'y montre constamment 
guxwUwe} 4aj|8 Içs. ressources 4e son gf nie, U trempe 
de son ame , la célérité de ses moutvemens , la, ÇQnçtancç 
de ses vues, la magnanimité de son audace; rien n'égale 
ses prodiges., si ce n'est l'ardeur infatigable <f une poignée 
ô>,uq* brave* r qui r 4** «WW oftUMM* étv*ftg*rft i tous If» 
besoins 4e la. nature, sans sommeil 4 sans nourriture , 
sans repos, semblent se multiplier devant des flots 
dTennamfe} sont toujours en ma^he, toujours* au* 
prises et toujours victawtx* 



(i*r..i8ict DE SÀESTÊ-HELËNE. Hl 

non , on n'y apprendra rien. . * Les hommes , dans 
de telles circonstances > sont toù joute le* «ft&pes 
dans tous les pays , dans teoà les ken£p&,nte*k 
toutes lés eations > le peuple des Ceins sur- 
tout $ et le camp de Naptxtéeit avait eu le temps 
d'en devenir une* Toutefois l'histoire fera jus- 
tice... Et qu'ils ne viennent pas AonsdiTe que le 
bien-être de la patrie, son sahttj séà intérêts, 
dictèrent leur conduite. lia patrie, pour eux, fut 
dans le floaihtàcn de leurs honneurs, la garantie 
de leurs richesses, la jouissance paisible de tous 
les biens acquis ; je le répète* l'histoire fera jus* 
tice. Je difc l'histoire, et non pas nous 3 car la 
masse de la soèiéte', celle des contemporains, 
n'a pas su mériter même ge triste honneur ! Où 

M. le baron Fain nous a enricbis d'un tableau de juste or- 
gueil national : là reconàisSancé descito yènà lui est assurée. 
Dans sen récit de guerre , de confusion et de âétrèttè, 
les nuances caractéristiques de l'apie et du coeur de Na- 
poléon ressortent plus d'une fois ayec éclat; et pour ce- 
lui qui, comme moi, s'est spécialement occupé de ce der- 
nier objet, il est ton* «suréifleût, en skiitàë - teuips 
qu ? il doit être remarquable pour tous l*s lecteurs f de 
considérer quelle concordance , à cet égard , se rencon- 
tre dans des narrateurs tout à fait étrangers t un àl'autre, 
et s'expritnant sur des temps et <Jes circonstance* Aussi 
différentes. 



492 MEMORIAL fWur. 1816) 

a été notre indignation? Où se sont montres nos 
dégoûts authentiques solennels?... Et qu'il soit 
bien entendu qu'en tout ceci la politique n'a 
lien à faire : il n'est nullement question de la 
cause qu'on soutenait , mais seulement de la 
morale qu'on a professée. Et qu'on ne pense pas 
que ma misanthropie chagrine ait pour but de 
porter le découragement dans les âmes, et de con- 
clure par la proscription de toute notre espèce; 
non , je sais que le temps des grandes épreuves 
est aussi celui des grands extrêmes, et que c'est 
à côté des plus viles passions que vient à briller 
Théroïsme des plus nobles vertus* Aussi, hon- 
neur à ces vieilles bandes dont les larmes amè- 
res garantirent la douleur profonde ! Honneur 
à ces innombrables officiers subalternes , qui 
n'eussent attendu qu'un mot pour répandre tout 
leur sang! Honneur à ces populations des cam- 
pagnes, qui, dans leur misère affreuse, accou- 
raient sur les* routes pour porter* à nos soldats 
leur dernier morceau de pain, dont elles se pri- 
vaient pour les aider à sauver la patrie ! Honneur 
à cette foule de sentimens généreux qui éclatè- 
rent parmi les citoyens de toutes les classes, de 
tous les sexes , de tous les âges ! Si, d'un côté, le 



(1»ot. ists) DE SABVTE-HÉLÉNE. 19$ 

cœur se soulève d'indignation, de l'autre, il est 
délicieusement emu ! . .. 

L'Empereur a dicte à Sainte-Hélène l'époque 
de Fontainebleau et le voyage à l'île d'Elbe: 
ma mémoire ne me permettrait pas d'oser en 
rien citer; je sfen ai point pris de notej j'avais 
pour règle, afin d'abréger mon propre travail $ 
de ne m'arrêter sur aucun des objets dictés à 
d'autres , sachant qu'ils demeuraient assurés. 
Nous jouirons, d'ailleurs, avec le temps , de ,1a 
publication de ce récit. Je ne donnerai donc ici 
que quelques détails que je suppose ne devoir pas 
s'y trouver, et que j'ai recueillis des conversations 
de Napoléon, ou d'autres sources incontestables. 
. Dès que les désastres de 181JI furent pro- 
noncés, que le péril devint imminent, depuis 
surtout l'entrée des alliés à Paris, beaucoup 
de généraux furent ébranlés; ceux chez qui 
l'égoïsme l'emporta sur la patrie, ceux qui pré- 
féraient les jouissances au devoir , à l'honneur , 
à la gloire , poussèrent dès-lors à la catastrophe, 
au lieu de chercher à la combattre. Les premiers 
chefs se hasardèrent à conseiller l'abdication ; 
ils la montrèrent comme indispensable; quel- 
ques-uns furent même jusqu'à laisser entrevoir 



19* MÉMORIAL (Mo* *m) 

à l'Empereur qu'ils ue répondraient pas du mé- 
contentement ni de la fureur de leurs soldats 
contre lui j « tandis qu'au contraire, nous disait 
« Napoléon» leur affection était telle et le dé- 
« vouetttent des officiers si exalté, <|ue ai à mon 
« tout je leur eusse fait connaître lfea machina- 
« tious qui se tramaient, j'aurai* certainement 
m mis *n péril les coupables} il n'eut suffi d'un 
« mot pour les faire mettre en pièces* » Eu effet, 
l'Empereur ordonna une revue : les acclamations 
des soldats furent universelles) et comme si 
l'infortune le leur eut rendu plftt cher* jamais 
leur amour ne se montra davantage. « Et l'iden- 
« titré de ces ht aves avec moi, disait Napoléon , 
« notre sympathie étaient telles, qu'il n'en pou- 
« vait guère être autrement : je n'eu ayais ja- 
« mais douté. » 

Dans cette extrémité , l'Empereur médit* 
profondément sur ce qui lui démérite à faire. 
Il lui restait 4b W> à 50 îqille soldats, les meil- 
leurs, les plus dévoués de l'univers; il pouvait à 
son gré maîtriser les générais infidèle*, oui les 
expulser sans inconvénient. Dans cet état de 
choses, ttfois partis se présentaient à son esprit. 

Le premier était de rentrer à Paris; car il ne 



<*ar.»*i*) DE SAINTE-ttELENE. 195 

pensait patf qu'il existât un général as$ez hardi 
wr h terne pou* oçw le combattre , avec cette 
ijnœenae capital* su* ses derrières, « Toute sa 

* population n'eût pas manqué de s'insurger à 

* ma voi*, disait l'Empereur, je m'y serais su- 
« hitemat recruté de cçut ou deux cent mille 

* hommes $ mais les alliés » en se retirant > eussent 
« pu brûler Paria; et ce désastre eût été con- 
« sidéré comme mou ouvrage. Ce n'est pas 
« que l'incendie de Paris n'eût pu devenir au 
« fond le salut de 1* France , comme l'incendie 
m de Mofçou avait été celui de la Russie; mais 
ail est de tels sacrifices i qu'il n'appartient 
« qu'aux internés seuls de les exécuter, n 

Le second parti était de gagner l'Italie , et de 
se joindre au Vice-Roi : « Mais c'était, disait 
« Napoléon, celui du désespoir, sans un résultat 
« analogue, Ce théâtre était si éloigné, que les 
« esprits eussent eu le temps de se refroidir ; et 
<v puis co n'eût plus étQ la France; or, ce sol 
« sacré pouvait «oui, spusnets pieds, nous porter 
« aux prodiges devenus indispensables, » 

Aucun de* deu* p*e*nie*s parus n'était 
praticable i restait le troisième, qui consistait à 
se tenir sur 1» défensive, à disputer le terrain 



4916 MÉMORIAL (No*. iSifi) 

pied à pied , et entretenir la guerrç jusqu'à des 
chances nouvelles. L'engouement qu'avaient pu 
créer les allies se dissiperait bientôt, les maux 
qu'ils allaient faire peser ne tarderaient pas à 
leur attirer l'exécration universelle ; la ferveur 
nationale se réveillerait et les alliés pouvaient 
encore trouver leur tombeau sur le sol qu'ils 
avaient osé violer. IVJais cela devait nécessaire- 
ment être long, et en somme, les succès étaient 
douteux, ou du moins éloignés,, tandis que la 
souffrance des peuples serait certaine, immé- 
diate , incalculable. La grande ame de Napoléon 
s'en émeut, et il se décide à l'abdication. 

Toutefois il dépêche à Alexandre le duc de 
Vicence et une députation de maréchaux, dans 
lesquels il comprend le duc de Raguse, un de 
ceux qu'il chérit davantage. Ils étaient chargés 
d'offrir l'abdication de Napoléon en faveur de 
son fils. L'Empereur espérait par là faire encore 
quelque chose pour la France ; ménager son 
indépendance et assurer la durée de ses institu- 
tions actuelles. Alexandre, qui déjà depuis plu- 
sieurs jours avait donné une déclaration pu^ 
blique par laquelle il annonçait ne vouloir plus 
traiter avec Napoléon ni aucun des membres de 



( No* *i6 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 1 97 

sa famille, fit néanmoins déLattre la chose con- 
tradietoirement avec le parti du Sénat qui avait 
prononcé la déchéance. Les maréchaux parlaient 
vivement et au nom de toute l'armée. Alexandre 
en était ébranlé, et le parti de la. régence sem- 
blait devbir l'emporter, quand arrive la nouvelle 
de la défection du duc de Raguse, qui raffermit 
aussitôt Alexandre dans sa détermination anté- 
rieure. Cette circonstance nouvelle devient un 
trait de lumière à ses yeux ^l'armée n'est donc 
pas unanime? Et dès-lors, écartant .tout ménfr* 
gement , il se prononce inflexible. Dans cet état 
de choses on revienjt vers Napoléon, on l'entoure, 
on le presse, on le harasse pour son abdication 
pure et simple* 11 cède, non sans de grands 
combats intérieurs, et la dicte en ces termes : » 
« Les puissances alliées ayant. proclamé que* 
« l'Empereur Napoléon était le seul obstacle au; 
« rétablissement de la paix en Europe, l'Empe-; 
«c reur Napoléon, fidèle à son serment, déclare 
a cfu'il renonce, pour lui et ses héritiers, aux. 
« trônes de France; et d'Italie, p^rce qu'il n'est 
«aucun sacrifice personnel, ùrême celui de la 
« vie , qu'il ne soit prêt à faute à l'intérêt de la. 
« France, » ./ I '...> 



Î98 , MEMORIAL (Kor. t «i6) 

Cette déclaration, que les atties étaient loin 
d'attendre au$s» complète, aplanit tout, et te* 
ttfaiw'ehanx rctieBoetttavecce qu'on a appelé lq 
traité dé Fo^i»eï>hkU, qu^n VsïfrtmVêï quel* 
qu» pages plue bas. ' 

Jalrâ dans le «vamiscfi* de tôl'% de M. le 
baron Fain r L'entiè** explûdatita'dé certaines 
paroles de ^Empereur, que f avais tfaà&rites 
dans; te tenfcps îams ks comprends pt&fce'tueiit. 
On trouve , vpè; S du Mendiai y page 6&&, que 
yErapeteof , parfait du ttàxêàé î ôtttaiilttbltâ* , 
dit : > Jao* teu&! poiMdr «limité, jb'lef fouie, 
« je sjUÎs loio de ni'epf Vanter ^en/rougiiplutol; 
r on Fa> dSaontë pour moi contre moû gté> értc:» 
Et dans «à autre endroit : * <£uarti< ôtt eotanâîW* 
« toute l'histoire des eVe'àentéttt de Fontaine- 
« bleau, on aulu heu dig &^t)ott«fer beaucoup. » 
Ces* qu'en effet Bïapotéon tie votilait pas de 
ce traitd , nous apprend le Manuscrit de -tSîJk 
Ou eut toutes les perti&uftt mondfe à le lui 
faire ratifier; ou ne l'ofetiM quen aîr^gftnt de 
grande» vue* publiques? :• il lui paraissait humi- 
liant e* tout à fait ihutfile. Sftr¥ivant a tant de 
grandeurs , il lui suffisait d* vitfe dtâtottttais en 
simple particulier : il avait honte qu'au si grand 



(*w.*i«) DE SAEÏTHUHÊLÈNE. i9» 

sacrifice:, offert à 1» paix d» monde;, g* trotnsât 
mêle' à des àrvangemens: pécuniaires. ciA quoi 
« hoa, un traité r disait-il , puisqu'on ne veut pas 
« régies aven, mqi qe qui concerne les intérêts 4e 
« la Feaatce? Du mentent où il se s*agàt plus que 
« de ma parsenpe il n'y a pas de traité à fini*,*.. 
« Jetuia vaincu, je oèdean sort des armes ?eeu- 
« teçae»t je demanda à n'étee pas prisonnier de 
« gupitt^etïtfHrmed'ac^ 
« doitaaffirel..-* 

Vainement, cherchai***» à te ramener en* sa 
situation perçotmelk, son existentielles besoins 
à venir. On ,1'îentendit^ à cet dgaré, cènclure 
éftergtqjneitont 2 « Et que m'importe! un petit 
« écu par jour et a» cheval, voilà tout ce qui 
« m'est uécesaaiore. » . 

Je puis assurer de mon colé qu# VEmpieraii» 
remuait infiniment cette détermination ^eft ce 
n'était pas ht seule débisian de l'époque qui 
pesât sur sa pensée. Il regrettait fort ausai^tars 
de sa position àSpûnfe-Dbier et Doulevant, d'an 
vour cédé aux diveacses eonsddéra*ionâf de«rt il se 
trouvait entouré, aw| nombreuse* suggestions 
dont il. se vit assailli, lesquelles le ramenèrent 
contre son gse'jsqr Paris, ce Je manquai de carao 



200 /MEMORIAL (Ndv. *s,éj 

et tère, disait-il; je devais poursuivre impertur- 
« bablement toute ma pensée, continuer vers le 
« Rhin, me renforçant de toutes mes garnisons, 
« m' entourant de toutes les populations insur- 
« ge'es, j'eusse eu bientôt use armée immense; 
« Murât me serait aussitôt revenu; et lui et le vice- 
ce Roi eussent été me donner Vienne, si les alliés 
« eussent osé me prendre Paris. Mais non , les 
« ennemis eussent frémi bien plutôt du péril 
« où ils se trouvaient engagés; et les souverains 
« alliés eussent reçu comme une grâce, que je 
« leur eusse accordé leur retraite; et là se fût 
« éteint tout à fait le volcan des étrangers contre 
« nous. On eût conclu la paix , et on l'eût observée 
« sincèrement. Chacun demeurait. si fatigué ! 
« On avait tant de blessures à soigner I... On n e 
« se fût plus, au dehors, occupé d'autre chose; 
« quant au dedans , un tel dénouement détrui- 
te sait à jamais toutes les illusions, toutes les 
« malveillances, et fusait pour toujours toutes 
« les opinions, toutes les vues, tous les intérêts, 
(c Je me rasseyais triomphant, entouré de mes 
<c invincibles bandes. Les populations héroïques 
« et fidèles eussent servi de diapason à: celle» 
« qui avaient chancelé, ceux qui avaient tant 



(**..i6i6) DE SAINTE- HÉLÈNE. 201 

«montré le besoin du repos, en eussent été 
« prendre; une génération nouvelle de chefs eût 
« retrempé notre existence j nous ne nous serions 
« plus occupés que du bonheur intérieur ; nous 
« aurions encore eu d'heureux jours ! ! ! etc. » . 
. Et lui ayant parlé de la confusion créée à 
Paris par l'approche des alliés, du décourage- 
ment, pour ne pas dire plus > de la classe qui 
avait à conserver, des bonnes dispositions et d$ 
l'ardeur du peuple, qui ne demandait qu'à com- 
battre, et auquel on refusait des armes, je disais 
que le départ de l'Impératrice surtout avait 
causé le plus mauvais effet; je citais comme cir- 
constance bien singulière l'instinct du Roi de 
Rome, qui, contre son habitude, se refusait 
obstinément à quitter le palais, pleurant et se 
retenant aux meubles, dont il fallut l'arracher. 
J'ajoutais que le bruit était universel parmi 
nous que l'Impératrice avait voulu demeurer, et 
que le conseil allait seconder ses désirs, lorsqu'il 
fut exhibé un ordre précis de lui /Napoléon, 
pour quelle quittât Paris, en cas de danger im- 
minent de la part de l'ennemi. '« Qui, sans 
« doute, a repris l'Empereur, et il l'avait bien 
u fallu. 1/Iinpeïatnce ébat bien jeune et sans 
7. 13 



SOS MÉMORIAL (Her.iSrf) 

« nulle expérience des affaires. Si elle eût été 
« capable de décisions personnelles , j'eusse 
« donné un ordre tout contraire. Paris alors eût 
« été son poste j mais je devinais les intrigues 
« dont elle serait l'objet, et je voulais empêcher 

* à Paris ce qui est arrivé plus tard à Orléans. 
« Là, ceux qui rêvaient la régepce, et comp- 
« taient gouverner sous elle , l'ont empêchée de 
« venir à moi ; et Dieu sait ce que cela a pro- 
ie duit!... Plût au Ciel que j'eusse pareillement 
« donné à temps Tordre de la faire sortir d'Or- 
« léans!... etc., etc. » 

• Il est sûr que le moment de Fontainebleau 
accumula sur Napoléon, et presque en un ins- 
tant, toutes les peines morales dont il est possi- 
ble d'être affligé ici-bas. Vaincu par la défec- 
tion , non par les armes , il eut à éprouver tout 
ce qui peut indigner une grande ame , ou briser 
un bon ceeur. Ses compagnons l'abandonnèrent , 
ses serviteurs le trahirent; l'un livra son armée, 
l'autre son trésor; ceux qu'il avait élevés, main- 
tenus, comblés , furent ceux qui l'abattirent. Ce 
Sénat f qui l'avait tant loué, ce Sériât qui, la 
veille encore, lui fournissait à profusion des 
conscrits pour combattre les ennemis, n'hésite 



(Not.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ' 203 
pas le lendemain à se faire le vil instrument 
de ces nrçmes ennemi?; et, sous l'impulsion de 
leurs baïonnettes , il reproche , il impute à crftie 
ce qui fut son propre ouvrage , il brise lâchement 
lui-même l'idole que lui-même a créée, et qu'il 
a si long-temps, si servilement encensée! Quelle 
excès de honte I quelle ignoble dégradation !.... 
Enfin, et ce dernier coup doit être le plus sensi- 
ble à Napoléon, sa femme et son fils sont dé- 
tournés de lui, on $ y en empare, et, en dépit des 
traités et des lois, en opposition à toute morale , 
il ne les reverra plus!.... 

Il paraît qu'au milieu de tant de maux , en- 
touré d'une aussi hidçii$e nature, Napoftéon, 
dans l'excès du mépris des hommes et des choses, 
eut le désir de quitter la vie. Il existe une lettre 
de sa m^in à l'Impératrice, dans laquelle il 
dit qu'en qç momenj; on dçijt s'attendre i tout , 
que tout est possible, même la mort de FEm~ 
pereur. Allusion sans dwte au mystérieux 
événement de la nuit du 1 2 au 1 3 avril, qui se 
serait passé dsfis h sçcrpt intérieur 4u palais, 
et dont le Manuscrit de 1814 expose la con- 
jecture, laquelle , si elle se trouvait une réalité* 
ne laisserait pas aux plus féroces ennemis de 



20» MEMORIAL (Not. i*iG) 

Napoléon , même la satisfaction du sot et banal 
adage, si fort en usage dans le temps : Qifitria- 

v&U pas eu le courage de mourir? Eh 

quoi ! il serait donc vrai, d'après le Manuscrit, 
qu'au contraire il ne F aurait pas pu I Et cette 
circonstance merveilleuse ne serait pas la moins 
étonnante de son extraordinaire carrière; circons- 
tance, du reste, qu'ennoblirait jusqu'au sublime, 
et cette belle parole lors de son réveil inattendu: 
Dieu ne le veut pas, et cette noble et calme 
résignation qui succéda dès cet instant. 

On connaît le touchant et fameux adieu de 
Napoléon à ses soldats, son dernier embrasse- 
ment à ces aigles qu'il rendit immortels. Je 
tiens d'un diplomate prussien, présent à ce 
spectacle , qu'il causa sur son ame une impres- 
sion qui ne s'effacera , me disait-il , qu'avec sa 
vie. Et il ajoutait que le commissaire anglais, 
alors son voisin, homme jusques-là, convenait- 
il, très-exagéré contre Napoléon, en avait versé 
des larmes. 

Le respect et la vénération qu'inspirait alors 
Napoléon furent tels, que malgré l'imminence 
àe la crise, les grands inconvéniens de sa pré- 
sence j personne n'osa le tourmenter pour hâter 



filais) DE SAINTE-HÉLÈNE. 205 

son départ. On le laissa respectueusement faire 
et prendre tous les arrangemens qu'il voulut. 

Le traité d'abdication est du H avril , et ce 
ne fut que le 20, neuf jours après, que Napo- 
léon se mit en route. La première partie de son 
voyage lui montra partout un respect univer- 
sel, et souvent l'intérêt le plus vif et le plus 
tendre *. 

Les étrangers jusques-là semblaient n'avoir 
nulle idée de l'esprit de la France, ni des véri- 
tables dispositions du peuple à l'égard de l'Em- 
pereur. Toutefois on avait cru devoir ménager, 
par prudence son arrivée à Lyon, vers la nuit* 
si même je crois l'on ne s'arrangea pour qu'il 
n'y entrât pas du tout. Et voici ce que je tiens 
d'un des Anglais distingués détenus si long* 
temps en France , et qui résidait précisément à 
Lyon. Le général autrichien et lui se firent un 

* L'Empereur part de Fontainebleau le 2o avril 1814, 
escorté par une compagnie de grenadiers à cheval, ayant 
le Grand-Maréchal, comte Bertrand, dans sa Toiture. 

Le flo , an soir , à Briarre. Le a6 , couche près du Luc. 

Le ai , à Nevers. Le 27 , à Fréjus. 

Le 23, à Rouanne. Le a8, il s'embarque a huit 

Le a3 , à Lyon. heures du soir , sur la frégaie 

Le 24 , à Montélimart. anglaise PUndaunted, capitaine 

Lea5,àOrgon. Usher. 



206 MEMORIAL (ïfo*.iSt6y 

malin plaisir de se je(er déguisés dans la foule 
qui se pressait pour voir le passage du monar- 
que déchu . Ils comptaient jouir l'un et l'autre des 
imprécations qu'ils supposaient devoir lui être 
prodiguées. Mài4 à sa vue il se fit le plus morne 
silence, et une vieille femme en deuil, d'une 
tenue au-dessus du commun, l'air égare, le 
visage en feu, se précipita sur la portière de sa 
voiture. Les deux curieux crurent qu'elle al- 
lait éclater. « Sire , lui dit - elle avec une es- 

* pèce de solennité, que la bénédiction du Ciel 
« vous accompagne. Tâchez d'être heureux s'il 

* vous est possible : on vous enlève à nous; mais 
« nos cœur* vous suivront partout. » Le gé- 
néral ennemi * déconcerté » dit à son camarade : 
« Éloigàonâ-nous, cette vieille folie m'impor- 

* tune, et tout ce peuple- ci n'a pas le sens 
« commun. » 

Ce fut lin peu au - delà de Lyon , que se 
présenta sur la route, le général en chef de 
l'armée de l'Est. Nstpdlédn descendit alors de 
vtfitiiïê et tiiarëhâ lôiïg-liemjtè avec lui. En reve- 
nant, -un de£ généraux, commissaires de* alliés, 
osa se permettre de témoigner à l'Empereur son 
étonnement de l'irithnité qu'il venait de mon- 



(Hot.i8i6) DE SAINTE-HÉLËNE: 207 

trer à ce chef. — « Et pourquoi cela, reprit 
« Napoléon?-* Mais Votre Majesté' ignore donc* 
« sa conduite? — Quelle est-elle? *-*- Sire* de- 
« puis nombres de semaines il était d'accord arec 
« nous. •— Et en effet, disait l'Empereur* ce* 
« lui-là même auquel, sur ce point, j'avais con» 
« fié la France, l'avait sacrifiée, perdue. » Et 
après diverses plaintes récapitulées, il a ter* 
miné disant : « Depuis long-temps,. chez lui>, 
« le maréchal n'était plus le soldat* «on cou- 
« rage , ses vertus premières l'avaient élevé très- 
* haut hors de la foule ; les honneurs , les di- 
te guités, la fortune l'y avaient replongé. Le 
« vainqueur de Castiglione eût pu laisser un 
« nom cher à la France j mais elle reprouvera 
« la mémoire du défectionnaire de Lyon, ainsi 
« que celle de tous ceux qui en ont agi comme 
« lui, à moins qu'ils ne réparent les torts faits 
« à la patrieqpar de nouveaux services rendus 
« à la patrie. » 

C'est cette circonstance qui a dicté la fa- 
meuse proclamation de l'Empereur à son re- 
tour, «t Français, y est-il dit, la défectjpn du 
« duc de Castiglione livra Lyon, sans défense, à 
« nos ennemis > l'armée dont je lui avais confié 



208 MÉMORIAL (No*,**) 

« le commandement, était, par le nombre de 
« ses bataillons, là bravoure et le patriotisme 
« des troupes qui la composaient, à même de 
«battre le corps d'armée autrichien qui lui 
te était opposé, et d'arriver sur les derrières du 
« flanc gauche de l'armée ennemie qui menaçait 
ic Paris. Les victoires de Champ -Aubert, de 
« Montmirail, de Château-Thierry, de Vaux- 
ce Champ, de Mormans, de Montereau, de 
« Craone , de Reims , d' Arcis-sur-Aube et de St .• 
« Dizier; l'insurrection des braves paysans delà 
-« Lorraine, de la Champagne, de l'Alsace, de la 
« Franche-Comté, de la Bourgogne, et la posi- 
« tion que j'avais prise sur les derrières de l'ar* 
« mée ennemie, en la séparant de ses magasins, 
« de ses parcs de réserve , de ses convois et de 
« tous ses équipages , lavaient placée dans une 
« situation désespérée. Les Français ne furent 
-« jamais sur le point d'être plq§ puissans , et 
« l'élite de l'armée ennemie était perdue sans 
« ressource ; elle eût trouvé son tombeau dans 
« ces vastes contrées qu'elle avait si impi- 
* toygblement saccagées , lorsque la trahison 
« du duc de Raguse livra la capitale et désor- 
« ganisa l'armée. La conduite inattendue de ces 



(Honrtifij OE SAWTE-HELÉNE. 209 

« deux généraux, qui trahirent à la fois leur pa- 
« trie, leur prince et leur bienfaiteur, chan- 
ta gea le destin de la guerre, La situation désas- 
« treuse de l'ennemi était telle , qu'à la fin de 
« l'affaire qui eut lieu devant Paris, il était 
« sans munition, par la séparation de ses parcs 
« de re'serve *, etc. , etc. , etc. » 

Napoléon fut moins bien traité à mesure qu'il 
approchait de la Provence; c'est que les machi- 
nations avaient eu le temps de le devancer. Il 
avait échappé au guet - apens Maubreuil, il 
faillit succomber à celui d'Orgon ; et cette par- 
tie de sa dictée n'est pas la moins curieuse. 

Arrivé au lieu de l'embarquement, il s'y 
trouva deux bâtimens pour le transporter; l'un. 
Français, l'autre Anglais. Napoléon se jeta dans 
la frégate anglaise , disant qu'il lui en coûterait 
trop qu'on pût jamais dire qu'un Français l'a- 
vait déporté. 

Tel est en peu de mots le grand événement 

dont on aura un jour les détails dictés, ainsi 

«— — — — ^»— ■—■—■—— ■ — —— ■i^— — ■ ■ i 

* Une de mes connaissances, voyageant en Allemagne , 
m'a dit y avoir recueilli de la bouche même du chef des 
parcs russes , et plusieurs années après l'événement , 
que l'exposé ci-dessus était fidèle et l'assertion exacte. 



210 MÉMORIAL (NW.isis) 

que je l'ai dit plus haut, par l'Empereur même. 
La France fut inondée dans le temps, à ce su- 
jet, d'une foule de pamphlets tellement degoû- 
tans de mensonges et d'absurdités, que depuis, 
les gens honnêtes n'ont pli s'empêcher de rougir 
d'avoir eu la faiblesse de les croire, ou même le 
courage de les lire. 

Voici le traité de Fontainebleau annoncé ci- 
dessus. Il nous fut soigneusement soustrait dans 
le temps» Le Moniteur ne l'a jamais publié, et 
il nous est démettre long-temps inconnu. On ne 
le trouve guère que dans des recueils officiels, et 
encore s'y préseate-t-il avec des variantes. J'ai 
donc pensé qu'on me saurait gré de l'introduire 
ici* tl appartient tout à fait au sujet, et beau- 
coup de ses articles àoiit journellement encore, 
pour hous autres contemporains , de graves ob- 
jets de conversations journalières. 11 ne peut 
donc qu'être agréable d'être mis à même d'en 
pouvoir discuté? en toute tohnafesànce de cause. 

TRAITE DE FONTAINEBLEAU DU 1 1 AVRIL. 

* Article ï°*. S, M. l'Etapêreur Napoléon 
renonce, pour lui, ses successeurs et descendans , 
ainsi que pour chacun des membres de sa fa* 



(Not.,8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2 H 

mille, à tout droit de souveraineté et de domi- 
nation, tant sur l'empire français et le rqyaume 
d'Italie , que sûr tout autre pays. 

« II. LL. MM. l'Empereur Napoléon et l'Im- 
pératrice Marie-Louise conserveront ces titres 
et qualités pour en jouir leur vie durant. 

« La mère , les frères, sœurs, neveux et nièces 
de l'Empereur conserveront également partout 
où ils se trouveront, les titres de princes de sa 
famille. 

« 11L L'île d'Elbe, adoptée par Sa Majesté 
l'Empereur Napoléon, pour lieu de son séjour, 
formera, sa vie durant, une principauté séparée, 
qui sera possédée par lui en toute souveraineté 
et propriété. 

« Il sera donné en outre , en toute propriété , à 
rEmpereur Napoléon un revenu annuel de deux 
millions de francs , eit reftte sur le grand-livre 
de France, dont utt million sera réversible à 
l'Impératrice, 

« IV. lotîtes lès puissances s'engagent à em- 
ployer leurs bonis offices pour faite respecter, 
par lés Etats barbaresqUes , lé pavillon et le 
territoire de l'Ile d'Elbe; et pour que , dans ses 



21 2 MÉMORIAL (Not. iM) 

rapports avec lesBarbaresques elle soit assimilée 
à la France. 

« V. Les duchés de Parme , de Plaisance et 
Guastalla seront donnés en toute propriété et 
souveraineté à S. M. l'Impératrice Marie-Louise; 
ils passeront à son fils et à sa descendance en 
ligne directe. Le prince, son fils, prendra, dès 
ce moment, le titre de Prince de Parme, Plai- 
sance et Guastalla. 

« VI. Il sera réservé dans les pays auxquels 
l'Empereur Napoléon renonce, pour lui et sa 
famille , des domaines ou des rentes ' sur le 
grand-livre de France, produisant un revenu 
annuel net, et déduction faite de toutes charges,' 
de deux millions cinq cent mille francs. Ces 
domaines ou rentes appartiendront en toute 
propriété, et pour en disposer comme bon leur 
semblera aux princes et princesses de sa famille, 
et seront répartis entre eux, de manière à 
ce que le revenu de chacun soit dans la pro- 
portion suivante. A Madame Mère, trois cent 
mille francs; au Roi Joseph et à la Reine, 
cinq cent mille francs; au Roi Louis, deux 
cent mille francs ; à la Reine Hortense et à ses 
enfans , quatre cent mille francs;. au Roi Jérôme 



(Kot. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE: $43 

et à la Reine, cinq cent mille francs ; à la prin- 
cesse Élisa, trois cent mille francs j à 1$ prin- 
cesse Pauline , trbis cent mille francs. 

« Les Princes et Princesses de la famille de 
l'Empereur Napole'on retiendront , conserve- 
ront, en outre , tous les biens, meubles et immeu- 
bles de quelque nature que ce soit, qu'ils possè- 
dent à titre de particuliers, et notamment les 
rentes dont ils jouissent également comme par- 
ticuliers sur le grand -livre de France et le 
Monte Napôleorie de Milaii. - • • 

« VII. Le traitement annuel dé FImpératrice 
Joséphine sera réduit à un million en domaines 
ou en inscriptions sur le grand-livre dé France; 1 
Elle continuera de jouir, en toute propriété , de 
tous ses biens, meubles et immeubles particu- 
liers , et pourra en disposer, conformément aux 
loi» françaises. 

« VIII. Il sera donné au Prince Eugène, 
Vice-Roi d'Italie, un établissement convenable 
hors de France, 

« IX. Les propriétés que S. M. l'Empereur 
Napoléon possède en Irahce, soit comme do- 
maine extraordinaire , soit comme domaine privée 
resteront à la couronne. 



21* MEMORIAL (Not. 1816) 

« Sur les fonds placés par l'Empereur Napo- 
léon , soit sur le, grand-livre, soit sur la banque 
de France, soit sut les actions des forets, soit 
de tout autre manière , et dont Sa Majesté fait 
l'abandon à la couronne, il sera réservé un ca- 
pital qui n'excédera pas deux millions, pour 
être employés eu gratifications eu faveur des 
personnes qui seront portées sur l'état que si- 
gnera l'Empereur Napoléon, et qui sera remis 
au gouyernemçnt français. 

« X. Tous les di^mans de la couronne reste- 
ront à Ja France, 

« XI. L'Empereur. Napoléou fiera retourner 
au jtrçsor et au* autres caisses publiques 9 toutes 
les sommes et effets qui en auraient été déplacés 
par sçs ordres , à l'exqeptiQn de ce qui provient 
de la liste ciyile. 

« XII. Les dettes de la maison de S. M- l'Em- 
pereur Napoléon , telles qu'elles ce trouvaient 
au jour de la signature du présent traité 9 seront 
immédiatement acquittées sur les arrérages dus 
par le trésor public à ta liste civile , d'après les 
étafs qui seront signés par un commissaire 
nommé à cet effet. 

« XIII. Les obligations du Monte Napoleone 



(NoT.i8i6) DE SAINTE-HELENE. 245 

de Milan, envers tous ses créanciers , soit Fran- 
çais soit étrangers , serontexactement remplies, 
sans qu'il soit fait aucun changement k cet égard. 

« XIV. On donnera tous les saufs- conduits 
nécessaires pour lç libre voyage de S. M.. l'Em- 
pereur Napoléon, de l'Impératrice, des Princes 
et Princesses, et de toutes les personnes de leur 
suite qui voudront les accompagner ou s'établir 
hors de France , ainsi que pour le passage de 
tous les équipages , chevaux et effets qui leur 
appartiennent. 

« Les puissances alliées donneront en consé- 
quence des officiers et quelques hommes d'es- 
corte, 

« XV. La garde impériale française fournira 
un détachement de 1 2 a 1 5 cents hommes de 
toute arme pour servir d'escorte jusqu'à Saint- 
Tropès, lieu de rembarquement. 

« XVI. Il sera fourni une corvette et les bâ- 
timens de transport nécessaires pour conduire , 
au lieu de sa destination, S. M. l'Empereur 
Napoléon, ainsi que sa maison. La corvette ap- 
partiendra en toute propriété à S. M. l'Empe- 
reur. 
/ « XVII. S. M. l'Empereur Napoléon pourra 



216 MÉMORIAL (NcmiSié) 

-emmener avec lui, et conserver pour sa garde, 
quatre cents hommes de bonne volonté, tant 
f qu'officiers , sous-officiers et soldats. 

« XVIII, Tous les Français qui auront servi 
S; M, l'Empereur Napoléon et sa famille, se- 
ront tenus, s'ils ne veulent perdre leur qualité' 
de Français , de rentrer en France dans le terme 
de trois ans, à moins qu'ils ne soient compris 
dans les exceptions que le gouvernement français 
se reserve d'accorder après l'expiration de ce 
terme. 

«f XIX. Les troupes polonaises de toute 
arme, qui sont au service de Irance, auront la li- 
berté' de retourner chez elles, en conservant 
armes et .bagages, cpmme un témoignage de 
leurs services honorables : les officiers, sous- 
officiers et soldats conserveront les décorations 
qui leur ont été accordées et les pensions affec- 
tées à ces décorations. 

« XX. Les hautes-puissances alliées garanti- 
ront l'exécution de tous les articles du présent 
traité ; elles s'engagent à obtenir qu'ils soient 
adoptés et garantis par la France. 

« XXI. Le présent acte sera ratifié, et les 



(Wot. 18 16) DE SAINTE-HÉLÈNE: 247 

ratifications en seront échangées à Paris, dans 
dix jours, ou plus tôt si faire se peut. ; 

« Fait à Paris, le 11 ayïii mil huit cent qua- 
torze. Signe' ; Caulaii*cpu*t* duc de Vicence; 
le maréchal duc de Tarente, Macdonald y fe 
maréchal duc d'Elchiugej*, Nejf *j le prince de 
Mettenûch. * 

Les mêmes articles ont été frigfcés séparémjeût, 
et soucia meure date, de la part de 1?* Russie, 
par le comte de Nesselrodejet de lalpçrt de la 
Prusse , par le baron de Hardèmberg. 

Déclaration en forme d'accession an nom de Ldnis XVhï. 

« Je, soussigné, ministre - secrétaire, d'État 
« au département des affaires étrangères , ayant 
« rendu compte au Roi de la demande que leurs 
« Excellences messieurs les plénipotentiaires des 
« Cours alliées ont reçu de leur souverain Tor- 
« dre défaire relativement au traite, du 1 î avril, 
«auquel le gouvernement provisoire a accédé, 
« il a plu à Sa Majesté de l'autoriser de dé- 
« clarer, en, son nom, que les clauses dji traité à 

' I II ■ ■ ■ ■ ■ ■■■■ ■ ■ % 'I t !. - , ! , | ^ tm 

* Il est à remarquer que , par égard pour l'Empereur 
Alexandre, le maréchal Ney s'abstient ici de soft tîtft* 
de prince de la Moscown. 

7. W 



248 ' MEMORIAL (No*. ,8.*j 

« la charge de la France, seront fidèlement exë- 
« cutées. Il a y en conséquence , l'honneur de le 
« déclarer par la présente, à leurs Excellences. 
« Paris, le 34 mai \ 84 Jà. Signé : le prince de 
« Bénévent* » 

Le grand triumvirat de l'Europe dicte ce 
traité de Fontainebleau, l'Angleterre y ac- 
cède, une déclaration du Roi de France pro- 
met d'en remplir ce qui le concerne j et mal- 
gré tant de garanties, on pourrait presque dire 
qu'aucun des articles ne fut observé. Certes, il 
est difficile de se jouer pi us ouvertement de toute 
bonne foi, et de compromettre plus solennelle- 
ment des signatures augustes, dont chacun de 
ceux qu'elles concernaient devrait avoir in- 
dividuellement à cœur qu'elles demeurassent 
reconnues ici bas comme infaillibles et sacrées. 
Aussi, des violations si manifestes furent-elles 
le fond de la justification morale de l'entreprise 
de Napoléon en 1815. Une foule de voix, en 
Europe , s'éleva pour témoigner cette opinion ; 
des membres distingués des deux chambres du 
parlement d'Angleterre, soutiens infatigables 
des grands principes, le proclamèrent haute- 
ment} d'éminens publicistes de toutes les coi*-. 



{Nov. 1816) DE SABNTE>HÉLÈNE. 249 

trées furent de cet avis, et nombre d'individus 
en demeurèrent frappes. Je terminerai d'aussi 
graves autorites par une opinion individuelle 
qui , pour n'être rien moins que sérieuse, n'en 
était. peut-être pas moins juste. Un Autrichien 
de haut rang, qui se trouvait en 1815, par eu* 
riosité, au milieu de nous , et fort exaspéré de 
son naturel contre Napoléon, me faisant visite 
dans le temps où les progrès de l'Empereur , 
sur la capitale , commençaient à faire une vive 
impression, au point de le décider déjà à pren- 
dre la fuite, me disait gravement et de la meil- 
leure foi du nionde 2 « Certainement jusqu'ici il 
« a occupé le trône de votre pays à titre d'u- 
« surpateur ; la chose est incontestable ! Mais , 
« ajoutait-il en bégayant diplomatiquement , 
« si pourtant aujourd'hui il venait à conquérir 
a .la France, après que tous les monarques l'ont 
« reconnu pour souverain , et lui ont donné le 
« droit de faire la guerre en ne tenant pas les 
« conditions (qu'ils lui ont faites, la chose se- 
« rait alors bien différente j et ma foi!,.* pour 
« moi !... je crois que dans ce cas... il pourrait 
« se faire... qu'on pût soutenir, avec quelques 
« raisons, qu'il est peut-être devenu légitime. 



220 MÉMORIAL QNov. im ) . 

* Ouï , pour moi du moins... il me semble que 
« je le crois. » 

Lettré de lord Castlereagh à lord Bathnrst» relative au 
traité de Fontainebleau. (Recueil de Shœil.) 
Paris , le i3 avril 1814. 

« ...... Je me borne, en conséquence, pour le 

« moment, à vous expliquer ce qui s'est passé 
« par rapport à la destinée future et à l'établis- 
tc sèment de Napoléon et de sa famille. 

« V. S. connaît déjà, par lord Cathcart, 
« l'acte ' d'abdication signé par Buonaparte, le 
«t k de ce' mois, et l'assurance qui lui a été 
« donnée par l'Empereur de Russie et par le gou- 
« vernément provisoire, d'une pension de 6 mil- 
*r' lions de francs, avec un asile dans l'île d'Elbe. 
«Buonaparte avait déposé cet acte entre les 
« mains de M. de Caulincourt et des mare- 
« chaux Nejr et Macdonald, pour l'échanger 
#c contre un engagement formel de la part des 
« alliés, relatif à l'arrangement proposé. Les 
«mêmes personnes étaieht autorisées à consen- 
tir à un armistice et à déterminer une ligne 
« de démarcation qui puisse en même -temps 
« être satisfaisante pour les alliés, et prévenir 
« l'effusion inutile du sang humain. 



(Nor- i$i«) DE SÀINTE-HÉLENE. %% \ 

m À mon arrivée, je trouvai cet arrangement 
« sur le point d'être adopté» On avait discuté 
« une convention, qui aurait dû être signée le 
« jour même, si l'on n'avait annoncé l'approche 
« des ministres alliés. Lès motifs qui portaient 
« à hâter la conclusion de cet acte, étaient l'sn- 
« convénient, sinon le danger, qu'il y avait à ce 
« que Napoléon demeurât à Fontainebleau, en** 
« tonré de troupes qui lui restaient toujours li- 
ft dèies. La crainte d'intrigues dans l'armée et 
« la capitale, et l'importance qu'avait, aux yeux 

* de beaucoup d'officiers , un arrangeaient fa-* 
« vorable à leur chef, qui leur permît de l'a- 
ir bandonaer sans se déshonorer, 

* Dans la nuit après mon arrivée , les quatre 
« ministres eurent une conférence sur la con- 
« vention préparée avec le prince de Béné- 
« vent. J'y fis connaître mes objections, en 

* exprimant ^n même - temps le désir qu'on ne 
« cBÛt pas que j'y insistais, au risque de corn- 
« promettre la tranquillité de l£ France, pour 
« empêcher l'exécution de la promesse dénuée* 
u à cause de l'urgence des circonstances^ par 
« la Russie, . . 

« Le prince de Bénévent reconnut la solidité 



222 MEMORIAL (TfoY.te**) 

« de plusieurs de mes objections; mais il dé- 
« clara en même-temps qu'il croyait que le gou* 
« vernement provisoire ne pouvait avoir d'objet 
« plus important que d'éviter tout ce qui pou- 
« vait, même pour un instant, prendre le carao 
m tère de la guerre civile ; et qu'il pensait aussi 
« qu'une mesure de ce genre était essentielle 
« pour faire passer l'armée du côté du gouver- 
« nement dans une disposition qui permit de 
« l'employer. D'après cette déclaration et celle 
« du comte de Nesselrode, portant qu'en l'ab- 
« sence des alliés , l'Empereur , son maître , avait 
« senti la nécessité d'agir pour le mieux , en 
« leur nom , aussi bien qu'en son propre nom, 
ce Je m'abstins de toute opposition ultérieure 
« au principe de la mesure , me bornant à sitg» 
» gérer quelques modifications dans les détails, 
« Je refusai cependant, au nom de mon gouver* 

* nement, d'être plus que partie accédante au 
« traité , et déclarai que l'acte d'accession de 
« la Grande-Bretagne ne s'étendrait pas au- 

* de -là des arrangemens territoriaux proposés 
m dans le traité. On regarda comme parfaite- 
« ment fondée mon observation, qu'il n'était 
« pas nécessaire que nous prissions part à la 



CHor.tatB) DE SAINTE-HÉLÈNE. 828 

« forme du traité, nommément pour ce qui re* 
« gardait la reconnaissance du titre de Nàpo- 
« léon, dans les circonstances actuelles. Je joins 
« maintenant le protocole et la note qui déteiv 
« minent le point d'extension auquel j'ai pris 
« sur moi de faire des promesses au nom de 
« ma Cour* 

* Conformément & loties propositions, la re- 
« connaissance des titres impériaux dans la fa- 
it mille fut limitée à la durée de la vie des in- 
« dividus, d'après ce qui s'est observé lorsque 
« le Roi de Pologne devint Electeur de Saxe. » 

« Quant à ce qui fut fait en faveur de l'Impér 
« ratrice, non-seulement je n'y fis aucune ob- 
« jectiou; mais je le regardai comme dû à 1 e- 
« datant sacrifice des sentimens die famille que 
« rEmpereuX^' Au triche fait à la cause de l'Eu* 
« rope. J'aurais désiré substituer une outra 

* position à cette de Pile d'Elbe pour servir dé 
e retraite à Napoléon. Mais il n'y en a pas de 
« disponible qui présente la sécurité sur laquelle 
« il insiste , et contre laquelle on ne pourrait 
« faire les mêmes» cfejeictions; et je né crois paâ 
« pouvoir encourager l'alternative dont, d'après 

* l'assurance de M. dé Canlaineourt , Buona- 



32* MEMORIAL dbr.is»6) 

« parte avait plusieurs: fois pat lé, d'avoir Un 

* asile en Angleterre. 

«La même nuit les ministres alliés eurent 
r une éonférenofe avec M. de Gaulaincourt et 
« les «uaréehpuit : j'y assistai. Le traité fut exa- 
« miné <et accepté avec des changemens ; depuis 
« il a été signé et ratifié , et Buonaparte corn- 
et m eu ce demain ou après-demain son voyage 

* au tnidi. Signe : Gaslfeveagh. » 

* j'ai cm devoir transcrire ici cette lettre: 
outre qu'elfe complète nos lumières sur le 
traite du 1 1 'atril , dont f ignorais des détails à 
Sainte-Hélène même, elle mq présente parti- 
cukè*ett*ent deau poihts que je ferai remar- 
quée : ielie m'explique la réponse de l'Empe- 
reur vauqàel rappelant qu'il semblait avoir 
tmfcliié .', dans mie occasion essentielle, de 
mentionner ia.fcôcta&asssaiftce de «on 4itre par 
les Anglaisa F«itaiiiet^àu, se contente de me 
dire qu'il l'a fait à dessein^ (Vo^ & , page â58). 
Or j'apprends ici que Gastlèruagh s'y était soi- 
grandement refuse, ce qui afcxcïui pas, du reste, 
la pcrnpuleusê £Kartitadtt4eroiSâtk>*B ' de Na- 
poléon. 

Le second point, que mon impartialité me 



(W«* i«i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2»5 

porte à foire également remarquer, c^est que 
lord Castlereagh parle ici de l'alternative offerte 
par Napoléon, de .se retirer en Angleterre, au 
défaut delà cession de File d'Elbe. Or, on trou- 
vera plus bas (lundi 18 novembre), que Na- 
poléon, au contraire, reproche à lord Castle- 
reagh de lui avoir fait insinuer d'adopter de 
préférence ce parti. Certes, voilà deux exposés 
directement contraires; l'impartialité* je le ré- 
pète, me comtiaatidaitdedes produire égakwent 
tous deux ; libre & 'chacun de se décider suivant 
ses lumières ou son penchant. Car, comme 'je 
l'ai souvent entendu, dire à l'Empereur^ une 
véix eii vaut une autre. Pou* tnoi, mon rihoix 
n'est paa douteux, j'adopte les paroles de Na- 
poléon, en dépit des assertions de lord Castle- 
reagh, parce que j'ai 'présentes les assertions 
ertoftées de lord Wkitvrurth , mentionnées dans 
le coûts du Mémorial , et les assertions scanda^ 
lettéeroent exprimées par lord Castlereagh, sur 
Napoléon, en plein parlement, ou dans des as- 
sa*nhiées publique?, et les documens altérés 
sur lesqueàfc on a prononcé la déchéance de Mu- 
rat ^ et les vingt et quelques dénégations si in- 
trépidement exprimées par lord Bathurst à la 



826 MÉMORIAL (Mot. *i6) 

chambre des pairs ; la fausseté de la plupart 
d'elles était manifeste à tous les yeux à 
à Saint-Hélène , et causa de l'embarras à sir 
Hudson Lowe lui-même, etc., etc., etc.«j el 
je persisterai dans mon adoption, à moins que 
des preuves suffisantes ne viennent me (aire 
varier» 

Mercredi i3. 

L'épée du Grand-Frédéric. — On espère que le Lïott 
s'endormira.-Nouvelles tracasseries da Gouverneur; 
il m'enlève mon domestique , etc. — Notre sort en- 
viable dans nos misères. — Bonheur de, l'avoir ap- 
proché. 

Le matin , chez l'Empereur et dans un mo- 
ment de non occupation , je considérais la grosse 
montre du Grand-Frédéric, accrochée près de. 
la cheminée, ce qui a conduit l'Empereur à 
dire : « J'ai eu dans mes mains d'illustres et 
« précieux monumens; j'ai possédé l'épée du 
•< Grand-Fréde'rie ; les Espagnols m'ont rap- 
« porté , aux Tuileries , l'épée de François I er j 
« l'hommage était grand, il a dû leur coûter £ 
« et les Turcs, les Persans, n'ont-ils pas pré«- 
« tendu me faire présent d'armes qui auraient 
«appartenues à Gengibkan, à Tamerlan, à 



(«a*. 18,*) DE SAINTE-HÉLÈNE. 227 

«Scha- Nadir, ou autres, je ne sais; car je 
« crois bien que ce n'est que dans leur dé- 
« marche et leur intention qu'il faut prendre 
« la vérité. » 

Et comme à la suite de tout cela je terminais* 
par mon grand étonnement qu'il n'eût pas fait 
des efforts pour conserver l'épée du Grand-Fré- 
déric. » Mais j'avais la mienne, » a-t-il repris 
avec une douceur de voix et un souris tout 
particuliers, et me serrant légèrement l'oreille.' 
Et au fait il avait raison, je lui disais là une 
grosse bêtise. 

Plus tard, il revenait sur ce qu'il avait voulu 
et ce qu'il eût dû, disait-il, en se remariant, 
épouserune Française. « C'était éminemment na- 
« tional, disait-il , la France était assez grande ; 
« son monarque assez puissant, pour pouvoir 
« négliger toute considération étrangère. D'ail- 
« leurs, l'alliance du sang entre souverain ne 
« tient pas contre les intérêts de la politique, 
« et, 'sous ce rapport mêiçé, ne prépare que 
« trop souvent des scandales en morale aux 
« yeux des peuples. Puis c'est admettre une 
« étrangère aux secrets de l'Etat : elle peut en 
« abuser; et si l'on compte soi-même sur les 



228 MÉMORIAL m^iM) 

« siens au-dehors, on peut se trouver n'avoir 

* pose le pied que, sur un abîme recouvert de 
« fleurs. Eu tout, c'est une .chimère que de 
« croire que ces alliances garantissent on as- 
« surent jamais rien. » 

Quoiqu'il en soit* la mesure d'un nouveau 
mariage transporta d'aise les citoyens sages qui 
cherchaient un avenir. Napoléon, peu de jours 
a£rès cette détermination, dit à un de ses mi- 
nistre ( le duc de Decrès) , daps un motivent 
de gaâté : « Ouest donc bien joyeux de mon 
« mariage. —Oui, Sire, beaucoup,— J'eh tends, 
« c'est qu'oit appose que le li*n s'endormira. — 
« Mais Sûre, pour dire le vr*i, noua y comp- 
« tons un peu* --Eh tien ! dit Napoléon» après 
« quelques instarts de silence : Ton $fe trompe, 

* et ee n eat pas aux urices» du lion qu'il fau- 
« dra s'en prendre. Le sbpa*neil lui serait aussi 
« doiw peut ~ étae qu'à tout autre.. Mais ne 

* voy efr-votts pas qu'avec l'air d'attaquer sans 
m cesse > je ne suis pourtant jamaip occupe 
« qu'à rn* défendre, » Cette assertion a pu 
laisser des doutes tant qu'a dure la lutte ter- 
rible; mais la joie et les indiscrétions de la vic- 
toire sont venues depuis consacrer la venté» 



(NûT.iSi*) DE SAINTE-HELENE. 259 

On a vu les uns se vanter qu'ils auraient con- 
tinué la guerre jusqu'à ce qu'ils eussent abattu 
leur ennemi; qu'ils n'avaient jamais eu d'autre 
pensée. D'autres * n'ont pas craint de publier 
que c'était sous le masque des alliances, et de 
l'amitié même qu'ils avaient ourdi le complot 
de sa chute!!!... 

Aujourd'hui et les de** jours suivans ont 
été pour. moi remplis, par une tracasserie qui 
m'était personnelle ,' et qui a trop influé sur 
mes destinées pour que je ne la mentionne pas 
ici. Deptiis mon séjour à Longwood , j'avais 
pour domestique un jeune habitant de l'île, 
mulâtre iibtfe, dofit j'avais liem d'être fttrt con- 
tent^ tout à* coup il prît fantaisie à sir Hud*- 
son l4>wede<m'en pitver.* 

Poussé par son occupation ingénieuse à nous 
toutnienter, ou comme beaucoup d'autres se 
sont obstiné i. le penser, par suite d'un plan 
perfidement combiné, il me dépêcha Jfoffi&çr 
de gftrd$ anglais, pour m'anuoncer qu'ayant 
conçu quelques inquiétude? sur ce. que mçn 
domestiqué était natif de L'île, il allait nie le 

i ' "~ ' ■ ■' ■«■ "« » • i ' i « » ' i 

" * Observateur autrichien , 1877 OQ l8ï8è 



230 MEMORIAL ( H*, i»* > 

retirer , et le remplacerait par un autre de sou 
choix. Ma réponse fut simple et positive : « Le 
« Gouverneur) disais- je, pouvait m'enlever 
« mon domestique si cela lui plaisait; mais il 
« devait s'épargner la peine de le remplacer 
« par un autre de son choix. J'apprenais eha- 
« que jour à me détacher des jouissances de la 
« vie. Je saurais, au besoin, me servir de mes 
« propres mains: cette privation de plus serait 
« peu de chose au milieu des souffrances dont 
« il nous entourait* * 

Alors commencèrent à ce sujet une foule 
de messages et de notes; Sir Hudson Lowe 
écrivait jusqu'à 3 ou H fois par jour à l'officier 
de garde charge de me donner autant de com- 
munications. Sir Hudson Lowe ne comprenait 
pas mes difficultés, disait-il, et n'imaginait pas 
quelle objection je pouvais avoir contre un do- 
mestique donné de sa main Celui qu'il au- 
rait choisi en vaudrait bien un autre Sou 

offre de le choisir lui-même n'était qu'une at- 
tention de sa part , etc. , etc.... 

Je souffrais des allées et venues du pauvre 
officier, et j'en étais fatigué pour mon compte. 
Je le priai donc, pour épargner ses pas, d'as- 



<Na*. 181&) DE SÀINTE-HËLENE. 231 

surer le Gouverneur que m'a réponse demeu- 
rerait toujours la même; savoir : qu'il pouvait 
bien m'enlever mon domestique jamais qu'il ne 
devait pas songer à m'en faire accepter un de 
son choix j qu'il pouvait bien mettre garnison 
chez moi par la force, mais non jamais de mon 
propre consentement. Cependant, durant tous 
ces colloques on avait fait venir mon domesti- 
que, on l'avait questionné, on l'avait retiré 
une première fois de mon service , puis reijdu ; 
et enfin retiré tout à fait. 

le rendis compte du tout à l'Empereur, qui 
m'approuva fort de n'avoir pas voulu laisser 
introduire un espion, disait- il, au milieu de 
.nous. « Mais comme votre privation, ajouta-*- 
« il, d'une manière charmante, est dans l'in- 
« tç'rêt de tous, il n'est pas juste que vous en 
« souffriez seul; faites venir Gentilini, mon 
« valet de pied, qu'il prenne son service au- 
« près de vous; il sera enchanté de gagner 
a quelques napoléons de plus : vous lui direz 
« d'ailleurs que c'est par mon ordre. » Genti- 
lini s'y rendit d'abord avec gaîté ; mais le soir 
même le pauvre garçon vint me dire qu'on lui 
avait fait observer qu'il n'était pas convenable 



232 MEMORIAL (Nor. 1816) 
qu'un domestique de l'Empereur servît un par- 
ticulier!!! Et L'Empereur poussa la bouté 

jusqu'à faite venir Gentiliui pour lui eu 
donner Tordre de sa propre bpuche. 

C'était ainsi que. ce Gouverneur continuait 
à nous persécuter journellement et sous toutes 
les formes, bien que je n'en dise plus rien; non 
<jue je m'y accoutumasse , mais parce que dans 
la masse de nos peines, celles qui ne nous ve- 
naient que de sa mauvaise humeur n'étaient 
plus que de légers accessoires. Et en effet, 
qu'aui aient-elles pu être auprès de nos grandes 
misères? 

Si l'on s'est bien pénétre de toute l'horreur 
de notre situation, on me voit jeté, et proba- 
blement pour jamais sur une plage déserte à 
deux mille lieues de la patrie, confiné dans une 
étroite prison, sous un ciel* dans un climat, 
sur un sol) qui ne sont pas lepnotres. On me vo*t 
«rrer vivant dans les sinuosités du tombeau , 
seul terme probable de tant de maux. J'ai 
perdu ma femme, mes enfàns, mes amis , bien 
qu'ils jouissent encore de la vie ; mais leur 
univers ^n'est plus le mien : et privé désor- 
mais de la communication des hommes, il me 



f m. 1816) DE SADrr&HEEENE. S33 

reste il pleurer les e'pancbemeijg d$ l'anjitifli 

le» douceurs de la fatnille,; les intimité^ » le» 

cfoarnies dé la> société.,, XteçteVen lisa^jt <#&ïi 

il n'est personne sahs douje, quel* que-eoiewÇ 

«es opinions^ son pajfs jlsep diçpftatftan* flattft 

relies, qui me m'accorde fry&ptf bigtieity^t qt^Jr 

fûè* regreta, et ne sq sêpfe; wasUsp qi*e|<p*f 

metareinent de €p«imi^*Wîi> trot U m^ ^t 

4à pl^ndl-el^hlbien ppuniort» il *Gfait jtQrJJ >p 

Yai$ ip£ rendre Qi^kbleIw|iiiD r,l r.l> nvin-uj 

Quel fest;<^luj dont l^p^^tw-^^àd^ç^Y 

tains actetsJd'Aktapdre oude G9sar?;<5uif»pr 

proeherait *an* «émotion de$, \B#ig9£4 ç e x <3*a** 

tëmagneft Deç»el prix b4 JK»«t;fiW»Â«fet>j^ r l« 

paroles, le son de heîoifc jd^^lteftjçli^Y,?!^ 

bien! aux moindre^ syrcfrtow** 4*> q»?Jq»f»r 

butinent moral, si je sentais te bes0*ft.d*?e« 

trempdr mdnamev & oeeur plein xtewt^H $^ 

sations , l'esprit rempli dé i telles, ides* ,-. jfe iç*j$3 

criàîs .: Je possède tôiit toek* jfeiejp; que,tpa$ 

cela ; et; ici, •oe nesenfrpontt *& tfe^es ilfcsfcip, 

de simple* peJ6Qù;venirs.d f , hi5tpi*e^ |e,siiiç&#$ 

côtds rien*** dftl'obj^t vivant f ^i ^jaccon^ 

tant de prodiges. Chaque jotarV a f&açue iftfr 

taftt, je toœidère à tau» g#d tes traits de ce^ 
7; ^ 



£38 MEMORIAL <»om*#) 

lui dont un eliiwTœil ordonna tant $e batail- 
les et décidai de tant d'empires; je lis sur ce 
front <jue décorent les lauriers de Rivoli , de 
Marengo, d'Àusterlita , de Wagram, d'Jéna^ 
de Friédlànd ; je ptfîs presque toucher, cette 
main qui régit tant de sceptres et distribua 
fantdetOfeWimeS; qui saisit ied drapeau* d'A»- 
fcole et de Lodi; <|ui, dans une occasion sofen- 
nelfe, rendait à une femme éplorée les seule» 
preuves de la culpabilité de son mari j j'enr- 
t ëttds cette même voix qui y à la vue des -pjrra- 
tnideé (f Egypte , prononçait à ses soldats : « En- 
•* fens, du hautde ces monumens fcft siècles 
% nétfs Contemplent! * Qui , arrêtant sa suite 
A ia VAO d*iin cent éi de Messes autrichiens , di- 
sait ien se découvrant 3 t Honneur et respect 
«' au edutegé nkalbéureui.- »; Je cause puesque 
ftarilièw*iieutavéa oelui^-là même dont les con- 
ceptions ont manié TEurope, cfiri se faisait ui* 
$f*sse ~'teril|>g des 4ft*éllidsemens de *ofc villes 
et »de là prospérité 4e qos provinces , qui non» 
rfv&t &évéb si haut dans l'esprit des peuples, et 
àvflfit pëtfté iôHrë gloire jusqu'aux nues !..• Je le 
V«is 9 je l'attend* >jele^0|igne, je m'efforce de lui 
ètfe agréable, je le console peut-être!,., quelle 



tKcT.rtiïj DE SAINTE-HÉLÈNE, *3B 

situation!,... Et bien! à présent me jflatitt-^oii 
£HCGfre?nnefoUle, aacéntrarrev^eimera-tHeile 
pas mon sort? Qui, an fait, obtint un tel bonheur, 
réunit des circonstances pareilles aux nôtres K * 

Jeudi .14/ i ff 

Koweït oiocop^io»» de l^^çi^^Stor les gra#d* 
«WfrfrW U guejre, <;tc, * eto 7^ _Se* W#* aar dfc. 
▼erses institutions pour le .bien-être de la. société. — 
Avocats» -r- Cor&.,— Antres objets. 

I/£œ]rereçg., : sur les sif .lieaws, w.'a,foit ap- 
peler .4?IPP sachambas. IjLvei^it 4$diptep,,,mX 
t-il •#*;, V#fol% k^u chapitre, sur. Jeft.jdrpit* 
maritimes; il me parlait d'autr^, jp^s^'wLr 
▼«**!»> j'*i Q#M^Ppe^ks«^«»gfajï»es 
^t.&arwt «téjà/<e* l'issu fft œvy'a^dejf m,çnr 
tion^ f Uieu^ ,11 fp a «s o**t^ je j^sp^i^iix 
weé^aû**; ist* mesure q 4 ;il ^,^4^» p^^ T 

lU'^mwdeiài^rejeJ à cqrrjg/^rfles^e* 
puwiepees q*'il avait &tVfaq/kr&y(94(Mapér 
cb*} , wr1*<4if^'owfifc itaf gftuses aggjfgiK? e£ 
moderne »tori'ft*lmH(igtrM»ftp 4ej}aBRé<K,4eur 
(Ce^powtM3ft„fftq H , <3\c v VuftiP'(fcplmi i causer 
#Mtà(m&»A&Site s^et T «i>fir ^tççs c^s. il a 



23Û MÉMORIAL ( Non 1816) 

dit : « Il n'est pas dé grandes actions suivies 
« qui soient l'oeuvré du hasard et de la fortune j 
« elles dérivent toujours de la combinaison et 

* du génie. Rareaient on voit échouer les grands 
« hommes dans leurs entreprises les plus péril- 
« leuses. Regardez 1 Alexandre, César, Ànnibal, 
kl* 'Grand-GdSftàtd 1 et autres» ils- réussissent 
«toujours^ es£-ce parce qu'ils ont : dn 'bonheur 
«r qu'ils deviennent ainsi de grands hommes? 
« Non ; mais parce qu'étant de grands hommes, 
«ils : ont sù maîtriser le bonheur.' Qiiand on 

* veut étudier les ressorts de leurs succès^' on 
« est tout étonné dé voir qu'ils avaient tout fait 
« pour l'obtenir; .:.:.: 
> « Aleocahâre] èl peiné au sortir de l'enfance ; 

* conquiert, iatfèe ùné pbigriée de inonde, une 
i partie Ûa globes mais fut-ce de sa' part* «une 

* simple irru pH on î'iiije façon de^délnge? Nxmj 
«tout est calculé avec profondeur exécuté 
« avec audace, conduit avec sagesse. Alexandre 
« se feoftf*é"&#t à la fois gland guerrier, gfrand 
i^pdlifîqtië; gftàd législateur; malheureuse- 
V' ment quand il atteint le zénith de la gloire 
« et dû Sucdfé^a têté ï lui tourne on le course 

* gâte, il avaitdéButéwécr ràiiiiede'Trajiafc ,tt 



(Mat.tii*> DE SÀim^HEEÈNE. JWT 

« finjt arec le cœur de Néron et les mœurs d*Hé- 
« liogabale»* Et l'Empereur développait les 
campagnes d'Alexandre, et je voyais le : sujet sous 
un jour tout nouveau. 

Passant ensuite à César s il disait ; qu'au 
rebours d'Alexandre, il avait commence sa car- 
rière fort tard , et qu'ayant débute par une jeù- 
nessp oisive et des plus vicieuses* il avait ûpi 
montrant l'âme la plus active, la plus élevée y 
btjplus belle; il le pensait un des caractères les 
plus aimables de l'histoire. « César, observait- 
« il, conquiert les Gaules et les lots de sa pa- 
ir trie; mais, est-ce au hasard et à la simple for- 
te tune qu'il doit ses grands actes de guerre? » 
Et il analysait encore les hauts faits dé César 
comme il avait fait de ceux d'Alexandre. » 

« Et cet Annibal, disait-il, le plus audacieux 
« de tous, le plus étonnant peut-être } si hardi f 
« si sûr , si large eu toutes choses j qui, à 26 ans, 
« conçoit ce qui est à peine concevable , exécute 
« ce qu'on devait tenir pour impossible J qui, 

* renonçant à toute communication avec son 
« pays, traverse des peuples ennemis ou incem- 

* nus qu'il faut attaquer et vaincre, escalade les * 
« Pyrénées et les Alpes, qu'on croyait imuy 



M* MEMORIAL \ fl»*»»*** 

«itobtabksv et:»* descehd etr Italie tp'éi» 
m payant dfe la moitié de son armée h sevfle 
«acquisitioh de ton cbatnp de' bataille, le 
« seul droit de combattre; qui occupe, parcourt 

• et gouvtame céttpMnêcAe Italie AiraiJt 16 ans, 

• rapt plusieurs fois à deux doigta de 6a pertç 

• là terriUe et redoutable Rome,, et ne lâèbe sa 

• proie que quand on met à profit la leçon qu'il 
« a dotinée d'aller le combattre cites lut Crfcîra- 

• t-on qu'il ne dût sa carrière et taijt de grandes 

• fictions qu'aux caprices du basard, aux faveurs 

• 4e la ftrtùnfe* Geî tesvildétait être doué d'une 
« fortd tretept d'jmte , et avoir une bien lptute 
*idee de «a scieftee jeu guerre, celui qui ^ in- 
«. terpeUë pair fcoa jeune vainqueur j n'hésite pas 
- à se plaéer, bieb^ju^ vaincu, immédiatement 
«/après Alexandre et Pyrrhto* qu'il estime les 
« deux; premiers du métier, 

« TVttiS ces grands capitaines de l'antiquité, 
« continuait Napoléon , et ceux qui , plus tard > 
«. ont dignement marché sur leur traces, n'ont 
« fait de grandes choses qu'en se conformant 
« a*ix règles et aux principes naturels de l'art j 
« c^ati-dire par la justesse des combinaisons et 
«Je rapport raisonné des moyens avec leurs 



<*»***) DE SAINTE-HELENE. %» 

« cotpéqueucès* des efforts avec le* obstacles* 
« Us n'ont réussi qu'en s y conformant, quelles 
« qu'ayent été d'ailleurs l'audace de leurs en-n 

* «reprises et l'étendue de leurs sucpèsr II n'ont 
« cessé de faire constamment de la guerre une 
« véritable science. C'est à ce titre seul qu'ils 
« sont nos grands modèles, et ce n'est qu'en le* 
« imitant qu'on doit espérer en approcher. 

« On a attribué à la fortune mes pins grand* 
« actes, et on ne manquera pas d'imputer mes 
« revers à nies fautes ; mais si j'écris mes campa- 

* gués, qn sera bien étonné 4e voue, que 4an* 
« les deux cas et toujours, ma raison et mes 
« facultés ne s'exercèrent qu'en conformité avec 
« les principes , ete*^ etc. » 

Gomme il est à désirer que l'Empereur *ca 

complice sa pensée d'écrire ses campagnes ! 

Quels commentaires que ceux de Nappléop JU* 

* L'Empereur a continué d'analyser de 14 

* - -^ 
* Il paraît que l'Empereur n'a 'point entièrement 
exécuté cet ouvrage qui eût 'été d'an si grand prix pouP 
le métier. Toutefois la seconde livraison dés Mémoire» 
de Napoléon par les généraux Montholon et Gourgaudî 
qu'on publie en ce moment ( Paris , Bossange frères) i 
renferme des notes critiques de Nâjpbléon surin ou ^ 
vragp de .guerre > qui ïout du plus grand intérêt et 



iftft MEMORIAL (K0r.ia>*> 

sorte Gustave- Adolphe > y Candi* chw qui ai 
disait qUe la science semblait avoir été un 
instinct r la nature l'ayant produit tout savant* 
Turenne, qui, au contraire» né s'eteit formé 
qu'avec peine et à force d'instruction. Et 



peuvent non» tenir lien, à certains égards, de ce que 
nous aurons perdu. On y trouve précisément les grands 
capitaines de. l'antiquité mentionné» ioi, mais avec ce 
développement!, cette viguçur et ceUe, supériorité d'une 
dictée réfléchie sur l'extrait iu forme d'une conversation 
courante. Un autre objet bien intéressant, présenté par 
lès mêmes' volumes, est l'ensemble des pièces officielles 
et Ifi protQçole ^négociations de Cbâtillon. On{ a parlé 
des embarras de Louis XIV , à la fin de la guerre de la 
succession et des cruelles conférences de Gertruiden- 
berg; mais que sont-elles^ grand Dieu > auprès do con- 
.^gççs <fô Cbâtillon! et quel n'est pas l'état désespéré du 
malheureux empire français et la situation de son plé- 
nipotentiaire unique , luttant seul contre toute la di- 
plomatie- victorieuse 4e l'Europe !... D& reste , on s'é- 
tonne, peu après cela de la haute et grande considération 
que le duc de Vicence a comme imposée à tous ces 
étrangers. Cela devait être, tant il montre de loyauté, 
i^jlévafion, de fr^nçhi^e^ en ua mot, tout ce <jui com- 
pose une belle ame. Sa correspondance respire çons- 
tamment \e t sujet fidèle, l'ami dévoué et surtout l'ex- 
cellent citoyen. S^ns centrer dans lé mérite de soft opi- 
nion personnelle, il est impossible de ne pas se sentir 
pénétré de vénération à une telle lecture. 



{»<*. tait) DE SA1NTE-HBLÈNE. S»t 

m'étant permis de lui dire à ce sujet qu'on avait 
remarque pourtant que Turenue n'avait point 
formé d'élèves, tandis que Coudé en avait laissé 
plusieurs fort distingues. «Par caprice du ha- 

* sard, a repris l'Empereur, c'est le contraire 
m qui eût dû arriver. Mais il. ne dépend pas tou- 
te jours des maîtres de faire, de bons écoliers; 
« encore faut-il que la nature s'y, prête : la se-t 
« mence doit rencontrer son terrain. » lia contw 
nue' sur Eugène, Marlborough, Vendôme, etc., 
sur le Grand-Frédéric, qu'il disait avpir été, 
sur toutes choses, tacticien par excellence, et 
avoir eu le secret de faire des soldats de vérita- 
bles machines. Ason sujet, il a dit : « Combien les 
« hommes parfois diffèrent de ce qu'ils s'annon- 
« cent ! Savent-ils bien toujours eux-mêmes ce 

* qu'ils sont? En voilà un, remarquait-il , qui » 
«au début, prend la fuite devant sa propre 
« victoire, et qui , tout le reste de sa carrière, se 
«npontite bien certainement le plus intrépide, 

* leplus tenace, le plus froid des hommes, etc.» 
Après dîner, l'Empereur, plein de son travail 

du jour, dont il suit depuis quelque teipps le 
sujet avec une espèce de plaisir et de satisfac- 
tion , a parlé jusqu'à près d'une heure du matipj. 



m MEMORIAL (H*, rtity 

traitant en maître, de la manière la plus iagé~ 
meuse, la plus forte et la plus lumineuse , une 
foulé d'objets de guerre. 

Il revenait sur la grande différence dé la 
guerre des anciens avec celle des modernes* 
« L'invention des armes à feu a tant change, 

* observait-il j cette grande découverte était, du 

* reste, tout à l'avantage des assailtans, bien que 
« jusqu'ici la plupart des modernes aient s<ra-< 
« tenu le contraire. La force corporelle des an- 
« ciens, observait-il encore, était en harmonie 
« avec leurs armes offensives et défensives*; les 
« nôtres au contraire, celles de nos jours sont 

'a tout-à-fait hors de notre sphère. » 

Si l'Empereur laisse après lui des idées sur 
ces objets, son opinion sera bien précieuse. Il 
Ta donnée ce soir sur la plupart des circons- 
tances militaires; il s'est élevé aux plus hantes 
idées, et est descendu dans les plus petite détails» 

Il disait que la guerre ne se composait que 
d'accidens, et que bien que tenu de se pliera 
des principes généraux , nn chef ne devait 
jamais perdre de vue tout ce qui pouvait le 
mettre à même de profiter de ces acocidens. 
Le vulgaire appellerait cela bonheur, et ce nu 



<**.**) DE SAINTE^HÈLENE. S»a 

ferait pourtant que k propriété du génie**.,. 

Il voulait que, dans l'état actuel, on donnât 
plus de consistance au troisième rang de Vin* 
firoterie, eu bien qu'on le supprimât, et il en 
développait le motif. ~. . 

Il voulait que l'infanterie, chargée par la 
cavalerie* tirât de fort loin sur elle, au lieu de 
l'attendre à bout portant comme on le fait au* 
jeurd'hui; et il en démontrait l'avantage....* 

Il disait que l'infanterie et la cavalerie, laissées 
i elles «mêmes, sans artillerie, ne devaient 
point ainener de résultat décisif; mais qu'avec 
de l'artillerie, et toutes choses d'ailleurs égales 4 
la cavalerie devait détruire l'infanterie; : et il 
développait très - lumineusement toutes ces 
choses, et une foule d'autres encore, . 

Il ajoutait que l'artillerie faisait aujourd'hui 
la véritable destinée des armées et des peuples ; 
qu'où se battait à coups de canon comme à coups 
de poing, et qu'en bataille comme à un siège , 
l'art consistait. à présent à faire converger un 
grand nombre <de feux sur un même point } que 
la mêlée une fois établie , celui qui avait IV 
dresse de faire arriver suintement et à l'insu de 
1 ennemi, sur un de ses points* une masse inopinée 



2»fr MÉMORIAL ' f *<*. rtit) 

d'artillerie; était sûr de remporter. Voilà quel 
avait été, disait -il, son grand secret et sa 
grande tactique. 

Du reste, concluait-il, il ne pouvait pas y 
avoir ce que dans sa pensée il concevait être une 
rentable armée,- sans une révolution dans les 
mœurs et l'éducation du soldat, peut -être 
même de l'officier. Il ne pouvait pas y en avoir 
avec nos fours , nos magasins , nos administra*» 
tions , nos voitures. Il n'y aurait d'armée que 
quand, à l'imitation des Romains, le soldat 
recevrait son blé, aurait des moulins à bras, 
cuirait son pain sur sa petite platine , etc. Il n'y 
aurait d'armée que quand on aurait mis en fuite 
toute notre effroyable administration paperas- 
sière , etc. , etc. 

à J'avais médité, disait-il, tous ces cbange- 
* mens j mais pour oser les mettre en pratique, 
<*il m'eût fallu une profonde paix : une armée 
« de guerre ne le permettait pas; elle se fût 
«révoltée, elle m'eût envoyé promener, etc. » 
' Puisque j'en suis à ce sujet , je vais réunir ici 
quelques notes éparses, recueillies à différens 
mstans sur le* innovations projetées par l'Bmw 
pereur, non -seulement sur Tarmée^ mais encore 



(Nar.rt*) DE SAINTE-HELENE. 2>t5 

sur Beaucoup d'autres objets essentiels à l'orga- 
làsatiou sttciaki- , 

i L'Empereur avait le projetai la paix [gêne- 
t&lpt noue t-$-*l dût {dus d'une fois, ; d'amener 
chaque puissance à une immense réduction des 
apuwps peimaBeiites. Ji >eût>iroulu que chaque 
sQuverâin.se bbniât>à sa seule gardcj, comme 
cadre du; testé de l'année à composer au ber 
mn. JL eût. voulu 1 $Ui sty^it été contraint de 
conserver %ne forte armée en temps de, paix* 
l'employer aux travaux publics, lui donner une 
organisation , une tenue et une manière de se 
nourrir tout à fait spéciale. On trouvera sfcns 
doute une partie de ces choses dans ses Mémoires^ 
je sais qu'il les a dictées en différent moment à 
plusieurs de ces messieurs. 

U avait éprouvé $ . (Usait-il , .. que. x la * plus 
grande gène dau5 ses plans deçÀQipagup et ses 
grande* expéditions , venait de :,la nourriture 
moderne des soldats, du blé qu'il feUait trouver, 
de la farine qu'il fallait obtenir jêa le faisant 
moudre, enfiii du pain qu'il felfeit paryeuir à 
faire cuire. Or , la méthode rompue,, qu'jj ^p 7 . 
prouvait fytt t et qu'il <?ùt f adopta eu tout pg 
eu partie , , #£t rewédié 4 tqu*; ces ifkcqjirémnh 



Stm MEMORIAL (feéi) 

m Àvee elle; disait l'Empereur, on allait au 

* bout du monde ; mais encore fallait-il eu 
«temps pour amener fi la transition^ c^-un kel 
<t régime : H ne pouvait àofêrèt ^at wél simple 

* ordre au jour. J'en avais uu Ja pensé; depuis 
a long-temps ; mats quelle qu'eût été ma puis* 
a sanee, je me fosse ti&n âœaé de garde de le 
« ooaBÉnander. Il nW point dé subordination! oii 
a crainte pour les estomacs r vides. - Ce 1 notait 
a qu'en temps de paix et à loisir q^ on #àt pu 

* y attifer insensiblement : je Faisais /obtenu 
a en créant des meenrs militaire* nouvelles. » * 
- L'Empereur eût constamment tenu à feite 
passer toute la nation par Tëpteuvede la conscrip- 
tion. ** Je suis intraitable sur les exemptions^ 
« disait- il un jour au Conseil d'État) : elles 
«sentent des ^crimes. Gomment charger^ sa 
« conscience d^ok^àit tue* l'un au d&l'imen* 
k de l'autre; Je ne sais même pas &i f exempt 
.« tefrai mon fila. *» S& dans une aufre ofcca^ 
iion il disait encore que la conscription est 
la racine (fterkèlfed'urte nation, réparation de 
ste m^al* k vëri«aWe instittttion de tèUtea<sas 
habitudes; etptnsv'la ïmt^ôn; ajoutaliMl, se 
trouvait de & sorte toute clafttée datas fcesv&i- 



<*•*.***) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2JT7 

tables intérêt» pour sa défense au deliors et 
son repos au dedans. « Organisée, maçonnée 

* delà sorte, disait-il, le peuple français eût 
« pu défier l'univers; il edt pu, et avec pins 
« de justesse* renouveler ce mot des fiers Gau<» 
« lois : Si ie Ciel venqit à tomber f nous le 

* soutiendrions de nos lances* » 

Dans son système et ses intentions, la cons- 
cription, loin 4e nuire i l'éducation, en fût de? 
vepee l'instrument, L'Empereur en serait aiv 
ïivé, disaii-il, à avoir dans chaque régiment 
mie école pour le commencement ou la contir 
imité des travaux dans tons, les genres , soit 
pour l'instri^ct ion, pour les arts libéraux,, ou 
pour les simples mécaniques. ' Et rien de plus 
« aisé que d'obtenir tout cela, remarquait^!;* 
« le principe nne foiaadopté, vous eussiez vu 
« chaque régiment tirer tout ce qui eût été neV 

* cessaire de ses rangs mimes : et quel bienfait 
« le diversement de tous ces jeûnes gens avec 
« leurs connaissances acquises, ji eussent-elles 
« été qu'élémentaires, avec les meeurs qui eu 
« dérivent nécessairement., n'aurait-il pas été 
«produire* dans lp masse (de la société ! etc.. »» 

Un jour, L'Empereur disait encore que h À 



5»8 MÉMORIAL (K«m**) 

eûtpeu da loisir , il y avait peu d'institutions 
sur lesquelles il n'eût porté la main; et il s'arr 
rêtait sur le fléau des procès, qu'il disait être 
une véritable lèpre , un vrai .cancer social* 
« Déjà mou code, disait- il, les avait singu* 
m * lièsement diminués , en mettant ïihe foule 1 de 
« causes à la portée de chacun; mais il restait 
« encore beaucoup à faire au législateur* ion • 
« qu'il dût se flatter d' empêcher les r homp}es 
« de quereller: ce devait être de tout temps; 
« mais il fallait empêcher un tiers de vivre des 
« querelles des deux autres; empêcher qu'il >les 
« excitât même, afin de mieux vivre encore» 
« J'aurais donc voulu établir , qu'il n'y: eût 
« d'avoués, ni d'avocats rétribués; que ceux 
è « qui gagneraient leurs causes. Par là , (|u^ de 
m querelles arrêtées l car il est bien évident 

* qu'il n'en fierait pas un seul qui , du pr£ito*er 
« examen d'une cause , ne la repodssât si >elle 
« lui semblait douteuse. On ne saurait crain- 
« dre qu'un homme, vivant de son. travail, 
« voulût s'en charger pour le seul plaisir de 

* bavarder; et même, dans ce tes encore,, U 
« travers ne serait nuisible qu'à lui seul* cJWais 

* avec les praticiens, observait l'Jfcipeitewvieâ 



<n«r. idi<) % DE SAINTE3Ï#LÈNE . tU9 

* choses les plus simples Se compliquent- tout 
« aussitôt; on me présenta'une foule d'objeo 
tc tions, une multitude d'inconvéniens, et moi. 
« qui n'avais pas de temps à perdre , j'ajournai 

* ma pensée. Mais encore aujourd'hui je reste 
« convaincu qu'elle est lumineuse, et qu'en la 

* creusant, la retournant; où la modifiant /on 

* pourrait eu tirer grand parti. » 

Puis venaient les curés, qu'il eût voulu rendre 
très-importans et fort utiles, « Plus ils sont 
«éclairés, disait-il, moins ils sont portes à 
« abuser de leur ministère, » Aussi , a leur 
cours de théologie , aurait-il voulu qu'on eut 
joiût un cours d'agriculture et les éleqaens de la 
médecine et du droit; « Par-U, disait-il, le 
« dogme et la controverse, qui ne sont que le 

* cheval de bataille et les armes dt^ sot et du 
« fanatique , fus&ent insensiblement devenus 
« plus rares dans la chaire j il ne serait plus 
#r guère demeure que la pure morale, toujours 
«.belle, toujours éloquente, toujours persua? 
« sive, toujours écoutée; et comme on aime 
«d'ordinaire à parler de ce qu'on sait, ces 
«ministres d'une religion toute de charité/ 
« eussent de préférence entretenu les paysans de 

7. f6 



250 MÉMORIAL (Ko* »8t6) 

* tau* culture t dtf leiqrs travaux, de leurs 

* champs; ils eussent pu 4°aner dq bons con- 
« seili contre la chicane , et de bons avis aux 
« malades : tous y eussent gagne. Alors les pas- 
u teup| eussent <£té vraiment une providence 
« pour leurs ouailles; et comnie on leur eût 
« coinposé un très-bel état , ils auraient joui 
« d'une grande considération : ils se seraient 
« fort respectés eux-mêmes, et l'eussent été de 
« tous. Ils n'auraient pas eu le pouvoir de la 

* seigneurie féodale) mais ils en auraient eu, 
fc sans danger, toute l'influence. Un curé eût été 
« le juge de paix naturel , le vrai chef moral 

* qui eût dirigé , conduit fo population sans 
« danger, parée qu'il était lui-même dépend- 
it da^t du Gouvernement qui le nommait et 

* le salariait. Si Ton joint à tout cela les 
« épreuves et le noviciat nécessaires pour le 

* devenir, qui garantissent en quelque sorte 
« la vocation, et supposent de belles disposi- 
« tiens de cœur et d'esp\'it, on est porté à pro- 

* nonoer qu'une telle composition de pasteurs , 
« au milieu àçs peuples, eût dû amener une 

* révolution morale tout à davantage de la civi- 

* lisation. » 



(Not. rfi?) DE SÀINTMELÈNE, 251 

Ceci me rappelle avoir entendu- l'Empereur, 
au Conseil d'Etat, déclamer contre le casuel des 
ministres du culte, et faite ressortir l'indé- 
cence de les mettre dans le cas de marchander, 
'disait-il , des objets sacrés, et pourtant indispen* 
sabjes* Il proposait donc de le détruire, ci En 

* rendant les actes de la religion gratuits, 
« observait-il, nous relevons sa dignité', sa 
« bienfaisance, sa charité; nous faisons beau*- 
« coup pour le petit peuple, et rien de plu$ 
te naturel et de plus simple que de remplacer ce 

* casuel par une imposition légale ; car tout 
te le monde naît, beaucoup se marient * et tous 

* meurent ; et voilà pourtant trois grands 
r objets d'agiotage religieux qui me répugnent 
« etquçje voudrais faire disparaître. Puisqu'ils 
a s'appliquent également à tous, pourquoi ne 
« pas les sotunettre i une imposition spéciale , 

* ou bien encore les noyer dans la masse des 
« impositions générales, etc. , etc. » Cette pro- 
position n'eut pas de suite. 

Il me revient aussi en ce moment Favoif 
encore entendu exprimer la proposition que 
tous les fonctionnaires et employés publics 9 
même les militaires , formassent d'eux «mêmes 



2$fc . ■ THËMORIAL (No*. i8»€) 

le fond* de luis pensions à venir., par une 
légère retenue de* leur salaire annuel : il y atta- 
chait beaucoup de prix. « De la sorte , disait-il , 
« l'avenir de chacun ne sera plus un objet de 
« sollicitation, une faveur; ce sera un droit, 
« une vraie propriété; ce qui lui aura été retenu 
« sera versé à la caisse d'amortissement chargée 
« de le faire valoir : ce sera son propre bien qu'il 
* suivra des yeux, et qu'il retirera , sans con- 
te testa tion, lors de sa retraite. » On lui objec- 
tait qu'il était des traitemens, ceux des mili- 
taires surtout, qui ne pourraient admettre de 
retenue, « Eh bien ! j y suppléerai , répliquait 
« l'Empereur , je les accroîtrai de toute ' la 
« retenue. — Mais à quoi bon alors, objectai t- 

* on encore , si l'on doit faire la même dépense , 
« il n'y aurait point d'économie ; où seraient 
m donc les avantages? — Les avantages, repli- 

* quait l'Empereur * seraient dans la différence 
je entre Je certain et l'incertain , entre le repos 
« du trésor , qui n'aurait plus à se mêler de ces 
« accidens, et la tranquillité des citoyens qui 
« posséderaient leur garantie, etc. , etc. » 

L'Empereur défendit cette idée avec beaucoup 
jje chaleur. Il y reyint plus d'une fois; elle 



(Ko*.***) DE SATOE-HÉLENE. îb» 

demeura néanmoins sans résultat,. J'ai déjà jdit 
l'avoir vu improviser souvent de la. sorte, ou 
faire .discuter, après" impression,, une foule 
d'autres projets qui ont éprouvé le même sort. 
Voici qui peut en fort peu de mots donner ym 
idée des travaux et de l'activité de son adminis- 
tration. « On a calculé que le Gouvernement 
«'de Napoléon, dans une espace de ^ ans ej 
« 5 mois , présente 61. mille 139 délibérations' 
« du Conseil d'Etat, sur des objets différons !... * 
( Histoire critique . et raisonnée , etc. f de 
Montrerait.) 

Enfin, j'ai entendu maintes fois Napoléon,; 
et en diverses circonstances , répéter qu'il eut 
voulu un institut européen, des prix euro-' 
péens pour animer , diriger et coordonner toutes • 
les associations savantes en Europe. 

11 eût voulu, pour toute l'Europe* l'unifor- 
mité des monnaies, des poids, des mesures y l'uni*.; 
formité de législation. « Pourquoi, disait-» il >" 
« mon Code Napoléon n'eût- il pas servi de base à 
« un Code européen, çt mon Université. impé- 
«. riale à une Université européenne? De la sorte, ' 
« nous n eussions. réel lementy en Europe, corn- 
* posé qu'une seule et même famille; Chacun, 



85* MÉMORIAL (Mm*»*) 

.« en voyageant, n'eût pas cessé de fie trouver 
# chez lui, etc. V 

Il est encore une foule d'autres idées pareilles; 
mais comme je n'oserais hasarder auetm ressou- 
venir des détails, je m'abstiens. 

Vendredi i5. 

I/Eirtf*near change de manière à nota* affecter. — Le 
Gôtnrènkenr nous environne de fortifications* — Ter* 
reura de Air Hud*>b Loire.-— Général Lamanjue. — 

. Madame Récatuier et au prince de Prnsse. 

Sur les trois heures, l'Empereur, «avec qui 
j'avais déjà déjeuné le matin , m'a fait appeler; 
Voulant prendre l'air, il a essayé de marcher 
dans le bois; mais l'air lui a parti trop vif. It 
s!esfe dirigé alors vers ie Grand -Maréchal, chez 
qui il est entré, et est demeuré asaes long-temps 
ae*s dans un fauteuil, oùil semblait coratiae ab- 
sorbe. Sa maigreur > là ternie de son visage, un 
affiaiblissement visible now ont frappés; nous 
en avions tons le cœur navré».* 

•fin traversant le boisit avait jeté les yeux sur 
le» fortifications dont oo nous, entoure $ il avait 
ri de pitié de tons ces trafbùx. On avait désho- 
noré nos alentours , disait-tf , en enlevant Tes- 



t*».i6i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 265 

pèec de gagera qui s'y trouvait* pour en faire de 
misérables revétèmens inutiles et ridicules. En 
effet * depuis près de deux mois , le Gouverneur 
ne cassé de remuer le terrain autour de nous: il 
creuse des fosses, élève des parapets, plante 
des palissades ; il nous a toufrà-fait cernés dans 
Longwood; il fait en ce moment de l'écurie une 
véritable redoute, sans qu'on puisse y cleviher 
aucun avantage en équivalent des sommes et 
des soins qu'elle aura coûtés; aussi ces travaux 
excitent-ils tour-à-tour la mauvaise humeur et 
le rire des soldats et des Chinois qui y sont em- 
ployés: ils- n'appellent plus Lotigtfood et son 
écurie que \tfort Huâson et le fort LôiPe; et 
l'Empereur est f evfcttti sur les frayeurs ridicules 
de sir tïudson LôWe, qu'oii notis à assuré se ré- 
veiller parfois eii sursaut pour rêver A de nou- 
veaux moyens de sûreté/ « Assurément, disait 
« l'Empereur, cela tient de, la Mie; et que M 
« dort-il à son aisé ? Qtae toe note laiase*t-il 
ce tranquilles ? Cômnleïlt a'a-t-il f>as l'esprit de 
« juger qùé la fôréë dêS localités, iri, est bien 
« supérieure encore â toutes séfc terreurs pdni- 
teques? -*> Sire, à WJJris quelqu'un, c'est 
« qu'il se souvient de Càptt , dû, avec deux mille 



2Ô6 MÉMORIAL i {*»,&*) 

« hommes, trente pièces de canon et perche 
« dans les nues, il fut enlevé par douze cents 

* Français que conduisait le brate Làmarqne 4 
« lequel ne put pénétrer jusqu'à lui qu'à l'aide 
« d'une triple escalade. — Eh bien , a observé 

* l'Empereur, sir LoWe se montre meilleur 1 
« geôlier que bon général. » 

La santé de mon fils , depuis quelque temps, 
me donnait les plus vives inquiétudes. Ses sôttf* 
fiances étaient tournées en palpitations vio- 
lentes qui amenaient des éyanouissemens \ elles 
le forçaient de se relever la nuit polir mar- 
cher ou prendre quelque position particulière. 

Le docteur O' Méara craignait d'entrevoir 
tous les symptômes d'un anévrisme et un péril 
imminent. J'ai fait prier le docteur militaire 
en chef Baxter, de venir se joindre au docteUr 
O' Méara pour une consultation à fond. Heu- 
reusement le résultat a pu me tranquilliser. Il 
était loin de présenter rien d'alarmant; 
, Dans les causeries du jour , l'Empereur est 
revenu encore à M me de Staël, sur laquelle il 
n'a rien dit de neuf. Seulement il a parlé cette 
fois dé nouvelles lettres vues par la police > et 



( Wqy, iM) DE SÀINTE^HELÉNE: * Î&Y 

dont M" Récamier et un prinfce dé.Pirusse fai- 
saient tous les frais. 

ft Ces lettres, disait l'Empereur, cohtenaient 
« la preuve noil équivoque de tout l'empire des 
« charmes de M** Recamier, et du haut prix 
« auquel le prince les élevait j car elles ne ren* 
« fermaient- rien moins que des offres. ou des 
« promesses dé mariage de sa part. » 

Et voici le nœud de cette affaire : La belle 
M m * Recamier > dtmt la bonne réputation a eu 
le taire privilège dé traverser sans injure nos 
temps difficiles, se trouvait auprès de M""* dé 
Staël > à laquelle elle s'était héroïquement de'-»- 
Youée', quand un des princes de Prusse , fait 
prisonnier à Eylau, et se rendant en Italie pat 
la permission de Napoléon, descendit au château 
de Côppet , avec l'intention de s'y reposer seule- 
ment quelques heures; mais il y fut retenu. tout 
l'été par les charmes qu'il y rencontra. Celle 
qui s'y était exilée auprès de son amie , et le 
jeune prince, se regardant tous deux comme 
des victimes de Napoléon , une haine com- 
mune commença peut-être leur intérêt mu»- 
tuel. Touche! d'une vive. pa$£ion, lé princev 
•malgré les obitacks que lui opposait son. rwg * 



258 MÉMORIAL {K*H*ié) 

conçut la pensée d'épouser l'amie de M Œ0 de 
Staël, et le confia à celle-ci, dont l'imagination 
poétique saisit avidement un projet qui pdutait 
répandre sur Coppet ud éclat romanesque. 
Bien que le prince fût rappelé à Berlin * l'ab- 
sence n'altéra point ses sentiment il n'en pour- 
suivit pas moins avec ardeur son projet favori ; 
mais, soit préjugé catholique contre le divorce, 
soit générosité naturelle, M mo Récàmier se re- 
fusa constamment à cette élévation inattendue. 

C'est à cette circonstance, du reste 4 qu'en 
doit le tableaU de Gorine> qui passe pour une 
des créations les plus drigiriàles du pinéeato. de 
Gérard: le priuce le lui ayant commandé pour 
en faii*e dommage à celle qui avait si profondé- 
ment occupé ses pehsées* . 

Mais puisque pë suis retenti a M m# de Staël, 
je dirai que la publication des voharâs précé- 
dera m'ayant valu la visite et tes observations 
lie quelques personnes qui lui sorit fort atta- 
chée j de sefc pluslntimes tn'om assuré qu'on lui 
tfrcît préré d*& expee*s«*a&> etatf^ltfâpGiéea, 
qui lui étaient ukfcoèulnetat étrangères, spéciale- 
ment celle àe Robespierre è ùhèÀd f quelle* 
pouvaient désavouer pou? elle eï* toute sûreté 



(NoY^itfr DE SÀINTE-HËLÈNE. 259 

de conscience , disaient-elles j bien pins, elle» 
ajoutaient que M™ de Staël se montrait parfois, 
dans la conversation privée, bien plus favora- 
ble que ne le témoignaient ses écrits, toujours 
aiguillonnes 5 il fallait en convenir, par les res- 
setttimens et le dépit «L'une de ces personnes 
me disait qu'il avait été vraiment précieux pour 
elle de lire, dans le Mémorial, que Napoléon, à 
Sainte -Hélène, avait comparé M™ de Staël 
tout à la fois à Àrmide et à Clorinde, parce 
qu'elle avait entendu M™ de Staël, au temps 
de son enthousiasme , comparer de son côté le 
jeune général de l'armée d'Italie tout à la fois 
àScipipn et à Tàncrèdëj alliant, disait^élle, 
les vertus simples dé l'un aux faits briïlàns de 
l'autre. 

Aprèé dîner, l'Empereur ayant fait Venir 
Racine, son fâvôii, il hous a lu les plus beaux 
moïceâuX dlphigénie , dé Mithridâte et de Ba-^ 
jàzet. « 'Bien 'que Racine ait accompli des chefs- 1 
« <Tœuv"re en eux-mêmes, a-t-il dit en finissant, 
« il y à répandu néanmoins une perpétuelle fa- 
it dfcùï, un éternel amour, et son ton doûcereu*, 
« son fastidieux entourage; mais ce n'était pas 
«précisément sa faute, ajoutait-il, c'était le 



260 MÉMORIAL (ft*.itift) 

* vice et les mœurs du temps. L'amour alors , 
« et plus tard encore, était toute l'affaire de la 
« vie de chacun. C'est toujours le lot des so- 
ft cietes ; oisives , observait-il. Pour nous , nous 
« en avons été brutalement détournés par la ré- 
« volution et, ses grandes affaires. » Chemin 
faisant, il avait condamné aussi tout le fameux 
plan de campagne de Mithtickte. « Il pouvait 
« être beau comme récit , disait-il ; mais il n'a- 
« vait point de sens comme conception. » 

Samedi 16. 

Les ministres anglais actuels; portraits. — Tous les 
t ministères* autant de léproseries 5 honorables excep- 
tions. -*- Sentimens de Napoléon pour ceux qui l'ont 
•er?i. 

. J'ai trouve' l'Empereur avec une espèce d'al- 
manach politique anglais qu'il s'amusait à feuil- 
leter. S'e'tant arrêté sur les membres du minis- 
tère anglais , qu'il passait en revue : « En con- 
te naissez -vous quelques - uns, m'a- 1- il dit? 
« Quelle était, de votre temps, l'opinion com- 
« mune à leur e'gard? — Sire, ai-je répondu , il 
« y a si long-temps que j'ai quitté l'Angleterre > 

* que tous ceux, à peu près, qui y jouent un 



( wàT. 1816} DE SAINTE-HEI.ENE. 261 

«rôle aujourd'hui, ne faisaient que commencer 
« alors; aucun n'était encore sur la première 

* ligne de la scène. » Alors , nommant lord 
Liverpool, il a dit : « Lord Liverpool est , dans 

* tout cela, à ce qu'il paraît, ce qu'il y a de 

* plus honnête. On m'en' a dit quelque bien-: il* 
« semble avoir de la tenue , de la décence ; car 
€< je ne me fâche point qu'on soit mon ennemi , 
« on a son métier à faire , son devoir à remplir; 
« mais j'ai lieu de m'indigner de mesures et de 
« formes ignobles. » A ce sujet, j'appris à l'Em- 
pereur que c'était de mon temps que le père de 
lorcl Liverpool, M. Jenkenson ? devenu plus 
tartl successivement lord^Hawkesbury et lord 
Liverpool, avait fait sa fortune politique. G'était 
un très-honnête homme , disait-on , ami particu- 
lier de Georges III , fort laborieux , et spécia- 
lement chargé des documens diplomatiques. 

L'Empereur est passe' ensuite à lord S. '. 

« C'était encore un homme assez honnête, m'a- 
<c t-on dit; mais de peu de capacité, une de ces 
ce braves ganaches qui concourent bonnement 
« au mal. — Sire, de mon temps, et sous le nom 
« à! Addington, il a été orateur dé la chambre des 
* communes à la satisfaction générale. C'était 



Î62 MEMORIAL (tf».i8t*) 

« I3 créature, diftit^^ de M^Pift. Ce ministre 
« passait même pour l'avoir pommé à sa propre; 
« pteœ, en la quittant , afin d'y rentrer plu§ 
« facilement quand cela Jui conviendrait* Ce 
« qu'il y a de certain, c'est que le public fut 
« grandement surpris de voir M. Addington 

* successeur de M. Pi U, tant on jugeait la chose 
« au-dessus de ses forces ; et plus tard un journal 
« de l'opposition parlant de lui, rappelait qu'un 

* philosophe, Locke je crois, avait dit que les 
« enfens n'étaient qu'une feuille de papier blanc 
« sur laquelle la.nature n'avait point encore écrit} 
« et à cela lé journal observait plaisamment 
« qu'en écrivant sur la feuille du docteur y c'était 
« le sobriquet donné à M. Addington , il fallait 
« convenir que cette bonne nature avait laissé 
? de furieuses marges. — Et ce mauvais dogue, 
« a repris l'Empereur, à la pâture duquel il 
« semble qu'on nous ait livrés , ce lard B. ...... , 

v « qu'ensuivez*- vous? ^- Absolument rien. Sire, 
« ni sur son origine , ni sur sa personne, ni sur 
% son caractère. — Eh bien ! à moi , il ne m'est 
« donné, a-t>il repris avec une espèce de chaleur, 
« de pouvoir le juger diici que d'après ses atjtefr 
« envers inoi. Or, k ce titre , je lç tiens pçuf te 



(Kar. 1S16) DE SAINTE-HÉLÈNE. 263 

* plus v..> le plus b.. , le plus t.... des hommes. 
a La brutalité de ses déterminations , la gros- 
ft sièreté de ses expressions, le choix infime de 
« son agent, m'autorisent à le prononcer ainsi. 
« On ne trouve pas aussi facilement un bourreau 
« tel que celui qu'il m'a envoyé, non on n'a pas 
« la main aussi heureuse ; il a fallu nécessaire- 
« ment le chercher, l'examiner, le juger, l'ins- 
« truirej et certes, en voilà assez ^ mes yeux, 
« pour, prononcer la condamnation morale de 
« quiconque peut descend*:? à dç tçl$ détails ; 

* par le bxts qu'il dirige Qft peut sapposeç 

* queJL doit être *P« cœ«r ! » 

J'avoue qHG, eéfont à Vjir*p»lsion .de «on 
naturel et des bienséances, jaiété tenté d'abord 
de supprimer ou d'adoucir les expressions qui 
précèdent) mais un scrupule n'a arrêté, et 
si la grande ombre, si grièvement blessée , 
me s**is-ije dit , planant en cçt instant au-dessus * 
de moi , venait à «te foire entendre : « Puidque 

* vous rem avisez, de me foire parler , conserve» 
c du mains xpet paroles; » et j'ai e'orU. Aussi 
bien, feutuil que justice m fespe. En jouissant 
des honneurs et du pouvoir, en s'astreint néces- 



it& MÉMORIAL' (M*.itoj 

saireipent à repondre dés charges. Â l'inculpé 
4 se justifier : s'il y réussit , tant mieux. ' 

L'Empereur étant passé à lord C*. •'..:.. .., il a 
dit : « C'est celui-là qui goi^verpe tout le reste , 
« et maîtrise jusqu'au prince même, à l'aide de 
te ses intrigues et de son audace. Fort d'une 
' « majorité qu'il a lui-même composée , il est 
« toujours prêt à s'escrimer au parlement , et 
« avec la dernifcfe impudeur contre la raison , 
« le droit, la justice, la vérité; nul mensonge 
« ne lui coûte, rien ne l'arrête, tout lui est 
<c égal ; il sait que les votes sont constamment 
« là pour tout applaudir et tout légitimer. Il 
« a entièrement sacrifié son pays , et le ravale 
« chaque jour en le conduisant au rebours de 
« sa politique, de ses doctrines, de ses intérêts j 
« il le livre tout à fait au continent. La posi- 

* tïon se fausse à chaque instant davantage. 
« Dieu sait comment on s'en tirera! 

* • « Lord C ;.. , a-t-il continué; est 'regardé, 

« en Angleterre même, m'a-t-on assuré, comme 
fc l'homme de l'immoralité. Il a débuté par une 
« apostasie politique, qui, bien que commune 
« dans «on pays, laisse néanmoins toujours une 

* tache indélébile. Il est entré dans la car? 



(Net. 1816) SAINTE-H ELÈNE. Î65 

« rièrn sous les bannières de la cause eu peu- 
ce pie , et il s'est fait l'homme du pouvoir et 
« de l'arbitraire. Si on lui fait justice, il doit 
« être exècre des Irlandais, ses compatriotes 9 
« qu'il a trahis , et des Anglais dont il a détruit 
« les libertés au ~ dedans , et les intérêts au- 
« dehors. 

« Il a eu l'impudence de produire au parlée 
« ment, comme faits authentiques , ce qu'il 
« savait très-bien avoir été falsifié , ce qu'il 
« avait peut-être fait falsifier lui-même ; et c'est 
« pourtant sur ces actes qu'on a prononcé le 
« détrônement de Murât. Il fait métier de se 
« mentir publiquement à lui - même chaque 
« jour en plein parlement , et dans des asserti* 
« blées publiques, en mettant dans ma bouché 
« des paroles et des projets propres à m'aliéner 
« ses compatriotes , bien qu'il sût qu'il n'en 
« était rien; et cet acte est d'autant plus bas, 
« qu'il me tient lui-même dans l'impuissance de 
« répondre. ^ 

« Lord C.^..... , élève de M. Pitt, dont il se 

« croit peut-être Tégal, n'en est tout ad plus 

m que le singé h il n'a eessé de poursuivre les 

« plans et les complots de son maître contre la 

7. 17 



266 MEMORIAL ( Nov. 1816) 

ce Franc*. Et ici, sa pertinacité, son obstina- 
« tion, ont été peut-être ses véritables et seules 
« qualités ; mais Fitt avait de grandes vues ; 
« chez lui l'intérêt de son pays marchait avant 
« toutj il avait du génie, il créait; et de son 
« île, comme point d'appui, ^1 gouvernait et 
« faisait agir à son gré les Rois du continent. 

« C au contraire, substituant l'intrigue à la 

« création, les subsides au génie, s'important 
« fort peu de son pays, n'a cessé d'employer le 
« crédit et l'influence de ces Rois du continent 
« pour asseoir et perpétuer son pouvoir dans 
« son île. Toutefois , et voici la marche des 
« choses d'ici bas, Pitt, avec tout son génie, 

m n'a, cessé d'échouer, et C , incapable, a 

« complètement réussi. O aveuglement de la 

, « fortune ! ! ! 

« C s'est montré tout-à-fait l'homme du 

« continent j maître de l'Europe, il a satisfait 
« tout le monde, et n'a oublié que son pays. Ses 
« actes blessaient tellement l'intérêt national, ils 
« étaient tellement au rebours des doctrines du 
« pays, ils portaient tellement le caractère de 
« l'inconséquence, qu'on ne comprend pas qu'une 



(Not. 1816) DE SAINTE-HELENE. 267 

« nation s^ge se soit laissée gouverner par un tel 
«fou!!! 

«Il prend pour base la légitimité,' dont il 

* prétend faire un dogme politique, lorsqu'elle 
« saperait dans ses fondemens le trône de son 

* propre maître; et néanmoins il reconnaît Ber- 
« nadote^ en opposition au légitime Gustave IV, 
« qui s'est immolé pour. 1! Angleterre. Il recon- 
« naît l'usurpateur Ferdinand VII, au détri- 
« ment de son vénérable père , Charles IV. 

, * « Il proclame , avec les alliés , comme une 
« autre base fondamentale, le rétablissement de 
« l'ancien ordre de choses, le redressement de 
« ce qu'ils appellent les torts , les injustices, les 
« déprédations passés , enfin le retour de la mo- 
« raie publique, et il sacrifie la république de 
m Venise , qu'il abandonne à l'Autriche ; celle de 
<t Gênes, dont il accommode le Piémont 3 il 
.« agrandit de la Pologne la Russie, son ennemie 
« naturelle ; il dépouille le Roi de Saxe en fa- 
ce veur de la Prusse , qui ne peut plus lui être de 
m secours aucun; il enlève la Norwège au Da- 
te nemarck , qui, plus indépendant de la Russie, 
« pourrait lui ouvrir la clef de la Baltique, 
« pour en enrichir la Suède, tombée, par la 



268 MÉMORIAL (Noy. 1816) 

« perte de la Finlande et des îles de la Baltique, 
« tout-à-fait sous la sujétion des Russes. Enfin, 
« en violation des premiers élemens de la poli- 
« tiqué générale, il néglige, dans sa situation 
« toute puissante, de ressusciter l'indépendance 
« de là Pologne, et par-là livre Constantinople, 
« expose toute l'Europe et prépare mille era- 
« barras à l'Angleterre. 

a Je ne dirai rien du monstrueux contre-sens 
« d'un ministre, le représentant de la nation 
« libre par excellence , qui remet l'Italie sous le 
« joug, y maintient l'Espagne; concourt de 
« tous ses efforts à river des fers sur tout le con- 
te tinerit. Penserait-il donc que la liberté n'est 
<c applicable qu'aux Anglais, et que le continent 
« n'est pas fait pour elle ! * Mais , dans ce cas 
<c même , il se trouverait en tort vis-à-vis de ses 
« propres compatriotes , qu'il prive chaque jour 
« de quelques-uns de leurs droits : c'est la sus- 
« pension de Vhabea$ corpus k tort et à travers j 
« c'est Valiêtl-bUl en vertu duquel , le croirait-on 

* Et yraîmérit plus tard, lord C....... a eu l'insolence 

de faire précisément cette déclaration en plein parle- 
ment et presque dans les mêmes paroles, au sujet de la 
constitution de Bade ou de la Bavière. 



(Kor. Kl*) DE SAINTE-HELENE. 269 

«bien , la femme d'un Anglais , si elle est étran- 
« gère, peut être chassée d'Angleterre sous le 
« bon plaisir du ministre ' 7 c'est l'espionnage et 
« la délation qiji'il répand à l'infini j eç sont des 
« agens provocateurs , création infernale , , ^ 
« laide desquels on est toujours sûr de trouver 
« des cojipabjes (et de multiplipr les victimes; 
« c'esf; une froide violence, un jpjug de fer cp*'il 
« fait pe$er sur des dépendances étrangères. * 
« JVon, lord Ç ? .. vv .. v nés t point le mi^isfred'uu 
« grand peuple libre, chargé d'imprimer le res- 
« peet au* nations étrangères; c'est un visir des 
« Rpis du contient, façopn^nt, a Leur jmstiga- 

* JPai appriy f*t l'Empereur , depuis mon départ , 
lisant les plaintes des îles Ioniennes , daus son in- 
dignation, énumérant de nouveau les actes des alliés , 
qui avaient tant et si long-temps professé, disait-il, 
la morale , la justice, l'indépendance des peuples, et ne 
s'en étaient pas moius gorgés à l'envi des débris du grand 
empire , né s'en étaient pas moins partagé les millions 
d'ames, il avait terminé disant : « Et ces gens là, hypo- 
« critemenjt, effrontémept , put osé me «déclarer, à la (ace 
« da monde, ayide, dp mauvaise foi, tyran! I ! » 

En apprenant le sort de l'infortuné Parga , il s'écria s 
« Parga ! Parga ! Gertes , voilà uà acte qui suffirait seul 
« pour balafrer nu homme et le marquer au front à 
« jamais. » 



270 MÉMORIAL (Noy. iBi*) 

« tion, ses compatriotes à l'esclavage; c'est le 
«chaînon, le conducteur à l'aide duquel se 
« déversent , sur le continent les trésors de la 
« Grande-Bretagne, et s'importent en Angle- 
« terre toutes les doctrines malfaisantes du 
« dehors. » 

«Il semble se montrer le partisan, l'obsé- 
« quieux associé de cette mystérieuse sainte 
« alliance , alliance universelle dont jç ne sau- 
« rais d'ici deviner ni le sens ni le but Y qui ne 
« peut présenter rien d'utile, ni faire augurer 
« rien de bon. Serait-elle dirigée contré les 
« Turcs? Mais ce serait alors aux Anglais à s'y 
« opposer. Serait-ce pour maintenir en effet 
« une paix générale? Mais c'est une chimère 
« dont ne sauraient être dupe des cabinets di- 
« plomatiques. Il ne saurait y avoir des alliances 
« que par oppositions et comme contrepoids. 
« On ne saurait être alliés entre tous'; alors, 
«ce. n'est plus rien. Je ne la comprendrais 
« que comme alliance des Rois contre les peu- 

«ples; mais alors, qu'a à faire lord C 

« là - dedans ? S'il en était ainsi , ne pour- 
« rait-il pas, ne devrait-il pas le payer cher 
« un jour?..,. 



(Not.iBiô) DE SAINTE-HÉLÈNE. 271 

«J'ai eu ce lord C en mon pouvoir, a 

* dit l'Empereur ; il était ofccupé à intriguer 
« à Châtillon, lorsque, dans un de nos succès 
« momentanés , mes troupes dépassèrent le con- 
« grès qui se trouva enveloppe'. Le premier mi- 
« nistre anglais se trouvait sans caractère pu- 
«blic, et demeurait en dehors du droit des 
« gens s* il* le sentit, et se montrait dans la plus 
«"affreuse anxiété de se trouver ainsi entre mes 
« mains. Je lui fis dire de se tranquilliser, qu'il 
« était libre : je le fis pour moi, non pour lui; 
« car , certes , je n'en attendais rien de bodl Ce- 
« pendant , à quelque temps de-là , sa reconnais- 
« sance se manifesta d'une manière toute parti- 
ce culière ; quand il me vit clioisir l'île d'Elbe , 
« il me fit proposer l'Angleterre pour asile, et 
« employa alors son éloquence , sa subtilité pour 
« m'y déterminer; mais, aujourd'hui, les offres 

« d'un C ont le droit de m'être suspectes; 

'« et nul doute qu'il ne méditât déjà en cela 
« l'horrible traitement qu'on exerce en cet ins- 
« tant sur ma personne ! 

« C'est un grand malheur pour le peuple an- 

'« glais, que son ministre dirigeant ait été traiter 

« lui-même en personne avec les souverains du 



272 MEMORIAL ( N<*. 1816) 

«continent : c'est une violation de l'esprit de 
u sa constitution. L'orgueil anglais na aperçu 
« alors que sou représentant allant dicter des 
« lois; jnais il a de q^ipi se repentir aujourd'hui» 
« mie F événement lui prouve qu'il n'a ëtë sti- 
« pule, au contraire, que des embarras, de la 
« déconsidération , des pertes, 

P II est de fait certain que lord C,....*.,, çût pu 
« tout obtenir; mais soit aveuglement, soit in- 
ce capacité» soit perfidie , il a tout sacrifie'. Assis 
a au banquet des Rois, il semble avoir rougi de 
« dicter la paix en marchand, et s'est avisé de 
« la traiter en monsieur. Son orgueil y a gagné; 
<* et il est à croire que ses intérêts n'y ont pas 
« perdu; son pays seul en a souffert, et en souf- 
« friya beaucoup et long-temps. 

« Et; les Rois du continent auçsi ont; à ex- 
« pjer peut - être la faute d'avoir mis en con- 
* tact personuel leurs ministres dirigçans. Ne 
« semble-t-U pa$ çn être résulté qije tous ces 
« premiers ministres se sont créés, cqntre leurs 
« propres maîtres , unq espèce de souveraineté 
« secondaire; qu'ils se ljt sont garantie réçipro- 
« querçient,et l'ont accompagnée, est-on auto- 
« risé à croire , de véritables subsides fournis 



(Wot.i*i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 273 

« de l'aVeu n^êmç de leurs maîtres. Voici corn- 
et ment l'on conçoit que }a chose peut très-bien 
* s'être arrangée, rien de plus simple, ni déplu* 
« ingénieux à la fois ; en fi^ajxt le budjet secret 
a dans un endroit, ou fera arrêter qu'un tel, sur 
« le confinent, a été fort utile, qu'il peu$ l'être 
« encore , et qu'il faut savoir le reconnaître. 
« Celui-ci à son tour aura soin de démontrer 
« chez lui , qu'un autre, au loin, a rendu de 
« grands services , qu'il a été même jusqu'à 
u compromettre ses intérêts, et qu'il faut lui en 
« tenir compte. Ce sont des arrangemenp de la 
« $orte , sans doute, qui ont fait dire à un grand 
* personnage à Vienne , dans un moment de 
« dépit : Un tel mç coûte les yeux de h téte : 
« Nul doute que ces ignobles transactions, ces 
« honteuse^ menées , ne soient publiques un 
« jour. ÀJçrq pu connaîtra f es énormes fortu- 
it nés léguée? ou mangées; de nouvelles lettres 
« fiç B^rjllon lps consacreront avec le temps , 
« çuii$ çjjes ne cjécouvrirpnt riefl , ne flétriront 
« aqcux\ ç^ractçrç, p?rçp q^e les çoptemporains 
fç »uronf pri§ U% àçww. j> 

Aprft çfitje yigour^^e e$lpuguç sortie, daiis 
laquelle je voyais Nçpplépn , pour la première 



J 



27» MEMORIAL (*©* 1816 > 

fois peut-être, s'exprimer dans l'intimité, avec 
tant de chaleur et d'amertume contre ceux 
dont il avait personnellement à se plaindre , il 
a gardé le silence quelques instans , puis il a 

repris : « Et ce C •.. a eu Fart de s'appuyer 

« tout à fait de lord W ( lequel l'Em- 

« pereur trouvait en ce moment parmi les mem- 

« bres du ministère. ) W , a-t-il dit, est 

« devenu sa créature ! Quoi , le moderne Mari- 
er borough se traîner à la suite" d'un C ! 

« Atteler ses victoires aux turpitudes d'un 
«saltimbanque politique! '. Cela se conçoit-il? 

« Comment W • ne s'indigne J t - il pas 

tf qu'on puisse en concevoir la pensée ! Son ame 
m ne serait -elle donc pas à la hauteur de ses 
« succès?...... ». 

J'ai pu remarquer qu'en général, il répugnait 
à l'Empereur de mentionner lord W......... Il 

évitait d'ordinaire , lorsque l'occasion s'en pré- 
sentait, de laisser connaître son jugement. Sans 
doute il se sentait gauche à ravaler publique- 
ment celui sous lequel il avait succombé. Tou* 
tefois, ici, il s'est abandonné sans mesure, et a 
livré sa pensée tout entière. Le .sentiment de 
toutes les indignités dont on se plaît à l'abreu- 



(No*.t8i6) DE SAÎNTE-HELENE. 275 

ver agissait sans doute en ce moment (fans toute 
sa force. Je ne l'avais jamais vu, lui d'ordi- 
naire si impassible, si calme au sujet de ceux 
qui lui ont fait le plus de mal, s'exprimer avec 
autant de chaleur : ses gestes, son accent, ses 
traits, s'étaient élevés de l'amertume à l'impré- 
cation; j'en e'tais ému moi-même-. 

« On m'assura, a-t-il dit, que c'est par lui 
« que je suis ici, et je le crois. * C'est digne, du 
« reste, de celui qui, au mépris d'une capitu- 
le lation solennelle, à laissé périr Ney, avec le- 
« quel il s'était vu souvent sur le champ de 
« bataille ! Il est sûr que pour moi je lui ai fait 
« passer un mauvais quart d'heure. C'est d'ordi- 
« naire un titre pour les grandes âmes ; la sienne 
« ne l'a pas senti. Ma chute et le sort qu'on me 
« réservait lui ménageaient une gloire bien su- 
ce périeure encore à toutes ses victoires , et il ne 
« s'en est pas douté. Ah ! qu'iLdoit un beau 
« cierge au vieux Blucher : sans celui-là je ne 
« sais pas où serait Sa Grâce, ainsi qu'ils l'ap- 
« pellent; mais moi , bien sûrement , je ne serais 
« pas ici. Ses troupes ont été admirables, ses 

* Cette idée de Napoléon , s'est reproduite dans les 
dernières ligues qu'il a tracées. 



276 MÉMORIAL (Hot.iS*) 

« dispositions, à lui, pitoyables, ou pour mieux 
« dire il p'en ? fait aucune, fl s'était mis cfans 
« l'impossibilité d'en faire p et t chose bizarre, 
« c'est ce qui a fini par le sauver. S'il eût pu 
« commencer sa retraite il était perdu... Il est 
« demeure maître du champ de bataille , c'est 
« certain; mais lWti-il dû à ses combinaisons? 
« Il a recueilli Jes fruits d'une victoire prodi- 
« gieuse; mais sou génie l'avait-il préparée?... 
« Sa gloire est toute négative, ses fautes sont im- 
« menses. Lui , généralissime européen , chargé 
« d'aussi grands intérêts , ayant en front un 
« ennemi aussi prompt, aussi hardi que moi» 
« laisser ses troupes éparses, dormir dans une 
« capitale , se laisser surprendre. Et ce que 
« peut la fatalité quand elle s'en mêle ! En trois 
« jpurs j'ai vu trois fois les destins de la France, 
« celui du iqoqde échapper a mes combinaisons. 

« D'^borfi, sans la tr^hisop d'un général, qui 
« sort de nos rangs poijf aller avertir l'ennemi, 
« je dispersais et détruisais toutes ces bandes, 
« sans qu'elles eussent pu se réuqjr en corps 
« d armée. 

« Puis, sur ma gapehe, sans les héâtatiens 



(Wot.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 277 

« inaccoutumées de Ney , aux Quatre-Bras, j a- 
« néantissais toute Tannée anglaise. 

ce Enfin , Sut ma droite, les manœuvres 
« inouïes de Grduchi* au lieu de me garantir 
« une victoire certaine , ont consomme ma 
« perte et précipite lé Ftafaee dans lé gouffre. 
« Non, a-t-il repris encore, W....;. n'a qu'un 
ce talent spécial : Berthier avait bien le sien! Il 
« y excelle peut-être^ mais il n'a point de créa- 
« tion; la fortune a plus fait pour lui qu'il n'a 
« fait pour elle. Quelle différence avec ce Mari- 
ée bordugh* désormais son émule et son paral- 
« lèle. Marlborough, tout en gagnant des ba- 
il tailles, maniait les cabinets et subjuguait les 

« hommes. Pour W * , il n'a su que se 

« mettre à la suite des vues et des plans de 

« C Aussi, M nt de Staël avait elle 

« dit de lui, que hors de ses batailles il n'avait 
« pas deux idées. Les salons de Parte, d'un goûf 
« si fin, si délicat, si juste, ont prononcé tout 
et d'abord qu'elle avait raison, et le plénipo- 
« tentiaire français à Vienne l'a consacré. Ses 
* victoires, leur résultat, leur iilflùénce haus- 
« seront encore danfc l'histoire ; mais son nom 
« baissera^ même de son vivant...., etc., etc. » 



278 MÉMORIAL ( Mot. i»i6) 

Puis ] revenant aux ministères en général , 
aux ministères collectifs surtout , à toutes les 
• intrigues, à toutes les grande^ et petites pas- 
sions qui agitent ceux qui les composent!, l'Em- 
pereur a dit : « Mon cher, c'est qu'après tout, 
« ce sont autant de léproseries. Nul n'y échappe 
« à la contagion. On peut y aspirer vertueux , 
te qu'on n'en sort jamais sans y avoir laissé sa 
« pureté. Je n'en excepterais que deux peut- 
« être , le mien et celui des États-Unis d'Amé- 
« rique : le mien , parce que mes ministres n'é- 
4 taient que mes hommes d'affaires, et que je 
« demeure seul responsable j celui des États- 
« Unis, parce que les ministres n'y sont que 
« les gens de l'opinion, toujours droite, tou- 
« jours surveillante , toujours sévère. » Et il a 
conclu par cette fin remarquable : 

« Je ne crois pas qu'aucun souverain se soit 
« jamais mieux entouré que j'avais fini par 
« l'être. Quel cri eût pu , avec justice , s'élever 
« à cet égard? Et si l'on ne m'en a pas tenu 
« compte , c'est qu'il n'est que trop souvent de 
« mode parmi nous de fronder sans cesse. * Et 
il s'est mis à passer en revue sur ses doigts les 
différens ministres: 



(Not.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 279 

« Mes grands dignitaires , disait- il , Camba- 
w cérès et Lebrun, deux personnes très-distin- 
« gue'es et tout à fait bienveillantes. ^ 

« Bassano et Caulaincourt , deux hommes 
« de cœur et de droiture; Mole , ceieau nom 
« de la magistrature, caractère appelé' probable- 
« ment à jouer un rôle dans les ministères futurs, 
ce Montalivet, si honnête homme; Decrès, 
« d'une administration si pure et si rigoureuse ; 
« Gaudin $ d'un travail si simple et si sÛ£,Mol- 
« lien, de tant de perspicacité' et de prompti- 
« tude ; et tous mes conseillers d'Etat, si sages , 
« si bons travailleurs! Tous ces noms demeu- 
« rent inséparables du mien. Quel pays, quelle 
« époque présenta jamais un 1 ensemble mieux 
« compose, plus moral! Heureuse la nation qui 
« possède de tels instrumens , et sait les mettre 
« à profit! Bien que je ne fusse pas louan- 
te geur de mon naturel , et que mon approbation 
« fut en ge'ne'ral purement négative , je n'en 
« étais p as moins éclaire' sur ceux qui servaient 
« bien, et qui ont des titres à ma reconnais- 
« sance. Le nombre en est immense, et les plus 
« modestes ne sont pas les moins me rit an s. Aussi 
« ne m'arriverait-iï pas d'essayer de les nom- 



280 MÉMORIAL («or. ie,6) 

« mer, tant serait senti le tort de se voir oublié, 
« et pourrait sembler ingrat de ma part !.. etc. * 

Dimanche 17. 

Retour sar les généraux, de l'armée d'Italie. — Le père 
d'an de ses aides-de-camp. — Ordures de Paris. — 
Roman abominable. *— - Sur les joueurs. — Famille 
La Rochefoucaulé, etc. 

L'Empereur était souffrant et n'avait tu per- 
sonne de tout le jour ; le soif il m'a fait appeler. 
Je me montrais fort inquiet sur sa santé; mais il 
m'a dit être plus mal disposé d'esprit que souf- 
frant de corps , et il s'est mis à causer, parcou- 
rant un grand nombre d'objets qui l'ont remis. 

Il s'est trouvé passer en revue de nouveau les 
généraux de l'armée d'Italie ; il est revenu sur 
leur caractère , a cité des anecdotes qui les 
concernent ; a parlé de l'avidité de l'un, de la 
forfanterie d'un autre , des sottises d'un troi- 
sième , des dépradations de plusieurs, des 
bonne? qualités d'autres, et des grands et vrais 
services qu'en général ils ont tous rendus. Il 
s'est arrêté sur un de ceux qu'il y avait le 
plus aimé ; sur sa défection, l'Empereur disait 
en avoir eu le cœur navré, et terminait en re- 



(«Bniéit) DE SAINTE-I4ÉLEPŒ. 28 i 

manquant que pour ce cpl'il connaissait de lui , 
il devait étiré parfois bien malheureux. « Jamais, 
« observait-il, défection n'avait été plus avouée, 
« ni plu* ffcnfeste; elle se tïôUve consignée dans 
« le Mônitèùi-, et de sa propre main; elle a été 
« la causé immédiate dé nos ïnalheurs , le tom- 
« beau de ftdtre puïfcsattcé, le nuage de notre 
« gloire , etc.... Et pourtant, disait*il, avec 
ic une éipècé tie ressouvenir d'afïection , je le 

* répète parce que je lé péhse, ses sentiméns 
« vaudront mieux que sa réputation; son cœur 
« l'emporte sur sa conduite; et lui-même, a 
« continué •l'Empereiir , hé semble -t-il pas 

* penser ainsi : lés papiers nôUs disent qu'en 
ce sollicitant vainement pour Lavalettè , il 
« répond a^ec effusion aux difficultés du 
« Mbnârtjue , en lui disant : Atab, Sire , ntàijâ 
m voué ai donné plus que la vièl D'autres nous 
u oùt livré aUs6i, disait l'Empereur, et d'une 
« manière bien autrement Vilaine encore ; mais 

* leur atte dta moins fc'éfct pas consacré pat des 
« pièce* oïfiéieîlés comblé cèlûï-fci. fc 

De là, l'Empereur,, ïfeVenàttt en arrière, 
disait l'avoit êlévé cotaiUié uti pèïé eût pu le faire 
de son fils. Il t'avait pu entrer dans le corps 
7. 18 



282 MEMORIAL (Not..8»6) 

4 

royal de l'artillerie, et avait dû s'attacher à un 
régiment provincial. « Neveu, disait TEmpe- 
« reur, d'un de mes camarades à Brienne et 
« au régiment de La Fère, qui me le recommanda 
« çn partant pour l'émigration; cette circons- 
« tance m'avait mis dans le cas de lui servir 
« d'oncle et de père, ce que j'avais réellement 
« accompli; j'y .pris un véritable intérêt; et 
ce j'avais de bonne heure fait sa fortune.* Son 
ce père était chevalier de Saint-Louis, proptié- 
ce taire de. forges # en Bourgogne , et jouissait 
ce d'une fortune considérable, » 

„ Nagoléon racontait qu'en 1 79A, revenant de 
l'armée de Nice àParis, le fchâteau du père se trou- 
vait près de sa route j il s'y arrêta et y fut magni- 
fiquement traité , commençant déj& à avoir une 
certaine réputation. Ce père -, du propre dire du 
fils , était un véritable avare ; mais il avait à 
cœur de bien traiter son hôte, qui avait eu tant 
de bontés pour son fils , et il le fit à la façon fas- 
tueuse des avares : il voulait qu'on jetât tout par 
les fenêtres j on était en juillet ou août, et il or- 
donna dans toutes les chambres des feux à étouf- 
fer. « Ce tfait, terminait Napoléon, eût été 
« recueilli par BJôlière, etc., -etc. » 



(N<m 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE, 283 

Plus tard , l'Empereur , parlant des moeurs 
de Paris, et de l'ensemble de son immense po- 
pulation , énumérait toutes les abominations 
inévitables, disait-il, d'une grande capitale , où 
la perversité naturelle et la somme de tous les 
vices se trouvaient aiguillonnées à chaque ins- 
tant par le besoin, la passion, l'esprit et toutes 
les facilités du mélange et de la confusion ; et il 
répétait souvent que toutes les capitales étaient 
autant de Babylohe. Il a cité quelques détails 
du plus sale et du plus hideux libertinage: il a 
dit qu'étant Etapereur, il s'était fait représen- 
ter et avait parcouru le livre le plus abomina*- 
ble qu'ait enfanté l'imagination la plus dépra- 
vée : c'était un roman, qui, au temps de la Con- 
vention même, avait révolté, disait-il, la mo- 
rale publique au point de faire enfermer son 
auteur, qiiî l'était demeuré toujours depuis, et 
qu'il a dit croire. vivre encore. Son nom m'est 
échappé. C'est la première fois que j'entendais 
citer? cette production. 

L'Empereur avait essayé, autant que les cir- 
constances le lui avaient permis, de réprimer 
quelques-unes de ces ordures, disait -il; mais il 
ne s'était pas senti le courage de descendre aux 



28» MÉMORIAL (Ne*. i8i6) 

détails de quelques autres* Il avait, par exem- 
ple interdit le jeu masqué, et avait Voulu même 
défendre toutes les maisons de jeu ; maïs quand 
il avait voulu faire traiter la chose à fond de- 
vant lui , il s'était trouve' que c'était une très- 
grande question. Et comme je lui racontais à ce 
sujet que la police nous avait interdit de jouer en* 
. tre nous , dans une des premières maisons du fau- 
bourg S t. -Germain , il ne concevait pas , disait-il , 
une telle vexation : elle s'était pourtant exercée 
en son nom, de la part de Fouché,l'assurais-je. 
« Cela pouvait être , répliquait - il , mais je 
« ne l'ignorais pas moins ; et croyefc qu'il en 
« «tait ainsi de tous les détails de la police 
« haute, moyenne et basse, » Il m'a alors ques- 
tionné sur le jftu dont je venais de lui parler, 

sa nature, 60H étendue, etc. , ete 

Et comme je disais toujours nùus, il m'a in- 
terrompu me disant : « Mais, est-ce que vous 
« étiea spécialement de cette partie? Auriez- 
* vous été joueur ? -— Hélas 1 «oui* Siirc, très- 
ce malheureusement j A la vérité , par quintes 
« et à de longs intervalles'; mais toutes les fois 
« que l'accès me reprenait , c'était alors jusqu'à 
<t indigestion. — Que je suis content de ne Ta- 



(Noy.»*,6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 285 

« voir pas su dans le temps , vous eussiez e'té 
« perdu dans mou esprit, vous n'eussiez jamais 
-c< rien fait. Cela me prouve que nous nous con- 
« naissions en effet bien peu, et que vous ne 
« causiez encore d'ombrage à personne ; car il 
« n'eûtpas manque' d'amescliaxitables autour de 
« moi pour m'ta* instruire. On connaissait toute 
« ma prévention contre les jQuewr&i ils étaient 
« aussitôt perdus dans ma oonfiançe. Je n'avais 
« P$s le loisir dç vérifier si j'avais tort ou rai- 
« soja; mais je i*e comptais plus sur eux. » 

Le faubourg Saint-Germain a conduit à pas- 
ser eu revue les premiers noms de la capitale. 
L'Emperepr s'est arrêté sur celui de La Roche- 
foucault , et sur divers membres de sa famille > 
sur la dame d'bqimeur de l'Impératrice «José- 
plûne; son mari* qur'U avait fait ambassadeur 
^ Vienne et en Hollande } son frère, le législa- 
teur j Isur père , M. de liancourt % qu'il estimait 
et considérait; j enfin,, sur la fille , qu'il avait fait 
épouser au prince Aldobraqdini , frère du prince 
Bofghèse. U a répété qu'il avait eu un moment 
la pensée de la donner pour feiumç à Ferdi- 
nand VU. De-là il a nommé un autre M. de La 
Rocbefoucault, mort en prison au commence- 



286 MÉMORIAL (Not.is**) 

ment de son règne, me demandant ce qu'il était 
à ceux-là. Je n'ai pu le lui dire; je ne connais- 
sais ni la personne ni la circonstance que men- 
tionnait' l'Empereur . 

« C'était l'auteur, m'a-t-il dit, d'une conspi- 
« ration de plus contre ma personne, dont je ne 
« vous ai point parlé encore : elle ne me revient 
« à l'esprit qu'en cet instant* 

« Ce M. de La Rochefoucault organisait à 
« Paris, dans l'intérêt du Roi, encore alors à 
c< Mittau, une conspiration dont le premier 
« coup devait être la mort du chef du Gouver- 
ne nement. Ce monsieur de La Rochefoucault a 
« fini en prison, après quatre ou cinq ans de 
•c détention. Quelqu'un ayant procuré les fils de 
« cette affaire , un affidé de la police entra dans 
* « la conspiration pour en devenir un des agens 
« les plus actifs. Celui-ci fut prendre ses lettres* 
« de créance dans un château en Lorraine , au- 
«près d'un vieux gentilhomme qui avait tenu' 
« un rang distingué dans l'armée de Condé, et 
« devait son retour à l'amnistie du * Premier 
« Consul. C'était lui qui était charge" d'accre'- 
« diter et de procurer les moyens de parvenir 
« jusqu'à Louis XVIII, à Mittau. Ce bon et 



(WoT.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2&r 

« brave gentilhomme , il faut lui rendre justice, 
« disait l'Empereur, ne s'y prêta qu'avec beau- 
« coup de peine et une extrême répugnaftcé. Il 
« était désormais bien. tard, observait-il, pour 
« revenir à de pareilles entreprises...;, la France 
« commençait à goûter du repos.,.,. Et il pro- 
ie testait surtout de son eloignement absolu à 
« voir courir le moindre danger au Premier 
« Consul , devenu désormais pour lui , disait-il , 
« un homme extraordinaire et sacré, etc., etc. 
« Après avoir vu plusieurs fois Louis XVIII à 
«Mittau, l'agent revint connaissant tout; on 
« arrêta M. de La Rochefoucault et sa bande; et 
« s'ils savaient à qui ils le durent!... etc, » l 

Lundi 18 et Mardi 19. 

Foniatowski , le vrai Roi de Pologne. — Traite caracté- . 
ristiques sur Napoléon. —Dires épars ; notes perdues. 

Tïqus parlions de la Pologne ébranlée à la voix 
de l'Empereur; des Rois auxquels nous l'avions 
cru destinée : chacun nommait le sien. L'Empe- 
reur , qui avait gardé le silence, l'a interrompu 
en disant : « Le vrai Roi de Pologne, c'était 
« Poniatowski : il eu réunissait tous les titres, 
« il en avait tous les talens. » Et il s'est tu. 



288 MEMORIAL (Ko?. iSi6) 

Da»s Vfy «tfjrç promeut , l'Empereur riait 
de rimpjWtWQe. fu'p^ îvwt toi&ft i elfece* ses 
eq^l^jod^s ou son chiffre sur lfis. monumens 
qu'il av^it, çré&., * 0& & pu,, diwifrU , avoir eu 
* 1& petitesse 4s lest çnleyçj: aux Wgwk du, yuI- 
« gai?e; mais on De saurait les effacer des pages 
«, de l'histoire, ui du, sentiment des, coup ^seurs 
« çt de$ artistes.. J'ai agi différemment;, ajoutait- 
« |-il„ j'ai respecté. to«s t 1rs vestiges royaux que 
ce j'çji trouva encore > j'ai même fe,it rétablir 
« <fcs flenv-s dp ly& ou autt*^emMsw^*qMw4 
«, l^ordjçec^çoiiQlpgiQue tetâ«lwntt'»etç,.» 

^ççl^cyelq^yAs^^^ 
prince Lupieu i>wjfc WWtrji prâpfi&Mftt les 
mêmes sentimçrts. Loge an Pajais-Ro yal , où 
l'Empereur Pavait place à son arrivée en 4 81 5 , 
etftappéy ç» montait te betescôKer, dtt groupe 
de fleur» de lys qui tapissent la muraille , il dit 
à. l'officier de l'Empereur, eu service, aijprès de 
lui : « Nous ôteroo^r bientôt tout cela, n'est-ce 
« pp&?t -r-. Pourquoi , Monseigneur?— Mais , 
ce, parce quece» sont les insignes 4** l^nneiui — 
« Eh bien! Monsei^ne*u ^pauvquoi ne demeure* 
ce raieufrelles/pa&BOS trophée»?— Et, vous avez 
ce bien raison, repKcpa-t-il vivemeat; car ce sont 



( Mot. 1816* DE SAINTE-HELENE. 289 

« aupsi mes. principes et ma manière de voir. » 
Aujourd'hui j'ai eu peu à recueillir de 1 ? Em- 
pereur , e{ maU*eureusewen£ bientôt je n attirai 
plu? 4 l'entendre. Je vais remplir ce vide et 
celui du jour suivant, ea insérant tel hien 
des objets que je trouve indiques par des notes 
v qpwsea sut? la eouyestare même de mon jour- . 
nak d'habitude: j'y inscrivais de la sorte ce que 
je «t'apercevais avoir oublié de mettre en son 
Mw.» comme aussi d'anciens souvenirs quand 
ils me revenaient^ ou bien encore des points dé- 
licats que la prudence et ^circonspection com- 
mandaient à notre état de captivité; enfin, il s'y 
trouvera même des choses apprises plus tard , de 
&ou*ce$ incontestables. 

Beaucoup dfe oest articles n'ont point de liai- 
son entre eux ; mais ils. concourent tous au but 
constant de ce recueil, soit qu'Us démentent les 
çouteuip mensongères sous lesquelles , dans le 
temps* o» nous peignait Napoléon, soit qu'ils 
fapsemt ressortir , au contraire , les véritables 
nnOTÇQS; de son caractère. Puisse la lecture du 
"WmorÀal y portée ceux. qui. Font approché à 
contrer de. leux côté ce qu'ils en savent ou %e 
qu'ils en ont entendu, de lui-même. / 



>290 MEMORIAL ' (Hot.i8i6> 

— Il n'était jadis bruit que de la grande bru- 
talité et de l'extrême violence de l'Empereur 
envers tout son entourage : or , il est reconnu à 
présent, que tout ce qui le servait, dans son plus: 
petit intérieur , l'adorait précisément à cause de 
sa bonté et de l'excellence de son cœur. Quant 
à son atmosphère extérieur? je tiens, depuis 
mon retour en Europe, de quelqu'un du plus 
haut rang, dont le nom seul suffirait pour com- 
mander la croyance , par la considération dont 
il jouit, et que ses fonctions attachaient cons- 
tamment à la personne de l'Empereur , soit dans 
ses expéditions de guerre, soit dans le séjour 
de ses palais , qu'il ne l'a jamais vu qu'une 
seule fois s'emporter au point de frapper : c'é- 
tait un de ses palf renier s, qui, lors de la re- 
traite de Saint-Jean-d'Acre, se refusait à don- 
ner son chçval pour le transport des malades; 
lorsque lui, général eto chef , avait livré le sien, 
et forcé, tout son état-major à en faire autant. Et 
encore, me disait-on, il était aisé d'apercevoir 
dans cet acte bien plus de politique que d'im- 
pulsion naturelle ; la chose se passant devant 
des soldats découragés, auxquels il fallait prou- 
ver le vif intérêt qiion leur portait. : .. \\ 



(NjT. isi6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 291 

— 11 était habituel de re'pe'ter que Napoléon était 
des plus désobligeant à sa Cour, ainsi que pour 
ceux de son service ; qu'il n'avait jamais rien de 
gracieux ou d'aimable à dire à personne, O17 
voici ce qu'entre autres choses, j'ai moi-même 
entendu.: I/Empereur, à son arrivée de la dé- 
sastreuse campagne dé Leipsick , reçût , à une 
heure inusitée , .les officiers de sa maison; il se 
présenta à nbus avec un air de tristesse. Arrivé ^ 
à M. de Beauveau, je crois, lequel était à mon 
côté , et dont le fils, encore enfant, était parti 
pour cette campagne, dans les gardes d'hon- 
neur ou autrement, Napoléon lui dit : « Votre 
« fils s'est conduit à merveille; il a fait hon- 
« neur à son nom; il est blessé, mais ce n'est 
« rien. Toutefois il pourra se vanter avec or- 
« gùeil d'avoir vu couler son sang de bonne 
* heure pour la patrie. » 

A la même époque, à un de ses levers , après 
avoir donné* quelques ordres à mon voisin,' le 
général Gérard, 'dont la réputation commen- 
çait à attirer tout à fait l'attention, il termina 
par quelques phrases évidemment bienveillan- 
tes, mais au fait assez obscures; et après avoir 
fait quelques pas' pour continuer sa tournée, il 



292 MÉMORIAL (H<wr.ui6) 

revint tout 4 CQ*p au général Qémè , r ayant lu 
apparemnent sw sa* figure, qi*'il m ¥ avait pas 
compris •» pwnwçaxtt dtstincte«*ent cettp fois : 

* Jfe dtgrô <çi« ci, i'a^aift bon, nombre de gens 

* eommt vou$ | je croisai» nos pertes réparées, 
« Qt nie coqgidérwais» coraim au-<ie$su&dç nies 
« affeires, » 

■*- C'est à la même époque que j'ai va quel 
pouvait être l'ascemdant moral de l'Empereur 
sur certains esprits ^ et l'espèce de culte qu'on 
pouvait lui porter : Un général, dont je* ue sais 
pas le: nom, griè,ver&ettt blessé à la jambe, s?é- a 
tait traîné au laver de l'Empereur, qui, vers 
ce temps., en avait, étendu de beaucoup la fa- 
veur. Apparemment qu'on avait instruit Na- 
poléon que l'amputation était absolument in- 
dispensable, et que ce malheureux effioier s'y 
refusait tout à fait, car arrivé i lui il dit : 

* Gomment pouv*» - vou* youa refuser à une 
« opération qui doit vous conserver la vie ? 
<t Çç ne- sapait être lia crainte qui vqus ar- 
« lîàtç * tous vous êtes esppsé si souvent dans 
a lg* batailjLefti Seraittçe U «uéjprU de la vie? 
« Mais comment votre; cœur ne vous dit-il pas 
« qu'avec Urfxe jambe de moin& on peut encore 



(Vot-iM) DE SAINTE-IJELÈ^E. 203 

« ^tre utile à la patrie , Tendre de grands ser- 
* vices À son pays.? » L\>fficicr gardait le si- 
lence, sa figuré , «à contenance , étaient calmes, 
douces , mais négatives ?et l'Empereur, attristé , 
avait déjà passé plusieurs personnes, quand l'of- 
ficier, semMant avoir recueilli ses forcfes et pris 
une re'sohition soudaine, ^avança vers l'Empe- 
reur, et îui dit : « Sire, si Votïe Majesté' m'en 
« donne Tordre, j'y vais en sortant d*icï. *'A 
quoi l'Empereur rêpliqtta : « Mon elier,meû 
« autorité' ne s'étend pas jusquês-ïàj c'est la 
« persuasion dont j'aurais souhaité vous péné- 
« trer ; mais de commandement ,lè Ciel m'en pré- 
ce serve! » Et je crois me rappeler que le bruit 
fut alors que le maïheufettx officier , en sortant, 
avait été se Soumettre à l'opération fatale. 

— Au retour de l'ile d'Elbe, TEmpereur étant 
entré le soir fort tard aux Tuileries , son pre- 
mier lever, ïe lendemain, fut, comme on suppose , 
des plus nombreux. Quand la porte Couvrit, à 
son apparition devant nous, il me serait diffi- 
cile dé rendre le vague de mes idées et la nature 
de mes sensations. Il apparaissait là comme de 
coutume, comme s'il n'y avait pas eu d'inter- 
valle j il me semblait le même que si je l'avais vu 



2S* MÉMORIAL ; (Hot. 1816) 

la veille : la même figure , le même costume , la 
même attitude, les mêmes manières. Je me sen- 
tais vivement remué , et je crois que chacun par- 
tageait les mêmes sensations. Toutefois, à sa vue, 
le sentiment l'emportant sur le respect , on se 
précipita vers lui j lui-même se montrait visi- 
blement ému, et il embrassa plusieurs des plus 
distingués. Puis commença , comme de coutume , 
sa tournée ordinaire ; sa voix était douce , sa 
figure satisfaite, ses manières affectueuses; il 
parlait successivement avec bienveillance à 
chacun. « Ah ! M. le major-général de l'armée 
« blanche, dit-il, à deux pas de moi » à quel- 
qu'un, avec un mélange visible de plaisanterie et 
d'affection. Plusieurs des assistons n'étaient pas 
sans quelque embarras , par les divers grands 
événemens qui , s'étaient passés ; pour Napoléon , 
il semblait n'en vouloir connaître aucun : il 
n'oubliait pas qu'il avai^ dégagé chacun à Fon- 
tainebleau. v • V 

Les traits suivans prouvent la justesse de son 
raisonnement et le sang-froid de. ses actes; ils 
démontrent surtout que bien qu'au sommet du . 
pouvoir, sa modération et son équité ne fléchis- 
saient point devant ce qui lui était le plus direc? 



(Not.i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 1 295 

tement personnel, et sur le sujet le plus délicat 
et le plus sensible. 

—Lorsque compromis dans l'affaire de Georges 
etPichegru, Moreau se trouva arrête', un des 
aides-de-camp du premier Consul , qui l'avait 
été aussi peut-être de Moreau? ou du moins 
avait servi. sous ses ordres, n'hésita pas à l'aller 
visiter avec un intérêt marqué. « Cela peut-être 
« bien , dit Napoléon en l'apprenant : je ne 
« saurais précisément blâmer un tel acte; mais 
« je dois chercher un autre aide-de-camp. Ce 
« poste est tout de confiance et d'un entier 
« dévouement; il ne saurait admettre de. partage 
« dans une affaire aussi personnelle que celle- 
« ci. » Et il donna un régimeut à cet aide-de- 
camp, le^colonel Lacuée, officier très-distingué, 
et qui périt à quelque temps de là, à la tête de 
ce régiment, dans les affaires qui précédèrent 
la capitulation d'Ulm. 

# — . A peu près à la même époque et pour la 
même affaire, un préfet, aussi remarquable par 
ses talens. administratifs que par la noblesse de 
son caractère , celui de Liège , fut mandé subi- 
tement à Paris ;\ il y accourut l'esprit plein des 
preuves de satisfaction qu'il pouvait recevoir, 



296 MÉMORIAL i*br. *M) 

parce qu'il les méritait; mais il se trouva invite' 
par le grand-juge , à vouloir bien passer chez 
lui avant de se présenter chei le premier 
Consul; et là il se vit inopinément interrogé, 
ex officia y sur une lettre qu'on lui présentait. 
Il ne put d'abflrd en nier là signature, tant elle 
se trouvait bien imitée ; mais il se recria aussi- 
tôt sur les sentimens quelle renfermait : c'était 
le plaidoyer de Moreau et des imprécations 
contre le Consul ; machination atroce qu'un haut 
fonctionnaire , ennemi du préfet , avait fait 
fabriquer dans V intention de le perdre. Le préfet 
ayant prouvé que cet acte lui était étranger , il 
parut à la grande audience du premier Consul , 
qui affecta de lui témoigner une considération 
toute particulière , et lui dit en le quittant : 
« Retournez à vos fonctions que vous remplissez 
« si bien. Vous emportez toute mon estime : ce 
« témoignage public doit vous consoler du désa- 
« gréaient que vous ont bassement suscité la 
« calomnie et le mensonge, etc. » 

Voici qui fait voit que Napoléon n'était pas 
disposé à sévir trop promptement contre une 
certaine indépendance même déraisonnable. 

—Je tiens de M, de Montalivet , alors ministre 



(Hat. iflid) DE SABtTE-HELÈNE. 2Ô7 

de l'intérieur que» demeuré seul avec l'Empe- 
reur, *pf& un cop&eil des w«i*tres, il hêiditi 
« Sire, cenVst pas,san$u»4pafld^karras que 
« j'ose entretenir Votre Majesté' d'une cijfcOQS* 
« taoce vraimejrt ridicule; mai* i» préfet, jeune 
m auditeur, s'jofeetiftje mrortemeut à me refuMr 

* un titre que l'image a «coittacré pour tous y m 

* ministres. Des subalternes de mes bureaux 
« s'étaat aperçus qu'«i ne. f*é donnait jamais lie 
« MerUâàgneur, et epoyant y vmr de l'affecta* 
m lion , oaleu la gaucherie de la lui réelam** 
« en mon nom, &qju>i il a répondu pérempioir 
« rement qu'il vexx ferrât rien. Je suis, tout 
« honteux qu'on ait élenré .cet tediflùculte; mais 
« pourtant la chose eu est garnie a un point qui 
« 31e (permet pab de reculer. » Une *dle obstina^ 
lion parut d'fhord inopeyabLe à i'Empeijeur$ 
il aejreuesttait pias,, di^atl-il, d'wie panef lie folie 
dans fc jeune préfet. Cependant, après quelques 
iwdjansi.die aua&itattijUL, il iëpçodit à M, de 
if osaftalfxet jbuj riant :* Maiec «et qu'après Umt, 
« une iielie ojMïgatio* n'est pas dtts bèiGoie, jet 
« oe ^eùpeliOBwaae «eat peutnêtEC un bon fruit qui 
« n'est pas juèr, ToaAefris un tel scandale i ne 

« doit pas se prolonger , et il faut en finir- Faite» 
7. J9 



298 MEMORIAL i Kw. <«* ) 

« moi venir son père, je suis sûr que le jeune 

* homme ne résistera pas à un ordre de sa part. » 
Tournure remarquable de la plus délicate 
morale. 

— Le 20 mars au soir, l'Empereur à peine 
entré dans ses appartenons aux Tuileries, le 
capitaine des dragons G; D.,..;se prqsentcà lui : 
il était porteur delà capitulationde Yraeemtes * 
qui venait d'être obtenue par une râpe aaidace et 
«ne grande adresse. Napoléons soujib d'abord 
aux détails qu'il se fait raconter; pais, frappé 
du ton d'exaltation et des expressions enflammées 
du narrateur , se rappelant tout à coup le Gou- 
verneur Puyvert, à qui Vincennes a déjà été 
funeste, 'A s'écrie brusquement : « Mais, Mon- 
« sieur, vous ne me parlez pas du Gouverneur; 

* qu'en a-t-on fait? — Sire,' reprend l'officier 
» ! avec plus de calmé , <m lui a délivré un passe. 
« port , on l'a fait escorter, il est hcxrs d« 
«c! Paris, w Napoléon faisant alors deux |>as 7 
£*isit la main de Fofficier aveciune expression 
qui trahit toute l'anxiété qu'il venait d'é- 
prouver : ' * Je suis coirteqt , Monsieur , lux dit- 
rn il avec chaleur, c'est bien, très^bien, parfei- 

* tentent bien! » 



( ffoy. iai6 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 299 

- — Je trouve , en note perdue , que l'Empereur 
disait, que la plus belle lettre militaire qu'il 
eût jamais lue, était, sous son consulat, celle 
d'un soldat du Midi, nommé Le'on. Un si haut 
témoignage suppose quelque chose de remar- 
quable : aussi je transcris ici cette note, sans 
trop savoir ce qu'elle signifie; mais seulement 
dans l'espoir de mettre quelque personne , peut- 
être, sur la Toie de reproduire cette pièce, dans 
Je cas où elle ne serait pas déjà consignée. 

— On trouve que Napoléon a donné soixante 
batailles , César n'en ava^t livré que cinquante. 

— On se demandait un jour* devant Napoléon, 
comment il arrivait que des malheurs encore 
incertains frappaient parfois beaucoup plus que 
les malheurs déjà arrivés. « C^rtt, répartit-il, 
« que, dans l'imagination èomme dans le cal- 
« cul, la force de l'inconnu est incpmmensu- 
..« rable. » 

« — Allez, Monsieur n jçourezv disait d'ordi- 
« naire l'Empereur , apfès avoir «donné une 
« mission importante 7 04 tracé la marche d'un 
« grand travail , et n'oubliez pas qpe le monde 
« a été fait en six jours, ^ 

Dans une occasion de ce genre, il termi- 



&02 MÉMORIAL' (Ho*.***) 

« de marbre ; la foudre n'a pu mordre dessus, 
* elle a dû glisser. » 

— Une autre fois t à l'occasion d'une nou- 
velle vexation, il échappa à l'un de ceux qui 
étaient auprès de. Napoléon , de s'écrier : « Ali 
« Sire , voilà bien de quoi vous faire haïr 
« les Anglais encore davantage. » Sur quoi 
Napoléon , haussant les épaules , lui ré - 
pondit moitié gaîté, moitié commisération : 
« Homme à préjugés, esprit commun et vul- 
« gaire, demandez-moi plutôt, et tout au plus, 

« si je haïrais davantage tel ou tel Anglais 

« Mais, puisque nous y sommes, sachez qu'un 
« homme, véritablement homme , ne hait point : 
« sa colère et sa mauvaise humeur ne vont point 

« au-delà de la minute : le coup électrique 

« L'homme fait pour les affaires et l'autorité, 
« ne voit point les personnes; il ne voit que les 
« choses, leur poids, et leur conséquence, » 

—Dans une certaine circonstance, il disait qu'il 
né doutait nullement que sa mémoire né gagnât 
beaucoup à mesure qu'elle avancerait dans la 
postérité; les historiens se croiraient obligés de 
le venger de tant d'injustices contemporaines. 
Lés excès entraînent toujours leurs réactions; 



tu*». *8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 868 

d'ailleurs, à ttne grande distance, en Le ver»* 
rait sous un jour plus favorable, il paraîtrait 
débarrasse de mille encombrement cm le^uge- 
fait dans les grandes vues, et faon dans les petite 
détails; on planerait sur lès grandes harmonies*; 
les irrégularités locales demeureraient inaper- 
çues : surtout on ne l'opposerait plus à lui-mêmej 
inais à ce qu'on aurait alors sous la main , etc. ; 
et il concluait, que dès aujourd'hui, comme 
dans ces temps-là, il pourrait se présenter avec 
fierté devant le tribunal le plus sévère', et lui 
soumettre tous ses actes privés; il s'y montre- 
rait vierge de tout crime, 

— L'Empereur me disait un jour qu'il conce- 
vait dans sa tête, et se proposait d'entreprendre 
son Histoire diplomatique y ou l'ensemble de 
ses négociations, à partir de Çampo-Foçmio jus- 
qu'à son abdication. S'il a accompli sa pensée , 
quel trésor historique ! , 

—L'Empereur parlant d'éloquence militaire , 
disait : « Quand, au fort de la bataille, parcourant 
« la ligne, je m'écriais : Soldats , déployez vos 
« drapeaux , le moment est venu. Il eût fallu 
« voir nos Français; ils trépignaient de joie , je les 



«W MEMORIAL . (to^) 

h veyais m. centupler; rie* alors ne me seai* 

* blait impossible ». . 

On ceatnaîfc «m foule d'allocutions mili- 
taires 4d Na|x>lew. En vpici u*e que je tiens 
de celui-là mémo qui l'a recueillie sur le terrain. 
Passant an revue le second régiment de chasseurs 
achevai, à Lobenstein, deux jours avant la, 
bataille d'Iena^ il demande au colonel : « Com- 
« bien d'hommes présens? — • Cinq cents, repond 
« le colonel; mais parmi eux beaucoup de jeunes 
« gens. — Qu'importe, lui dit l'Empereur J.' un 
« air qui marquait sa surprise d'une pareille 
« observation , ne sont-ils pas tous Français?...» 
Puis, se tournant vers le régiment, il ajouta : 
« Jeunes gens, il ne faut pas craindre la mort; 
« quand on né là craint pa& , oh là fait rentrer 
« dânS lès fâftgâ éhtîèfflte. » Et le mouvement . 
de son îrfas eiprimalt Vivement Faction dont 
il parlait, A éës Jtttibf', ôfi entendit éottirûe Un 
frémissement d'armes et dé fchèVâu* , et un 
éoudain mtirihUfe d'êtiiliôiisk&bié , précurseur 
âé là victoire mémorable qui, ftg hétires après, 
fènvërsâ la colonne Ae Rosfcàcfa. 

— À la bataille éë Lutzen, laplus grande partie 
dé Tàhrieè se trouvait composée de conscrits qui 



(H<nM*«3 DE SAINTE-HELENE. 305 

n'avaient jamais combattu. On raconte que l'Em- 
pereur, au plus fort de l'action , parcourait en 
arrière le 3* rang de l'infanterie, le soutenant 
parfois dé son cheval en travers, et criant aces 
jeunes soldats : * Ce n'est rien , mes enfans, te-; 
« nea ferme j la patrie vous regarde , sachez 
« mourir pour elle* » 

-■* Napoléon avait une estime toute particu- 
lière pour la nation allemande. « J'ai pu lui 
«e imposer bien des millions, disait «il, c'était 

* nécessaire; mais je me serais bien donné de 

* garde de l'insulter par dû mépris. Je l'esti- 

* mais* Que les Allemands me haïssent, cela 
« est assez simple : on me força 1 ans de me 
m battre sur leur* cadavres ; ils n'ont pu connaî* 

* tre tiietf vraies dispositions , me tenir compte 

* de mes arrières-pensées; et elles étaient gran<* 
« des pour eux, » v 

— L'Empereur disait tin jour, en parlant 
d'une de ses déterminations. <* Je n'en voulais 

* rien faire, je me laissai toucher, je cédsû; j'eus 
k tort i le cœur d'un homme d'État doit être 
m dans sa tête. » 

— L'Empereur faisait remarquer que nos fa- 
cultés physiques s'aiguisent par nos périls ou 



306 MÉMORIAL (Not. 1816) 

nos besoins. « Ainsi, disait-il, le Bédouin du 
« désert a la vue perçante du lyAi; et le sau- 
te vage des forêts a l'odorat des bêtes. * 

— ■ On cjtait quelqu'un qui, distingue par ses 
conceptions et ses faits, laissait pourtant pa- 
raître parfois des lacunes choquantes dans ses 
manières et ses expressions. L'Empereur expli- 
pliquait cette déshanqonie en disant : « Vous ver- 
« rez qu'il pèche par t éducation de la peau ; ses 
« langes auront été trop communs , trop sales. » 

— L'Empereur, parlant du danger qu'il avait 
couru aux Cinq-Cent*, lors de brumaire , l'at- 
tribuait militairement au seul local de l'Oran- 
gerie, où il avait été oblige d'entrer par une 
des extrémités, pour en parcourir la longueur. 
« Le malheur fut, disait-il, [que je ne pus me 
« présenter de front; je fus contraint de prêter 
« le flanc. » 

— On parlait de quelqu'un qui semblait croire 
pouvoir en imposer par un ton et des expres- 
sions approchant parfois de la menacp. « C'est 
« ridicule aujourd'hui, disait l'Empereur»; pér- 
it sonne n'a peur à présent; un enfant n'a plus 
« peur : et voilà le petit Emmanuel , montrant 
« mon fils , prêt à tirer un coup de pistolet, 



( No*. 1616) DE SAINTE- HÉLÈNE. 307 

« j'en suis sûr , avec quiconque pourrait le dét 
« sirer. » Ces paroles de Napoléon, influeront 
peut-être sur le reste de sa vie. 

— Napoléon 1 au retour de la campfne de Rusr 
sie, se montrait si frappé de la force d'ame qu'il 
disait avoir été' déployée par Ney, qu'il le nomma 
prince de la Moscowa, et qu'il répéta alors à 
plusieurs reprises : « J'ai 2 cents millions dans 
« mes caves j je les donnerais pour Ney. » 

— L'Empereur, appuyant sur l'infaillibilité, en 
dernière analyse, du triomphe des idées moder- 
nes! disait : « Gomment ne remporteraient-elles 
« pas? Observez bien le train des choses : même 
« en opprimant, aujourd'hui, on se pervertit! » 
-—Dans une certaine circonstance où on ap- 
puyait sur ce qu'il n'aimait pas à se faire va- 
loir : « C'est , répondait l'Empereur , que la mo- 
« ralité, la bonté, chez moi, ne sont point dans 
«c ma bouche, elles se trouvent dans mes nerfs. 
« Ma main de fer n'était pas au bout de mon 
« bras, elle tenait immédiatement à ma tête: 
• la nature ne me l'a pas donnée ; c'est le cal- 
« éul seul qui me la faisait mouvoir. » 

—Napoléon > dans un moment de dépit contre 
la malveillance et les murmures de Paris, de- 



S08 MÉMORIAL (H«*. itt6) 

mandait, après tout ce qu'il avait accompli , ce 
qu'on attendait donc de lui. « Sire , se permit- 
« on de luyre'pondre, on voudrait que Votre 
« Majesté Vêtit son cheval. ~- Arrêter mon 
« cheval] c'est bientôt dit...» Il est vrai que j'ai 
« les bras assez forts pour arrêter, d'un coup 
« de bride, tous les chevaux du continent; mais 
« je n'ai pas de brides pour arrêter les voiles 
« anglaises, et c'est là que gît tout le mal; 
« comment n'a*t-on paH'esprit de le sentir ! » 
s — Reprochant un jour à quelqu'un de ne 
pas se corriger des vices qu'il convenait con- 
naître. « Monsieur , lui disait-il, quand on con.- 
« natt son mal moral, il faut savoir soigner son 
« ame comme on soigne son bras ou sa jambe. » 
— L'Empereur, parlant* de la noblesse qu'il 
avait créée, se récriait sur ce qu'on l'eût si peu 
compris : c'était pourtant, disait-il , une de ses 
plus grandes idées, des plus complètes , des 
plus heureuses. Il avait pour but trois objets de 
la première importance, et tous les trois auraient 
«té atteints; savoir : réconcilier la France avec 
l'Europe , rétablir rharmonie en semblant adop- 
ter ses moeurs ; réconcilier par la même voie, 
amalgamer entièrement la France nouvelle avec 



(JTot. i«it) DE SJL1NTR-HEI.ENE. 309 

la France ancienne ; enfin, faire disparaître tout 
à fait là noblesse féodale, la seule offensante, la 
seule oppressive, la seule contre nature, u Par 
« ma création , disait l'Empereur, je venais à 
« bout àe substituer des tïtoses positives et me*» 
« ritoires à des préjugés antiques et détestés. 
« Mes titres nationaux rétablissaient précisé- 
« ment cette égalité que la noblesse féodale 
« avait proscrite. Tous les genres de me'rite y 

* parvenaient : aux parchemins , jfe substituais 
« les belles actions , et aux inte'rêts privés, leH 
« intérêts de la patrie. Ge n'était plus dans 
« une obscurité imaginaire qu'on eût -été pla- 
ce cer son ôrgaedl; mais "bien da»s les- plus belles 
« pages de notre histoire! Enfin, je faisais dis- 
« paraâtrela prétention choquante du sang j idée 
« absuTde, en ce qu'il n'existe réellement qu'une 
<c seule espèce d'hommes, puisqu'on n'<m a pafc 
« vu naître lès uns "avec les bottes aux jambes*, 
« et d'autres avec mm bi*t sur le -dos. 

^Toute la noblesse de FEiirope ,« qui la gOu- 
« verne deïaiit,y fut prise : ttte applaudit una- 
a nimement à une institution qui , dansées idées, 
tt se présentant comme nouvelle, irelevattsa pr& 

* éminence jet pourtant cette nouveauté allait la 



310 MEMORIAL ( Uot. is.6 ) 

« sapçr dans ses fondemens et l'eût infailli- 
« blement détruite. Pourquoi a -t-ii fallu que 

* l'opinion, que je faisais triompher, eût la gan- 
te chérie de servir précisément ses ennemis? 
« Mais j'ai eu ce malheur plus d'une fois* » 

Mercredi 20. 

Sur les difficultés de l'histoire. .-«-Georges» Pichegra, 
. Moreau, le duc d'Enghien» 

« Il faut en convenir, me disait aujourd'hui 
« l'Empereur, les véritables vérités, mon 
« cher, sont bien difficiles à obtenir pour l'his- 
<t toire. Heureusement que la plupart du temps 
a elles sont bien plutôt un objet de curiosité 
« que de réelle importance. Il est tant de véri- 

«tés! Celle de Fauché, par exemple,, et 

« autres intrigans de son espèce ; celle même de 

* beaucoup d'honnêtes gens différeront parfois 
<t beaucoup de la mienne Cette vérité histori- 
« que, tant implorée, à laquelle chacun s'çm- 
« presse d'en appeler, n'est trop souvent cajun 
« mot : elle est impossible au moment mèmWes 
« événement, dans la chaleur des passions croi- 
M séesj et si, plus tard, on demeure d'accord, 
« c'est que les intéressés, les contradicteurs ne 



(*ôt. i*i«) DE SÀINTE-HÉLENfc. 314 

« sont plus. Mais qu'est alors cette vérité histo- 
« rique, la plupart du temps? Une fabl^conve- 
« nue. Ainsi qu'on l'a. dit fort ingénieusement 
r dans toutes ces affaires, il est deux portions 
« essentielles fort distinctes : les faits matériels 
« et les intentions morales. Les faits matériels 
m sembleraient devoir être incontroversables j et 
« pourtant, voyez s'il est deux relations qui se 
« ressemblent : il en est qui demeurent des procès 
«éternels. Quant aux intentions morales, le 
« moyen de s'y retrouver, en supposant même 
« de la bonne foi dans les narrateurs? Et que 
«sera-ce s'ils sont mus par la mauvaise foi, 
« l'intérêt et la passion? J'?i .donne' un ordre j 
« mais qui a pu lire le fond de 49a pensée, ma 
«.véritable intention? Et pourtant chacun va se 
« saisir de cet ordre , le mesurer à son échelle , 
« le plier à son plan, à son système indivir 
« duel, Voyez les diverses couleurs que va lui 
« donner l'intrigant dont il gêne ou peut au 
. « contraire servir l'intrigue , la torsion qu'il va 
« lui faire subir. Il en sera 4e même de l'im- 
« portant à qui les ministres ou le souverain 
« auront confidentiellement laissé échapper 
« quelque chose, sur le sujet; il en sera de même 



34 2 MÉMORIAL ( Nor. 1816 ) 

« des nombreux oiâ& du palais qui, n'ayant 
« rien le mieux 1 faim que d'écomter aux portes, 
« inventent faute d'avoir entendu. Et chacun, 
« sera si sèr de ce qu'il raconterai et les rangs 
« inférieurs , <jui le tiendront de xxx bouei^s 
« privilégiées , en seront si sûrs À leur tour l 6 et 
« alors les mémoires, et les agenda, et le* bons 
« iturts, et les anecdotes de salon -d'aller leur 
« train ! . . . . Mon cher , voilà pourtant l'histoire ! 
« J'ai vu me disputer, à moi, la pensée de. ma 
« bataille, me disputer l'intention de mesordnes, 

* et prononcer contre moi; N'est-ce pas ledé- 
« menti de la créature vis-à-vis de celui «fui a 
« créé? N'importe, mon contradicteur, mon op- 
« posant agira «es partisans, Aussi, eat-pe ce 4jni 
« fti'a préservé décrire mes mémoires particu- 
le liers^d'^ettremes^ntimewsindivkluel^d^oii 
« fussent déoaulées naturellement les nuances 
« dé nmn caractère privé. Je ne pouvais des- 
« cendre «à des confessions à la JeaR~Jaoques,qui 

* eussent été attaquas par le premier venu. 
et Aussi , f ai pensé ne devoir vous dicter ici que 
« sur des actes puWks. f e -sais èjten encore ^ue 
« ûto «îatieiw même peuvent être combattues > 

* car quel est l'homme ici bas, quelque soit son 



<NoY.,8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 313 

.« bon droit et la force et la puissance de ce bon 
« droit, que la partie adverse n'attaque et ne 
« démente. Mais, aux yeux du sage, de l'im- 
« partial, du réfléchi, du raisonnable, ma voix, 
« après tout , vaudra bien celle d'un autre , et 
« je redoute peu la décision finale. Il existe, 
« dès aujourd'hui , tant de lumières, que quand 
« les passions auront disparu, que les nuages 
* seront passés, je m'en fie à l'éclat qui restera. 
« Mais que d'erreurs intermédiaires ! On donnera 
« souvent beaucoup de 'profondeur , de subtilité 
« de ma part a ce qui ne fut peut-être que le 
« plus simple du inonde; on me supposera des 
« projets que je n'eus jamais. * On se demandera 
« si je visais en effet à la monarchie universelle 
« ou non. On raisonnera longuement pour sa- 



* Qpelquun.de beaucoup de lumières et de beaucoup 
d'esprit, qui a Tait été fort avant dans la confiance de 
l'Empereur et avait eu un grand nombre de rapports di- 
rects avec lui, me disait, après la première abdication «, 
avec une intime conviction , que, le projet de Napoléon 
avait été , ses conquêtes achevées , d'abandonner Paris, 
pour aller faire de Rome la capitale du grand empire* 
J avais alors si peu de connaissance de l'Empereur que. 
cela me donna beaucoup à penser; mais aujourd'hui je 
me demande ou mon historien pouvait avoir pris cela. 
7. 20 l 



31* MÉMORIAL (Mot. 1816) 

« voir si mon autorité absolue et mes actes arbi- 
« traires dérivaient de mon caractère ou de mes 

, « calculs; s'ils étaient produits par mon incli- 
« nation Ou par la forte dés circonstances; si mes 
« guerres constantes vinrent de mon goût, ou si 
« je n'y fus conduit qu'à mon corps défendant ; si 
« mon imineuse ambition, tant reprochée, avait 

N « pour guide ou l'avidité' de la domination, ou 
« la soif de la gloire, ou te besoin de l'ordre, ou 
« l'amour du bien-être général > car elle me'ri- 
« f tera d'être considérée sous ces diverses faces. 
« On se débattra sûr les motifs qui me déter- 
« minèrent dans la catastrophe du duc d'En- 
« jgliien * , et ainsi d'une foule d'autres événe- 
« mens. Souvent on alambiquera, on tordra ce 
« qui fut tout-à-fait naturel et entièrement 
« droit. Il "ne m'appartenait pas à moi de traiter 
« ici spécialement tôuS ces objets : ils seraient 
« mes plaidoyers, et je le dédaigne. Si, dans ce 
« que j'ai dicté sur les matières générales* la 
« rectitude et là sagaotoé des historiens y trou- 
« vent de quoi se former une Opinion juste et 

* On tait k combien de versions mulfipîfées, à qu'elle 
foule de conjectures ce triste événement donna lieu. 



t 
(N<m*««) DE SAINTE-HÉLÈNE. **5 

« vraie sur ce que je ne mentionne pas, tant 
« mieux» Mais à cote de ces faibles étincelles 4 

* que de fausses lumières ctynt ils se trouveront 
« assaillis!. ,. Depuis les fables et les mensonge» 
« des grands inttigans, qui ayant en chacun 
«leurs buts v leûre menées, leurs negociattdb* 
« particulières , lesquelles * ^'identifiant avec lefil 
« véritable, compliquent le tout d une manière 
« inextricable , jusqu'aux Teyëlatioris y 4ua 
« porte JèuUles, aux assertions même de mes 

* ministres, honnêtes ^gens qui, cependant, au* 
« routa donner bien moins ce qui était, que ce 

* qu'ils auront cm; caren«at*il qui ayeut eu ma 
« pensée générale tout entière ? Leur portion 

* spéciale n'était, la plupart du temps, que des 
« élémens du grand ensemble qu'ils ne soup-* 

* cannaient pas. Ils n'auront donc vu que la 
«Éaœd a prisme qui leur est relative;^ encore; 
« cbmm^ut l'auront- ils saisie ! Leur sei*a~t~elle 
« arrivée pleine et entière ? n'étaft«elle pas elle-* 
« mhûB morcelée^ Et pourtant il n'en est jrtro- 
it l^blementpasun qui, d^apw» les éclair dont 
« il aura été ifr#ppéi ne domiepooe mmirém 
«table système 'le résultat fimtastiffUe.de ses 

* propres combinaisons j et épik enewa la fablt 



316 MÉMORIAL (»«t,iSi«) 

m convenue qu'on appellera l'histoire; et cela 
« ne saurait être autrement : il est vrai que 

* comme ils sont plusieurs , ' il est probable 

* qu'ils seront loin d'être d'accord. Du reste , 
« dans leurs affirmations positives, ils se mon- 
« taraient plus habiles que moi, qui, très-sou- 
« vent, aurais été très-embarrassé d'affirmer 
«avec vérité toute, ma pleine et entière pensée. 
«.On sait que je ne me butais pas à pilier les 
« circonstances à mes idées; mais que je me lais- 
« sais en général conduire par elles : or, qui 
« peut , à l'avance , répondre des circonstances 
« fortuites, desaccidens inopinés? Que de fois 
« j'ai donc dû changer essentiellement ! Aussi 
« ai-je vécu de vues générales, bien plus que de 
« plans arrêtés. La masse désintérêts communs, 
« ce que je croyais être le bien du très-grand 
« nombre, voilà les ancres auxquelles je dejneu- 
« rais amarré; mais autour desquelles je flottais 
« la plupart du temps au hasard, etc. , etc. » 

- C'est précisément à la suite de paroles aussi 
remarquables que se présente pour moi la 
meilleure occasion, sans doute, de revenir sur 
un point historique que j'ai promis depuis 
long -temps (Voyez vol. 4, page Mil.), et 



(ifo*«ei*} DE SÀltfT&HELÈNE. Slt 

qui edt dû avoir sa place fort antérieurement t 
Je veux dire la conspiration de Georges et Pi- 
chegru, et le jugement du duc d'Enghien. On 
va connaître tout-à l'heure la véritable cause 
de cette transposition et d'un aussi long retard. 
« Il y avait quelque temps, disait l'Empe» 
« reur, que la guerre avait recommencé avec 
* l'Angleterre; tout à coup nos rivages, les 
« grandes routes, la capitale, se trouvèrent 
« inondés d'agens des Bourbons. On en saisît 
« un grand nombre ; mais on ne pouvait encore 
« pénétrer leurs motifs. Ils étaient de tous rang», 
« de toutes couleurs. Toutes les passions se ré* 
« veillèrent; la rumeur devint extrême, l'o- 
« pinion publique s'accumulait en véritable 
m orage; la crise devenait des plus sombres , la 
« police était aux abois , et ne pouvait rien ob- 
« tenir. Ce fut ma sagacité qui me sauva, re- 
« marquait Napoléon. Me relevant dans la nuit 
« ainsi que cela m'était fort ordinaire , pour 
» travailler, le hasard, qui gouverne le monde, 
« me fait jeter les yeux sur un des derniers rap- 
9 ports de la police , contenant les noms de ceux 
« qu'on avait déjà arrêtés pour cette affaire , 
« dont on ne tenait encore aucun fil. J'y aper- 



«<* MÉMORIAL <»».>i4) 

« çus un chirurgien des armés*; je ne doutai 
« pas qu'un tel homme ne fût plutôt Du intri- 

* g ant qu'un fanatique dévoua. Je fis diriger 
« aussitôt sur lui tous les moy^ue propres à 
« obtenir un prompt aveu ; une commission 
« «ilitaire fut à l'instant saisie de son affaire; 
« au jour il était juge', et menace de l'exécution 
« s'il ne parlait. Une demi-heure après il avait 

* découvert jusqu'aux plus petits détails. Àlois 

* on connut toute la nature et retendue du 
% complot ourdi i Londres , et bientôt après 
« on sut les intrigués de Moreau y la présence 
« de Piehegru à Paris , etc. » etc. 

Je passe tous les détails de cette affaire , on 
peut les voir dans les lettres écrites du Cap, en 
réfutation de celles du docteur Warden, et dans 
l'ouvrage de M. O* Méara. Les miens seraient 
précisément iefr mêmes que ces derniers; ils 
viennent tou* de la même source. 

Quant à l'inculpation relative à h mort de 
Pichegrii, qu'on disait avoir àte-étranglé par 
les ordres du Premier Consul > Napoléon disait 
qu'il serait honteux de chercher à s'en défen- 
dre , que c'était par trop absurde, a Que pou- 

* vais-je y gagner? inisaifcil observer. Un homme 



(k«t. is*) DE SAINTE-HÉLÈNE. 340 

« de mon caractère n'agit pas sans de .grands 
« motifs. MVt-on jamais yu vçrçer Je sang par 
« caprice? Quelques effortç qu'on ait, faits pour 
« noircir ma, vie et dénaturer mou caractère,, 
« çeu* qui m* confiassent savent que nwn orr 
« ganisatiou e«t étrangère au, crime ; il a'/etf 
« point , dans t^ute mo^ aduûflistwtioQ t un 
« acte prive dont je ne pusse parler devant uji 
« trierai t je ue dis pas saus embarras , mpU 
« iwme avec quelqu'avaatage *Tom bonnement, 
* c'est que Piqhegru s* yit dftw nue situation 
« *an> ressourça: ?op au*e farte ue put envisager 
« l'infamie du supplice, il dç$e$pe>ad<? pa.çje'* 
% mence ou la dç'daigua, et U ?e dama la mort, 
« Si j'eusse été porté au crime, continuait-il* 
f c% u'çst pas sur Piqhegru , qui ne pouvait 
« rien, que j'eusse dp frapper, mais bien sur 
« Iforeau » qui % eu cet instant , me mettait 
« dans le plus grand péril. Si, par n^llieqr, ce 
« defAÎer se fût aussi donne' Ja mort dans sa pri- 
« $09, U aurait rendu ma justification bien^au- 
« trement difficile x par les grands avantage que 
<t j'eusse trouvés à m'en défaire. Vous autres, 
« au-dehors , et le? royalisteç forcenés au-de- 
n dans, Vous n'ayez jamais connu l'esprit de la 



820 MEMORIAL (Nq*> «Sis) 

« France, Pichegru , une fois démasque comme 
« traître à la nation, n'avait plus l'intérêt de 
w* personne j bien plus, ses seuls rapports avec 
« Moreau suffirent pour perdre celui-ci : une 
« foule de ses partisans l'abandonnèrent, tant, 
« dans la lutte des partis', la masse s'occupait 
« bien plus de la patrie que des individus. 7e 
« jugeai si bien , dans cette affaire , que quand 
« Real vint me proposer d'arrêter Moreau , je 
« m'y opposai sans hésiter. Moreau est un homme 
« trop important, lui dis- je; il m'est trop di- 

* rectement opposé , j'ai un trop grand intérêt 
« à m'en défaire pour m' exposer ainsi aux con- 

* jectures de l'opinion. — Mais si Moreau pour- 

« tant conspire avec Pichegru? coritinuaitffteal. . 
« — C'est alors bien différent , produissez^en 
« la preuve , montrez-moi que Pichegru est ici , 
« et je signe aussitôt l'arrestation de Moreau. 
« Real avait des avis indirects de la venue de 

* Pichegru ; mais il n'avait pu joindre encore 
« ses traces. Courez chez son frère , lui dis-je : 
« s'il à déserté sa demeure, c'est déjà une forte 
« indice qjae Pichegru est sur les lieux ; si son - 
« frère r se trouve encore dans son logement, as- 

* surez-vaus de sa personne ; sa surprise vous 



( Mot. 1816 ) DE SAINTE -HÉLÈNE; 321 

« fera bientôt connaître la vérité. C'était uu 
« ancien religieux vivant à Paris , dans un qu*- 
« trième étage. Dès qu'il, se vit saisi, sans at- 
<« tendre aucune question, il demanda quelle 
« pouvait être sa faute , si on lui faisait un crime 
* d'avoir reçu , malgré lui , la visite de son frère* 
« Il avait été le premier , disait -il, à lui peindre 
« son péril et à lui conseiller de s'en retourner. 
« C'en fut assez, l'arrestation de Moreau fut 
« ordonnée et accomplie. Il sembla d'abord s'en 
« inquiéter peu ; mais arrivé à la prison, quand 
« il sut que c'était pour avoir conspiré contre 
« l'État, de concert avec Georges et Pichegru , il 
« fut fort déconcerté , son trouble fut extrême. 
« Quant à la multitude du parti , continuait 
« Napoléon, le nom de Pichegru sembla pour 
« elle un triomphe; ils s'écriaient de toutes parts 
« que Pichegru était à Londres, que sous peu 
« de jours on aurait prouvé V alibi; soit qu'ils 
« ne sussent pas en effet qu'il fût dans Paris, 
« ou qu'ils crussent qu'il lui serait aisé de s'en 
« échapper. » 

Depuis long-temps le Premier Consul avait 
rompu avec Moreau. Celui-ci était entièrement 
gouverné par sa femme; « Malheur toujours 



322 MÉMORIAL (W*r. tS>6) 

* funeste, disait l'Empereur, parce qu'on n'est 
« alorsni soi ni sa femme , qu'on n*est plus neà. » 
Moreau se montrait tantôt bien, tantôt mal 
pour le Premier Consul; tantôt obséquieux, 
tantôt caustique. Le Premier Consul , qui eut dé- 
sire se l'attacher, se vit obligé de s'sn éloigner 
tout à fait* * Moreau finira, avaitrU dit* par 
« venir se casser la figure sur les çolouues du 
«c Palais. » Et il n'y était que trop poussé par les 
inconséquences ridicules et les prétentions de 
sa femme et de sa helle-mëre. Celle-ci allait 
jusqu'à vouloir disputer le pas à la femme du 
Premier Consul. Le ministre des relations exté* 
rieures avait été obligé une fois, disait Napo- 
léon , d'employer la force pour l'arrêter dans 
une fête ministérielle, 

Moreau arrêté-, le -Premier Consul lui fit 
savoir qu'il lui suffisait d'avouer qu'il avait vu 
Pichegru, peur que toute procédure, à son 
égard , fût finie. Moreau répondit par une lettre 
fort haute; mais depuis, quand Pichegru fut 
lui-même arrêté, que l'affaire prit une tournure 
sérieuse , alors Moreau écrivit au Premier 
Consul une lettre très- soumise; mais il n'était 
plus temps. 



(**.*«) DE SAINTE-HÉIÈNE. 328 

Moreôu avait en effet confère ayec Pichegru 
et Georges ; il avait répondu à leurs propositions : 
« Dans l'état présent des choses, je ne pourrais 
« rien. pour tous autres, je n'oserais pas vous 
« répondre même de mes aides-de-ca*np ; mais 

* défaites-vous du Premier Consul , j'ai des 
m partisans dans le Sénat, je serai nommé immé- 
« diatement à sa place ♦ Vous, Pichegru, vous 
« serez examiné sur ce qu'on vous reproche 
« d'avoir trahi la cause nationale ; ne vous le 
« dissimulez pas, un jugement vous est néoe&- 

* saire; maie je réponds du résultat : dès-lors 
« vous serez second Consul; nous choisirons le 
« troisième à notre gré, et nous marcherons 
« tous de concert et sans obstacles; » Georges 
présent, que Moreau n'avait jamais connu 
réclama vivement cette troisième place, * Cela 
m ne a^ peut, lui dit Moreau; vous ne vous 

* doutez pas de l'esprit de la France; vous 
« avez toujours été blanc ; tous voyez que 
« Pichegru aura à se laver d'avoir voulu l'être. 
« — Je vous entends, dit Georges en colère, 
m Quel jeu est ceci , et pour qui me prenez-vous ? 
m Vous travaillez donc pour vous autres seuls 
« et nullement pour le Roi? S'il devait en être 



•i 



32» MEMORIAL («or. .St6) 

« ainsi, bien pour bleu, j'aimerais bien mieux 
<c encore celui qui s'y trouve. » Et ils se sépa- 
rèrent fort mecontens, Moreau priant Pichegru 
de ne plus lui amener ce brutal , ce taureau 
dépourvu de bon sens et de toute connaissance. 

« Lors du jugement , disait Napoléon, la fer- 
« meté des complices, le point d'honneur dont 
« ils ennoblirent leur cause , la dénégation 
« absolue, recommandée par l'avocat, sauvèrent 
« Moreau. Interpellé si les conférences, les en- 
* trevues qu'on lui reprochait étaient vraies , il 
« répondit non. Mais le vainqueur d'Hœntin- 
< den n'était pas habitué au mensonge j une rou- 
it geur soudaine parcourut tous les traits de sa 
m figure. Aucun des spectateurs ne fut dupe. 
« Toutefois il fut absous, et la plupart des 
« complices condamnés à mort. 

« Je fis grâce à beaucoup ; tous ceux dont les 
« femmes, ou de vives intercessions purent péné- 
« trer jusqu'à moi obtinrent la vie. Les Polignac , 
« M. de Rivière et d ? autres auraient infaillible* 
« ment péri sans des circonstances heureuses. Il 
« en fut de même de gens moins connus, d'un nom- 
ce méBorei, d'Ingand-de-Saint-Maur , de Ro- 
« chelie, etc. , etc. , qui eurent le même bonheur. 



<Ho*. *i6) DE SAINTE-HELENE: 325 

« Il est vrai, remarquait-il, qu'ils reconnu- 
« rent peu, par la suite, une telle faveur, et 
« que s'ils méritaient qu'on daignât suivre 
m leurs actions, elles ne seraient pas propres i 
« encourager la clémence. L'un d'eux qui , 
« dans cette occasion , devait la vie principa- 
« lement aux instances de Murât , est prëçisë- 
« ment celui qui a mis sa tête à prix, en Pro- 
« vence , en 1 84 5. S'il a pensé que la fidélité 
« devait l'emporter sur la reconnaissance, lç 
« sacrifice du moins aura dû lui être bien 
* pénible. Un autre est celui qui a le plus 
« propagé l'imputation, aussi ridicule que 
« celle sur Pichegru était absurde, de Tassas-. 
« sinat du lieutenant anglais Wright, etc. * 

<c Et au milieu de toutes les affaires de Geor- 
« ges, Pichegru et M or eau, arriva, disait l'Em- 
« pereur, celle du duc d'Enghien, qui vint les 
ce compliquer d'une étrange manière. »»Et il entra 
alors dans les détails de celle-ci.Or c'est cette der^ 
nière circonstance qui ÈftVpw*é, dans le temps, à 
déplacer et à renvoyer juàou'à aujourd'hui la to- 
talité dç l'article que jç donne en ce moment; tant 

* .Voyez les Lettres du Cap. 



S26 MEMORIAL frfoifca) 

je répugnais à aborder un sujet aussi affligeant 
en lui-même, et si douloureux pour un grand? 
nombre de mes connaissances , qui avaient [eu 
des relations directes avec le 'prince , et lui» 
étaient personnellement attachées. Je redoutais » 
surtout le malheur de réveiller de trop légitime» 
douleurs dans une haute personne qui m'honora 
jadisde quelques bontés, dont le souvenir m'est 
toujours demeuré précieux. Voilà me» motifs: 
on les comprendra , on les approuvera ; mais 
enfin , j'arrive au terme de mon recueil, et moir 
devoir de narrateur fidèle me Commande im^ 
périeusement de toucher ce triste sujet; autre- 
ment on pourrait donner peut-être à mon si«* 
lence absolu une interprétation qui ne serait 
pas ma pensée. Toutefois, et par les motifs déjà 
exprimés , je m'interdirai tous îes détails que 
Ton connaît déjà , et qu'on a pu lire dans les 
ouvrages cités plus haut :'(Les Lettres du Cap et 
l'ouvrage de M.O'Méara ), mon récit serait au 
fond le même , car toutes ces relations sortent 
également de la bouche de Napoléon; je ne me 
permettrai que quelques-unes des particula- 
rités" qui sont demeurées étrangères à ces écrits , 
celles seulement qui usinent de ttop près aux 



(Nor.iBrô) DE SAINTE-HÉLÈNE. 52T 

nuances Caractéristiques de Napoléon pour que 
je ne me croys plis force de les mentionner* 

Cet événement avait dans le temps frappé mon 
esprit ainsi que toute la masse dé Paris t peut* 
être l'avais-je ressenti plus virement encore, 
pour mon propre compte, à cause des principes 
de mon enfance, des habitudes, des. relations 
de ma jeunesse, de la ligne de mes opinions po- 
litiques 5 alors fêtais loin encore de m'être rai* 
lie'; cette première impression m'était toujours 
demeurée dans toute sa force , et mes idées , Sur 
ce point , étaient telles tjué je n'eusse certaine* 
ment pas osé prononcer le nom du prince de- 
vant l'Empereur , tant H m'eût semblé qu'il de- 
vait emporter avec soi l'idée du reproche. C'est 
au point que' la première fois que je le lui 
entendis prononcer à lui - même , j'en devins 
rouge d'embarras. Heureusement je marchais à 
sa suite dans un sentier étroit , autrement il 
n'eût pu manquer de s'en apercevoir. Néan- 
moins, en dépît de toutes ces dispositions de 
ma part, lorsque, pour la première fois , l'Em* 
pereur développa l'ensemble dé cet événement,' 
ses détails, ses accessoires ; lorsqu'il exposa ses 



328 MEMORIAL . (Noy. 1816 ) 

divers motifs avec sa logique serrée, lumineuse, 
entraînante, je dois confesser que l'affaire me 
semblait prendre à mesure une face nouvelle. 
Quand il eut fini de parler, je demeurais sur- 
pris, absorbé; je réfléchissais en silence sur mes 
idées antérieures , je m'en, voulais d'avoir peu 
ou point à répondre en ce moment, et il me 
fallut convenir avec tnoi-même que je me trou- 
vais , en effet , bien plus fort en sentimens 
qu'en argumens, en objections solides. 

L'Empereur traitait souvent ce sujet , ce qui 
m'a servi à remarquer , dans, sa personne , des 
nuances caractéristiques des plus prononcées. 
J'ai pu voir, à cetje occasion, très-distincte- 
ment en lui, et maintes fois , l'homme privé se 
débattant avec l'homme public , et les senti- 
mens naturels de sqn cœur aux prises avec ceux 
de sa fierté et de la dignité de sa position. Dans 
l'abandon de Tint imité, il ne se montrait pas 
indifférent au sort du malheureux prince ; mais 
sitôt qu'il s'agissait du public , c'était tout au- 
tre chose. Un jour, après avoir parlé avec moi 
de la jeunesse et du sort de l'infortuné, il ter- 
mina disant : « Et j'ai appris depuis , mon 
« cher, qu'il m'était favorable; on m'a assure 



( Xor. 1Ç16 ) DE SÀINTÊ-HELÈNE. 329 

« qu'il ne parlait pas de moi saris quelqu'ad- 
« miration ; et voilà pourtant la justice distri- 
« butive d'ici bas I...» Et ces dernières paroles 
fusent dites avec une telle expression , tous les 
traits de la figure se montraient en telle «har- 
monie avec elle, que si celui que Napoléon plai- 
gnait eût été -en-ce moment eu son pouvoir, je 
suis bien sûr que, quels qu'eussent été ses inten- 
tions ou ses actes, il eût été pardonné avec ar- 
deur. C'est un sentiment du moment, une situa- 
tion inopinée, sans doute , que je surprenais là; 
et je ne pense pas qu'ils l'aient été par beaucoup : 
Napoléon n'en devait pas être prodigue : ce point 
délicat touchait de trop près à sa fierté et à la 
trempe spéciale de son ame; aussi variait-il tout 
à fait ses raisonnemens et ses expressions à cet 
égard, et cela à mesure que le cercle s'élargis- 
sait autour de lui- On vient de voir ce qu'il té- 
moignait dans l'épanchement du tête à tête; 
quand nous étions rassemblés entre nous c'était 
déjà autre chose : cette affaire avait pu laisser 
en lui des regrets , disait-il ; mais non créer des 
remords, pas même des scrupules. Y avait - il 
des étrangers : le prince avait mérité son sort. 
L'Empereur avait coutume de considérer 
7. 21 



830 MÉMORIAL (No t .iSi5} 

cette affaire sous deux rapports très-distincts : 
celui du droit commun ou de la justice établie, 
et celui du droit naturel ou des écarts de la 
violence. Avec nous il raisonnait volontiers, et 
d'ordinahfe (Faprès le droit commun , et Ton eût 
dit que c'était k cause de ta familiarité' exis- 
tante ou de sa supériorité sur nous, qu'il dai- 
gnait y descendre , concluant d'ordinaire , par 
son adage habituel : qu'on pourrait lui repro- 
cher peut-être tFavoir été sévère), mai* qu'on 
ne saurait l'accuser d'aucune violation de. jus- 
tice, parce que, bîen qu'en eussent répandu liai 
malveillance et la mauvaise foi , là caloiimie et 
le mensonge , toutes les formes avaient été 
régulièrement et strictement observées. 

Mais, avec les étrangers, l'Enypereur s'atta- 
chait •prcsqu'exchisivemént au droit naturel et 
à la haute politique. Oh voyait qu'il eût souffert 
de s'abaisser avec eux à trop faire valoir les 
droits ; de la justice ordinaire ; c'eàt été paraître 
Se justifier : * Si je Savais- pa$ eu pour moi , 
« contre les torts du coupable, les lois du pays, 
« leur disait-il, au défaut de condamnation 
« légale, il me serait resté les droite de la loi 
« naturelle , ceux de la légitime défense. Lui 



<N<m 1816) DE SÀÏNTE-HËLÊNE. 334 

« et les siens n'avâierit d'autre but journalier 
« que de tn èter la Tièrj j'ëtslis assailli de toutes 
« parts et à chaque hfctdnt : c'étaient déb fusil» 
et k vent, des machines infernales, des complots? 
« dê9 embûches detôilte espèce. Je m'en lassai 
« je saisis l'occasion de leur renvoyer la terreur 
« jusque dans Londres, et cela me réussit. A* 

* compter (Je "ce jouir les compilations ce«sè- 
« rent. Et qili pourrait y trouver à redire?» 
« Quoi ! jôùrtîellêii8e*t , à deiit cinquante lieuses ' 

• «' de diattthcè,' on me fibfteïâ; dés poitps ! à 
« taori ; aucune puis^mpey aucun tfibtinal ,• sur 
c< la terre , ne saKittfeiït Wtfh faire justice ; et 
« je né tèntîfcf aïs paë dans- ie drcàt naturel de 
tf rendre guèfré.pour guerre! Quel est l'homme 
« de sang îtoiû) de tant soit peu dé jugement et 
« clë;jtt$ticê$ fftji dsdlfeit me condamner? ï)e. 
«ê qiteï-tèté fie fdtteraït^il pas lé Mâmei, l'o- 
« dieu*!, letoriate?* ULe sang appelle le sang; 

* c*eàt lgfdaCtten nàtureÔe, inévitable > iofail- 
« liMeg Malheur à qtri la ^provoque ! ...^ Quand 

* oh s'obstine à'$ttsfcit«at d!ds troubles, civils' et 

* des commotions politiques ; on s'expose ^ à en> 
« tomber victime. Il feufdrait être niais, ou for- 
%. cené pour croire fet imaginer après ; tout 



332 MEMORIAL. (**. iti6) 

ce qu'une farriille aurait l'étrange privilège 
ce d'attaquer journellement mon existenfce, sans 
« me donner le droit de le lui rendre : elle ne 
« saurait raisonnablement prétendre être au- 
« dessus des lois pour détruite autrui, «et se 
« réclamer d'elles pour sa propre conservation: 
« les chances doivent être égales. 

« Je n'avais personnellement jamais rien 
« fait à pucun d'eux ; une grande nation m'a- 
« vait placé à sa tête; la presque totalité de 
« l'Europe avait accédé à ce choix; mon sang, 
« après tout, n'était pas de boue; il était 
« temps de le mettre à l'égal du leur. Qu'eut- 
* « ce donc été si j'avais étendu plus loin Mes 
ce représailles ! Je le pouvais : j'eus plus d'une 
« fois l'offre de leurs destinées; on m'a fait pro- 
« poser leurs têtes, depttfl le premier jusqu'au 
« dernier; je l'ai repoussé avec horreur. Ce n'est 
« pas que je le crusse injuste dans la posi- 
« tion où ils me réduisaient; mais je me trou- 
ée vais si puissant , je me croyais si peu en 
ce danger, que je l'eusse regardé comme une 
« basse et gratuite lâcheté. Ma grande maxime 
« a toujours été, qu'en guerre comme eti poli- 
ce tique, tout mai, fût-il dans les règles, n'es? 



(Not. 1816) DE ^ByrE^HÉLJÈNE. . $33 
« excusable qu'autant qu'il est absolument 
« nécessaire : tout ce qui est au-delà est^crime. 
* On aurait eu» mauvaise grâce à se rejeter 
« sur 1er droit des gens, quand on le violait si 
« manifestement soi-même. La violation du 
« territoire de Bade, sûr laquelle on s'est tant 
« récrie, demeure étrangère au fond de la ques- 
« tion. L'inviolabilité du territoire n'a pas été 
« imaginée dans l'intérêt des coupables ; mais 
« seulement dans celui de l'indépendance des 
« peuples et de la dignité du prince. C'était 
« donc au souverain de Bade seul à se»plaindre > 
« et il ne le fit pas ; qu'il ne cédât qu'à la vio- 
« knce et à son infériorité politique , nul doute; 
• .mais encore, que faisait tout cela au mérite 
« intrinsèque des machinations et des atten- 
« /tats dont f avais à me plaindre, et dont je 
« pouvais, en tout droit, me venger? » Et il 
concluait alors que les véritables auteurs, les, 
seuls vrais et grands responsables de eette san- 
glante catastrophe, étaient, au-dehors, précisé- 
ment les auteurs, les fauteurs, les excitateurs 
des assassinats tramés contre le Premier Consul : 
« Car, disait-il, ou ils y avaient fait tremper 
a le malheureux prince, et par là ils avaient 



33tt , MÉMORIAL (No T .»8i6) 

« pro&onré SW sqrti ou , en *e lui eu donnant 
« pas connaissance, ils l'avaient laissé dormir 
« imprudemment sur le bord du précipice, à 
«. deu* pas lie la frontière , quand ^n allait 
*<• frapper un » grand coup a» nom et dans les 
<* in$e'rêt$ de -$a faijiille. ,» 

^efc ppus et ^sriBtimité t l'Empey©wrdisait 
qt*e la fante, au^dedana, pourrait en ètrê attribuée 
^ Wi excès de zèle» autour de lui ou à des vues 
privées, ou enfin i des intrigues mystérieuses. 
Il y avait ^té, disaitril, poussé inopinément ; 
on avait/ pour ainsi djrfc, sUxpris se* idées; on 
ara.it précipita s§s usures < enchaîné ses résul- 
tat*, « iTfttjûs seul un jour, racontait^; je °* e 
fr vois encore à demi assis sur la table ou j'avais 
m dîné, atohevan* ds prendre mou café; <ra ac- 
« ççiuît «'apprendre une trame n0uveihî> 0© me 
« démputr? ^y^c qhjtleur qu'il *st temps de 
« mçtfte ftp t§vffl« à de §i Jiprribifes attentats; 
«, qu'il 9ft tqmps enfin d<^ dQnner une leçon à 
.<* çw* qui se sont fait une habitude journalière 
«4p conspirer contre ma vie; qu'on n'en, finira 
« qu'eg ce lavant dans, le sang <k l'un d'entre 
/< ^wxiq^e le dftç d ? Engbien devait être cette 
« victime, puisqu'il pouvait êtrç pris sur le fait, 



(Not. i8.6) DE SAINTE-HELENE. '335 

« faisant partie de la conspiration actuelle; qu'il 

« avait paru à Strasbourg, qu'on croyait même 

« qu'il était venu . jusqu'à Pyris ; qu'il devait 

« pénétrer par l'Est au moment de l'explosion , 

« tandis que le^duç de Berry débarquerait par 

«l'Ouest. Or, uous disait l'Empereur, je ne 

« savais pas même précisément qui était le duc 

« d'Engbien ; la révolution m'avait pris bien 

« jeune; je n'allais point à la cour, j'ignorais 

« eu il se trouvait. On me satisfit sur tous ces 

« points. Mais s'il en est ainsi, m'éçriai-je v il 

« faut s'en saisir * et donner des ordres en con- 

« séquence» Tout avait été prévu d'avance; les s 

« pièces se trouvèrent toute* prêtes, il n'y eut 

« qu'à signer ; et le sort du prince se trouva 

« décidé. Il était depuis quelques temps à trois 

ce lieucà du Rhin, dans les Etats de ]Bade, Si 

« j'eusse connu plus tôt le voisinage et son im- 

<* portance, je ne l'eusse pas souffert, et cet 

« ombrage de ma part, à. l'événement, lui eût 

« sauvé la vie, 

« Quant aux diverses oppositions que je ren- 
te contrai , aux nombreuses sollicitations qui me 
« furent faites , a-t-on répandu dans le temps , 
ce rien de plus faux; on ne les a imaginées que 



336 MEMORIAL ' (Not.i«i«) 

«c pour me rendre plus odieux, Il en est de même 
« des motifs si variés qu'on m'a prêtés ; ces mo- 
« tifs ont pu eMster peut-être dans l'esprit et 
« pour les vues particulières des acteurs subal- 
« ternes qui y concoururent; de ma part, il n'y 
a a eu que la nature /lu fait en* lui-même et l'é- 
« nergie de mon naturel. Assurément , si j'eusse 
« été instruit à temps de certaines particularités 
« concernant les opinions et le naturel du prince; 
« si surtout j'avais vu la lettre qu'il m'écrivit et 
« qu'on ne me remit, Dieu sait par quels mo- 
« tifs , qu'après qu'il n'était plus , bien certai- 
• « nement j'eusse pardonné.» Et il nous était aisé 
de voir que le cœur et la nature seuls dictaient 
ces paroles de l'Empereur, et seulement pour 
nous ; car il se serait senti si humilié qu'on 
pût croire un instant qu'il cherchait à se dé- 
charger sur autrui , ou descendît à se justifier; 
sa crainte à cet égard ou sa susceptibilité était 
telle qu'en parlant à des étrangers ou dictant 
sur ce sujet, pour le public, il se restreignait à 
dire que s'il eût eu connaissance de la lettre du 
prince , peut-être lui eût-il fait grâce , vu les 
grands avantages politiques qu'il en eût pu re- 
cueillir; et, traçant de sa main ses dernières 



(Not. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 987 

pensées, qu'il suppose devoir être consacrées 
parmi les contemporains et dans la postérité', il 
prononce, sur ce sujet qu'il suppose bien être 
regardé comme un des plus délicats pour sa mé- 
moire, que si c'était à refaire , il le ferait en- 
eore ! ! ! Tel était l'homme, la trempe de son 
ame , le tour de son caractère. 

A présent que ceux qui scrutent le cœur 
humain , qui se plaisent à visiter ses derniers 
replis, pour en deviner des conséquences et en 
tirer des analogies, s'exercent à leur gré, je viens 
de leurs livrer des 'documens prononcés et des 
données précieuses. En voici une dernière qui ne 
sera pas la moins remarquable. 

Napoléon me disait un jour sur le même 
sujet: « Si je: répandis la stupeur par ce triste 
« événement, de quel autre spectacle n'ai-je pas 
« pu frapper le monde, et quel n'eut pas été le 
« saisissement universel !,.. 

« On m'a souvent offert, à un million par 
« tête , la vie de ceux que je remplaçais sur le 
« trône; on les voyait mes compétiteurs , on me 
u supposait avide de leur sang; mais ma nature 
« eût-elle été différente, eusse- je été organisé 
« pour le crime, je me serais refusé à celui-ci 



358 MEMORIAL (Noy.ieiS) 

« tant il m'eut semble purement gratuit. J'étais 
« si puissant, je me trouvais si fortement assis ; 
« ils paraissaient si peu à craindre ! Qu'on se 
« reporte à l'époque de Tilsit, à celle de Wa- . 
« gram* à mou mariage ayee Marie-Louise , à 
« l'état, à l'attitude de l'Europe entière ! Toute- 
« fois au fort de la crise de Georges et de Pi* 
« chegru , assailli d'assassins , ou crut le moment 
ce favorable pour me tenter , et l'ou renouvela 
a l'offre contre celui que la voix publique , en 
« Angleterre aussi bien qu'en France > mettait 
« à la tête de ces horribles machinations. Je. me 
« trouvais à Boulogne, où le porteur de paroles 
« était* parvenu; j'eus la fantaisie de m' assurer 
« par moi-même de la vérité et de la çontexture 
« de la proposition; j'ordonnai qu'on le fi* pa- 
ie raître devant moi. Eh bien , Monsieur , lui 
« dis- je en le voyant? — Oui, Premier Consul, 
« nous vous le livrerons pour un million. — 
«Monsieur, je vous en promets deux; mpis si 
m vous Tarnene^ vivant.— 'Ah! c'est ce que je 
« nç saurais garantir, balbutia l'homme, que le 
«ton de ma voix et la nature de mon regard 
« déconcertait fort en ce moment. — Et me 
« prenez- vous donc pour un pur assassin ! sa- 



(Mot. i»i«) DE SAÇNTE-.HELENE. 339^ 

« chez., Monsréw, que je Yfittx bien infliger un * 
«c châtiment , frapper ur grand exemple; mais 
«s que je as recherche pas un guet-à-pensj et je * 
« Le chassai» Aussi bien c'était déjà une trop 
* graucfô souillure que sa geule présence.*. 

Du Jeudi 21 au Dimanche 24. 

Visite clandestine du domestique qui m'avait été enlevé* 
-^5es offres.— Seconde visite.-*- Troisième ; je lui 
con^e mystérieusement ma lettre au prince Lucien , 
. cause de imvdépertation* 

..L^ veille au soir , j'étais resté auprès de l'Em- 
pereur , aussi tard qu'unç ou deux heures après 
minuit ; en rentrant chez moi, je trouvai quç 
j'avais eu une petite visite qui s'était lassée de 
m'attendre. 

Cette petite visite , reçue par mon fils , et que , 
dans le temps, la prudence me commandait 
«d'inscrire dans mon journal avec déguisement 
et ihystère , peut aujourd'hui, et va recevoir en 
ce moment toute son explication. 

Cette visite n'était rien moins que la réappa- 
ritipn clandestine du domestique que sir Hûdson m 
JLowe m'avait enlevé, qui , à la faveur de la nuit 
et de ses habitudes locales, avait franchi tojis les 
obstacles , évité les sentinelles , escaladé quel- 



\ 



340 MEMORIAL (Nor. t8«6) 

ques ravins pou* venir me voir, et me dire que, 
s'étant /engagé avec quelqu'un qui partait sous 
très-peu de jours pour Londïes, il venait m' offrir 
ses services en toutes choses. Il m'avait attendu 
fort long- temps dans ma chambre, et ne me 
voyant pas revenir de chez l'Empereur, il avait 
pris le parti de retourner * dans la crainte d'être 
surpris; mais il promettait de revenir, soit sous 
le prétexte de voir sa sœur, qui était employée 
dans notre établissement, soit en renouvelant 
les mêmes moyens qu'il venait d'employer. 

Je n'eus rien de plus pressé le lendemain 
que de faire part à l'Empereur de ma bonne 
fortune. Il s'en montra très-satisfait et parut 
y attacher du prix. J'étais fort ardent sur ce 
sujet; je répétais avec chaleur qu'il y avait 
déjà plus d'un <an que nous nous trouvions ici 
sans que nous eussions encore fait un seul pas 
vers un meilleur .avenir; au contraire, nous 
étions resserrés, maltraités, suppliciés chaque 
jour davantage. Nous demeurions perdus dans 
l'univers; l'Europe ignorait notre véritable si- 
tuation : c'était à nous de la faire connaître: 
Chaque jour les gazettes nous apprenaient les 
voiles imposteurs dont on nous entourait , les 



/ 

(No y, mit) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3»< 

impudens et grossiers mensonges dont nous de- 
meurions l'objet; c'était à n ons, disais- je, de 
publier la vérité} elle remonterait aux souve- 
rains, qui l'ignoraient peut-être; elle serait 
connue des peuples, dont la sympathie serait 
notre consolation , dont les cris d'indignation 
nous vengeraient du moins de nos bourreaux, etc. 
Nous nous mimes, dès cet instant, à analyser 
nos petites archives. L'Empereur en fit le partage 
en destinant, disait-il, ia part de chacun de 
nous pour leur plus prompte transcription. 
Toutefois la journée s'écoula sans qu'il fût ques- * 
tion de rien à ce sujet. Le lendemain, vendredi, 
dès que je vis l'Empereur, j'osai lui rappeler 
l'objet de la veille ; mais il m'en parut cette fois „ 
beaucoup moins occupé, et termina en disant 
qu'il faudrait voir. La journée se passa comme 
la veille; j'en étais sur des charbons ardens.' 

A la nuit, et comme pour m'aiguillonner da- 
vantage , mon domestique reparut, me réitérant 
ses offres les plus entières. Je lui dis que j'en 
profiterais , et qu'il pourrait agir sans scrupule , 
parce que je ne le rendrais nullement criminel , 
ni ne le mettrais aucunement en danger. A quoi 
il répondit que cela lui était bien égal, et qu'il se 



n 



3»2 MEMORIAL (M*. i*î6) 

chargerait de tcmt ce cfrte je voudrais lui donner, 
m'avettis&ant seulement qu'il viehdràfitle prëtt- 
dre sans faute le sûr «lendemain, dimanche, 
veille probable de son ap[>àteillâgé. 

Le lèndemàiû, satnedi* enmè présentant 
cfheà l'Eiapereur , je me hâtât de lui faire con-> 
naître cette derrière circonstance, appuyanf 

. sur ce qu'il nfe nous restait plus que-2ft heures ; 
fltaii l'Empereur me parla très-indîffeVemment 
de totet autre chose. J'en demeurai frappé. Jef 
connaissais l'Eirfjsefëttt: cétteinëôfrciàftcé, eette 
espècede di&âtactiôfiiie pouvaient étire l'effet du 
hasard * encore moins du caprièè £ mais quels 
pfcuvaieirô dbAc étire SeS motifs? J'efi fiis ptféoc- 

. eupé, triste * matheâreitx tout le jfcfir. Là nuit 
âmva et lé ihêmé Sentiment 'qtfliiiVàît agité 
toute lafôuftiéé ft'éi&pêéhatf de âàrmif; l\> te-> 
passais avec dottfeuï, dans monèsprft,«tôùtceqtii 
potovait avoir rapport à cet objet-, qrfabd un 
trait -de lumière tînt tà'éclaïrer tout-â-coiïp.' 
Quie pïétends^jé de l'Empereur, nie dis je 1 ? le 
foire descendre à l'exécution" de petits détails 
déjà beaucoup trop au-dessous dé lui f Nul doute 
iftie : lë dégoût ef une fcuAieur secrète àuroiit 
dicté le silence qui m'a affecté. Devons-nous lui 



(Not.i8i&) DE SAlSftf^HÉLÈNE: 3»3 

demeurer inutiles? Ne pouvons-nous le servir 
qu'en l'affligeant? Et alors* beaucoup de ses ob- 
servations passas tbè revinrent à l'esprit* Ne lui 
avais- je pas donne connaissance de la chose , lie 
l'avait-il pas approuvée, que voulais- je de plus*? 
Cf était à moi, désormais, é agir. Aussi moi* 
'parti fat j>ris à l'instant. Je résolus d'aller en 
avant sans lui en reparler davantage; et, pour 
que la chose demeurât secrète , je mfe prttftftë de 
ta garder pdur moi Seul. 

Il y avait quelques mois que j'étais pâlirent* 
à faire passer la fameuse lettre eh réponse à sir- 
lïudson Lowe » touchant les Commissaire* des 
alliés, la premier, là seule pièce qui, jusque-la, 
eût été expédiée en Europe- Celui qui avait 
Lien vouîtt s'en charger \rfaftfcif apporte va 
grand morceau de satift , sur une partie duquel 
elle fut écrite/ Il m'en restait emwre j c'était là 
précisément mon affaire. Ainsi tout concourait 
à me précipiter vers le gouffre où j'allais tomber 4 

Dès que le jour partit, je donnai à mon fils, 
de la discrétion duquel j'étais sur, le reste du 
satin, sur, lequel il passa toute là journée à tracer 

ma lettre au priifée Lucien. La nuit venue , mou. 

■ 1 • r • i ■ ■■—-..•. — - --: — . . . ■ . .* 

* Le journal du docteur O'Méar a m'apprend, au bout 
de six ans, que j'avais précisément deviné l'Empereur- 



3 A» MEMORIAL (ftar.1%6) 

jeune mulâtre fut fidèle à sa parole. Il etaît un 
peu tailleur ; il cousit lui-même, ce -que je lui 
confiai , dans ses vêtemens, et prit congé , moi lui 
promettant encore de nouvelles choses s'il reve- 
nait , ou lui souhaitant un bon voyage si je ne 
devais pas le revoi»; et je me couchai le cœur 
allégé, l'esprit satisfait comme d'une journée 
Lien et heureusement remplie. Que j'étais loin 
en ce moment d'imaginer que je venais de tran- 
cher, de mes propres mains, le £1 de mes desti- 
nées à Longwood ! ! ! 

• Hélas I on va voir que 2J1 heures n'étaient pas 
écoulées, que , sous le prétexte jde cette lettre , 
j'étais enlevé déjà de Longwood, et que ma per- 
sonne et tous mes papiers se trouvaient au pou- 
voir et à l'entière disposition du gouverneur sir 
Hudson Lowe. A présent , si l'on me demande 
comment je pouvais avoir aussi peu de défiance 
et np soupçonner aucunement qu'il était possible 
qu'on me tendît un piège; je réponds que mon 
domestique m'avait paru honnête , je le croyais 
fidèle , et puis j'étais encore étranger à toute idée 
d'agens provocateurs; invention nouvelle dont 
les ministres anglais d'alors peuvent réclamer 
Thonnéur, et qui a tant prospérée depuif sur le 
continent ! 



MON ENLÈVEMENT 

i " 

DE LONGWOOBi 

Réclusion au secret à Sainte - Hélène. ' 



Espace d'environ six semaines. 



Lundi 25. ■•••... 

Mon .enlèvement de Longwood. 

Sur lés quatre heures l'Empereur m'a lait 
demande*} il venait de finir ' son travail, 1 et ii 
s'en montrait tout content. « J'ai fait avec 
« Bertrand delà fortification toute la jourhéé, 
« m a-t-il dit , aussi mWellé parue très-courte. » 
J'ai. déjà dit que c'était, daàs;FEmpbeur , un 
goût nouveau, tout-?à-£ait du .moment, é« Dieu 
sait comme ils sont précieux ici. » ."- • 

J avais rejoint l'Empereur; sur lfespèce de 
gazon qui a voisine la tente \ de*là* cous avons 
gagné le tournant de l'alirfeJ quir^xmduit au 
bas du jardin. On a apporté cinq ;orategea "dans 
une assiette, du sucre et un ctrateau; elles sont 
fort rares dans l'île , elle» viennent du . Cap ; 
l'Empereur les aime beaucoup $. celles ± ci 
étaient une galanterie de la dy M jiteolin;,!!^ 
7. 22 



3*6 MEMORIAL (N«t.i8i6) 

mirai répétait cette offrande toutes les fois 
qu'il en avait l'occasion. Nous étions trois en 
ce moment auprès de l'Empereur; il m'a donné 
une de ces oranges à mettre dans ma poche 
pour mon fils, et s'est mis à couper et à pré- 
parer lui-même les autres par tranches; et, 
assis sur le tronc d'un arbre, il les mangeait et 
en distribuait gaîment et familièrement à châtia n 
de nous. Je révais précisément , par un ins- 
tinct fatal, au charme de ce moment I Que j'é- 
tais loin, hélas! d'imaginer que ce devait être 
le dernier don que je pourrais recevoir de sa 
main l*.. * 

L'Empereur Vert mis ensuite à faire quelques I 
tours de jardin ; le vent était devenu froid : il 
est rentré et m'a fait le suivre seul dans le salon 
et la salle de billard qu'il parcourait dans leur 
étendue. Il me parlait de nouveau de sa jour- 
née, me questionnait sur la mienne; puis, la 
conversation s'étant fixée sur son mariage, il 
s'étendait sur les fêtes qui avait amené le 
terrible accident de celle de M* Schwartzem- j 
berg, dont je me promettais intérieurement de 
faire un article intéressant dans mon Journal, 
quand l'Empereur s'est interrompu tout-à-cotfp 



(Noy. 1816) DE SÀINTE-HELËNE; 8»7 

pour considérer, par la croisée, un groupe con- 
sidérable d'officiers anglais qui débouchaient 
vers nous par la porte de notre enclos :. c'était 
le Gouverneur entouré de beaucoup des siens» 
Or, le Gouverneur était déjà venu le m?tin , a 
fait observer le Grand-Maréchal qui entrait en 
ce moment; il l'avait eu chez lui assez long- 
temps; de plus , art-il ajouté, on parlait d'un 
certain mouvement de troupes. Ces circons- 
tances ont paru singulières; et ce que c'est 
pourtant qu'une conscience coupable ! l'idée de 
ma lettre clandestine me revint à l'instant, et 
un secret pressentiment m'avertit aussitôt que 
tout cela me regardait. En effet, pett d'instans 
après, on est venu me dire que le colonel anglais, 
la créature de sir Hudson Lowe, . m'attendait 
chez moi. J'ai fait signe que j'étais avec l'EniT 
pereur, qui m'a dit quelques minutes api es: 
« Allez voir, mon cher, ce que vous veut cet 
« animal. » Comme je m'éloignai* déjà, il a 
ajouté : «Et. surtout revenez \promptement.»JLt 
voilà pour mpites dernières paroles de Napoléon. 
He*las! je ne l'ai plus revu I Son accent , le son de 
sa voix, sont encore à me$ orçillçs.. Que >de fais 
depuis je me suis complu à y.arrèter ma ye»m J 



350 MEMORIAL (Not.iSiôj 

Mardi i5 au Mercredi 26. 

Visite officielle de mes papiers etc. 

Quelle nuit que la première que Ton passe 
emprisonné entre quatre murailles!,.... Quelles 

pensées! Quelles réflexions! Toutefois, ma 

dernière idée du soir,ia première de mon ré- 
veil avait été que j'étais encore à quelques mi- 
nutes de distance seulement de Longwood, et 
que pourtant, peut-être, l'éternité m'en sépa- 
rait déjà!..... 

Pans la matinée, le Grand-Maréchal, accom- 
pagné d'un officier, a passé à vue de ma cahutte , 
et à portée de la voix. J'ai pu lui demander, 
de mon donjon , comment se portait l'Empe- 
reur, Le Grand - Maréchal se rendait à Plan- 
tation-Housse, chez \e Gouverneur : c'était in- 
dubitablement à mon sujet} mais de quoi pou- 
vait-il être chargé? Quelles^ étaient les pensées, 
les désirs dé l'Empereur àî cet égard ? C'est là 
ce qui m'occupait tout à fait. Le Grand-Maré- 
chal, eh repassant, ma fait ? avec tristesse, un 
geste qui m'a donné ridée -d'un adieu, et m'a 
serré le cœur. - 



CNoviêiej DE SAINTE-HELENE. 351 

Dans la matinée encore 9 le général Gour- 
gaud et M. de Montholon sont venus jusqu'à 
l'ancienne demeure de M™ 6 Bertrand ,. en face 
de moi et assez près. ïl m'a été doux de les re- 
voir et d'interpréter leurs gestes d'intérêt et 
d'amitié. Ils ont sollicité vainement de péné- 
trer jusqu'à moi ; il leur a fallu s'en retour- 
ner sans rien obtenir. Peu de temps après , 
M mo Bertrand m'a envoyé des oranges , me fai- 
sant dire qu'elle recevait à l'instant même des 
nouvelles indirectes de ma femme, qui se por- 
tait hien. Cet empressement, ces tendres té- 
moignages de tous mes compagnons, m'étaient 
la preuve que les sentimetts de famille se ré- 
veillent au premier coup du malheur, et je 
trouvais en ce moment quelque charmq à «être 
captif. 

Cependant, aussitôt après mon arrestation, 
on n'était pas demeuré oisif dans mon ancien 
logement. Un commissaire de police, importa- 
tion tonte récente dans la colonie , la première 
tentative de cette nature, je pense, hasardée 
sur le sol britannique , avait fait sur moi son coup . 
d'essai. Il avait fouillé mon secrétaire, enfoncé 
des tiroirs, saisi tous mes papiers; et jaloux de 



362 'MEMORIAL ! <***,, 8t6) 

montrer sa dextérité et tout son sa vuir faire , 
il. avait procède' de suite à défaire nos lits , 
démonter j^on casiapé , et ne parlait de rien 
moinsf (jue 4'enlerer fes/plawhers. , 

Le Gpttf erreur > devenu maître de tous mes 
papiers, s^ivi de huit à dix officiers , s'est mis en 
dçvpjr 4q i|i^ ks produire triomphalement. Des- 
cendu à l'epposite .de moi dans l'ancienne de- 
n^eçro <le M me Bertrand t il m'a. ifait demander 
&i je voulais y aller pour, assister à leur inven- 
taire* où si je préférais qu'il se rendît chez moi. 
J ; ai répondu que^paisqu'il me laissait le choix, 
le dernier f parti me: serait la plus agréable. 
^ Tout le monde ayant pris place, je,ipe suis levé 
pour protester hauterqent coritrelq manière peu 
convenable dont j'avais été arraché deXong- 
wood , sur l'illégalité avec laquelle on avait 
scellé mes papiers loin de tna personne; enfin 
j'ai protesté contre la» violation qu'on allait 
fair-e de mes papiersr secrets* dç-ceux qui étaient 
les dépositaires sacr^ de, ma pensée ,; qui ne 
devaient exister que pou*. moi, dont jusqu'ici 
personne au monde n'ayait eu connaissance. Je 
mespis élevé centre l'abus que pouvait en faire 
le pouvoir; j'ai dit à sk Hudsçij. Lowequeis'il 



(Ney : «8i6), DE SAINTE-HELÈNE. 353 

pensait que les circonstances requissent qu'il 
eu prît connaissance , c'était à sa sagesse à y 
pourvoir -, que cette lecture ne m'embarrassait 
nullement d'ailleurs j mais que je devais à moir 
même, aux principes, d'en charger sa responsa- 
bilité, de ne céder qu'à la force et de ne point 
autoriser un tel acte par mon consentement. 

Ces paroles de ma part, en présence de tous 
ces officiers , contrariaient fort le Gouverneur, 
qui, s'irritant, s'est écrié : « Monsieur le comte, 
« n'empirez pas votre situation, elle n'est déjà 
« que trop mauvaise ! » Allusion sans doute à 
la peine de mort qu'il nous rappelait souVent 
que nous encourrions en nous prêtant à l'éva- 
sion du grand captif. Il ne doutait pas que mes 
papiers dussent lui procurer les plus grandes 
découvertes. Dieu sait jusqu'où pouvaient aller 
ses idées à cet égard. 

Au moment de procéder à la lecture , il ap- 
pela le général Bingham, le commandant en se- 
cond de l'île, pour y prendre personnellement 
part ; mais là délicatesse et les idées de celui-ci 
différaient beaucoup de celles du Gouverneur* 
« Sir Hudson Lowe, lui répondit-il avec un 
« dégoût marqué, je vous prie de m'exeufter, je 



35» MÉMORIAL ( Nov. ,816) 

« ne me crois pas capable de lire cette espèce 
« d'écriture française. » 

Je n'avais an fait nulle objection réelle à 
ce que le Gouverneur prît connaissance de mes 
papiers; je lui dis donc que, non comme juge 
ni magistrat, car il n'était pour moi ni l'un ni 
l'autre*, mais à l'amiable et de pure condescen- 
dance , je trouvais bon qu'il les parcourût. Il 
tomba d'abord sur mon Journal. On juge de sa 
joie et de ses espérances en apercevant qu'il al- 
lait lui présenter jour par jour tout ce qui 
se passait au milieu de nous à Longwood. Cet 
ouvrage était asâez dégrossi pour qu'une note 
des matières pu l'indication des chapitres se 
trouvât en tète de chaque mois. Sir Hudson 
Lowe y lisant souvent son nçm, courait tout 
d'abord à la page indiquée chercher les détails; 
et s'il eut là maintes occasions d'exercer sa lon- 
ganimité, ce n'était pas ma faute, lui remar- 
quais -je, mais plutôt celle de son indiscrétion. 
Je l'assurai que cet écrit était un mystère pro- 
fond, étranger à tous; que l'Empereur, lui- 
même, qui en était l'unique objet, n'en avait 
lu que les premières feuilles, qu'il était loin 



(Noy. 1816) DE SAINTE-HELENE. 355 

d'être arrêté, qu'il devait demeurer long-temps 
un secret pour moi seul. 

Sir Hudson Lowe ayant parcouru mon Jour- 
nal deux ou trois heures, je lui dis que j'avais 
voulu le mettre à même d'en prendre une juste 
idée , qu'à présent c'était assez, que je me 
croyais oblige, par bien des considérations, à 
lui interdire, autant qu'il était en mon pouvoir, 
d'aller plus loin; qu'il avait la forcé j mais que 
je protesterais contre sa- violence et son abus 
d'autorité. Il me fut aisé de voir que c'était un 
vrai contretemps pour lui , il hésita même : 
toutefois ma protestation eut son plein effet, 
et il ne fut plus touché à mon Journal. J 'aurais 
pu étendre ma protestation à tous mes autres 
papiers; mais ils m'importaient peu : ils cau- 
sèrent pendant plusieurs jours l'inquisition la 
plus minutieuse. 

J'avais mes dernières volontés scellées : il me 
fallut ouvrir cette pièce , ainsi que d'autres 
papiers d'une nature aussi sacrée. Arrivé au 
fond d'un porte-feuille où reposait des objets 
que je n'avais pas osé toucher depuis que j'étais 
loin de l'Europe, il a fallu les ouvrir. Ce devait 
être pour moi la journée des émotions : leur 



356 MEMORIAL ( Hoy. iBiô) 

vue a remué dans mon cœur de vieux, souvenirs 
que mon courage y tenait comprimés depuis de 
douloureuses séparations. J'en ai été vivement 
ému \ je suis sorti rapidement de la chambre. 
Mon fils, demeuré présent, m'a dit que le Gou- 
verneur, lui-même, n'a pas été sans se montrer 
sensible à ce mouvement. 

Jeudi 28 au Samedi 3o. 

Ha translation à Balcombe's cottage. 

Aujourd'hui 28, nous avons ete tirés de 
notre misérable cahutte , et transférés à une 
petite lieue de là , dans une espèce de chau- 
mière de plaisance (voyez la carte) apparte- 
nant à M. Balcombe, notre hôte de Briars, La 
demeure était petite, mais du moins très -sup- 
portable, et située en face de Longwood, à 
assez peu de distance : nous n'en étions séparés 
que par plusieurs lignes de précipices , et de 
sommités très-escarpées. Nous étions gardes par 
un détachement du 66* ; un grand nombre de 
sentinelles veillaient sur nous, et défendaient 
nos approches. Un officier y était à nos ordres, 
nous dit obligeamment sir Hndson Lowe, et 



(Not. 1816) DE SAINTE-HELENE. 357 

pour notre commodité, assurait - il. Toute 
communication' était sévèrement interceptée; 
nous demeurions sous l'interdit le plus absolu. 
Un chemin circulait sur* la crête de notre 
bassin ; le général Gourgaud, escorté d'un offi- 
cier anglais , vint le parcourir : il nous fut aisé 
de distinguer ses efforts pour se rapprocher de 
nous autant que cela lui était: possible; et ce 
fut avec un sentiment de joie et de tendresse 
que nous reçûmes et rendîmes de loin les saluts 
et les démonstrations que nous adressait notre 
compagnon. La bonne et excellente madame 
Bertrand nous envoya de nouveau des oranges: 
il ne nous fut pas permis de lui écrire un mot 
de remerciaient ; il fallut nous borner à confier 
toute notre reconnaissance à des poignées de 
roses cueillies dans notre prison, et que nous 
lui envoyâmes. 

Sir Hudson Lowe , dès le lendemain, vint 
nous visiter dans notre, nouvelle demeure. 11 
voulut savoir comment j'avais été couché; je le 
conduisis à une pièce voisine , et lui fis* voix un 
matelas par terre : notre nourriture avait été à 
l'avenant. « Vous l'apprenez, lui dis- je, parce 
« que vous l'avez demandé; j y attache peu.de 



358 MEMORIAL (Nar.iBifr) 

« prix. » Alors* il s'est violemment fâché contre 
ceux qu'il avait chargés de notfs installer , et 
nous a envoyé nos repas de sa cuisine de Plan- 
tation-Housse, bien qu'à deux lieues de distance, 
et cela jusqu'à ce qu'on eût pourvu régulière- 
ment à nos besoins. 

Cependant, une fois dans notre nouvelle 
prison, il fallut bien songer à nous créer des 
occupations, pour pouvoir supporter le temps J 
Je partageai nos heures de manière à remplir 
notre journée : je donnai des leçons régulières 
d'histoire et de mathématiques à mon fils , nous 
fîmes quelques lectures suivies , et nous mar- 
chions dans notre enclos durant les inter- 
valles. Le lieu , pour Sainte - Hélène , était 
agréable, il y avait un peu de verdure et quel- 
ques arbres, grand nombre de poules, qu'on éle< 
«yait, du reste, pour la consommation de Long- 
wood, quelques pintades et autres gros oiseaux 
que nous eûmes bientôt apprivoisés : les captifs 
sont ingénieux et compatissans. Enfin, le soir 
nous allumions du feu, je racontais à mon. fils 
des histoires de famille, je le mettais au fait de 
mes affairesidomestiques , je lui apprenais et 
lui faisais noter les noms de ceux qui m'avaient 



(Hoy. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3fi9 

montré de la bienveillance dans la vie, ou m'a- 
vaient rendu quelques servicçs. 

En somme, nos momens étaient tristes, mélan* 
coliques; mais si calmes qu'ils n'étaient pas 
sans utoe certaine douceur. Une seule idée nous 
était poignante et nous revenait sans . cesse : 
l'Empereur était là, presque à notre vue, et 
pourtant nous habitions deux univers 5 une si 
petite distance nous séparait, et pourtant toutes 
communications avaient jtfsé! Cet état avait 
quelque chose d'affreux; je n'étais plus avec 
lui , je n'étais pas non plus avec ma famille, que 
j'avais quittée pour lui : que me restait-il donc ? 
Mon fils partageait vivement toutes ces sensa- 
tions ; exalté par cette situation et par la chaleur 
de sou âge , ce cher enfant m'offrit, dans un mo- 
ment d'élan, de profiter de l'obscurité de la 
nuit, pour tromper la surveillance de nos senti- 
nelles, descendre les nombreux précipices et 
gravir les hauteurs escarpées qui nous séparaient 
de Longwood, et pénétrer jusqu'à Napoléon, 
dont il rapporterait des nouvelles , garantissait- 
il , avant le retour du jour. Je calmai son zèle, 
qui , s'il eût été praticable , n'eût pu avoir d'au- 
tre résultat qu'une satisfaction personnelle, 



360 MEMORIAL (Dec **) 

et eût pu créer les inconvéniens les plus graves. 
L'Empereur m'avait tant et-si souvent parle', que 
je ne pensais pas qu'il eût rien à me faire dire -, 

çt si la tentative de mon fils eût été' découverte. 

* 

quel bruit n'eût-elle pas fait , quelle importance 
le Gouverneur ne lui eût-il pas donnée , quels 
contes absurdes n'eût-il pas imaginés, pro- 
duits! etc. 

Dimanche i er décembre au Vendredi 6. 

Je prends an parti; mes lettres à sir Hodson Lowe , etc. 

Cependant les jours de notre emprisonne- 
ment s'écoulaient , et le Gouverneur, bien qu'il 
continuât de nous tiçiter souvent, ne nous 
parlait pas d'affaires ; seulement il m'avait laisse 
entrevoir que mon séjour dans l'ile , et au secret , 
pourrait se continuer jusqu'au retour des nou- 
velles de Londres. Près de huit jours étaient 
déjà passés sans le -moindre pas vers un denoû- 
ment quelconque. Cet état passif et inerte n'é- 
tait pas dans ma nature. La. santé de mon fils 
était par moment df£ plus alarmante. Privé de 
toute communication quelconque avec Long- 
wood, je depieurais seul vis-à-vis de moirmême. 
Je méditai sur cette situation, j'arrêtai un plan 



(Dé C : 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 364 

et pris un parti : je le choisis extrême, pensant 
que s'il était approuvé de l'Empereur , il pour- 
rait être utile, et que rien ne: me serait plus 
facile que de revenir en arrière, ci c'était son 
désir. En conséquence, j'écrivis au Gouverneur 
la lettre suivante : 

. « M, le Gouverneur. — Par suite d'tin piège 

ce tendu ,par mon valet, j'ai été enlevé de JuiOng- 

« wood le 25 dy courant, et tous mes papiers sai- 

« sis. Je me suis trouvé avoir enfreint vos re&tric- 

« tions, auxquelles je m'étais soumis. Mais'cgs 

« restrictions; vous n£ les aviez, confiées ni à ma 

« parole, ni à ma délicatesse: elles m' eussent été 

« sacrées. Vous les ayiç* confiées à dfis peiftes; 

« j'en ai couru les risques; vous avex appliquées 

« peines à votre fantaisie; je n'y ai rien objecté. 

« Jusque-là yi^n de f lus régulier; mais la peiue 

.« a ses limites, sitôt que la faute est cirçonsçrjtg. 

# u Or, qu' est-il arrive? Deux lettres on^r été, dorç- 

.« nées à votre insu : l'une est une relation de nps 

.«jéyénemens^u prince Lucieq, qui était des tj- 

«née à passer par vos mains , si vous ne m'aviez 

/< fait dire qup. la continuation de n*fs lettres 

. 4 et de leur style me ferait éloigner , par vous, 

« d'auprès de l'Empereur. La seconde est une 

7. 23 



1362 MÉMORIAL fi*c.**i*) 

« simple communication d'amitié. Oepeudailt, 

* cette circonstance a mis en vos mains tons 

* taies papiers : vous -en avez >vules (dus secrets» 

'* J'ai mis une 'telle facilité à vos recherches, 

% que je me auis prêté à vous laisser parcourir, 

« sur votre parole privée, ce qui n'était conmi 

** que de moi , n'était~eneore que des idées ou 

« des rédactions informes, non arrêtées*, suscfcp- 

w « • tibles d'être à chacune instant coivigées > retf ti- 

« fiées, modifiées ; en un mdt , le secreft , le chaos 

r « de mes pensées. J'ai voulu vous convaincre 

h parla, et, j'en appelle à votre bonne foi, j't»- 

« père vous avoir convaincu que, dans la masse 

; « des papiers que vous avez sommairement par- 

* courus, il n'existe rien de ce qui aurait pu cbn- 
« cerner la haute et importante partielle votre 

* ministère. Aucun complot, aucun nœud, pas 
«une «etile idée relative à l'évasion de Nape* 
« léon/Vous n'avez pu en trouver aucune, parce 

u « qu'il n'en existait aucune. Nous la -croyons 
* impossible , nous n'y songeons pas ; gt , ce 

•* n'est pis que je veuille m*«n défendre, j^y 

** eusse vtjlontiers donné les* mains , si y en- eusse 
•cvu la ipossibilité. J'eusse volontiers payé de 

Hc 4 ma vie cette évasion. Je serais mort martyr 



tM».4ta) DE SAINTE-HÉLÈNE. 363 

« du dévouement : c ? eût été vivre a jaroite<tens 
tr les cœurs nobles et généreux. Mai^, je le^ér 
« pète , personne ne le croit possible , çt n'y 

* songé. L'Empereur Napoléon eu est encore à 
«la même pensée, aux mêmes désirs qu'épi 
tr abordant librement et de bonnafpi\$ ïtaUér 
« rophon, d'aller chercher quelques ymx$ teaur 
« quilles en Amérique, ou même en Angle*- 
«< terre, sous la protection des lois. ' 

tr Les choses une fois ainsi établies, je pron 
« teste de téteft mon pouvoir, je m'oppose foi> 
« mellement à ce que vous lisiez désormais, je 
« pourrais dire tous mes papiers secrets; jftaifi je 
« me borné seulement à ceux que/apjteUe/flpB 
« Journal. Je «lois cette mesure à mto grapd 
« respect pOur l'Auguste personnage qiii .s'y jrçr 
« trouve Sans <e«se y }è la d$i*:m jmpftrtid* 
« moi-même. Jcf demande donp d^doux «Jrtses 
« l'une: ou que si, dans votre; (^science, vçu* 
« croyez ces paple^s^fcraugerq &3tttrégrajul obr 
•c'jet^ ils me soieWrendrasUi>leTQhamp,> oui que 
« si, d'après ce^uevwseâafezl^^FCH^ip^çea; 
« que certaine partips'sont de j*toi#ià£tp *ijr 

* ses soui lesy^u^ 4e>vosmiuistrei v jad0pande 
Vquë voufc îed^^n^eiiivcype^Ja totalité , jrtjme 



36» MÉMORIAL («fa. .8.6) 

. fassiez suivre avec eux. U y est trop question 
« de vous , Monsieur, pour que votre délicatesse 
« ne vous fasse une loi d'adopter l'un ou l'autre 

* de ces partis. Vous ne sauriez chercher à pro- 
« fiter, plus que je ne l'ai permis, de cette oc- 

* casiou d'y lir*ce qui regard* votre personne. 

* Autrement , à quelles inductions ne vous ex- 
poserait pas Un abus d'autorité, et comment 
« empêcher qu'on ne Uât cette circonstance au 

* piège, qui «'a été tend* , a* grand bruit 
« qu'on se tcoutVfEà avoir fait pour si peu de 

-«chose? 

"i m Awivé on Angleterre, avec ces papiers, je 
«tdomàUderai aux ministrÈS à leur tour, et j'ap- 
W pelierai le-mondeà témoin, de quelle utilité 
*>peut4tsre,jiw yen* des lois, u*,papier où se 
V trouvent c«nttgnés, dans toute la négligence 
« d'un mystère profond, jour par jour, la çon- 
w versation, les paroles,. peut -être jusqu'aux 
« gestes de l'Empereur Napoléon? Je leur de- 

# manderai surtout queUe inviolabilité de se- 
« <*et je n'ai pas droit d'exiger, d'eux sur toutes 

* les parties dftm recueil qui n'était encore que 
« ma pensée brute, qui n'existe pas , à bien dire , 
« qui ne présente que des matériaux encore 



(ïwciSi*) DE SAINTÊ-ftELÈNE. 365 

et informes /dont je pouvais sans scrupule désa- 
« vouer presque toutes les parties, parce qu'elles 
* étaient loin d'être arrêtées encore vis-à-vis , 
« de moi-même; dans lequel, chaque jour,* il 
« m'arrivait de redresser,, à l'aide d'une con- 
« versatîotf nouvelle, les erreurs d'une conver» 
« sation passée, «erreurs toujours inévitables et 
« fréquentes, et dans celui qui parle sans croire 
« être observé, et dans celui qui recueille sans 
"« se croire tenu à garantir. Quant i ce qui vous 
« y concerne , Monsieur , si vous avez eu à 
« vous récrier maintes fois sur l'opinion et les 
« faits que j'ai émis sur votre personne , rien ne 
« vous est plus aisé, d'homme à homme, que 
if de me faire connaître mon erreur. Vous ne 
« me rendrez jamais plus heureux que de me 
« donner l'occasion d'être juste ; et à la suite 
ce des e'claircissemens, quelle que soit l'opinion 
« dans laquelle je persiste , vous serez forcé 
« du moins de reconnaître ma droiture et ma 
« bonne foi. 

« Du reste, quel que soit le parti que vous 
« comptiez prendre à mon égard , M. le Gou- 
« verneur, à compter de cet instant, je me re- 
« tire , autant que l'admet la position où je me 



866 MÉ&ORIÀL (iNe.1816) 

« trouve , de la sujétion volontaire à laquelle je 
« m'étais soumis vis»à-vis de vous.Quand j'en pris 

* l'engagement , vous me dîteâ que je demeurais 
ic toujours maître de le rétracter j or , à comp- 
« ter de cet instant 9 je veux rentrer dans la 
« classe commune des citoyens. Je me remets 
tK soiis l'action de vos lois civiles ; je réclame 

* Vos tribunaux* Je n'implore pas leur faveur, 

* mais seulement leur justice et leur jugement. 
« Je pense, M. le général, que vous portez trop 
« de respect à vos lois, et avez trop de justice 
« haturelle datas le cœar, pour vous faire l'in- 
« jure de vous observer que vous deviendriez 
« responsable de toutes les violations que ces 
« lois peuvent éprouver vis-à-vis de moi, di- 
te rectement et indirectement. Je ne pense pas 
« que la lettre de vos instructions, qui vous por- 
« terait à me retenir ici ou au Cap plusieurs 
« mois prisonnier, put vous mettre à l'abri de 
« l'esprit de ces mêmes instructions * invoqué 
« par la force, la supériorité, la majesté des 
« lois. 

« Ces instructions , si j'ai compris, en vous 
« prescrivant de retenir toute personne de l'é- 
« tablissement de Longwood un certain temps, 



tw* iJW DE SAINTEriUÎLÈNE. 307? 

et avant de le «end*? 4 L& liberté,, n r onfc porçr 
«.but* sans doute, que de dérouter et de laisser 
n vieillir Us çonrounications^cpie Ton pourrait 
« avoir eues avec cette affreuse prison. Or* ta 
a manière, dont >'en> ai été enlevé a sufjfr pour 
« remplir ce lait,. On m'a rçndn^poçsiible <&'<£* 
« emporter aucune idée du momepu J'y 3* été 
« comme frappe de mort subite* R'ailleusSx&H. 
« voyé eu Angleterre, comme préyenu* etj çqus» 
« l'action «les lois, si, je cuis trouvé coupable* 
<* elles pourvoiront assez à l'inconvénient qi^'ou 
« a voulu éviter» Si jet ue le suis pas , il. restera 
« contre moi Yntien-rbill , ou même eacQte wa 
« soumission volontaire donnée ici d'avance* à 
« Routes le$ précaution , même arbitraires yi 
» qu'on croira devoir prendre à ce sujet, vis-à-. 
«visdeiuoi. 

«, M, le Gouverneur « (a*£ coiwtfUe encore 
« quels peuvent être vos projets sur ma per- 
« sonne , je nie suis imposé déjà moi-même le 
* plus grand des sacrifices. Je ne suis encore 
« qu'à quelques pas de Longwood * et déjà 
« peut-être l'éternité m'en sépare, Pensée af- 
« tireuse qui we déchire et va me poursuivre ! . , . 
« Il y s^peu de jours eacoMj vous sa'eussiez 



368 MÉMORIAL (Dec. 1816) 

« arrache jusqu'aux dernières soumissions, par 
« la crainte de me voir éloigner de l'Empereur. 
« Napole'on. Aujourd'hui , vous né sauriez plus 
«m'y faire revenir. On m'a souillé en me sai- 
« sissant presqu'à sa vue. Je ne saurais plus dé- 

* sormais lui être un objet de consolation ; ses 
« regards ne rencontreraient en moi qu'un ob- 
« jet ttétri, et des souvenirs de douleurs. Pour- 
tant, sa vue, les soins que je me plaisais à lui 
« donner, me sont plus chers que la vie. Mais 
« peut-être qu'au loin on prendra pitié' de ma 
« peine! Quelque chose 'me dit que je revien- 
drai; mais par une route purifiée, amenant 
«■ avec moi tout ce qui m'est cher, pour entou- 

* rer de tios- soins pieux et tendres l'immortel 
« monument que rongent sur un roc , au bout 
« de l'univers, l'inclémence de l'air et la mau- 
« vaise foi , la dureté des hommes. Vous m'avez 
« parlé de vos peines, M. le Gouverneur} nous 
« ne soupçonnonsspas, m'avez-vous dit, toutes 
« vos tribulations ; mais chacun ne connaît, ne 
« sent que son mal. Vous ne soupçonnez pas 
«non plus le c^êpe funèbre que vous tenez 
«étendu sur Longwood. J'ai l'honneur, etc. 

Une fois la correspondance établie a*rec sir 



( Dec. 1816 ) DE SÀINTE-HELÊNE. 869 

Hudson Lowe , je tae demeurai plus oisif . Dès le 
lendemain je lui écrivis de nouveau pour lui 
dire qu'en conséquence de ma lettre de la veille, 
je le sommais officiellement et authentiquement 
de m' éloigner de Sainte-Hélène, et de mé ren- 
voyer en Europe. Le jour suivant je poursuivis 
auprès de lui. la même idée, sous mes rapports 
et ma situation domestique. 

« Dans mes deux précédentes , lui mandais- 
« je, qui traitaient toutes deux die ma situation 
« politique, j'avais cru peu digne et peu con- 
ta venable de mêler un seul mot de ma situation 
« domestique; mais aujourd'hui que, par suite 
« de ces deux mêmes lettres, je me regarde 
« comme rentré dans la masse de vos adminis- 
« très , à titre de passager accidentel dans votre 
« île , je n'hè'sitê pas à vous entretenir de toute 
«l'horreur 'de ma situation privée. Vous con- 
« naissez l'état affreux de la santé de mon fils : 
«les personnes de l*art doivent vous en avoir 
« instruit. Depuis qu'il a vu se briser le lien 
« cher et sacré qui noiis attachait à Longwoôd , 
« toutes ses idées, ses vœux, ses espérances se 
« sont tournés avec ardeur vers l'Europe, et 
« son mal va s'accroître de toute l'impatience, 



aie MEMORIAL fi**.*.*) 

m de tout le pouvoir de rimagination. Voilà sa 
«situation physique; elle rend ma situation 
« morale pire encore , s'il est possible. J'ai à 
« combattre tout-à-ta-fois et lia tendtreasé du 
« cœur et les inquiétudes de l'esprit. Je ne me 
« vois pas sans effroi responsable à moi-même 
« de l'avoir amené ici , et d'être la cause qu'oa 
« l'y retiendrait. Que répondrais-)* à une mète 
« qui me le redemanderait ? Que rëpoadrais-je 
« à la foule des oisifs et des indifférera mêote, 
« toujours empressée de juger et de condamner? 
« Je ne parle point de ma propre santé > elle 
« m'importe peu» dans de telles émotions et de 
« telles anxiétés. Toutefois, je me trouve dans 
« un état de débilité absolue, vraiment déplo* 
« rable; depuis que je n'ai plus sous les yeux 
« la cause qui tenait eu exercice les forces de 
« mon ame, mon corps plie sous les ravages 
« effrayans d'un an et demi de combats, d'é*> 
« preuves et de secousses, telles que l'imagina* 
« tion a de la peine à les suivre. Je ne suis plus 
« auprès de l'objet auguste auquel je consacrais 
« avec charme les peines de ma vie. Je n'eu 
« dçmeure pas moins éloigné de ma famille, 
« dont le sacrifice m'avait tant déchiré. Mou 



( l>fc.iM» DE SÀINTE-HÉLENE. 37V 

« cœur se brise entre les deux , prive de chacun** 
« Il s'égare dans un abîme ; il ne saurait y résis- 
te ter long-temps. Je tous laisse , monsieur le 
« Gouverneur, a peser' ces considérations. Ne 
« faites pas deux victimes. Je vous prie de nous 
«envoyer en Angleterre, à la source de la 
« science et des secours de toute nature. Ce sera 

* la première, la seule demande d'aucune espèce , 
« qui sera sortie de moi vers vous ou votre 
« prédécesseur. Mais le malheureux état de 
« mon fils l'emporte sur mon stoïcisme. N'at- 
tc teiudra-t-il pas votre humanité? Un bon 
« nombre de motifs peuvent aider encore votre 1 
« décision : ma lettre du 30 novembre les ren- 
ie ferme tous. J'ajouterai seulement ici l'occa-^ 
a sioa précieuse pour vous, de montrer à tous* 
« les jeux une grande et une rare impartialité, 
« en envoyant ainsi tous- même à vos ministres* 

* précisément un de vos adversaires. » 

À la réception de ces lettres, sir Hudsen 
Lowe se rendit auprès de moi , et, à l'égard de' 
la première , il me nia tout d'abord qu'il m'eût 
tendu aucun piège par la voie de mon domes- 
tique. Il convenait néanmoins que j'avais pu m'y 
méprendre; et comment en eût-il pu être autre- 1 



S7Ï MÉMORIAL (Wc tst6) 

ment , lui disais-je , ce domestique avait été de- 
mande" plusieurs fois par l'autorité après in avoir 
été retiré; depuis , il était venu m'offrir béné- 
volement 6es services pour l'Europe , et m'avait 
'assuré qu'il trouverait bien le moyen de par- 
venir en secret jusqu'à moi pour prendre mes 
commissions, et il y était venu en effet plusieurs 
fois, malgré la surveillance sévère qu'on exer- 
çait autour de nous. Quoi qu'il en fût , *sir 
« Hudson Lowe me donna, sur ce poipt , sa parole 
d'honneur, et il fallait bien que j'y crusse. 

De là il passa à discuter verbalement quel- 
ques articles de mes lettres > s'arrêtaUt surtout 
sur certaines expressions qu'il me représentait 
d'une manière amicale, devoir lui être désa- 
gréables. Il me trouva, non-seulement en cette 
occasion, mais dans plusieurs autres qu'il fit 
naître de la sorte , toujours de la dernière faci- 
lité. Ma réponse d'ordinaire était de prendre la 
plume aussitôt, et d'effacer ou de modifier les 
mots qui lui déplaisaient. 

Je fais grâce d'une assez volumineuse corres- 
pondance roulant toujours sur le même sujet. 
Je me contenterai de dire que sir Hudson Lowe 
s'abstenait en général de répondre , que s^ 



- t 



nj4c.isi«) DE SAINTE-HÉLÈNE; Zj$ 

coutume était d'accourir , ainsi qu'on vient de 
le voir , pour discuter verbalement avec moi 
les lettres qu'il avait reçues, obtenir quelques 
ratures, après quoi il se retirait en assurant qu'il 
ferait bientôt ample réponse, ce qu'il, ne fit 
jamais alors, ce qu'il n'a jamais fait depuis; 
seulement, m'a-t-on mandé d'Angleterre * il 
paye aujourd'hui des papiers périodiques ou 
des libellistes de hasard pour dépecer le Mémo- 
rial de Sainte-Hélène, et injurier son auteur. 

Comme dans les nombreuses discussions ver- 
bales de mes lettres, à la rature près de quel- 
ques expressions, il n'obtenait de moi rien d'im- 
portant, et n'arrivait à rien de ce qu'il voulait , 
il s'en retournait me. donnant i chacun pour un 
homme très r fin, très - dangereux , assurait-il; 
car pour lui on était très-fin, très-astucieux, 
tout à. fait à craindre, dès qu'on n'était point 
assez sot pour donner dans ses vues , ou tomber 
lourdement dans ses pièges. Toutefois voici le 
seul tour que. je lui aie joué y Gag h captivité, 
son. oisiveté , ses rigueurs aiguisent l'invagina- 
tion f et puis c'était de boi\ne guerre entre 
nous. Le droit incontestable du prisonnier est 
de chercher à tromper son geôlier. 



-37» MÉMORIAL fBéc.iSie) 

J'ai dit e* commençant .que l'Empereur , au 
moment de partir pour Sainte- Hélène, m'avait 
secrètement confié un collier de diamans d'un 
très-grand prix. L'habitude de le porter depuis 
si long-temps faisait que je ne m'en occupais 
pins aucunement, si bien que ce sue fut qu'au 
bout de plusieurs jours de réclusion, et vérita- 
blement par hasard qu'il me revint à l'esprit; 
j'en foisonnai. Garde' comme je l'étais, je ne 
voyais plus de moyen de le rendre à l'Empe- 
reur j qui n'y avait sans doute pas pins songé 
que moi: A force de chercher j'imaginai d'y 
employer sir Hudson Lowe lui-même. Je de- 
mandai à faire parvenir mes adieux à mes com- 
pagnons, et j'écrivis la lettre suivante : 

« Monsieur le Grand-Maréçhal , — * Arraché 
««d'au miiied de vous, laisse' à moi-même, 
« privé de toute communication ,»j'âi dû trouver 
« mes décisions dans mon propre jugement , et 
« mes seuls sentimens. Je les ai adressées offir 
m ciellement au gouverneur^sir Hu4son Loiret 
« le 30 novembre dernier. Pour répondre à la 
«liberté qui m'est laissée , je m ; ^bstiens de 
* vous en dine aticun mot, et otani repose, sur 
« la délicatesse de l'autorisé supérieure y pour 



(>t«€. 1*5} DE SAINTE-HELENE. 375 

« vous communiquer aa lettre dans son entier , 

* si jamais il était question dune^e ses parties-. 
m Je m'abandonne à ma destinée 

« H ne me reste qu'à vous prier de mettre 

.« mon respect, mon amour, mes vœux, aux 

« pieds de l'Empereur. Ma vie n'eu demeure 

-« pais moins à lui tout entière. Je n'auaai 

« jamais de bobheur qu'auprès de son auguste 

-« personne. 

« Dans la malheureuse pénurie ou vous êtes 
«tous, j'aurais désire ardemment laisser après 
-* moi quelques diamans de ma femme... un cot- 

* lier... le denier de la veuve ! Mais comment 

'ic oser en faire l'offre ? J'ai souvent fart 

« celle des quatre mille louis que je possède , 

**. disponibles en Angleterre, je la renouvelle 
« encore; ma nouvelle position, quelle qu'elle 

«puisse être, n'y doit rien changer. Je serai 

.«desarmais fier du besoin! Daignez peindre 
« de nouveau à l'Empereur, M. le Grand- 

tu Maréchal, mon dévouement, ma fidélité, ma 

KCiConstacice inaltérable.*. 

« Et vous, mes chers compagnons de Long- 
ce wood, que j'aie toujours vos souvenirs I Je 
« connais toutes Vos privations et vos peines.; 



376 MÉMORIAL (Dec. iBifr) 

« j'en emporte la plaie dans mon cœur. De près, 
«je vous étais de peu de chose; au loin tous 
« connaîtrez mon zèle et ma tendre sollicitude, 
«si l'on a l'humanité' de m'en permettre Tem- 
<' ploi. Je vous embrasse tous bien tendrement, 
« et vous prie, M. le Grand -Maréchal, d'y 
^ajouter pour vous le sentiment de ma vénéra- 
h tipn.et de mon respect . . • 

« P. S. Cette lettre vous était destinée de- 
« puis long-temps; elle avait été écrite lorsque 
« je croyais m' éloigner de vous. Aujourd'hui, 
.« en recevant la. liberté de vous renvoyer , le 
« Gouverneur m'apprend que je dois attendre 
« ici des réponses d'Angleterre. Ainsi , je 
« serai des mois à Sainte -Hélène , et Longwood 
« n'y existera pas pour moi» supplice nouveau 
« que .je n'avais pas calcule ! » a . 
. Sir Hudson Lowe , A qui je remis cette lettre 
ouverte, c'était sa condition, la lut, l'approuva, 
-et eut la bonté de se charger de la remettre lui- 
même, ce qui réveillai en effet 1 attention de 
l'Empereur, et ne contribua pas peu, bien 
qu'indirectement j, à faire centrer Je riche dépôt 
danfc les mains de- Napoléon. \ 



(De'ci8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 37T 

Samedi 7 au Lundi 9. 

Mes griefs personnels contre sir Hudson Lowe.— Traita 
caractéristiques. 

Un de ces jours j'ai invité l'officier de garde 
à dîner avec moi. Il m'a raconte', dans la con- 
versation, qu'il avait été long-temps des pri- 
sonniers de Verdun } mais qu'il x avait enfin 
obtenu d'en sortir pour venir à Paris. Et ce 
que peut amener le hasard ! quand il a nommé 
son intermédiaire de Paris, il s'est trouvé que 
c'était précisément moi qui avais obtenu du duc 
de Feltres, cette faveur. alors très-difficile. 

Toujours même uniformité dans notre situa- 
tion ici, pas l'apparence d'un dénouement; voilà 
près de 1 5 jours depuis notre malheureuse aven- 
ture, et toujours même réclusion, même inter- 
diction , même supplice ! 

Nous recevions à peine , et seulement par le 
Gouverneur lui-même, des nouvelles de l'Em- 
pereur. Nous nous trouvions, ainsi que je l'ai 
déjà dit, précisément en face de Longwood, 
dont nous n'étions séparés, à assez peu de dis- 
tance, que par des abîmes*; à quelqu'heure que 

* Voyez vue D. 

7, 2h 



378 MEMORIAL ( d*«. .816 ) 

nous levassions le$ yeux , nous avions devant 
nous cet objet de nos pensées et de nos vœux , et 
nous le recherchions sans cesse ; nous pouvions 
en suivre toutes les habitudes, qui nous étaient 
si familières; nous en apercevions tous les édi- 
fices, mais il nous était impossible de distin- 
guer aucuns des objets animes. Cette perpé- 
tuelle attraction perpétuellement combattue , 
ce voisinage et pourtant cette grande distance , 
cet objet désiré sans cesse offert et comme sans 
cesse retiré, il y avait là quelque chose, disais- 
je, de l'enfer des anciens. Sir Hudson Lowe 
en convenait, et avait promis, dès le premier 
jour, de nous en retirer bientôt; nous n'étions 
placés en cet endroit que provisoirement , avait- 
il dit, et jusqu'à ce qu'on eût préparé ailleurs 
quelque chose de plus convenable , dont on s'oc- 
cupait déjà ; mais des semaines étaient écoulées y 
et rien ne venait. Sir Hudson Lowe, qui est 
très-prompt dans une décision malfaisante, est 
/ extrêmement lent à la faire cesser* si toutefois 
cela a lieu, ce qui n'arriva pas pour moi. 

Du reste, ce Gouverneur , je dois le confesser, 
était avec moi , depuis qu'il me tenait entre ses 
mains, dans les rapports de la politesse la plus 



(Dée.isrt) DE SAINTE-HÉLÈNE. 379 

Attentive et des égards les plus recherchés. Je l'ai 
vu déplacer lui-même, de sa propre personne, 
une sentinelle qui eût pu blesser mes regards, 
«disait-il, et l'aller poser derrière des arbres, pour 
que je né l'aperçusse plus. Toutes ses dispositions 
pour moi, ses intentions réelles, m'assurait-il , 
étaient des plus bienveillantes, son langage, 
était propre à m'en convaincre j et, plus d'une 
fois, j'en ai été à douter de la justice de l'opi- 
nion que nous nous en étions faite jusque-là; 
«nais il m'a fallu toujours finir par me con- 
vaincre que, chez sir Hudson Lowe f , les actes 
différaient étrangement des paroles : il parlait 
d'une manière, et agissait de l'autre. Je lis, par 
exemple , dans l'ouvrage de M. Q' Méara , que 
précisément dans ces momens où je me croyais 
xomblé par lui, où je me faisais une espèce de 
scrupule de l'éloignement que je lui avais 
.porté, il faisait transmettre, par le docteur, i. 
«Napoléon, des aveux forgés par lui, déclarant 
les tenir de ma bouche même où de ma propre 
.main ; le tout dans l'espoir, sans doute, d'obte- 
nir, en retour , de JLopgwood, quelques paroles 
ou quelques lumières dont il pût tirer avantage. 
Il me faisait dire, entre. autres choses, que je lui 



380 MÉMORIAL (Décit*) 

avais avoue qu'il n'avait point de torts à notre 
égard; mais que nous étions convenus entre nous, 
à Longwood, de tout dénaturer à l'Empereur, 
afin de le tenir exaspéré. Quels indignes 
moyens! Quelles ignobles ressources! «. . Je 
pourrais dire encore beaucoup ; mais tout doit 
se taire devant le trait suivant , qui dispense 
de toute autre citation. 
• Mon fils continuait à être extrêmement 
malade; ses palpitations étaient parfois si vio- 
lentes, qu'il lui arrivait de se jeter subitement 
à bas de son lit pour marcher à grands pas dans 
la chambre , ou venir prendre refuge dans mes 
bras, où il était à craindre qu'il n'expirât. Le 
docteur Baxter, fchef médical dans File, et le 
commensal de sir Hudson Lowe, vint, avec une 
politesse dont je conserve une douce et sincère 
reconnaissance , joindre ses soins à ceux du 
docteur O' Méara. Tous deux représentèrent à 
sir Hudson Lowe l'état critique de mon fils; ils 
appuyèrent vivement la demande que je faisais 
de l'envoyer en Europe. Le docteur O* Méara, 
après une nouvelle crise , étant revenu seul à 
la charge , sir Hudson Lowe mit fin à son im- 
portunité par ces mots, que M. O! Méara a 



{Déc.t«i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 881 

répètes depuis à mon fils et à moi-même : « Eh! 
« Monsieur, après tout, que fait la mort d'un 
« enfant à la politique!.... » Je m'abstiens de 
tout commentaire, je livre la phrase nue à tout 
cœur de père et à toutes les mères !... 

Mardi 10 au Dimanche i5. 

Là fameuse pièce clandestine.— -Mon interrogatoire par 
sir Hudson Lowe.— Ma lettre an prince Lucien. 

Le Gouverneur, dans ses nombreuses visites , 
qu'il répétait presque chaque jour, revenait 
souvent, par un motif ou par un autre, à fouil- 
ler de nouveau dans mes divers papiers : je m'y 
prêtais toujours avec la dernière facilité; j'avais 
à cœur de lui prouver en cela ma complaisance 
et ma modération, ce qui m'obtenait bien quel- 
ques paroles flatteuses, mais jamais la moindre 
condescendance. Un jour t en remuant tous ces 
paquets , deux Liasses demeurèrent par mégarde 
en dehors de la malle qui les contenait. Le 
lendemain, je me fis un malin plaisir de les lui 
remettre. Son étonnement fut grand ; on eût cru 
qu'il me les eût laissées j il ne les en resserra 
pas. moins soigneusement , et pour la stricte 
régularité, disait-il, bien, que je l'assurasse que 



382 MEMORIAL (fiée. *i*) 

c'était inutile, lai faisant observer, en riant, 
qu'il devait bien croire que s'il y avait eu quel- 
ques-uns de ces papiers à soustraire , il ne les y 
trouverait plus. Déjà, le premier jour j'avais 
été dans le cas de lui faire voir qu'on avait ou- 
blié de sceller mon porte-feuille, lorsqu'on s'en 
était saisi à Longwood : il était convenu d'une 
grande irrégularité à cet égard , et s'était dit 
fort touché que je ne remarquasse le fait que 
comme simple observation; je n'avais d'autre 
but, en effet, que de lui bien montrer combien 
il était hors de moi de profiter de toutes les 
occasions qu'il me fournissait de le quereller } 
mais tant de procédés de ma part ne me valu- 
rent, je le répète, que quelques phrases , jamais 
aucun acte en retour. 

Il fut pris registre de toutes les lettres de 
mes amis de Londres, pour pouvoir confronter, 
dans les bureaux des ministres, s'il n'en serait 
arrivé aucune par des voies détournées. J'avais 
commencé une seconde lettre au prince Lucien , 
le Gouverneur s'y arrêta très-particulièrement. 
J'eus beau lui montrer qu'elle était pleine de 
ratures, surchargée au crayon, a peu près 
effacée; lui dire qu'elle n'avait point été écrite , 



(Datais) DE SÀINTE-HËLENE. 383 

qu'elle n'existait donc réellement pas > que je 
pouvais la désavouer sans scrupule j qu'il e'tait 
impossible d'en faire aucun usage légal ou 
honnête , il n'en fit pas moins retranscrire quel- 
ques parties, Dieu sait pour quel emploi ! 

Un billet de la femme du lieutenant-gouveiv 
neur l'intrigua beaucoup. Partant pour l'An- 
gleterre , elle nous avait dit que la loi lui défen- 
dait de se charger d'aucune lettre; mais que si 
elle pouvait nous être autrement agréable , ce 
serait avec un vrai plaisir. Je lui avais envoyé, 
pour mes amis de Londres, des objets qui 
avaient servi à l'Empereur , ou venaient de sa 
personne. Un petit encrier d'argent , je crois , 
quelques mots de son écriture, peut-être de ses 
cheveux, je ne sais ; j'appelais cela de précieuses 
reliques. MadameSkelton avait répondu qu'elle 
les traiterait avec tous le respect qu'elles méri- 
taient; mais qu'elle devait m'avouer qu'elle 
n'avait pu résister à en dérober une petite 
.portion. 

Sir Hudson Lowe ne revenait pas que je ne 
pusse ou ne voulusse par affirmer quels étaient 
ces objets précieux. Je serais fâché qu'ils pussent 
être la cause de quelques tracasseries pour cette 



88» MÉMORIAL ( Dec. 181$) 

dame. Je n'avais gardé son billet que par le 
respect «t le souvenir qu'elle m'inspirait- M. et 
madame Skelton étaient un couple moral et 
vertueux, A qui nous avions fait bien du mal, 
malgré nous sans doute ; mais qui avait reçu 
chacun de nos torts en redoublant pour nous d'é- 
gards et d'attentions. Notre arrivée dans l'île les 
avait dépossédés de Longwood ; elle avait amené 
la suppression de leur emploi, et leur renvoi en 
Europe, où ils doivent se trouver sans fortune. 

Enfin, arrivèrent, avec le temps, les fameuses 
pièces clandestines : ma lettre au prince Lucien , 
et celle à ma connaissance de Londres. Sir 

s Hudson Lowe les avait fait soigneusement 
retranscrire ; mais avec des lacunes, faute d'a- 
voir pu tout lire , certains mots s* étant trouvés 

s effacés sur le satin, pour avçir été accidentelle- 
ment mouillés depuis que je m'en étais dessaisi. 
Je poussai la complaisance jusqu'à les rétablir 
bénévolement , et alors commença sur moi une 
espèce d'interrogatoire. 

Deux points occupaient beaucoup le Gou- 
verneur, qu'il tenait fort à éclaircir, si je ny 
avais pas d'objection, disait-il. La première 
question a été relative à ces paroles de ma lettre 



<Déc me) DE SAINTE-HEIJENE. 385 

au prince Lucien : « Ceux dont* nous sommes 
« entoures se plaignent amèrement que leurs 
•* lettres sont falsifiées p^r les papiers pu- 
« blics, etcf j> Quelles étaient ces personnes, me 
demandait-on. L'aide-de-camp tenait la plume 
pour noter mes réponses. J'ai fait écrire quelle 
voyant aucun inconvénient à répondre , j'allais 
le faire purement à l'amiable -, car si le Gouver- 
neur pensait m' interroger d'autorité, j'allais 
garder le silence, et j'ai dit : * Que ces paroles 
« de ma lettre étaient vagues , générales , sans 
« aucune application quelconque, que c'était 

* ce .qui nous avait été dit par tout le monde f 

* lorsqu'on avait cherché à nous consoler des 
« expressions ou des peintures très-déplacées à 

* notre égard , que nous rencontrions parfois 
« dans les journaux de Londres , sous la date 
« de Sainte-Hélène. Qu'il m'en revenait en cet 

* instant un exemple spécial, celui d'une dame 
«r du camp qui lui était connue , et qui répétait 
« partout n'avoir point écrit la lettre ridicule 
<c qui avait paru sous son nom, sait que ses 
« amis y en Angleterre , y eussent fait des chan- 
« gemens , soit qu'ayant été lue en société , elle 



386 MEMORIAL (Déctgiej 

« eût été mal retenue et infidèlement livrée à 
« l'impression. » 

La seconde question du Gouverneur s'appli- 
qua à ma lettre privée : j'y avais tracé la com- 
mission de faire demander à lord Holland s'il 
avait reçu les paquets que je lui avais adressés. 
Sir Hudson Lowe me demandait ce que c'étaient 
que ces paquets , et par qui je les avais fait pas- 
ser etc.; et ici il redoublait visiblement d'aménité 
et de douceur pour obtenir une réponse satis- 
fesante : il convenait n'avoir aucun droit pour 
me forcer à répondre; mais ce serait , disait- 
il , abréger et simplifier de beaucoup mes af- 
faires , etc., etc. Je répondis avec assez de solen- 
nité que cet article était mon secret , ce qui fit 
une impression évidente sur la figure de sir 
Hudson Lowe ; et comme mes paroles étaient 
écrites à mesure," je continuai de dicter, ajou- 
tant que la réponse que je venais de faire n'é- 
tait, au demeurant, que celle de mon éducation 
et de mes mœurs^ que toute autre eût pu en " 
traîner les doutes du Gouverneur , et qu'il ne 
convenait pas que je dusse exposer la vérité de 
mes paroles au plus léger soupçon; que toute- 
fois , après cet exposé préalable , je n'avais plus 



(Wc i8i6) DE SAINTE-HELENE: S87 

d'objection désormais à déclarer que je n'avais 
jamais eu de ma vie aucune communication avec 
ïord Holland. Cette finale inattendue fut un 
coup de théâtre , une véritable scène dé comédie -, 
il serait difficile de renâre la surprise du Gou- 
verneur , l'ébahissement des officiers , la plume 
arrêtée dans les mains du greffier. Sir Hudson 
Lowe n'a pas hésité à répondre qu'il me croyait 
assurément ; mais qu'il devait avouer qu'il n'y 
pouvait rien comprendre. Je lui confessais de 
mon côté que je ne pouvais m' empêcher de 
rire de l'embarras que je lui causais; mais que 
je lui avais tout dit. Lé fait est que, j'avais 
compté , lorsque mon domestique aurait reparu , 
le charger en outre pour lord Holland de plu- 
sieurs documens authentiques sur notre situa- 
tion ; mais on ne m'en avait pas laissé le temps, 
on s'était trop pressé de venir m'enlever. Je 
n'avais l'honneur de connaître Sa Seigneurie 
que par la noblesse et l'élévation de sa conduite 
publique; mais lut adresser la vérité, à lui 
législateur héréditaire de son pays, membre de 
la Cour suprême de la Grande-Bretagne , ne me 
semblait rien que de très-convenable dans nous 



S88 MEMORIAL (d*c. ,816) 

deux , de bienséant et d'utile même pour l'hon- 
neur du caractère anglais. 

Au demeurant voici cette lettre du prince 
Lucien , dont il a été tant question. J'aurais 
voulu pouvoir l'épargner à mes lecteurs ; mais 
elle a trop de rapport avec Longwood , et joue 
un trop grand rôle dans mes malheurs, pour 
que je puisse m'empècher de la reproduire ici 
telle qu'elle a été publiée dans le temps, lors 
de mon retour en Europe. 

« Monseigneur, je viens de recevoir votre 
lettre de Rome, datée du 6 mars dernier. Je 
m'estime bien heureux que Votre Altesse ait 
daigne* m'honcfrer de cette marque de son sou- 
venir. Je m'efforcerai d y répondre, en lui don- 
nant de temps à autre, pour toute sa famille, 
un détail suivi de tout ce qui concerne l'Em- 
pereur, sa santé, ses* occupations et les traite- 
mens qu'on lui fait éprouver. Je vous manderai 
surtout, Monseigneur, les choses telles qu'elles 
se seront passées et telles qu'elles se trouveront \ 
m'en reposant *ur Votre Altesse pour dégui- 
ser , au besoin, au cœur toujours sensible d'une 
mère, ce qu'il pourrait y avoir de trop affli- 
geant pour elle. • 



(Dec iSis ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 389* 

« Afin de rendre ma relation pins complète, 
je la ferai remonter à peu près au moment où je 
quittai Votre Altesse, au Palais -Royal, pour 
m'aller mettre spontanément de service auprès 
de l'Empereur ; je la prendrai à l'instant où je 
suivis Sa Majesté à la Malmaison, pour ne plus 
la quitter; au moment enfin où, près de mon-, 
ter en voiture, l'Empereur, au bruit du canon 
de l'ennemi , fit dire au Gouvernement provi- 
soire : « Que pour avoir abdiqué la souverain 
« neté , il n'avait pas renoncé à son plus^beau^ 
« droit de citoyen, celui de combattre pour 
« la patrie; que si on voulait, il irait se met- 
« tre à la tête de l'arméej que l'état des choses 
« lui était bien connu ; qu'il répondait de frap- 
« per l'ennemi de manière à assurer au Gou- 
* vernement le temps et les moyens de traiter 
€< avec plus d'avantage ; que le coup porté , il 
« n'en poursuivrait pas moins immédiatement 
« son voyage. » 

«Sur le refus du Gouvernement provisoire , 
nous nous mîmes en route, dans la soirée du 
29 juin, pour Rochefort, où 2 frégates étaient 
commandées pour nous transporter aux Etats- 



300 MÉMORIAL (D*. »M) 

Unis d'Amérique. C'était l'asile que l'Empe- 
reur s'était choisi.. 

« L'Empereur, avec une partie de sa suite, 
composée de plusieurs Toitures, parcourut cet 
espace sans escorte, et au milieu des acclama- 
tions de toute la population qui accourait sur 
les routes. Il était difficile de n'être pas ému. 
L'Empereur seul se montrait impassible. On 
pouvait aisément distinguer sur tous ces visa- 
ges les vœux pour ce qu'ils perdaient , l'anxiété 
pour ce qpi devait suivre. Ce spectacle avait 
quelque chose de touchant et d'étrange. Il of- 
frait beaucoup au cœur et à la méditation. 

« Arrivés à Rochefort , nous y attendîmes vai- 
nement plusieurs jours les passeports dont on 
nous avait flattés en quittant Paris: Cependant 
les événepiens marchaient avec une grande ra- 
pidité. Tout nous commandait un appareillage 
sans déla^. Les ennemis étaient entrés dans Pa- 
ris. Notre armée principale se retirait en-deçà 
de la Loire, pleine d'indignation et de fureur. 
Celle de la Vendée, celle de Bordeaux, parta- 
geaient les mêmes sentimens. Toute la popu- 
lation était dans une fermentation extrême. De 
toute part on sollicitait l'Empereur de revenir 



fDéci8i6) DE SAINTE-HELENE. S9t 

se charger de la fortune publique. Mais^sa dé- 
termination était irrévocable. D'un autre coté, 
les croiseurs anglais étaient en présence; tou- 
tes les passes étaient fermées; les vents nous* 
demeuraient constamment contraires. Ainsi 7 
quand tout commandait, par terre, de précipiter 
le départ, tout concourait, par mer, à le rendre 
impraticable. Dan» cette extrémité,, l'Empe-» 
reur m'envoya à la croisière ennemie, comme; 
devant avoir, par, mon ancienne émigration, 
plus de connaissance des Anglais. Je demandai 
si on y avait entendu* parler de nos passeports 
pour F Amérique ; on ignorait cette circons^ 
tance: Je peignis notre véritable situation , les 
offres faites à l'Empereur, ses refus et son in- 
tention inébranlable. Je posai la supposition 
de notre départ sur un neutre; le capitaine 
anglais avait ordre, de le saisir. Je parlai de 
la sortie des frégates sous pavillon parlemen- 
taire; il avait ordre.de les combattre. Je lui 
représentai toute l'étendue des maux dont il 
pouvait être la cause, s'il forçait l'Empereur 
de redescendre à terre : il m'assura ne pou- 
voir rien prendre sur lui à cet égard j mais 
qu'il allait s'adresser immédiatement à son ami- 



392 MEMORIAL (Dec. 18167 

rak, rir me ferait une réponse sous deux jours. 

« En attendant, de notre côté, nous avions 
épuisé , pour notre sortie, tout ce que l'imagina- 
tion pouvait fournir. On avait été jusqu'à la 
proposition désespérée de traverser l'Océan sur 
deux frêles chasses-marée. De jeunes aspirans , 
pleins d'ardeur et d'enthousiasme , étaient venus 
s'offrir pour en composer les équipages. L'Em- 
pereur accepta j mais au moment de partir, il 
fallut bien y renoncer : entre autres difficultés , 
ils déclarèrent qu'.on serait obligé de relâcher 
$ur les côtes d'Espagne et de Portugal, pour 
faire de l'eau. 

« Cependant, la tempête morale allait tou- 
jours croissant autour de nous. Elle s'appro- 
chait sans cesse. Les sollicitations se multi- 
pliaient auprès de l'Empereur. Des généraux 
venaient en personne le supplier de se mettre 
à leur tête. L'Empereur demeurait inébranlable. 
«Non, répondit-il toujours, le mal est désor- 
« mais sans remède. Je ne puis plus rien aujour- 
« d'hui pour la patrie. Une guerre civile serait 
»c désormais sans objet, sans résultat pour elle.. 
« Elle ne pourrait être utile qu'à moi, à qui elle 
f< obtiendrait quelques termes sans doute j mais 



(Dec .816) DE SAINTE-HÉLÊNÈ. S93 

« je Tachetterais par la perte infaillible de ce 
« que la France a de plus généreux. Je le dér 
« daigne. » 

« C'était ce même sentiment qtii, lors de sort 
abdication , rendue si nécessaire par la perfidie , 
l'empêcha de se réserver la Corse, où aucune 
croisière ennemie n'eût pu l'empêcher d'arriver. 
Mais il ne voulait pas qu'on pût dire que, 
dans le naufrage du peuple français, qu'il ne 
prévoyait que trop , lui seul avait su se créer 
un asile, en se retirant chez lui. 

« Ne voyant pas venir de réponse , je re- 
tournai à bord du vaisseau anglais. Le capitaine 
n'avait pas encore eu de nouvelles de soi* 
amiral j mais il me dit cette fois qu'il avait au* 
torité de son gouvernement de conduire Napo- 
léon et sa suite en Angleterre , si cela lui était 
agréable. Je lui répondis que j'allais transmettre 
cette offre, et que je ne doutais pas que l'Empe- 
reur n'en profitât avec magnanimité et sans dé- 
fiance, pour aller demander, en Angleterre 
même, les moyens de se rendre en Amérique. 
Le capitaine m'observa qu'il ne garantissait pas 
qu'on nous les accordât; mais il m'assura, et 
plusieurs officiers le secondèrent, que nous ne, 
7. 25 



30* MEMORIAL ( Dé«. ifttf ) 

devions avoir nul doute d'y recevoir le traite- 
ment digne de l'élévation , de la grandeur, de la 
générosité de leur nation. 

« A mon retour, l'Empereur nous réunit autour 

de lui , pour connaître notre pensée. L'opinion 

fut unanime pour accepter l'hospitalité qui 

nous était offerte ; il ne s'éleva pas la moindre 

inquiétude. « C'est une occasion de gloire , di- 

n sait-on, qui sera avidement saisie par le Prince- 

« Régent. Quel plus beau triomphe pour l'An- 

«, gleterre que cette noble confiance de son grand 

* ennemi , que cette préférence obtenue sur un 

« beau-père et un ancien ami ! Ce sera, disait - 

i on, une des belles pages de son histoire ! Quel 

k hommage rendu à l'excellence , à la supériorité 

« de ses lois l» Ici, Monseigneur, j'osai m'appnyer 

de la haute opinion de Votre Altesse même , 

sur le caractère national du peuple anglais, 

sur sa moralité, sa noblesse et son influence sur 

les actes de la souveraineté même. L'Empereur 

pensait bien que*sa retraite en Amérique serait 

vue avec jàlousip , sans doute, et que cet article 

^pî-Quverait quelques difficultés ; mais comme 

H ne" choisissait cet asile que pour vivre sous 

des lois positives , et que l'Angleterre lui offrait 



(Dec 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 395 

les mêmes avantages, il lui importait peu d'être 
contraint d'y demeurer. Il s'y détermina même , 
et écrivit au Prince-Régent une lettre remar- 
quable , qu'ont répétée tous les papiers de l'Eu- 
rope. * 

« Je retournai le soir même coucher à bord du 
JBellérophon , annonçant l'arrivée de l'Empe- 
reur pour le lendemain matin. J'étais accompa- 
gné du général Gourgaud, aide-de-camp de Sa 
Majesté, qui fut expédié sur-le-champ pour 
l'Angleterre. Il était porteur de la lettre pour 
le Prince-Régent, et devait faire connaître à 
S. A. R. le désir de l'Empereur de débarquer 
dans ses états, sous le titre de colonel Duroc, 
jet de se fixer,, avec son agrément, dans une des 
provinces les; plus favorables à sa santé. 

« A peine l'Empereur était arrivé à bofd du 
.J}ellérophon y que l'amiral de la croisière parut, 
jet vint mouiller auprès de nous. S. M. témoigna 
le désir de visiter son vaisseau, le Superbe ,. et 
l'amiral Hotham lui en fit les honneurs avec une 
grâce et une élégance qui recommandent son 
caractère. 

« Nous partîmes, et telle était notre sécurité, 

^_ __ . _* 

* Voye* cette lettre au tome i Br , page 47. 



396 MÉMORIAL (Déc.igiS) 

que, dans l'abandon de notre bonne foi, cha- 
xun de nous remplit le temps du voyage de 
rêves innocens sur nos nouvelles destinées , au 
sein du repos et de l'hospitalité britannique. 
Que nous étions loin de soupçonner toutes les 
horreurs de notre affreux mécompte ! 

« À peine nous eûmes jeté l'ancre sur les pla- 
ges anglaises, que tout prit autour de nous l'as- 
pect le plus sombre. Le capitaine avait commu- 
niqué sur-le-champ; à son retour ce nous fut 
assez de son visage pour pressentir nos malheurs. . 
C'était un homme de bien , qui avait exécuté 
ses instructions, sans connaître l'horrible secret 
qui les avait dictées. Nous avions été condamnés 
d'avance à être jetés sur le roc stérile de Sainte** 
Hélène, au milieu des mers, à 5 cents lieues 
de toutes terres. 

« Nous fûmes mis, dès cet instant, sous l'in- 
terdit le plus sévère; toute communication nous 
fut défendue. Dés bateaux armés rôdèrent au- 
tour de nous, éloignant à coups de fusil les cu- 
rieux qui osaient nous approcher. On nous si- 
gnifia bientôt, dans les termes les plus durs et 
dans les formes les plus amères , l'inique , la 
fatale sentence j et Ton ne perdit pas un ins- 



(Dec.**) DE SAINTE-HELENE- 897 

tant pour la mettre* à exécution. On saisit nos 
épées, on visita nos effets, pour nous prendre et 
gérer, disait-on, notre argent, nos billets, nos 
diamans ; on supposait des trésors à l'Empereur. 
Qu'on le connaissait mal ! On ne lui trouva que 
H mille napoléons, qu'on retint, et quelque peu 
d'argenterie qu'on lui laissa.. Les objets de ser- 
vice du moment , quelque linge, des vêtemens, . 
quelques caisses de sa bibliothèque de campa- 
gne , composaient toute la fortune de celui qui 
avait gouverné le monde , distribué des royau- 
mes et créé des Rois. 

« On nous transvasa du Bellérophon sur le 
Northumberland , et nous fûmes lancés sur le 
vaste Océan , vers nos destinées nouvelles , aux 
extrémités de la terre. 

« Nous avions suivi l'Empereur en très-grand 
nombre; il ne fut permis qu'à quatre de partager 
son supplice. En le voyant partir, ceux qui res- 
taient en arrière sanglotaient de douleur; un de 
ceux qui avaient le bonheur de le suivre ne put 
s'empêcher de dire à l'amiral Keith , qui se trou- 
vait à côté : « Vous observerez du reste , Milord , 
« que ce sont ceux qui demeurent qui versent 
« des pleurs. » 



398 MÉMORIAL (Dtc t*it) 

« L'Empereur laissa aprètlui une protestation 
courte , simple et énergique ; je la transcris ici 
en note, parce que les papiers ne l'ont publiée 
qu'imparfaite *. Pour nous , Monseigneur , 
tiùtts nous demandions , dans l'amertume de nos 
éœurs et l'indignation de tels actes : Quel est 
donc ce guet-apens? Ne sommes -nous plus 
parmi les nations civilisées ? Où en est donc le 
droit des gens, la morale publique? Nous en 
appelions à Dieu qui venge les perfidies ; nous 
le prenions à témoin de la bonne foi trahie. Il 
me serait difficile de vous rendre la tempête 
qu'allumait en nous cet abus insultant de la 
force et du mensonge sur notre innocente cré- 
dulité'. Encore à présent, de vous en parler , 
Monseigneur , me fait courir le sang plus vite. 
4 Nous lisions dans les papiers qu'on nous avait 
faits prisonniers; nous qui étions venus si libre- 
ment et avec tant de magnanimité ! Que nous 
avions été contraints de nous rendre à discrétion; 
liotts qui avioris dédaigné, par grandeur d'ame, 
àë profiter des hasards de la guerre sur terre , 
et qui eussions pu tenter lé sort des armes par 
mer l Et qu'aurait donc etf de pire notre traije- 

* Voyez cette protestation au tome I er , page 86. 



(Dec. 18,6) DE SAINTE-HÉLÈNE, 599 

ment , si nous n'eussions succombe qu'à la force ! 
Qui osera douter que nous n'eussions épuisé 
toutes les chances , couru même volontiers celle 
d'une mort certaine, si nous eussionstpu soup- 
çonner le sort qui nous e'tait réservé? Mais la 
lettre même de l'Empereur au Prince-Régent 
met hors de doute les intentions de la croyance 
réciproque. Le capitaine anglais , à qui elle fut 
communiquée d'avance, les avait sanctionnées 
tacitement en n'y faisant aucune objection. On 
nous a dit plus tard, que le traitement de l'Em- 
pereur Napoléon n'était pas un acte exclusif de 
l'Angleterre, mais une convention des quatre 
grands pouvoirs alliés. Vainement les ministres 
britanniques croiraient par-là couvrir la tache 
dont ite ont flétri leur nation; car on leur crie : 
X)u vous aviez arrêté cette convention avant d'à-» 
voir en vos mains l'illustre victime, et vous avee 
eu l'indignité de lui tendre un piège J>our vous 
en saisir; ou bien vous avez conclu quand elle 
était déjà en votre pouvoir , et alors vous avex 
commis le crime de sacrifier l'honneur de votre 
pays, la sainteté de vos lois à des considérations 
étrangères, auxquelles rien ne pouvait vous 
contraindre. 



»00 MÉMORIAL <d c . isiC) 

« Que de maux ces violations monstrueuses pré- 
parent à notre pauvre Europe! Que de passions 
elles vont rallumer ! Qui ne voit dans ces me- 
sures arbitraires et tjrranniques, dans ce mépris 
de toutes les lois , vis-à-vis de l'Empereur Napo- 
léon, une réaction étudiée de doctrines politi- 
ques? La tempête était appaisée, on la réveille. 
On affecte de répéter sans cesse que la révolution 
s'éteint dans la proscription de Napoléon : aveu- 
glement étrange ! On oublie qu'il l'avait finie ; 
on la recommence. Les populations de l'Europe 
vont fermenter plus que jamais. 

« Les instructions des ministres anglais com- 
mandaient, pour l'Empereur, le titre àzGénéral, 
et défendaient toute espèce d'égards et de res- 
pects inusités. L'Empereur eût pu être fier de ce 
titre , il l'avait immortalisé ; mais la circonstance 
et l'intention le rendaient un outrage. Nous ne 
crûmes pas qu il convînt au ministère anglais de 
changer à son grcT ordre des choses de l'Europe 5 
et qu'il pût annuler , selon son caprice , une qua- 
lification créée par la volonté d'un grand peuple , 
consacrée par la religion, sanctionnée par la 
victoire y reconnue par les traités, avouée de 
tout le continent; et nous persistâmes, dès cet 



fDéciisié) DE S-ÀJNTE-MELÈNE. Jiof 

instant , à continuer le titre d'EMPERfcûH à celui 
qui, peu de jours auparavant, s'était choisi 
celui de Colonel. 

* Notre traversée de deux mois fut , du reste , 
heureuse , uniforme et paisible. Le vaisseau , 
comme tous les points de la domination britan- 
nique, fourmillait de pamphlets et de libelles 
sur la personne , le caractère , les traits , les for- 
mes, les manières et les actes de l'Empereur. Il 
tombait au milieu de tous les préjugés hérissés 
contre lui; et ce ne fut pas un spectacle peu 
curieux pour l'observateur attentif, que de voir 
les nuages du mensonge se dissiper devant rec- 
elât de la vérité, et l'horizon prendre tout-à-fait 
d'autres couleurs. Aucun d'eux ne revenait de 
son calme, de sa sérénité : Us admiraient sa con- 
naissance de toutes choses, surtout l'égalité de 
son humeur. Quand nous nous sommes quittés , 
il a échappé de dire à celui qui avait eu le plus 
de relations avec lui, qu'il n'avait jamais pu le 
surprendre mécontent ou désireux. 

* L'Empereur passait toute la matinée dans sa 
petite chambre. Versles^cinq heures, il entrait 
au salon , où il jouait une partie d'échecs avant 
de se rendre à table. Durant le dîner , l'Empe- 



»02 MÉMORIAL ( Dé*. i*.6) 

reur parlait peu et rarement. Vous savez , Mon- 
seigneur, qu'il ne restait jamais plus dëliix-huit 
à vingt minutes à table j ici on y demeurait plus 
de- deux heures : c'était un supplice qu'il n'eût 
pu supporter. On lui servait du café au bout 
d'une heure , et il se levait pour aller sur le pont. 
Le Grand ^Maréchal et moi le suivions réguliè- 
rement. C'e'tait le seul moment où il parût en pu- 
blic. Il faisait approcher l'officier de service ou 
quelques personnes de profession : le chirurgien, 
le commissaire ou l'aumônier , et s'informait de 
ce qui lœ concernait. Dans les premiers jours , 
l'équipage montrait une grande curiosité'; bien- 
tôt ce ne fut plus que de l'inte'rêt. S'il arrivait 
quelque manœuvre qui pût procurer du mou- 
vement ou de la confusion sur le pont, les 
jeunes aspirans accouraient, et par un mouve- 
ment touchant, formaient un cercle autour de 
lui pour le préserver de toute injure. L'Empe- 
reur se retirait dans sa chambre de très-bonne 
heure. Ce fut là sa vie de tous les jours. 

* Arrive's à Stè-Helène, après deux ou trois 
jours de mouillage nous fûmes débarques à la 
nuit dans James -Town^ espèce de village, de 
colonie, ou de hameau composé de quelques 



(née.**) DÇ SÀlNtE-HÉLÉNE. W9 

maisons, parmi lesquelles la relâche annuelle 
de la flotte des Indes en a fait construire quel- 
ques-unes assez considérables, pour la commo- 
dité des voyageurs. . * 
« Le lendemain au matin, ^'Empereur , con- 
duit par l'amiral, fut voir, dans l'intérieur dé 
l'île, la demeure qu'on lui destinait. Elle de- 
mandait des réparations absolues , qui ne pou- 
vaient être prêtes de quelques jours. L'Empb- 
reur devait donc revenir à James-Town, où la 
chaleur e'tait suffocante, insalubre, sans parler 
d'autres inconve'niens .plus graves encore , sur- 
tout celui d'une curiosité importune. Il paéférà . 
de s'arrêter à trois ou quatre milles de la ville , 
et me fit venir le soir même : le peu d'espace de 
cette nouvelle demeure ne permettait pas 'd'ad- 
mettre personne autre. C'était une espèce de 
guinguette , à cinquante pas de la maison du 
propriétaire , composée d'une seule pièce , au- 
rez-de-chaussée , de quelques pieds cartes. 
L'Empereur y fit dresser son lit de caApagne > 
et dans cette seule pièce, il dut dormir, s'ha- 
biller, travailler, manger et se promener. Je 
couchais au-dessus dans une petite mansarde > 
où mon fiket moi avions à peine notre surface. 



AOU MEMORIAL (Dec. 1S16) 

Les valets de chambre de l'Empereur couchaient 
par terre en travers de sa porte. La famille du 
propriétaire, tout à fait honnête et bonne, était 
à cinquante pas. Il y avait deux petites demoi- 
selles , de 4 S à Ak ans : ce sont elles sur les- 
quelles les papiers-nouvelles se sont trouvés si 
heureux de pouvoir s'égayer. L'Empereur y 
entra quelquefois les premiers jours «Mais les 
qualités hospitalières du propriétaire y réunis- 
sant souvent des curieux f l'Empereur y renonça. 
Lçs autres officiers de sa suite, qui étaient de- 
meurés à la ville , venaient auprès de lui le plus 
souvent qu'ils le pouvaient; mais à cause des 
méprises ou tle la confusion des consignes, c'était 
presque toujours au travers des mortifications et 
des peinçs. L'Empereur était très-mal , plus mal 
encore que vous ne l'imaginerez , Monseigneur. 
On était obligé,, les prenliers jours, d'apporter 
son dîner de là ville. Plus tard , on trouva moyen 
d'organiser une cuisine tant bien que mal. Il ne 
fut jamais possible de lui procurer un bain , bien 
que ce fût devenu pour lui un objet de première 
nécessité. Il était obligé de sortir de sa chambre 
pour qu on pût la balayer et faire son lit. Nous 
nous promenions sur le sol rocailleux autour de 



{.Dec i8.6) DE SAINTE-HELENE. »05 

la maison, ou dans une allée du voisinage, 
quand le soleil baissait , ou que le clair de lune 
nous le rendait praticable. 

« Nous passâmes deux mois de la sorte,- au 
Jbout desquels nous fumes transportés à Long- 
wood, que nous occupons en cet instant. Il avait 
fallu tout ce temps pour les premières répara- 
tions. La colonie s'y trouva toute réunie, à l'ex- 
ception du Grand-Maréchal et de sa femme : 
le manque d'espace les força de demeurer à 
deux ou trois milles, dans une maison séparée. 

« Longwood n'était , dans le principe , qu'une 
ferme de la compagnie ; elle avait été abandon- 
née au dernier Sous-Gouverneur, qui était venu 
à bout d'en faire une demeure de campagne* 
Les additions actuelles ont été faites avec une 
telle hâte , qu'elles n'offraient que des réduits 
fort insalubres, et elles sont si frêles, qu'au 
bout de l'année , la plupart se trouveront pro- 
bablement hors de service. 

« L'Empereur est très-mal, et nous à peu près 
au bivouac. Pour votre parfaite connaissance, 
Monseigneur, je joins ici le plan de l'établisse- 
ment , que mon fils avait tracé pour sa mère *. 

* Voyet ce plan au tome a. 



h 06 MÉMORIAL ( Dec. 18,6 ) 

N'ajoutez donc aucune foi au fameux palais de 
bois dont ont retenti tous les papiers d'Angle- 
terre. La pompe est pour l'Europe, la misère 
pour Sainte-Hélène. Il est bien vrai qu'il y a 
quelque temps , il est arrive' un grand nombre 
de madriers bruts; mais comme il a été calculé 
qu'il fraudrait de 7 à 8 ans pour accomplir leur 
emploi , que nous demeurerions tout ce temps 
au milieu des ouvriers, et que cela coûterait des 
sommes énormes, on y a» renonce'. Ils pourris- 
sent sur la plage. 

« Ce n'est pas qu'il n y ait dans l'île des de- 
meures pre'fe'rables à Longwood : Plantation- 
House surtout, la demeure des Gouverneurs , 
est une bâtisse européenne , avec un joli jardin, 
de l'ombrage , et tous les agrémens qu'on peut 
attendre ici. L'Empereur y eût été beaucoup 
plus convenablement , et l'on eût épargné de 
grandes dépenses. Mais le déplacement d'un 
Gouverneur pour l'illustre proscrit, eût été une 
mesure d'égards que les ministres anglais, nous 
a-t-on dit, se sont empressés d'interdire. Les 
dehors de Longwood sont vraiment misérables ; 
on ne saurait y rien faire venir , ou du moins 
cela demanderait des soins fort au-dessus de 



£D*c. ,816) DE SAINTE-HELENE. »07 

ceux dont nous sommes capables. Pour dire 
tout en un seul mot , c'est la partie déserte de 
l'île ; la nature en a repousse constamment jus- 
qu'ici la population et la culture ; l'eau y est 
très-rare; il n'y a point d'ombre; on n'y trouve 
que des bruyères marines , quelques arbris- 
seaux , et les gommiers, espèce d'arbre bâtard et 
difforme , ne donnant ni feuilles, ni ombrage. On 
y est littéralement infeste' de rats et de souris. 

« Toutefois le voyageur qui vient de traverser 
les mers, dont l'œil, fatigue' de la monotonie des 
vagues , est tout prêt à admirer le premier sol 
qu'il rencontre, s'il grimpe, par un beau jour, 
sur notre plateau , dans l'étonnement des af- 
freux rochers qui pointent autour de lui , et 
des abîmes creuses à ses pieds, à l'aspect riant 
de la verdure sauvage qui dessine les gorges 
environnantes , il s'écrie que c'est fort beau. 
C'est souvent un de nos supplices. Mais, Mon- 
seigneur , pour celui qui est condamné à cette 
habitude, c'est un vrai lieu de désolation. Il en 
est de même du climat, que ceux qui ne font 
<jue passer peuvent trouver doux et innocent, 
fions le soleil dévorant du tropique , cette île 
*îst, la plupart du temps, couverte de nuages, 



W08 MEMORIAL (Dec. .a»<$) 

et Longwood sujet à de fréquentes pluies ; 
d'où il suit que si le soleil paraît, on est brûlé, 
et que quand il se cache , Ton demeure dans 
une affreuse et constante humidité. On a donc 
à souffrir presque tout à la fois du froid et du 
chaud , contraste destructeur qui produit des 
ravages effrayans sur la structure humaine. La 
saison, toujours régulière, laisse l'année sans 
couleur; c'est une monotonie qui affecte l'i- 
magination, l'esprit et le corps; il serait diffi- 
cile de rendre la fadeur et l'ennui qu'elle en- 
gendre : c'est une peine de tous les jours, de 
tous les instans. C'est ce tourment physique 
qui , joint à toutes les peines morales dont on 
abreuve journellement l'Empereur , lui a fait 
dire , en apprenant le sort funeste de Murât : 
« Les Calabrois se sont montrés moins barbares, 
« plus généreux que les gens de Plymouth ! » 

« En arrivant à Longwood, l'Empereur essaya 
de reprendre l'exercice du cheval : la prodi- 
gieuse activité de sa vie passée lui en ren- 
dait l'interruption dangereuse; et vous savez 
peut-être, Monseigneur, que Corvisard le lui 
recommandait , comme nécessaire contre une 
incommodité dont il est menacé. On nous avait 



(Dfc. 1816) DE SAINTE-HELENE. «09 

assigné des limites • assefc jrétrécies , » q*e <mnU 
pouvions parcourir sans aucune surveillance 
étrangère* On connaît Us prodigieuses dt rapL* 
des courses auxquelles l'Empereur était habi* 
tué. Ici,. le peu (Fespqee , la monotonie de 
l'endroit, la course toujours la même, qui té» 
duisait cet exercice à une espèce de > manège, 
le dégoûtèrent bientôt; il y renonça tout if iit 4 
nos sollicitations et nos prières n'otit jamais 
pu- venir à bout de lé lui faire reprendre* «Je 
« ne saurais tourner ainsi sur moi-niêïne , di* 
« sait-il ; quand j'ai un cheval entre les jambes , 
« l'envie m* prend de courir, et je ne puis la 
« satisfaire: c'est un tourment que je 1 dois m'é* 
« pargner. •» L'île a 2fr ou 30 milles de tour; 
l'Empereur eût pu la parcourir sous la sur- 
veillance d'un officier anglais : il n'a jamais pu 
s'y soumettre. La couleur de l'habit ou la dif- 
férence de nation, n'est pas son objection; car 
quand on a reçu le baptême du feu, dit -il > 
on est à ses yeux d'une même religion. Mais 
il ne voudrait sortir que pour se. procijrfer 
une jouissance; c'*st le moment où il pourrait 
s'épancher avec nous : un étranger le lui inK 
terdirait. 11 voudrait se distraire de sa situa* 
7. 26 



ftlQ . MÉMORIAL <Dée. mi6) 

titrai, «t la présence de son geôlier la lui rap- 
pellerait sans cesse. Tout se calcule dans la vie, 
dit-il, tout se pèse; or, le bien qu'en retirerait 
m corps demeurerait fort au-dessous du mal 
qu'éprouverait son esprit. Un instant, l'Ami* 
rai Cpckburn se prêta avec assez de grâce à lui 
faciliter cet excursions extérieures.; mais ce ne 
fut que l'arrangement d'un jour. Dès le lende- 
main* soit qu'il se repentît op autrement, il 
fut prétendu qu'on ne s'était pas compris, et 
il n'en fat plus question» 

« La grande occupation de l'Empereur est de 
lire dans sa chambre, ou de dicter* chacun de 
nous sur les principales époques de sa YÎe* S l % 
Hélène ne aéra pas. tout à fait perdue pour 
l'histoire ni pour la gloire française} les cam- 
pagnes d'Italie et l'expédition d'Egypte sont 
déjà assurées t ce sont des ouvrages dignes de 
•leur «jet : il n'appartenait qu'à celui qui avait 
accompli e& prodiges de les décrire dignement. 

«I/Empeiieur a appris l'anglais , Monseigneur, 
et j'ai la gloire de l'enseignement» En moins de 
30 leçons, il a pu lire les papiers -nouvelles • 
aujourd'hui il parcourt tous les <#mage$, 
. «Tout ce qui concerne la vie animale se trouve 



<d*.*«)' DE SÀEfTE-HELÈNE. #11 
ici delà ph« mauvaisequalité, on manque mêae 
*out à fait. C'est mauvais ; d'abord parce qu'à 
cette latitude et dans cette colonie, sa -nature 
est telle j ensuite parce que nous sommes pour- 
vus à l'entreprise, par contrat, sans aucune au- 
torité ni «outrée de notre part. Nous n'âyon» 
jamais pu obtenir qu'on nous fournît, lés ani» 
inaut Yiyans , on en devine la cause j non plus 
gue d'être pourvus autrement qu'au Jour la jour- 
née j si bien qu'il est arrivé plus d'une fois de 
voir les heures de nos repas retardées, parce 
que les provisions n'étaient pas encore venues* 
et qu'on s'est trouvé quelque£p*s , dans le jsowr 
ranulu jour, privai de boire et de manger , parce 
^u'on se trouvait précisément entre la ration 
consommée et la ration à venir. La viande est 
détestable; le pain n'est pas le nêtre; le vin fort 
«ouven* nfe saurait $q boirej l'huile, nr la* 
quelle l'Empereur est délicat, et -qu'il aime, ne 
peut s'employer dans, son! ét*t< naturel; ,ii : * 
été impossible de se produrer de la liqueur pas- 
sable, et elle ett*.fait plaisir, ete; L'^apereurv 
<jui a été si long- temps gâté sur -tous ces objets, 
à un tel point qu'on ne saurait, le direetr qu'il 
l'ignorait lui-même^ lui, pour qjuuces. joutssaJa- 



JUS MÉMORIAL (Dec nis) 

ces ne sont que négatives, c'est-à-dire qu'il ne 
s'apercerait pas si toutes ces choses étaient 
bonnes, est sensible néanmoins à ce qu'elles 
se trouvent si mauvaises. Il ne se plaint pas; il 
vivrait de la ration <hi soldat; mais enfin il en 
souffre, et nous encore en souffrons pour lui 
Bien davantage. Croirait-^on jamais que l'auto- 
rité se soit opposée à ce que notre sollicitude 
attentive cherchât à lui procurer, à son -insu, 
ces petites jouissances ! 

w L'Emrafeur n'a aucune distraction exté- 
rieure.- Il ne reçoit pliis ou à peu près : le nou- 
veau GouvernéWr a mis aux visites de telles dif- 
ficultés;, qu'elles équivalent à une interdiction; 
L'Empereur lûi-iné&e y à trouvé des inconvé- 
uiens^qttl 1W ont éloigné: les voyageurs venaient 
employer I auprès de nous les plus ardentes solli- 
citations, pour obtenir Phctotteftir de Rii être 
nommés ,' et riteu de plus commun que cle lire , 
cinq mois* après ,»dan$ les papier anglais, 'les 
rapports les £hfe déptottés soufc les noms *nême 
,de ceux qui nous avaient montré les expres- 
sions les p4us vives, les ftfrMe* les plus obsé- 
quieuses,; la rieconnàisSafloe' la' plus exaltée. 
Une fo^s pour trottes, Monseignettï*, ne croyez 



(Dé*!**) DE SAINTE-HÉLÈNE. H13 

aucun de ces papiers , ni aucune de leuœ plates 
absurdités. Quand ces anecdotes nous reviennent 
ici, elles sont la risée , l'indignation des Anglais 
qui nous entourent. 

« Ils ie plaignent que leurs lettres sont défigu- 
rées; ils nous démontrent qu'aucun d'eux n'aurait 
pu écrire ces choses , qu'elles ont dà être, fabri- 
quées à Londres , ou recueillies de la bouche des 
domestiques des voyageurs qui passent. Monsei- 
gneur, l'Empereur, votre auguste frère, est 
toujours lui; et nous, qui avons le bonheur 
de l'entourer , nous apprenons par expérience 
ce dont on doutait proverbialement : qu'un 
grand homme peut le demeurer, et croître en- 
core aux yeux de ceux qui le voient à nu , et 
ne le quittent ni nuit ni jour. 

«L'Empereur dort fort peu: il se couche de 
bonne heure; et comme il sait que je dors aussi 
très-difficilement, il me fait appeler souvent 
pour lui tenir compagnie, jusqu'à. ce qu'il s'en- 
dorme. Il se réveille assez régulièrement, sur les 
trois heures; on lui donne de la lumière, et il 
travaille jusqu'à six ou sept, .qu'il se recouche 
pour essayer de dormir encQre. A neuf* heures 
on lui, sert son déjeûner sur une petite table 



JMtt MÉMORIAL (Dé*. i**ô> 

ronde ou espèce de guéridon près de son caixâpe. 
H y fait appeler parfois l'un de nous ; puis il lit , 
travaille ou sommeille durant la grande chaleur 
du jour; il nous dicte ensuite. Pendant long- 
temps il a eu l'habitude, vers lès quatre heures, 
de faire une course en calèche', entouré de nous 
tous} mais il vient de s'en dégoûter commte dit 
cheval. Au lieu de cela , il se promène jusqu'à 
ce que l'humidité le force de rentrer. SHl lui 
arrive de s'oublier au-delà de cinq heures, il 
est sûr d'être enrhumé du cerveau lé soir , d*avoir 
traé toux assez forte et de violens maux de dents. 
I/Empëreur rentré , dicte encore jusque vers 
huit heures, où il passe au salon, et fait un* 
partie d'échecs avant d*aïler à table. Au dessert» 
les gens retirés, il nous lit lui-même quelques 
pièces de nos grands poëtes , ou quelqu'atitre 
ouvrage choisi. 

•r Tels sont les plus petits détails de la,. vie 
de l'Empereur : heureux si, dans l'isolement de 
l'univers, il lui était permis de jouir en paix, 
au milieu de nos soins pieux et tendres et dans 
l'entier oubli du monde, de quelques heures 
dérobées à ses peines ! Mais depuis l'arrivée du 
nouveau gouverneur, il n'est pas de jour, d'heure, 



(Dec. iB«6) DE SAINTE-HELENE. *1 5 

d'instant où il ne reçoive quelque nouvelle bles^ 
sure : on dirait un aiguillon sans cesse occupé à 
réveiller les plaies dont un instant de Sommeil 
aurait pu suspendre les douleurs. 

« A notre arrivée dans la colonie , nous étions 
très-mal j mais nous tombions de si haut , qu'eus* 
sions-nous été très * bien, nous n aurions su en- 
core que nous plaindre. Les Anglais généreux 
qui se trouvaient autour de nous , ceux qui pas* 
«aient, jugeant la vérité de nôtre position, notai 
répétaient sans cesse, soit qu'ils voulussent 
nous consoler , soit qu'ils le prissent dans leur 
cœur : « Votre situation actuelle n'est que pro- 
« visoirej elle ne saurait durer de la sorte. La 
«. politique, à ce qu'on a cru , demandait à s'as- 
« surer de vos personnes ; mais le droit naturel , 
m la générosité, l'honneur veulent qu'on vous 
« entoure de toutes les indulgences possibles* 
« La partie pénible est accomplie. Des vaisseaux 
« cernent la côte , des soldats bordent le rivage, 
« des signaux peuvent vous tracer à chaque ins- 
« tant dans l'intérieur de l'île. Toutes les pré- 
« cautions de sûreté sont complètes. A présent 
« les mesures de douceur vont se développer, 
*On vous envoie un lieutenant-général pou* 



h\6 MEMORIAL (Béerai*) 

« g<MU|$ttieur. ILa passe sa vie sur le continent , 
«au quartier-général, ou à la cour des souve- 
*, rains : il y aura appris tout ce qu'on, doit à 
« Napoléon. Ce choix doit vous dire assez : on 
«. aura voulu un homme distingué, digne de 
« sa haute mission , d'une élévation d'ame , 
« d'une noblesse et d'une élégance de manières 
« propres à la délicatesse de sa situation. En- 
« core un peu de patience, et tout s'arrangera 
' «bientôt au mieux possible.... » Il arriva enfin, 
ce nouveau messie..:.. Mais bon Dieu, Monsei- 
gneur ! Le mot échappe : on n'avait envoyé 
qu'un gendarme, qu'un exécuteur. A sa voix 
tout a pris l'aspect et les formes les plus sinis- 
tres. Les apparences d'égards , les formalités de 
bienséance ont disparu. Chaque jour depuis a 
été pour nous un jour d'aggravation de douleur 
et d'injure. Il a resserré nos limites, attenté à 
n*tre intérieur , interféré dans nos plus petits 
detailjs domestiques ; il a interdit tout- rapport 
avec les habitans , éloigné la communication dès 
officiers de sa propre nation; il nous a entourés 
de fossés, ordonné des palissades , multiplié les 
soldats, encerclé des prisons dans des prisons; 
il nous a environnés de terreur et mis au secret. 



(Dec. 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 1H7 

L'Empereur ne se voit plus que dans un donjon. 
Il ne sort plus de sa chambre. Le peu d'au- 
diences qu'il a accordées à cet ^officier ont été 
désagréables et pénibles. Il y a mis un terme, et 
est résolu de ne plus recevoir ce Gouverneur. 
« J'avais à me plaindre de l'amiral, a-t-il dit : 
« mais du moins il avait un cœur } pour celui- 
« ci , il n'a rien d'anglais , ce n'est qu'un man- 
ie vais sbire de Sicile. » 

«Sir Hudson Lowe se rejette de tous ces griefs, 
il est vrai , sur les instructions de ses ministres. 
Si sir Hudson Lowe est exact, ses instructions 
sont barbares. Pour nous , nous pouvons affirmer 
qu'il les exécute barbarement. . 

« L'Empereur ne saurait survivre long-temps 
à de pareils traitemens. Toute la faculté le pense 
ainsi. Et que ne dira pas l'histoire ! Sir Hud- 
son Lowe ne disconvient pas que sa vie ne soit 
en danger j mais il répond froidement que ce 
sera sa faute, que c'est lui qui l'aura voulu. 
La dernière conversation de l'Empereur avec 
lui a été vive et remarquable. Ayant prétexté 
des communications importantes , l'Empereur 
s'en est laissé accoster dans sa promenade. C'é- 
tait pour lui dire que les dépenses annuelles 



M8 MEMORIAL (Béc/iStsy 

de l'établissement étant de 20,000 liv. sterl., 
et le gouvernement n'en accordant que 8,000, 
il voulût bien lyi remettre entre les mains les 
42,000 qui restaient de déficit* L'Empereur* 
choqué. Ta prie' de vouloir bien lui épargner 
ces objets j et comme sir Hudson Lowe s' obsti- 
nait à vouloir les discuter, l'Empereur s est em- 
porté, et lui a dit : « De le délivrer de<;es igno* 
« blés détails , et de le laisser tranquille î qu'il 
m ne lui demandait rien ; que quand il aurait 
« faim, il irait s'asseoir à la gamelle de ces 
« braves ( en montrant de la main le camp du 
«53 e ), lesquels ne repousseraient sûrement 
« pas le plus vieux soldat de l'Europe. » 
Il en est résulté néanmoins que l'Empereur a 
été réduit à faire briser et vendre son argen- 
terie pour fournir, mois à mois, à compléter 
le strict nécessaire j et vous auriez été touché , 
Monseigneur , de la douleur et des larmes des 
gens, à ce spectacle si éloigné de leurs idées. 
«Vous, Monseigneur, qui connaissez l'abon- 
dance à laquelle l'Empereur était accoutumé , 
vous vous récrierez sans doute j- mais vous savez 
aussi le véritable prix qu'il attachait à toutes 
ces choses* 11 s'indigne, et ne se plaint, pas. 



(Dé* >M) DE SAINTE-HÉLÈNE. WÔ 

Toutefois, s'être saisi par k fraude de ce grand 
homme; l'avoir séquestre violemment de ses 
moyens et de ses ressources; avoir soigneuse- 
ment Stipule, avec les autres intéressés > qu'où 
prenait sur soi toutes les charges, afin dp de- 
meurer seul maître de sa personne} et puis 
venir marchander avec lui sa propre existence , 
l'appeler en paiement de ses propres besoins : 
il y a dans tout cet ensemble quelque chose 
de si choquaht, qu'ont manque d'expression 
pour le qualifier. 

* « Tout est ici , du reste , d'un prix fou , bien 
que si mauvais. Je ne crois pas trop dire que 
de le porter à six ou sept fois ce que vous payez 
en Italie. D'où il devient facile d'évaluer les 
8,000 liv. sterl. que les ministres anglais y con- 
sacrent. Aussi je n'hésite pas à affirmer que nos 
propriétaires de province , de quinze à dix-huit 
cents francs de rente, sont mieux logés, mieux 
meublés , mieux nourris que ne l'est F Empe- 
reur. ' 

<r Avec la connaissance de nos maux , vous 
soupçonnerez peut - être , Monseigneur! qu'ai- 
gris par la douleur et lès circonstances, nons 
sommes portés à nous plaindre toujours et de 



MO MEMORIAL (Dec. 1816) 

tout. Certes, nous serions excusables, peut-être. 
Toutefois l'excès de nçs maux ne nous a pas 
rendus assez injustes pour ne pas apercevoir 
et prendre de la reconnaissance pour l'intérêt 
Ct les attentions que nous ont témoignes quel- 
ques habitans et un bon nombre des officiers 
de la garnison. Nous ayons distingue' surtout la 
franchise des manières et la droiture de l'amiral 
Malcolm. Notre susceptibilité dans le malheur! 
et la délicatesse de sa situation officielle , nous 
ont seuls empêché de lui témoigner, ainsi qu'à 
lady Malcolm , dont nous honorons le carac- 
tère , toute la sympathie qu'ils nous inspiraient. 
Cet amiral ayant recueilli dans la conversation 
de l'un de nous que nous étions sans ombrage 7 çt 
que nous nous occupions de procurer à l'Em- 
pereur une tente où il pût passer quelques ins- 
tans, il arriva qu'à quelques jours de là l'Empe- 
reur put déjeûner sous une tente spacieuse, 
soudainement élevée par les matelots et avec 
les voiles de la frégate. C'était une galanterie 
européenne à laquelle nous n'étions plus faits; 
nous, avons dû y être sensibles. L'Empereur a 
joui et jouit encore de cette tente; mais non 
sans mélange. Combien de fois, à l'approche 



(Déc.i8.«) DE SAINTE-HÉLÈNE. »21 

d'un ennemi importun Y il y a interrompu sa 
conversation et ses dictées , en s'écriant : « Ren- 
« tirons dans nos tanières; on m'envie l'air que 
« je respire.» 

« 'Tout, jusqu'au plus petit détail 7 trahit le 
caractère et les dispositions* personnelles de 
notre gardien. Il nous permet le papier-nou- 
velle qui nous maltraite davantage; et nous in- 
terdira celui qui s'exprime avec moins d'ini- 
mitié. Il retiendra les ouvrages qui nous seront 
favorables, comme n'étant pas venus par le 
canal des ministres , et s empresse de nous en- 
voyer de sa bibliothèque des libelles contre 
nous. ■ ' . ' - 

«Mais c'est surtout a ce que sa propre et seule 
vérité parvienne en Europe, que sir Hudson 
Lowe donne sa plus grande attention. Touterf ses 
inquiétudes et sa jalousie sont tournées à ce que 
rien de lariÛtre ne puisse percer au dehors. Il 
éloigne de nous les voyageurs; il nous fait un 
crime de propager nos détails, de chercher à les 
faire connaître. 11 m'a fait dire dernièrement que 
si je continuais à écrire* à mes amis en Europe 
sur- mon ton habituel, il m'ôterait d'auprès de 
l'Empereur, et me renverrait de Sainte-Hélène. 



«S» MEMORIiiL ftKc. .816) 

J'écrivais la vérité, je ne pouvais écrire que nous 
étions heureux et bien traites. Sir Hudson Lowe 
se défierait-il de ses ministres, qui lisent mes 
lettres après lui? Car autrement ils peuvent,, au 
besoin, les supprimer à leur gre', après s'en être 
■éclairés, s'ils en ont le désir. Quoi qu'il en soit, 
je ne me le suis pas fait dire deux fois : je n'é- 
crirai plus à ma famille; me voilà mort pour 
elle. Cette présente relation même, Monsei- 
gneur, vous était destinée par les propres mains 
du Gouverneur : je suis réduit à attendre désor- 
mais une occasion clandestine. Vous y gagnerez- ; 
car vraisemblablement mon écrit ne vous fut 
pas parvenu. Quant à cette occasion clandes- 
tine y elle se trouvera sans doute tôt ou tard ; 
quelque voyageur généreux, ami de la vérité,, 
se chargera de ce papier étranger aux affaires 
politiques , mais important à l'honneur de son 
pays; et il croira n'avoir rempli que le devoir 
d'un honnête homme et d'un boa citoyen. 

« Sir H. Lowe outre sans cesse tout ce qui nous 
regarde , et tord tout ce qui nous concerne. On? 
a voulu s'assurer de nos personnes; il pense qu'il 
faut nous mettre au cachot. On a voulu nous 
isoler du monde politique ; il se croit tenu de 



Cmc. «ôi«) DE SAINTE-HELÈKE. *25 

nous enterrer tout virons. On a pensé à surveille* 
notre correspondance contre toute trame ou 
complot ; il ny voit que de nous faire oublier 
tout à fait et d'annihiler notre existence. Si telles 
sont ses instructions secrètes , les ministres s'en- 
joignent de leur propre parole au parlement; ils 
s'éloignent de l'opinion de leur pays , des vœux 
de tout ce qu'il y a de généreux en Europe , 
quelle que soit d'ailleurs la différence d'opinions. 
Ils chargent leur administration d'uni odieux 
inutile; la vérité sera connue, et l'on s'indignera, 
se demandant qu'ont à faire de pareils traitements 
arec la sûreté du prisonnier? D'un autre coté, 
si tout cela n'était qu'un excès de zèle dans 
sir Hudson Lowe , cet excès de zèle condamne 
son cœur, avilit son caractère, déshonore sa 
mémoire, 

« Quoi qu'il en soit, nous gémissons ici , en 
dépit du sens et des expressions de la législature 
anglaise , sous la tyrannie et l'arbitraire d'un seul . 
.homme; d'un homme qui, depuis 20 ans, n'a 
en d'autre occupation que d'enrégilbenter et ré- 
gir les malfaiteurs et transfuges de l'Italie; d'un 
homme, qui ne reconnaît point de limites. à ses 
craintes ni à ses précautions, tant son cœur est 



HU MEMORIAL (Dec: 1816) 

endurci et son imagination effrayée. Cette 
affreuse situation est la funeste conséquence de 
nous trouver ainsi , au bout de la terre , dans les 
diserts de l'Océan. Combien de temps encore 
dpit durer notre supplice? Quand la vérité se 
frayera-t-elle un passage jusqu'au peuple d'An- 
gleterre ? Quand son indignation viendra -t- 
elle à bout de redresser des excès qui le flé- 
trissent ? Devons - nous périr sans secours sur 
notre affreux rocher? Nous causons de grandes 
dépenses à la métropole , et nous ruinons cette 
misérable colonie. Elle maudit notre séjour, 
comme nous maudissons son existence. Et puis, 
à quoi bon tout cela? L'Empereur disait assez 
gaîment , il«y a peu de jours : « Bientôt nous ne 
« vaudrons pas l'argent que nous coûtons , ni 
« les soins que l'on se donne. » Et pourquoi les 
ministres ne nous rappelleraient-ils pas? Notre 
retour prouverait leur force, et fixerait leur 
caractère. On pourrait croire alors que notre 
exil passager aurait été la nécessité de la poli- 
tique, et noft l'ouvrage de la haine. Ils obtien- 
draient une grande économie, et se créeraient 
une. véritable gloire. L'Empereur en est encore 
et demeure à jamais datas les mêmes intentions 



(Dé* iM) DE SAINTE-HÉLÈNE, »2fi 

el les mêmes vœux que lorsqu'il vint librement 
et de bonne foi i bord du Bellérvphon. Sa car* 
rière politique est terminée. Le repos, sous la 
protection de lois positives, est tout ce qu'il 
demande » tout ce qu'il veut. Le dépérissement 
de sa santé, les infirmités naissantes , le nombre 
de ses années, le dégoût des choses humaines ,. 
peut-être celui des hommes, le lui rendent plus 
désirable, plus nécessaire que jamais* , 

« Quant à) nous qui sommes autour de lui * 
quelqu'inique que demeurât notre captivité) il 
n'est plus aujourd'hui de cachot sur le. sol de 
l'Angleterre qui ne fuit un bienfait pour .nous. 
Nous serions sous la main d'un pouvoir protec- 
teur, nous échapperions à l'arbitraire .d'un 
agent subalterne , nous respirerions l'atmosphère 
européen j et si nous venions à succomber, 1*0$ 
ossemens reposeraient en terre chrétienne. 

« Il y a quelques mois que les commissaire? 
des pouvoirs alliés sont débarqués dans la cojq- 
nie. Sir H. Lowe leur a signifié que leur mission 
y était purement passive) qu'ils n'avaient ni 
autorité ni interférence sut ce qui s'y passait 
à notre égard. Après quoi, il a envoyé à Long- 
wood le traité du 2 août, et requis l'admission 
T. H 



420 MÉMORIAL (i*«. *»* ) 

de ce» commissaires. L'Empereur les a refusés 
dans leur capacité politique) mais n'a montré 
aucune objection à les voir comme simples 
individus. Il a fait faire à sir H. Lowe , par 
M. de Montholon , une réponse officielle, fou- 
droyante de logique et sublime de pensées. 
J'espère qu'avec le temps elle tous parviendra 
en dépit de tous les efforts de sir H. Lowe 
pour la. tenir secrète. 11 serait difficile de vous 
peindre son inquiétude à cet égard j. elle m'a 
déjà valu des reproches personnels. 

«Monseigneur, l'Empereur parle bien sou- 
vent de vous tous. Il a des portraits de la plu- 
part, autour de lui , dans sa chambre. Son petit 
réduit est devenu un sanctuaire de famille. 
Il a reçu votre lettre, celle de Madame, du 
cardinal Fesch et de la princesse Pauline* Il 
lui en a coûté beaucoup d'imaginer que vos ex- 
pressions de tendresse avaient parcouru l'ins- 
pection de toute la filière des agens qui nous 
surveillent. Il désire. qu'on ne lui écrive pli» 
à ce prix. Il a voulu, de son côté, écrire aux 
siens par l'intermédiaire du Prince Régent; 
mais on lui a dit ici qu'on n'expédierait pas sa 
lettre, si elle. n'était ouverte, ou qu'on en 



(itonéitï DE SAINTE-HÉLÈNE. ijjtf 

ïmsemt le sceau. Il s'est abstetm; et itàtaa, 
nods avons souri dé voir qtte l'outrage qu'on 
prétendait lui faire, se perdait dans celui dont 
on menaçait le Prince Régent. 

«Pour nous , Monseigneur, qui sommes autour 
de l'Empereur, je vous ai beaucoup parlé de 
Uos peines; mais nous n'en connaissons plus à 
coté' du bonheur de pouvoir lui témoigner 
notre dévouement. Nous ne souffrons qu'en lui. 
Nos privations, nos tourmens personnels de-> 
viennent et sont pour rious les mérites et la 
-joie des martyrs. Nous vivons à jamais dans les 
coeurs généreu*. Des milliers envient notre 
situation sans doute! Nous en sommes fiers, 
elle nous rend heureux. 

« Daignez agréer l'hommage, etc., etc. 

« Signé: le comte de Las Cases. » 

Lundi 16.. 

Mes mes anxiétés» *— Lettre de l'Empereur , vrai 
bonhear. 

Plus de vingt jours s'étaient écoulés j et rien 
n'annonçait encore aucun changement à notre 
affreuse situation. La santé de mon fils conti- 
nuait à présenter les symptômes les plus alar- 



M8 MEMORIAL (Dé*. >8.«) 

man$* La mienne dépérissait visiblement par 
mes peines et mes anxiétés. Notre réclusion était 
si sévère, que nous n'avions point encore appris 
un seul mot de Lonrgwood; j'ignorais tout à fait 
comment y avait été interprétée ma malheu- 
reuse affaire, j'avais appris seulement que TEm- 
pereùr n'était pas sorti de sa chambre durant 
ces 4 5 ou 18 jours, qu'il y avait presque tou- 
jours mangé seul. Tout ce que ces circonstances 
durent me faire éprouver ! Evidemment l'Em- 
pereur avait été affecté, mais dans quel sens? 
Ce doute , le dirai- je , était en moi un véritable 
tourment qui me rongeait dans tans les instans, 
depuis que j'avais quitté Longwood ; car l'Em- 
pereur ignorait tout à fait la cause qui avait 
ameqé mon enlèvement : la fatalité l'avait fait 
ainsi» Qu'aurait-il pensé en entendant parler de 
mes lettres clandestines? Quelles auraient été 
ses opinions, quel motif assignerait-il à ma dis- 
sirtrtilflrlitfn vis-^à-vis de lui, moi qui d'habitude 
n'aurais pas fait un pas , ni hasardé une parole 
sans-' M en fakepart? Je rapprochais ces torts t 
qufc je iri'exagérais encore, de la bonté tou- 
chante de ses derniers momeîis. Quelques 
minutes ayant d'en être arraché, il était avec 



(Bie. 1816) DE SAINTE-I9&ÉNE. XW 

moi plus gai, semblait miéùa. disppsfe'ineoiHi 
que de coutume, et quelques insiansphjsfeirçt 
il avait pu être amené à tfaouimv quelque choscf 
d'inexplicable dans ma conduite. 1} s'était élçîrê 
peut-être en lui l'appareitto ou le droit d4> 
reproche et des doutes; Cette idae <m'feffli^&tb 
plus que je ne pourrais 1» rendre^ ièèleq>f>e*a»i 
visiblement sur ma santé- /Héuireliseinèàt^^ 
Gouverneur vint lui-même me rendre à la vie. 
II s'est présente aujourd'hui vers klfijaleUi jout. 
Il paraissait fort .préoccupé de 0e qu'iLaTaifcâ 
me dire, et après upi long ptf «aiibulq , Jau<p*ek 
il m'était difficile de ri ett deviner, il a Bnipa* 
m' apprendre qu'il atajt dansseq mains «me lettre: 
que ma situation lui) donnait le droit de uq 
soustraire V: mais qu'it saroitwrombien li main 
qui l'avait écrite m'était obère r quel prix j'at-' 
tachaié aux seitamens qu'elle j/m\xprimait; 
qu'il allait donc me la taontrer, Imaigté toutes 
le* raisons personnelles qu'il: aurait de ne* pas le 
faine. C'était une lettre /die l'Empereur, Mes 
l?$np#â copièrent,; elle était' si toudhantp!v...v 
Eussé-je souffert pour hii: mille morts, fêtais; 
jk*yé\ i..! ^ !• • • :- ••'. !• * i.' \ i'.* !■ •• • • 
Quelque mefi que nous: ait fiwt sir Hiudsoii : 



KSff ^MÉMORIAL (Wai^) 

bowe^ et q*elaqn?aiienrété sesmotift en cet ins- 
tant, je lui dois me Véritable reconnaissance 
pou le bonhfurjqaftl me donna ; et quand je 
«ijr ecrète, jt suintante de me reprocher bien 
4d$ détails, certain*? imputations j mais je ta 
devais à la vérité et à de hautes considérations* 
Je. ne mettrais si ému, qu'il scpbla y devenir 
sctnéble; et lui ayant demandé de me laisser 
prendre copie de ce qui ui'était strictement 
ptnsbimel, il y consentit. Mon fils le trapserivit 
à. h hâte, ^ant nous redoutions) qu'il ne s* ra-* 
Viaât j et quand il fqt parti, noua le recopiâmes 
de plusieurs manières et en plusieurs endroits; 
nous rapprîmes par cœub, tant nous craignions 
qu* les réflefeioris de la suit ne portassent sir H. 
Lotp* à se repentie, fin effet ^ quand il reparut 
le lendemain ^ il m'exprima de* regtets à cet 
égard , et je me balançai pas à lui offrir de ren- 
dre la? copie, :FaMturant qiue ma recohnaksance 
n'en pesait pas dixhinpée : nous nous étions 
ménagé les moyens d'être facilement? génèrent. 
Soit! qu'il le jugeât ainsi, soi t continuation de 
procé^&de sa part, il è'ea fit rien. Voici cette 
lettre dont l'original fut retenu par lui , auquel 
il m ftomt sut $* parole de faire suivre les 



(We.it*) DE SÀlNTE-ftËtENE; fcïl 

tnêmes deStméès que le reste âè mes papiers', et 
que néanmoins j'ai eu tontes les peines dû. 
monde à obtenir lorsque le Gouvernement 
anglais, après la mort de Napoléon, to'a pas 
cru pouvoir se dispenser de me restituer mon 
Journal* Je nais transcrite iéi les seules por- 
tions de là lettre qiie sir Hudsoû Lowe me 
-permit de copier alofcS, et telles qu'elles ont 
été rendues Jpubliijueé à mon arrivée en Europe; 
ce qu'il retint est mis eu note au bas des pages; 
feu* ensemble reproduira tout l'original. 

« Mou cW comte de Las Cases» mou eoçur 
m sait vivement ce que vous éprouve* ; ferra* 
« ché, il y a 15 jours, d'auprès de mai, vous 
« êtes enfermé , depuis cette épOqtte^ d* «ûcret, 
» sàtts que fare pu recevoir ni vous donner 
« aucunes nouvelles; sans que vous syiez cpm- 
,« mu nique avec qui que ce soit, FimB$ais : >o« 
« Anglais; privé même d'un domestique dfe 
*« votre choix* 

« Votre conduite à Sainte «• Hélène a été^ 

* comme votre vie , honorable et sans reproche: 

* j'aime à vous le dire. •, : 

« Votre lettre i ufee de vos amies de Loncke* 



VA% MÉMORIAL (©ic.iti«) 

jc > n'a rien de Teprehensible , tous y épanchez 
i< votre cœur >dan6 le sein $e l'amitié. 

., (Maoq«aii ici une moitié de la lettre, * ) 

. « Votre société m'était nécessaire* Seul, vous 

* «Cette lettre est pareille a huit ou dix antres que 
.« Ton* #res écrite à la même personne* et ' que tous 
« avez envoyée* décachetées. Le commandant de ce 
« pays avant en l'indélicatesse d'épier les expression» 
M que vous confiiez à l'amitié , vous en a fait de&repro- 
.« ches dernièrement; tous a menacé 4e vous renvoyer 
« de File , si vos lettres contenaient davantage des 
« plaintes contre loi.' Il a par tè vfolé'le premier devoir 
« de sa place » le premier article, de $eb . instructions 
« et le premier sentiment de l'honneur ; il Tons a ainsi 
« ' autorisé à chercher les moyens de faire arriver vos 
je. épanchempns.dausJ/B sein dejros amis, et de leur 
« faire connaître. la conduite coupable de ce comman- 
«dant. ^Maia tous avez été bien simple, votye confiance 

* a && àten flfttîle à surprendre;! ! ) 

v> « On, attendait un prétexte de #ç sajsjrjde vos papiers; 
« mais votre lettre à votre amie, de Londres n'a pu 
«' autoriser une descente de police chez vous, puis— 

* jqnJelle ne contient aucune trçme ni aucun mystère 9 
.«^qu'elle- n'est, qup l'expression .d'nn cœur, nohle et 
« franc. La conduite illégale, précipitée qu'on a tenue 
« à cette occasion porte le cachet d'une haine person— 
<* .hellft bien basse» •' ' 

. f. Dans les pays les moins civilisé*.,* Je» exilés,, les 
« prisonniers J" même les criminels sont sous laproiec- 

* tion des lois et des magistrats; ceux qui sont préposés 

* à leur "jgarde ont des chefs , dan* Uordré administratif 



{D4c. te*) DE SAEVTMÉLENE. J133 

« lisez /vous parlez et entendez l'anglais. Com- 

'i • t , r -i / i ;/ i " ' , : 

« et judiciaire, qui lessurveiilent.Sur ce rocher, l'homme 
« qui fait les réglemens les plus absurdes , les exécute 
m avec violence, et transgresse toutes les lois : personne 
« ne contient les écarts de ses passions* 

• Le ftînce Régent ne pourra jamais être instruit de 
« la conduite que Von tient en son nom ; on s'est refusé 
« à> lui faire passer mes lettres» on a renvoyé, avec 
« emportement , les plaintes qu'adressait le comte Mon- 
« tholon ; et depuis on a fait connaître au comte Ber- 
« trand qu'on ne recevrait aucunes lettres, si elles 
« étaient libellées comme elles l'avaient été jusqu'à cette 
« heure* 

« On environne T^ongwood d'un mystère qu'on vou- 
« drait rendre impénétrable , pour cacher une conduite 
c criminelle , et qui laisse soupçonner dé plus crimi- 
«. nelles intentions ! ! ! 

« Par des bruits répandus avec astuce, on voudrait 
« donner le changé aux officiers , aux voyageurs , aux 
c habitons* et même aux àgens que l'on dit que l'Au- 
m triche et la Russie entretiennent en ce pays. Sans 
« doute que l'on trompe de même le gouvernement an- 
« glais par dès^écits adVoits et mensongers. 

« On a fiaisi^çjs papiers,, parmi lesquels on savait 
« qu'il y en avait qui m'appartenaient , sans, aucune 
« formalité, à côté de ma chambre, avec tin éclat et 
« une joie féroce. J'en fus prévenu peu de momens 
« après ; je mis la tête à la fenêtre et je vis qu'on nous 
« enlevait.. Un nombreux état-major caracolait autour 
* de la maison; il me parut voir des habitans de la mer 
k du Sud danser autour du prisonnier qu'ils allaient 
« dévorer» 



nsn MEMORIAL {*>**. i*.6) 

« bien tous avex passe de nuits pendant mes 
« maladies! Cependant, je vous engage* et au 
« besoin vous ordonne de requérir le comman- 
de dant dt.ee pays de tous renvoyer sur le coati- 
« nent : il ne' peut point s'y refuser, puisqu'il 
« n^ action sur vous que par l'acte volontaire 
m -que tous ave» signé* Ce sera pouf moi une 
« grande consolation que de vous savoir en 
« chemin pour de plus fortunes pays» 

« Arrive' en Europe , soit que vous allies en 
« Angleterre ou que vous retourniez dans la 
« patrie, oubliez, le souvenir des maux qu'on 
•* vous a faits souffrir; vante^^vous de la fidé- 
« lité que vous m'avez montrée, et de toute 
ic l'affection que je vous porte. 

* Si vous voye» tm jour ma femme et mon 
* fils, embrassez-les; depuis deux ans je n'en ai 
« aucunes nouvelles ni directes jù indirectes. 

(Manquait ici trois on «{natte ïîgne*. * ) 

, • t, . . » 

, « Toutefois consolez- vous et consolez mes 

■ ■ n «ut u-l - - ii ■ . > f n : i ' tf i ! i ' ' ' ' -' ■ 

* «11 y a dans ce pays, depuis six mois 9 tm botaniste 
« allemand qui les a vus dans le jardin dé Schœnbran y 
« quelques mois avant son départ. Les barbares ont 
« empêché soigneusement qull ne Tint me donner de 
« leurs nouvelles !» 



(,Déc.i8««) * 0E SA.INT&ÏÏÉLÈNÉ. »25 

« amis. Mon corps se trouve, il est vrai, au 
« pouvoir de la haine de mes ennemis : ils n'ou- 
« blient rien de ce qui peut assouvir leur ven- 
« geance: ils me tuent â coups d'e'pingle; mais 
« la Providence est trop juste pour qu'elle 
« permette que cela se prolonge long-temps 
« encore. L'insalubrité de ce climat dévorant, 
f Ictmanqae de tout ce qui entretient la vie , 
* mettront, je le sens, tin terme prompt à cette 
« existence, 

( MaoqtwU ici quatre o» eihq ligne**. ) 

« Comme tout porte à penser qu'on ne vourf 

« permettra pas de Tenir me Voir avant votre 

« départ > recevez mes emJbrassenftns, L'assu-» 

« ranoe de mon estime çt mon amitié} soyez 

(... heureux !» 

Votre dévoué: Nàpo^on, 

Longwood , le 4i décembre X$i6. . • 



-*-»- 



- * •« Aônt les derniers momens seront un acte d'op- 
« probre pour le caractère anglais; et l'Europe signa-r 
% leraun jour, avec horrebr, cet homme astucieux «t 
« xnëchani : les vrais Anglais le désavoueront pour 
« Breton» * ' 

\ ...... • 

m* Otf tome septième. 



TABLE RAISONNÉE 

DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS LE SEPTIÈME VOLUME. 



N. B. Les chiffres sort les numéros des pages. Ce sigtte (- ) indique que 
ts sujets je tinrent s et ce signe ( — ) que le sujet qui sait est différent de 
liai crai précède. 



Albxàfdre ( U Grand ) .Pa- 
roles de Napoléon. — Avait dé- 
buté avec rame de Trajân , fi- 
nît avec le cœur de Néron et 
les mœurs d'Héliogabale, a36. 

Aholais. Anecdotes sur lès» 
prisonniers en France , 104. , 
Bienveillance de, l'Empereur 
envers eux,, .106. ' Révolution 
dans leurs mœurs publiques. - 
Ont p>i* aujourd'hui l'amour 
des places,- 137. Conduire de 
leurs ministres au traité d'A- 
nûens.-Ofirent au Premier Con- 
çu] de le faire toi .de France; 1 65. v 
Opinions et paroles de l'Empe- 
reur sur le ministère actuel, 
afio. ... 

Akvibax» Selon Napoléon , le 
plus étonnant capitaine de Tan- 
tiquité. - Détails,' 137» 
- Artrsfcs'. Intentions de l'Émptf- 1 
retira Voulait en faire, par mer, 
un point d'attaque mortel à l'en- 
nemi ; par terre f une ressource 
certaine en cas de grands désas- 
tres ; un vrai point de salut na- 
tional, 63. Voulait qu'Anvers 



eut été; a lui seul une province, 
64. Sa cession, un dea motifs 
du refus de signer la paix de 
Châtillon, 65, Expédition des 
Anglais, 70. Travaux exécutés 
et pré^êées',.78. 
. Auditeurs à v Cojïsbil d'É- 
tat. L'Empereur les élevait 
pour nationaliser toutes nos ins- 
titutions modernes, et présenter 
des matériaux tout dressés an 
gouvernement de son fiK — 
Eussent y un beau jour, relevé 
simultanément tous les postes 
de l'empire, i3g. 

B..*.... ( ford ).. Opinion de 
l'Empereur. - x Ses paroles plus 
que sévères à son égard, s6s. 
Par lebras^^l dtfjga, On freut 
supposer quej, doit .être . son 
cœur., etc., 062. ' j 

BEAtiVEAuf/i prince dé ), 
belles paroles 1 de l'Empereur ; 
sur son fils blessé , *gt • 

B ( prince royal de 

Suéde ). Napoléon disait que 
s'il avait eu le jugement et l'ame 
à la hauteur de sa situations 



TABLE RAISONNÉE. 



îl eûifc pu "rétablir le lustre et 
la puissance de sa nouvelle pa- 
trie. - A cédé à une sotte ra- 
nité, la tête lui a tourné de se 
-voir recherché ,, encensé par 
des légitimes , 178» 

Berward ( général ). Cause 
heureuse de sa fortune. - Est 
nommé aide-de-camp de l'Em- 
peceur, 81. 

Cambacérbs ( archi^chancë- 
lier ). Paroles honorables de 
X Empereur , 279. 

Caroline ( M" 1 * Murât ). 
L'Empereur la disait fort ha- 
bile et très -capable, 100. 

Castlereagh ( lord ). Sa 
lettre à lord Bathurst, relative 
au traité de Fontainebleau, aao. 
Opinions et paroles de l'Empe- 
reur sur ce ministre - Détails » 

Caulincovat (duc de Fieen- 
ce ). Délicatesse de sa situation 
à Cbilillon. * Noble et tou- 
chante impression produite par 
sa correspondance , 66* Beau 
témoignage de l'Empereur. — 
Plein de cœur et de droiture, 

»70. : 

César. Opinion d* Napo~ 
léon, qui le dit un des cacac- 
' ter es les plus aimables de Phis- 
toire.- Détails, «37. 

Charette. L'Empereur le 
disait le héros de Ja. Vendée, 
l4o. Lui avait laissé l'impres- 
sion d'un grand caractère, i4 x * 
Anecdote remarquable sur ats 
premières années, 141 • 



457 



Charlotte d'Angleterre 
( princesse ). Très-populaire a 
Londres - Signes non équivo- 
ques de beaucoup de caractè- 
re. — Sa tendresse pour sa 
mère. Anecdote. -Avait refusé* 
le prince d'Orange. - Sa ré- 
ponse a un ministre anglais, 
i56. Son mariage avec le prince 
de Saxe-Cobourg uniquement 
de son choix, 1S7. 

Condb. (Le grand) Opinion 
de l'Empereur: la science de 
la guerre semblait avoir été chez' 
lui un instinct, la nature l'ayant 
produit tout savant , »4°* 

Co v s cR-iFTiow. Napoléon 
tenait à y foire passer toute là 
nation. -Ne savait pas s'il en «fa 
exempté son fils. - La disait la 
racine éternelle d'une nation, 
l'épuration de son moral, «46. 
Fût devenue un des instramena 
de l'éducation nationale , 347. 

Cures. Napoléon voulait le* 
rendre ués-importans et fort- 
utiles. - Aurait voulu qu'où 
eût joint à leurs cours de théo- 
logie un cours d'agriculture, et 
les élémens de la médecine et 
du droit. -Détails, 249* 

Dbch.es, (Duc) Paroles de. 
Napoléon , 279. 

Dumouriex. ( Général) S* 
campagne de Champagne. — 
Plus audacieux que Napoléon , 
i55. 

ÉlisA Bohàparte (Grande- 
Duchesse de Lucques et de Piom- 
hino), L'Empereur lui donnait 



453 ' TAB 

une tel* mal* f nn* «ne ferle ; 
disait qu'elle tarait montré 
beaucoup de philosophie dans 
l'adversité » iqo. 

Enghien. (ZJug if ) Opinion , 
paroles, raisonnement de l'Em~ 
pereur à son sujet. ^Détails, etc. 
5ao. 

Espaovols. S'il* se fassent 
soumis à Napoléon, ils eussent 
épargné les terribles aayuûnn* 
qui. les attendent , *6o> 

Faix. (£* fcuva) Se* son. 
manuscrit de *li4* *9*>b 

Fox. Son fanuu* bitt snr la 
compagnie des Indes le fait 
sortir du ministère, 117. Na- 
poléon disait que son école, toi 
o» Urd, devait régir le monde. 
• Son buste * la Atalmnison 
1*5. 

F&axçais. Eussent pn renou- 
veler, avec plus de justesse, ce 
mot dea fiers Gaulois: Si h 
Çièl venait à tombe* , nord* le 
seutiendrion* dm no» lances, 

FniBiKtc. { lé grand) Opi- 
nion de l'Empereur. — Le 
tacticien par excellence, a^i. 

Gaudin , ( ministre des fi- 
nances.) Paroles de Napoléon , 

Gérard. ( général ) LVEmpo»* 
reur lui disait , an retour de la 
campagne de Dresde : « Si 
« j'avais bon nombre de gens 
c comme tous , je croirais mes 
c pertes réparées, et me coosi* 



LE- 

• dérsrtSr tomme M-<tessttt de 
« mes affaive», * mot, 

Gvsib&Jb Paroles de Napo- 
léon sue le différence 6V celles 4 
des ancien» et de* moderoes.-Se 
compose d'une foute cfaeerd et». 
- Un chef doit savoir 1 en pro- 
filer ; Propriété dn génie , *4« . 
Ixiaoterîe.. - Cavalerie. 943. 
Artillerie, aujourd'hui la vé- 
ritable destinée des armées et 
des peuples v «43* 

Hudson Lowe. Continue se* 
vexations sur les captifs , nsg. 
-«•Fait creuser des fossés au- 
tour de Longwood » plante des 
palissades * ihit de l'écurie one 
véritable redoute y »55. Se 
montrait meilleur geoKer que 
bon généra], 166. Fait enlever 
le comte de Las Case», S47. 
Saisir ses papiers, 35i. Lé 
tient au secret , 357» 

liions (compagnie des) Hi*» 
torique de celle de* Anglais , 
it$. Bill de M* For succombe. 
' * Celui* de M. rHtt triomphe et 
gouverne depuis la péninsule 
indienne, «te 117V 

JiaoMB Bonaparte. En mû- 
rissant cet été propre à gou- 
verna». Montrait de- véYiiaMefl 
espérance», 100- 

Joseph Boxapabi*» (aneieti 
Moi d'Espagne. ) Bar tous 
pays eàt.été roroement de 1» 
société , go» 

Josbbhih» { Impénurier >. 
On veut*, pour aeenrev som> »eA 
pos, lui.bÛsait*-oo, ta ports» àf 



. RAIÇO 

écrire an Roi, qu'elle ne aatait 
ce qu'elle était , ce qu'elle 
avait été , eto. , et le prier de 
frer sou tort* L'Empereur 
Alexandre l'en empêche, et 
s'offre d'être son répondant , 
59, Ce que Napoléon lot avait 
donné, - Son gaspillage , i5k 
Joubaan. ( Maréchal) Pét- 
roles de J Empereur, 11, 

Laetitia Rohabarte t ( ***** 
4e t Empereur ). Digne de tous 
les genres de vénérations , 100» 
LajkA&que. {général) Pa- 
role* remarquables de l'Emper 
leur sur sa guerre de la Ven- 
dée , i45. Citation de sa belle 
expédi tion de Çapri , où , avec 
iaoa français 9 il enlève sir 
Hudson Love, avec «ne gar- 
nison de aooo bommes et 5o 
. pièces de canon, a55. 

La&ochb*oijc>u*t {famille 
de). Détails. -Opinion, paroles 
de l'Empereur, s£5. 

Las Cases ( comte dé). Privé 
de son domestique par le Gou- 
verneur, Hudson Lowe, qui 
veut en donner un autre de sa 
main. - Refus , 299. Horreur de 
sa situation. - Se montre pour- 
tant pins enviable qu'à plain- 
dre , a33. Visites clandestines 
do domestique qui lui avait été 
enlevé ; qui partait pour Lon- 
dres et offrait ses services, 33g. 
- Il lu» confie sa lettre au prin- 
ce Lucien, 34?, ce qui cause son 
enlèvement de Longvrood, *4 
heures apte*, &*& - Saisie de 



43» 



HttEE. 



um eee papier»» 
men par ait Hodso» Lowe. - 
Circonstances , détail» , etc. v 
eec» 35e. Sa mise au secret 
avec, son file , etc. * etc., S67. 
Lettres à si* Hudson Lowe, 
860. Sa lettre d'adieu à ses 
compagnons d'infortune , 374» 
Lettre an prince Lucien , 388. 
Reçoit une lettre de l'Empe- 
reur, 410* 

JLnftmir*, ( enehi* trésorier.) 
Homme très - distingué et vou- 
lant le bien, 970* 

LâOFOLD bb SAXB-CoBOtrno 
( prince ). Avait sollicité r Em- 
pereur peur être son aide-de- 
camp , i56. Son mariage avec ta 
princesse Charlotte de Galles. 
157. L'Empereur disait que c'é- 
tait le plus beau jeune homme 
qu'il eut vu aux Tuileries, i5$. 
Xjivbbtool ( lord). Selon 
Napoléon , ce qu'il y a de plue 
honnête parmi les ministres an- 
glais du moment , 261. 

Louis Bonaparte ( ancien 
roi de Hollande ). Paroles de 
Napoléon ,100. 

Lucira Bonaparte. Eut été 
l'ornement de toute assemblée 
politique, 100. 

Mallit ( général )> Napo- 
léon disait son éebauffourc la 
caricature do retour de l'Ile 
d'Elbe ,o3. 

Ma&bt ( due de Bastano). 
Ministre plein de ceenr et de 
droiture* 379. 
Ministères. Opinion de l'Em- 



4*> 



TABLE 



perenr sur ses propres minis- 
tres lors de sa chute, 184. Sur 
]es ministres- anglais du mo- 
ment, 961. Napoléon les dU 
sait autant de Léproseries. - 
On peut y aspirer vertueux, 
disait-il, on n'en sort jamais 
sans y avoir laissé sa pureté , 
.978. 11 n'en exceptait peut-être 
- que le sien et celui des Etats- 
Unis d'Amérique : le sien, parce 
que ses ministres n'étaient que 
ses secrétaires, et que lui seul 
demeurait responsable; celui des 
États-Unis, parce les ministres 
n'y étaient que les agens de 
l'opinion toujours droite , tou- 
jours jnste, »78. 

Ministère Anglais. Offre 
au Premier Consul de le faire 
roi de France, i65. C'est a lui 
seul que l'Europe doit tous les 
fléaux qui l'ont désolée, 168. 
Portraits des principaux mem- 
bres du ministère actuel, etc. 
*6o. 

Mol£ (Grand-juge).. Paroles 
de l'Empereur. - Appelé pro- 
bablement à jouer un rôle dans 
lés ministères futurs , 379. 

Mollibn (ministre du Tré- 
sor). Paroles de Napoléon, 379. 

Mohtaxivbt {ministre de 
V intérieur). Paroles de Nàpe- 
léon,37Q. 

Mo*tbs80n. (Madame de) 
Avait fait' demander à Napo- 
léon à prendre le titre de douai- 
rière d'Orléans. - Avait été 



*"- 



mariée avec le consentement 
du ftoï, 36. ' ' 

Moreau ( Général ). Sa 
conspiration. - Paroles de Na- 
poléon, 3 19. Gouverné par sa 
femme, 5a 1. Avait conféré 
avec Georges et Pichegru, 3*3. 
Sa dénégation absolue put seule 
le sauver. - Détails , etc. 3&4* 
Napoléon. Avait tMu faire 
donner à Sl-Cloud une pièce 
grecque dans son inlégrité,i o.— 
Sur la guerre de Russie^ 11. Les 
peuples et les Tois s'étaient alliés 
contre lui ; les peuple? et les 
rois le regretteront, la. Eftt 
voulu relever le trône de- Po- 
logne, 1a. — -Se plaignant d'a- 
voir peut-être encore 3o ans à 
être enfermé dans sa triste en- 
veloppe, vj. Mauvaise conduite 
de différentes personnes auprès 
de Ini aux Tuileries , 27. Disait 
rrmnjoraîitë la disposition la 
plus funeste dans le souverain, 
et la morale publique le complé- 
ment naturel des lois , Si. Son 
administration une ère mémora- 
ble du retour à la morale, 3a. Les 
mœurs publiques en hausse s'a- 
mélioreront par tout le globe, 
"33. — Sur le mot Votre Majesté, 
09. Souffre beaucoup d'une 
fluxion, 4°< ~~" Arrêté & Saint- 
Cloua* pour un mémoire non 
payé, 41 • We voulait point fia— 
gôrner les coteries. -'S'il fût 
revenu victorieux de Moscou-, 
tout le monde entier lui fut re- 
venu, r«ût admiréyPtût béni., 



RAJSONWÉË. 



44* 



- Le vulgaire eût pu renouve- 
ler pour Uà la fable de Romu- 
W, 4^* - En entrant en Italie 
g changé les mœurs de la révo* 
lotion. - A le premier salué la 
Franee do nom de la grande 
nation , 44* A trente ans avait 
lait toutes tes conquêtes, gou- 
vernait le monde; il ne lui 
Manquait, disait-il , que le litre 
d'Empereur, ^5. Rupture du 
traité d'Amiens. » Représailles 
de Napoléon. -Fait arrêter tous 
les Anglais voyageant en Fran- 
ce , 49. Ses intentions à l'égard 
des prisonniers, 60. -— Ses 
grandes vues sur Anvers, 65. 
La cession de cette ville, un des. 
motifs du refus de signer la 
paix de Chàtillon, 65. C'était 
peu connaître les alliés, que de 
fcroire leur réconciliation sin- 
cère, 65. Ses ordres an duc de 
Vioence , 66. Disait que chaque 
jour le dépouillait de Bt peau 
de tyran, de meurtrier, de fé- 
roce, 70. Expédition anglaise 
sur Anvers , 70. — Grands tra* 
vaux maritimes exécutés sons 
Napoléon , 71 . Fort Boyard, 71 . 
Cherbourg , 71. Travaux exécu- 
tés pour la floiille, 75. Répara- 
tions et améliorations dans tous 
les ports de la cote, 76. Fles- 
ftingue, 76. Terneuse , 7B. An- 
Vers , 78. Hollande , «a. Véser , 
Ems , Elbe, 83. Travaux mari- 
times en Italie, 65. Situation 
de TEmpire en 181I et 181*, 
86. Détails des dépenses en 

7, 



travaux publics sous le règne 
de Napoléon , 89. Affaire de 
Mallet , 95. — Disait qu'il eût 
dû mourir à Moscou v où à Wa- 
terloo, 97. Paroles sur sa fa- 
mille , 99. Sa bienveillance en- 
vers les prisonniers anglais dé- 
tenus en France, 106. — La 
mort de Fox une des fatalités 
de sa carrière, it3. — Avait 
prononcé pour le commerce 
libre et rejeté les compagnies , 
i*4< Appelait la grande lutte 
de nos jours la guerre des 
champs contre les comptoirs, 
celle des erénaux contre les 
métiers, id5. — A cherché Cou- 
jours l'homme oie la marine, 
n'a jamais rien rencontré , 1 28* 
Enrôlement des enfans, 1994 
Sur la Wrine. - Aimait les 
tntfffos. - Les a trouvés au be- 
soin % matelots, soldai, artil- 
leurs, pontonniers, tout, i3î. 
— Son organisation impériale « 
le gouvernement le plus com- 
pact , la circulation la plus ra- 
pide et les efforts les plus ner- 
veux qui aient jamais existes , 
1S1. Préfets* etc., détails, i3a. 
Son intention, avec le temps, 
était de rendre la plupart dt* 
hautes places a-peu prés gra- 
tuites, i56. Le dégoût des pla- 
ces eût signalé notre véritable 
retour a la haute morale. *• 
Quand on veut absolument des 
places, on se trouve déjà vendu 
d'avance, l?rj. Ses intentions 
sur les auditeurs au. Conseil 

28 



M% MÉMORIAL ' (Dec. i8t«) 

* t n'a rien de j-épréhensible , tous y épanchez 
t< votre ccear»dans le sein 4e l'amitié. 

( (MaoqtaU ici unç moktf da la lettre. *) 

. * Yptre société m'était nécessaire* Seul, vous 

' * «Cette lettre est pareille à hait où dix antres que 
.« tous irez jcrit^à.U même personne ,. et que tous 
« avez envoyées décachetées. Le commandant de ce 
« pays avant eu l'indélicatesse d'épier les expressions 
;* que vous confiiez à l'aminé , voua en a fait desrepro- 
.« ches dernièrement; vous a menacé de vous renvoyer 
'« de l'île , si vos lettres contenaient davantage des 
« plaintes contre lui. Il a pat là vfoléie premier devoir 
« de sa place , le premier article de Ses instructions 
« et le premier sentiment de l'hsnneur ; il vons a ainsi 
V autorisé à cherchée les moyens de faire arriver vos 
jt épanchempns dans : l/s sein de vos awis,et de leur 
« faire connaître. la conduite coupable de ce commau- 
Vdant. Mais vous avez été bien simple, votye confiance 
fi a j&& èteu fcfate à surprendre,! ! I .' 
.. , «. Oa attendait un prétexte dqae saièirjde jw papiers ; 
« mais votre lettre à votre amie, de Londres n'a pu 
V autoriser une descente de police chez vous, puis— 
*.>qu!eUe ce contient aucune trçine ni aucun mystère 9 
.^qu'elle- n'est, qup l'expression d'un coeur noble et 
« franc. La conduite illégale» précipitée qu'on a tenue 
m h cette occasion porte le cachet d'une haine person- 
<*<iiellfi bien basse* . *' 

: .«Dans les pays les moins civilisés y»Jep exilés,. les 
« prisonniers T même les criminels sont sous lanrolec- 
* tion des lois et des magistrats 5 ceux qui sont préposés 
#. àî leur garde ont des chefo , dans l*ordré administratif 



{Dec. ie*> DE SABVTE-HÊLENE. »33 

« lisez /vous parlez et entendez l'anglais. Com- 

« et judiciaire, qui lessurveïllent.Sqr ce rocher, l'homme 
« qui fait les réglemens les plus absurdes , les exécute 
m avec violence, et transgresse toutes les lois : personne 
« ne contient les écarts de ses passions* 

• Le Prince Régent ne pourra jamais être instruit de 
« la conduite que l'on tient en son nom ; on s'est refusé 
« à- lui faire passer mes lettres, on a renvoyé, avec 
« emportement , les plaintes qu'adressait le comte Mon- 
« tholon ; et depuis on a fait connaître au comte Ber- 
« trand qu'on ne recevrait aucunes lettres, si elles 
« étaient libellées connue elles l'avaient été jusqu'à cette 
« heure. 

« On environne l^ongwood d'un mystère qu'on vou- 
« drait rendre impénétrable, pour cacher une conduite 
« criminelle > et qui laisse soupçonner de plus crimi- 
«. neUes intentions ! ! ! 

« Par des bruits répandus avec astuce, on voudrait 
c donner le changé aux officiers , aux voyageurs , aux 
« habitans, et même aux àgens que l'on dit quel'Au- 
m friche et la Russie entretiennent eu ce pays. Sans 
m doute que l'on trompe de même le gouvernement an- 
« glais par dès récits adroits et mensongers. 

« On a 6aisi f vç|6 papiers , parmi lesquels on savait 
« qu'il j en avait qui m'appartenaient , sans, aucune 
« formalité , à côté de ma chambre , avec an éclat et t 
« une joie féroce. J'en fus prévenu peu de momens 
« après j je mis la tête à la fenêtre et je vis qu'on nous 
« enlevait. . m On nombreux état-inâjor caracolait autour 
* de la maison } il me parut voir des habitans de la mer 
«c du Sud danser autour du prisonnier qu'ils allaient 
« dévorer» 



(tt 



TABLE 



intéricir, «A* *>m ascemfeat 
. moral sur Ici esprit*. - Anco- 
dote, ega. A son retour de 
l'ttt d'Elbe , 0a bienveillance , 
eej. Modération, équité» - 
Anecdotes» 196. Pré/et qni ne 
veut point dooner du Monsei- 
gneur au ministre» - Anecdote , 
996. Capitulation de Vinoen* 
ne* » »g8« Le plue belle lettre 
militaire» 399. A donné 60 ba* 
taillée; César n'en était donné 
que5o * 299. Divers dires, 299 , 
Égalité des droits nn des grande 
traits de son caractère, 3oo, 
Le mérite était un à ses yeux, 
<$o 1 . Allocutions militaires, 3o5. 
lie coBur d'un homme d'État 
doit é.re dans sa tète, 3o5. 
Nos facultés physiques aiguisées 
par nos périls On nos besoins f 
Sfc>5. Éducation de la peau, 3o€» 
Disait qu'il fallait savoir soigner 
eon eme malade comme «on 
bras on ea jambe, 3o& Son 
grand but, en' créant «ne no* 
ble»se,comprts de personne,3ee\ 
Les véritables vérités bien diffi- 
cile» a obtenir pour l'histoire. 
- Pourquoi n'a pas "roula faire 
des mémoires .privés* - Ne pou» 
▼ait, disait-il, écrire des con- 
fessions à la Jean -Jacques. rLes 
divers motifs qu'on prêtera 
faussement à la plupart de ses 
actes; *• Détails curieux. « Les 
intrigans de mauvaise foi et 
même ses ministres honnêtes 
gens donneront de fausses lu- 
mières. - Pourquoi? Tous «e 



donneront pour être très-*ura ^ 
heureusement qu'ils seront plu- 
sieurs,et qu'ils différeront indu-, 
bitablemeot, 01 o. Conspiration, 
de Georges, Moreau x ctc, 317* 
Fait grâce a grand nombre des 
conspirateurs , citations 3*4- " 
Affaire du duc d'Enghien. Dé- 
tail* curieux et nombreux, elo, 
3*5 — Se lettre d'adieu au comte, 
de Las Cases, 45 1» 

JUy ( maréchal ). Paroles de 
l'Empereur, 307. . . 

, Paul I e ' (Empereur de Rmsm* 
sic ). Moyens employés par le 
Premier Con ui , pour gagner 
le cœur et In politique de oe 
prince. - Ses lettres au Pre- 
mier Consul, i65, 

Paujjnb ( princesse ). L'Em- 
pereur la disait la plus belle, 
femme de. son temps, et qu'elle 
a été et demeurera la m* i Heure 
oréature vivante , 100. 
. Pichbgru ( général, ). Sa 
Conspiration , 517. Se donne la 
mort dans sa prison, parce qu'il 
désesoéra de la clémence du 
Premier Consul , ou la dédai~ 

goa,5t9« 

Pitt. Son bill sur la compa- 
gnie des indes, 1 17. À tenu dans 
ses maios le sort des peuples. - 
On a mal usé. - S'inscrira d<ms, 
l'histoire , a la manière d'E- 
rostrate, parmi des flammes* 
des regrets^t des larmes, îau 
Ne sera plus un jour que le 
génie du mal , lia. . 
PoiiuTOvaxi (jwwee ) L'£nv» 



RAISONNES 



*4* 



pereur le disait lé vrai roi de 
Pologne , qu'il en réunissait tous 
les titres, il en avait tous les 
lalens, 287. 

Prisonniers. Sort misérable 
des Français en Angleterre. - 
Napoléon offre souvent ieur 
échange, -repoussé par les An- 
glais, 5o. L'Empereur voulait 
amener en Europe un change- 
ment dans le droit et la cou* 
tome publique , à l'égard des 
prisonniers, 60. Anecdotes sur 
les prisonniers anglais en Fran- 
ce , 104. 

Racine. Napoléon condam- 
nait la fadeur , l'amour et le ion 
doucereux qu'il avait répandus 
dans ses chefs - d'oeuvre : le 
-vice et les mœurs du temps, 
25g. Le plan de campagne de 
Milhridate , beau comme récit, 
mais point de sens comme con- 
ception , a6o. 

Recàmier ( Mme ). A le rare 
privilège de voir sa bonne ré- 
putation traverser sans injure 
nos temps difûciles.-Prince de 
Prusse touché d'une vive pas- 
sion pour elle. - 11 veut l'épou- 
ser • Refuse cette élévation. - 
Tableau de Corine de Gérard, 
fait pour elle , 257. 

Regnàud deSt.-J... n'A 

( Mme). Paroles de Napoléon , 
i5o. 

Révolution. La nôtre est la 
cause de la régénération de nos 
mœurs, 3*. 
Russie, Napoléon disait que la 



guerre de Russie avait été celle 
du bon sens et des vrais intérêts, 
du repos et de la sécurité de 
^ous, 11, Instructions relatives 
a la campagne de Russie, i3. — 
Situation politique. - Facilité 
qu'elle aurait à faire nne entre- 
prise sur llnde et la Chine •, 
1 10. Situation admirablecontrô 
le reste de l'Europe : assise sous 
le Pôle adossée à des glaces- 
éternelles. - N'était attaquable 
qu?un quart de Vannée; n'of- 
frait aui assaillans que les ri- 
gueurs , les souffrances , les 
privations d'un sol désert y 
d'une nature morte ou engour- 
die, tandis que ses peuples ne 
se lançaient qu'avec attrait vers 
les délices de notre midi , 1 1 1 . 
L'Antée de la fable, dont on 
ne saurait Tenir à bout qu'en 
l'étouffant dans ses bras. - 
Qu'il se trouve un Csar qui ait 
de la barbe an menton , et 
l'Europe est à lui, 11a. 

Sidmouth. (lord) Paroles 
de l'Empereur , 361 . 

Sbnequb. Le chœur de sa 
tragédie de Médée prédit dis- 
tinctement la découverte de 
l'Amérique, x48. 

Staël. (macL de) Désavouait 
certaines grosses injures qu'on 
lui avait prêtées contre Napo- 
léon. - Au temps de ton en- 
thousiasme , l'avait comparé 
tout à la fois a Seipion et à 
Tancrède, *5g. 

St assaut. ( le baron ) Est 



44* 



TABLE RAISONNES. 



chargé par Napoléon , d'aller 
ou coogrëfl à Vienne , négocier 
lapais, 181. 

SvmRV. (là bailli Je) Son 
portrait, ia6. Anecdote, 127. 
Son expédition dans l'Inde , 
ia8. S'il eût reçu jusqu'à nos 
jours , l'Empereur en eût fait 
noire Nelson, 196. 

Tragédies d'Esciiile et 
de Sophocle. L'Empereur 
ayait voulu les faire joner dans 
leur intégrité à Saint-Cloud. - 
Dans quelle intention , 1^6. 

Turekne. Ne s'était formé 
au talent de la guerre qu'avec 



pains , ai A force d'instruction , 
aA>. 

Voltaire. La scène de la 
reconnaissance dans sonŒdipe^ 
la plus belle peut-être de notre 
théâtre, 147. 

W (lord) Opinion 

de Napoléon , paroles , détails , 
etc. , etc. ay4> - M«» de Staël 
disait de lui, que hors de ses 
batailles , il n'avait pas deux 
idées. - Les salons de Paris 
avaient porté le même juge- 
ment, et le plénipotentiaire 
français, au congrès de Vienne, 
l'y confirma , B77. 



W» BB LA TASL* RA1S0NMBS OU MTTIBNE YOLVMS. 



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THE NEW YORK PUBLIC LIBP 

REFERENCE DEPARTMENT * ~ 



This book is undcr no circumst 
taken from th« Build' 



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B'DJAN 191919